GUERRE DE 1806 ET TRAITE DE TILSIT
Etals, lorsque le vainqueur, par amitié, disait-il, pour le tsar Alexandre, daig-na traiter avec lui à Tilsit, le 9 juillet 1807, deux jours après avoir signé la paix avec la Russie.
Les conditions de ce traité de Tilsit furent extrêmement dures. Outre des contributions de guerre exorbitantes, il stipulait des cessions territoriales assez considérables pour réduire environ de moitié la monarcbie prussienne, qu'il refoulait à l'est de l'Elbe et dépouillait de la majeure partie de ses acquisitions polonaises. Frédéric-Guillaume III abandonnait à l'empereur des Français, sans compensation et pour en disposer à son g-ré, en premier lieu la Prusse méridionale, la Nouvelle-Prusse orientale, les territoires de Danzick et de Thorn et la Nouvelle-Silésie, produits du second et du troisième démembrement de la Polog-ne, et de plus le district de la Netzc, qui provenait déjà du premier partage; deuxièmement tous les territoires prussiens entre l'Elbe et le Rliin, non seulement les acquisitions récentes, électorat de Hanovre, principautés de Hildesbeim, de Paderborn et de Munster, territoires de l'Eicbsfeld et d'Erfurt, abbayes de Quediinbourg- et d'Herford, prévôté de Cappenberg, villes de Goslar, de Nordliausen et de Mublliausen, mais aussi celles du xvn" et du xvni" siècle, Mansfeld prussien, principauté d'Ostfrise, comtés de Tecklenburg, de Lingen et de Hobenstein, principautés de Halberstadt et de Minden, majeure partie du ducbé de Magdebourg, comtés de la Mark et de Ravensberg, voire la province originaire de la monarcbie brandebourgeoise, l'Altmark ou Vieille-Marche; en troisième lieu enfin la principauté franconienne de Baireuth, et en Lusace le cercle de Cottbus. Napoléon I" attribua soit immédiatement, soit dans les années suivantes, la majeure partie de la dépouille prussienne au nouveau duché de Varsovie et au nouveau royaume de Westphalie; des lois moins considérables revinrent à Berg, à la Hollande, à la Bavière, à la Saxe royale; la Russie elle-même ne dédaigna pas d'accepter le cercle de Bialystok; les deux forteresses de Danzick et d'Erfurt, l'une déclarée ville libre, l'autre administrée par un
intendant français, restèrent seules, avec leurs territoires, sous l'autorité immédiate de l'empereur des Français.
La monarchie prussienne, qui à la veille de la guerre, le Hanovre compris, était évaluée à 340 000 kilomètres carrés et à plus de dix millions d'habitants, se trouvait réduite, moins d'un an après, à 160 000 kilomètres carrés et à cinq millions d'âmes. Elle ne comprenait plus guère que les cinq grandes provinces de Brandebourg-, de Silésie, de Poméranie, de Prusse occidentale et de Prusse orientale, encore la première diminuée de la Vieille-Marche et la quatrième sans Danzick, Thorn et le district de la Netze; quant aux nombreux territoires, tant allemands que polonais, qui depuis plus ou moins long-temps étaient venus arrondir ou continuer à l'ouest, au sud et à l'est ces cinq provinces centrales, elle n'en conservait que la partie du duché de Mag-debourg située sur la rive droite de l'Elbe. Dans la prévision d'une catastrophe analogue, Frédéric II avait écrit à d'Argens : « Vivre devient un crime, et mourir un devoir » ; Frédéric-Guillaume III adressa, non pas aux Polonais qui avaient pris les armes contre lui, mais à ses anciens sujets allemands, les lettres patentes du 24 juillet 1807, oii, dans un langage grave, digne, religieux, il les déliait de leur serment de fidélité. « Chers habitants de provinces, territoires et villes fidèles, leur disait-il, vous connaissez mes sentiments pour vous et les événements de
cette dernière année La paix a dû être acceptée telle que les
circonstances la dictaient. Elle m'a imposé, elle a imposé à ma maison, elle a imposé au pays lui-même les sacrifices les plus douloureux. Il a fallu briser des liens sanctifiés par les siècles et par les traités, par l'amour et par la confiance. Mes efforts et ceux des miens ont été inutiles ! La fatalité l'ordonne, le père se sépare de ses enfants; je vous délie de tous vos devoirs de sujets envers moi et ma dynastie. Nos vœux les plus ardents vous accompagnent jusqu'auprès de votre nouveau souverain : puissicz-vous être pour lui ce que vous me fûtes! Quant à votre souvenir, aucun malheur et aucune puissance ne l'arracheront de mon cœur et de celui des miens ! »