LE BRANDEBOURG AU XIV" SIÈCLE
arrachèrent successivement à Albert le Dénaturé et à ses deux fils Thierry et Frédéric le Mordu le marg-raviat de Basse- Lusace, la marche de Landsberg au nord de Leipzig, le palatinat de Saxe et une partie considérable de la Misnie proprement dite. Au nord, ils mirent à profit l'éclipsé de la puissance danoise après la défaite de W^aldemar II à Bornhœvde (1227) pour dépouiller ou pour réduire au vasselag'e les princes poméraniens; s'ils abandonnèrent en 1304 aux princes de Mecklembourg- le pays ci-devant poméranien de Stargard, avec leur création de Neubrandebourg-, ce ne fut qu'à la condition que ceux-ci se reconnussent leurs vassaux; momentanément ils portèrent même leur suzeraineté féodale jusqu'aux bouches de la Vistule, où les ducs de Pomerellie ou de Danzick devinrent leurs feudataires ; mais là ils ne purent faire prévaloir leur prétendu droit de succéder à la dynastie indigène, éteinte en 1293, et finirent par le vendre à l'ordre Teutonique (1309).
Jamais la marche de Brandebourg n'avait été plus puissante qu'au commencement du xiv° siècle, sous le règne glorieux de Waldemar le Grand; mais sa mort en 1319, suivie, l'année d'après (1320), de celle de son cousin encore mineur, Henri le Jeune, avec lequel s'éteignait la descendance du fils aîné d'Albert l'Ours, inaugura pour elle une période séculaire de désordre, de misère et de honte. Dès le lendemain du décès de Waldemar, tous les voisins, qu'il avait maintenus en respect, coururent aux armes; ce fut une vraie curée, quand il n'y eut plus de souverain du tout. Les ducs ascaniens de Saxe et les princes d'Anhalt, issus du fils cadet d'Albert l'Ours, prétendaient, il est vrai, à la succession; mais ils ne parvinrent pas à s'en emparer, et, proclamant la déshérence, l'empereur Louis le Bavarois inféoda le 24 juin 1324, du consentement de l'empire, la marche de Brandebourg avec la dignité électorale et l'office d'archicamérier du saint-empire, à son fils aîné Louis 1" le Vieux. Or ni ce prince, ni ses deux frères et successeurs,
Louis II le Romain et Otton V le Fainéant, ne surent faire respecter leur autorité tant au dehors qu'au dedans; les usurpations des voisins et la tyrannie des nobles ne connurent aucune borne; et ainsi s'explique l'enthousiasme avec lequel les malheureux habitants des Marches reçurent un prétendu Waldemar, qui fut opposé en 1347 aux princes bavarois par leurs ennemis d'Anhalt, de Saxe, de Magdebourg et de Bohême, que Charles IV investit solennellement du Brandebourg- en 1348, et qui, même après avoir été abandonné par la politique astucieuse de l'empereur (1330), conserva de fidèles partisans parmi les bourgeois des villes et jouit des honneurs princiers à Dessau jusqu'à sa mort. Pendant cette désastreuse époque bavaroise (1324-1373), les conquêtes silésiennes et misniennes furent reperdues; les princes poméraniens et mecklembourgeois, non contents de se débarrasser de la suzeraineté brandebourgeoise, s'emparèrent de la majeure partie de la Marche uckéranienne et de la Priegnitz; la Haute-Lusace, usurpée dès 1320 par les Bohémiens, fut cédée solennellement à Charles IV en 1350, et, lorsque la Basse-Lusace lui eut été vendue à son tour en 1368, le double margraviat fut pour des siècles incorporé à la couronne de Bohême. Bientôt le Brandebourg luimême, ou du moins ce qui en restait, parut destiné à avoir le même sort : le dernier électeur bavarois, Otton V le Fainéant, abdiqua, contraint et forcé, entre les mains de Charles IV par le traité de Furstenwalde de 1373.
Ce fut un moment de répit. Nous avons parlé ailleurs des talents administratifs du prince luxembourgeois; dans les Marches aussi il rétablit de l'ordre, de la tranquillité; il y laissa même un monument durable de son e-ouvernement par la création d'un livre terrier ou cadastre, le Landhuch der Mark Brandenburg. Malheureusement l'éclaircie ne dura pas : Charles IV mourut dès l'année 1378; les querelles intestines de ses trois fils Wenceslas, Sigismond et Jean, et de ses deux neveux Josse et Procope, les intérêts étrangers du roi de Hongrie Sigismond et du margrave de Moravie