‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 47 sur 168 · BAVIERE · texte numérisé non relu

BAVIERE

Tandis que l'Autriche et la Prusse, les deux grandes monarchies de l'Europe centrale, ont pris naissance dans les anciennes marches orientales du pays tudesque, où elles ont jusqu'aujourd'hui leurs capitales et le centre de gravité de leur puissance, le royaume de Bavière, le plus considérable des Etals de la Petite-Allemagne, s'est superposé à l'un des duchés nationaux de l'ancienne Germanie. Il en porte le nom et y correspond en bonne partie; cependant l'ancienne Bavière s'étendait beaucoup plus à l'est et au sud que le royaume actuel, qui par contre comprend dans ses limites de nombreuses contrées autrefois franconiennes, souabes et rhénanes. Le titre complet des monarques bavarois, qui se disent rois de Bavière, comtes palatins du Rhin, ducs de Bavière, en Souabe et en Franconie, est comme un résumé succinct de l'origine diverse de leurs Elats. Nous allons étudier l'aa-firlomération successive de ceux-ci entre les mains des princes de la maison de Wittelsbach, après avoir au préalable jeté un coup d'œil rapide sur les modifications territoriales de la Bavière jusqu'à l'avènement de la dynastie régnante.

Le pays primitif des Bavarois, au lendemain de la grande invasion, a probablement compris la majeure partie de la

Norique et de la Rhétie; l'autorité de leurs ducs ou rois, issus de la famille agilolfingienne, paraît, en effet, s'être exercée, sous la souveraineté plus ou moins illusoire des rois mérovingiens, depuis le Danube jusqu'à la haute Adige et depuis le Lech jusqu'à l'Enns ou à la Leitha. La Bavière d'alors confinait donc au nord-ouest à la France orientale, et à l'ouest à l'Allemannie; au sud, elle communiquait avec la Lombardic par les cluses des Alpes; à l'est et au nord-est, elle était en contact avec les Avares et les Slaves. La résidence habituelle de ses princes était Ratisbonne, le vieux municipe romain; c'est dans cette ville aussi, et dans les villes plus méridionales de Passau, de Frisingue et de Salzbourg, que furent fondés ou rétablis les quatre évêchés bavarois primitifs.

L'incorporation de la Bavière à l'empire franc, opérée en 788 par Charlemagne après la déposition du dernier des Agilolfingiens, Tassilon, fut suivie d'une extension de ses limites dans la direction du nord : on y adjoignit la région du jNordgau, comprise entre le Danube d'une part, la Forêt de Bohême et les monts des Pins de Faulre, que se disputaient depuis longtemps les Francs et les Slaves; c'est ainsi que l'évêché franconien d'Eichstaedt devint également, jusqu'à un certain point, un diocèse bavarois. Pendant les deux siècles qui suivirent, les frontières bavaroises ne furent guère modifiées que par les alternatives de succès et de revers dans la lutte incessante contre les Aoisins de l'est, les Avares et les Slaves d'abord, les Hongrois ensuite : Charlemagne les porta jusqu'à la Save; les invasions moravcs et madgyares les ramenèrent en arrière, en attendant que dans le courant du x" siècle les marquis de la Bavière orientale reprissent l'œuvre de la conquête et de la colonisation germaniques.

L'organisation politique de la Bavière, au contraire, subit des variations nombreuses durant cette même époque; elle devint en 817, avec le titre de royaume, l'apanage du troisième fils de Louis le Débonnaire, Louis le Germanique, fut

LA BAVIÈRE AVANT LES WITTELSBACH. loi

par lui augmentée au traité de Verdun (843) de toutes les contrées de Tempire franc situées à l'est du Rhin, et forma une seconde fois un royaume particulier sous un de ses fils, pour être bientôt réadjointe aux autres pays tudesques. Peut-être eut-elle aussi de nouveau ses ducs nationaux dès la fin du ix° siècle; un parent du roi Arnulf, Luitpold, qui présida comme marquis, puis comme duc, à la frontière orientale, et qui en 907 y trouva la mort en combattant les Hongrois, était peut-être duc de Bavière; cependant la chose paraît douteuse quand on se rappelle que le dernier roi carlovingien de Germanie, Louis l'Enfant, résida lui-même habituellement à Ratisbonne. En tout cas, avec le fils de ce Luitpold, Arnoul, que les moines ont surnommé le Mauvais, commence une nouvelle dynastie indigène; maître de la Bavière, il prétendit y régner sans reconnaître de supérieur, et refusa l'obéissance tant au roi franconien Conrad I" qu'au roi saxon Henri I"; s'il ne réussit pas à s'isoler complètement du reste du royaume germanique, du moins il garda son duché, et fut assez puissant pour aspirer à la couronne d'Italie. Otton le Grand lui-même ne put ou ne voulut pas faire disparaître l'autonomie du duché bavarois; il se contenta de lui donner des chefs moins indisciplinés. Après avoir vaincu en guerre ouverte les fils d'Arnoul (938), il attribua le duché, d'abord à leur oncle Berthold, puis à son propre frère Henri Forphyrogenète ou le Querelleur, que son mariage avec la fille d'Arnoul, Judith, rattachait à la famille luitpoldienne; les représentants directs de la dynastie indigène, appuyés sur le patriotisme provincial des Bavarois et plus particulièrement sur celui de la ville de Ratisbonne, essayèrent, à plusieurs reprises, de chasser le prince étranger; mais il prit racine dans le pays, et bientôt sa descendance s'y trouva indigène à son tour.

De même que la dynastie issue de Luitpold, la branche bavaroise de la maison royale de Saxe ne régna guère qu'un demi-siècle sur la Bavière : le petit-fils de Henri Porphyro-

genèle, Henri le Boiteux ou le Saint, renonça à son duché en devenant roi de Germanie en 1002. Lui et ses premiers successeurs, tantôt l'inféodèrent à des seigneurs de différentes maisons, et tantôt lâchèrent de le maintenir sous leur gouvernement direct; c'est ainsi que l'empereur Henri HI, en en donnant successivement le titre à ses fils en bas âge et à sa femme, réunit en réalité pour quelque temps la Bavière au domaine royal. Enfin Welf I", que Henri IV investit le jour de Noèl de l'année 4070 du duché bavarois, y fonda de nouveau une dynastie nationale qui, sauf une interruption de quelques années, s'y est continuée pendant plus d'un siècle, d'abord par ses deux fils Welf II le Gros et Henri le Noir, puis par son petit-fils Henri le Superbe et par son arrière-petit-fils Henri le Lion.

Nous reviendrons ailleurs sur l'origine et l'histoire de la famille des Guelfes, à propos du Brunswick et du Hanovre; pour le moment, nous nous contentons de rappeler le grand rôle que le quatrième et le cinquième duc de Bavière de cette race ont joué dans l'histoire générale de l'Allemagne, et d'indiquer les incidents principaux de leur gouvernement en Bavière. Henri le Superbe, qui à son duché héréditaire avait ajouté celui de Saxe (1136), fut déposé par son compétiteur à la couronne royale, le Hohenstaufen Conrad III (1138), et la Bavière fut conférée aux margraves autrichiens de la maison de Babenberg (1139); mais son fils Henri le Lion, que tous les efforts de Conrad III n'avaient pu chasser de la Saxe, se fit rétablir en Bavière aussi par Frédéric I" Barberousse (1154). Il y résida moins souvent que dans le pays saxon, et y a laissé moins de traces de son passage; cependant c'est lui qui, en établissant un péage, une monnaie et un marché dans une petite localité sur l'Isar, au milieu d'une contrée peu riante, mais dans une position centrale entre l'Inn et le Lech, le Danube et les Alpes, a été le fondateur de Munich, la capitale moderne de la Bavière. De son temps cependant le centre politique du pays bavarois était encore à Ratisbonne : ce fut dans cette ville que, le

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