‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 48 sur 168 · LA BAVIÈRE AVANT LES WITTELSBACH · texte numérisé non relu

LA BAVIÈRE AVANT LES WITTELSBACH

29 juin 1180, l'empereur Frédéric P"", pour venger sur son vassal indocile sa propre défaite par les villes lombardes, proclama la déchéance de Henri comme duc de Bavière, sauf à ne le remplacer que quelques mois plus tard par un de ses fidèles, Otton le Grand de Wiltelsbach.

A ce moment, malgré Tidentité du nom, le duché de Bavière était loin de conserver l'étendue qu'il avait eue au temps des Agilolfingiens, des Carlovingiens et des Luitpoldiens; déjà une partie notable de ses territoires orientaux en avait été détachée pour former des duchés particuliers; de nouveaux démembrements à l'est et au sud allaient être la suite de la chute de Henri le Lion. Le premier retranchement opéré aux dépens de l'ancien duché national bavarois remonte à l'an 976, lorsque l'empereur Otton H, en même temps qu'il privait pour quelques années son cousin Henri Ézelon du duché de Bavière, créa avec une partie de sa dépouille le nouveau duché de Carinthie, qui survécut à la cause spéciale de sa naissance. Plus tard, en 1136, Frédéric I", pour consoler les Babenberg- de la restauration des NYelfs dans le duché de Bavière, où les avait établis son prédécesseur, avait élevé au rang' de fief immédiat et do duché la Marche autrichienne, en l'augmentant en outre de la plupart des comtés bavarois situés entre l'Enns et l'Inn. La marche de Styrie, qui s'était fort agrandie aux dépens de la Carinthie, fut érigée à son tour en duché en 1180, lors du partage des pays administrés par Henri le Lion, et en même temps la création du duché de Méranie en faveur des comtes d'Andechs préparait la séparation du Tyrol, qui n'est pas autre chose que la partie méridionale de l'ancienne Bavière. En somme le duché de Bavière au lendemain de la déposition de Henri le Lion ne comprenait plus que le pays danubien qui s'étendait depuis la Forêt de Bohême jusqu'aux Alpes Tyroliennes, et depuis le Lech jusqu'à une ligne tracée parallèlement à l'Inn, à l'est de sa vallée; et encore dans ces limites, bien plus resserrées qu'autrefois, l'autorité ducale avait-elle fort perdu

de son ascendant : les évêques prétendaient avec succès à l'inimédiateté absolue; les comtes, les seigneurs, les abbés, sans nier la suzeraineté du duc, n'en tenaient pas très grand compte.

La maison de AVittelsbach, qui de l'ancien duché, d'abord national, puis féodal, de Bavière a réussi à faire une possession patrimoniale, où elle se perpétue depuis tantôt sept cents ans, se rattache, au dire des généalogistes, à la race luitpoldienne : un fds cadet d'Arnoul le Mauvais aurait été l'aïeul des comtes de Scheyern, dont les Wittelsbach sont un rameau. L'histoire documentée remonte beaucoup moins haut; elle se contente d'affirmer que la famille qui à partir du commencement du xn" siècle a pris le nom du château do AViltelsbach (lequel était situé au nord-est d'Augsbourg près de la petite ville d'Aichach-sur-la-Paar, et a été rasé dès 1209 en punition du régicide qu'un cadet de la maison commit sur Philippe de Souabe), appartenait à la haute noblesse et se titrait do comtes palatins de Bavière plus d'un siècle avant que Frédéric I*"" élevât au rang de duc le vaillant compagnon de ses guerres, Otton le Grand de Wittelsbach. Quant à sa fortune territoriale, elle était modeste; ses principales terres étaient situées autour de Wittelsbach, autour de Wartenberg dans l'Erdingau à l'est de Frisingue, autour de Kelheim et de Straubing sur le Danube; elle exerçait en outre l'avouorie sur l'évèché de Frisingue et sur plusieurs monastères, parmi lesquels nous ne citerons que celui de Scheyern, qu'elle avait fondé dans son ancienne résidence à l'est de Wittelsbach.

Otton le Grand et ses successeurs immédiats qui, comme lui, surent s'abstenir de prendre une part trop active aux affaires de l'empire, pour s'occuper à leur aise de leurs intérêts particuliers, eurent la chance de pouvoir acquérir, par achat, héritage ou retrait féodal, une multitude de comtés et de seigneuries. Dans l'espace d'un siècle, l'extinction d'une demi-douzaine des plus grandes familles bava-

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