‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 6 sur 168 · L'ÉLECTEUR FRÉDÉRIC V^ ET SES FILS. H · texte numérisé non relu

L'ÉLECTEUR FRÉDÉRIC V^ ET SES FILS. H

Josse, auxquels le Brandebourg se trouva plus spécialement dévolu, firent renaître tous les maux de l'époque antérieure; le désordre redevint universel ; le pays était au pillage, sans commerce, sans industrie, presque sans agriculture; pour avoir quelque argent, Sigismond engagea en 1402 à l'ordre Teutonique la Nouvelle-Marche, en ne se réservant que le pays de Sternberg. Mais de l'excès du mal devait sortir le salut : toujours à court d'argent, Sigismond I" finit par V endre l'électorat de Brandebourg au burgrave de Nuremberg, Frédéric VI de IlohenzoUern, et avec la nouvelle dynastie la Marche allait, sinon reprendre immédiatement la grande position qu'elle avait eue sous les derniers Ascaniens, du moins se relever de ses ruines et préparer peu à peu son futur essor.

Le burgrave Frédéric YI, quoiqu'il ne possédât pas même la totalité du modeste patrimoine de la ligne franconienne de sa maison (sa part se réduisait à Onolzbach, et il n'y réunit Baireuth qu'en 1420 à la mort de son frère), avait, dès les premières années du xv'' siècle, pris un certain ascendant dans l'empire, grâce à un caractère à la fois prévoyant, décidé et persévérant, que secondaient puissamment des habitudes, peu communes de son temps, d'ordre et d'économie. De vieille date bailleur de fonds de Sigismond, il contribua de son mieux à son élévation au trône impérial (1410) ; le nouvel empereur lui en marqua sa reconnaissance en lui engageant le Brandebourg, dont il le nomma dès 1411 lieutenant suprême et général. La souveraineté territoriale et la dignité d'électeur n'étaient pas comprises dans ce premier marché; Sigismond les abandonna au burgrave contre de nouvelles avances d'argent, en ne se réservant que le droit de rachat (1415); puis enfin, renonçant à cette dernière restriction aussi, il lui inféoda solennellement l'électoral de Brandebourg le 18 avril 1417, en mettant dans sa main l'étendard margravial sur la place du marché de Constance.

Par cette cérémonie Frédéric I", car c'est ainsi qu'il faut l'appeler dorénavant, devenait définitivement, et sans avoir à craindre des revendications futures, électeur de Brandebourget archichambellan de l'empire; mais il lui avait déjà fallu et il lui fallut encore de grands efforts pour entrer en possession réelle, pleine et entière des territoires qui dépendaient de sa nouvelle dignité. Sigismond n'avait pu lui transmettre que cette partie des Marches que les princes bavarois et luxembourgeois n'avaient pas perdue contre leurs voisins, à savoir la Vieille-Marche, la Moyenne- Marche, sur laquelle depuis la Bulle d'or était fixé l'électorat, le pays de Sternberg et des parcelles de la Marche uckéranienne et de la Priegnitz; d'autre part, même dans ces contrées, l'autorité souveraine était à peu près réduite à néant. Les villes, grandes et petites, aspiraient à l'autonomie; la noblesse, qui avait usurpé tous les biens domaniaux, refusait absolument l'obéissance. L'arrogance de ces hobereaux, vrais brigands de grande route, mais maîtres réels du pays, les Quitzow, Rochow, Putlitz, Bulow, Bredow, Alvensleben, Schulenburg, Knesebeck, Bismarck, Arnim, Maltitz, ne connaissait pas de bornes: quand Frédéric P'" vint pour la première fois dans le Brandebourg en 1412, ils le reçurent, dit-on, avec la fameuse plaisanterie : « Dùt-il pleuvoir des burgraves une année entière, nous ne les laisserons pas croilre dans la Marche! » Mais l'argent et les mercenaires du nouvel électeur, ses joujoux de Xuremherg surtout, comme on avait dédaigneusement appelé ses canons, finirent par avoir raison de toutes les résistances locales; les châteaux forts des nobles récalcitrants furent détruits par l'artillerie; les villes se soumirent à de plus ou moins bonnes conditions : au fond, dans toute cette région d'origine slave, il n'y avait de véritablement vivace que l'autorité princière.

En même temps Frédéric I" revendiquait avec succès la plupart des portions de la Marche que les malheurs des temps en avaient séparées; il força les princes de Mecklem-

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bourg et de Poméranie à lui abandonner leurs usurpations dans la Priegnitz et dans TUckermark, tout en maintenant, partiellement du moins, ses prétentions de suzeraineté à l'égard des premiers, et en faisant reconnaître aux autres son droit de succession éventuelle, qui seul avait survécu à leur ancien vasselage; s'il ne put regagner encore la Nouvelle-Marche, s'il dut même consentir à ce que l'engagement par lequel Sig-ismond l'avait abandonnée à l'ordre Teutonique fût changé en une vente formelle (1429), il faut l'attribuer peut-être à la part trop active qu'il prit aux affaires générales de l'empire, à la guerre des Hussites par exemple, et aussi à ses visées ambitieuses du côté de la Pologne, dont il essaya sans succès d'assurer éventuellement la couronne à son fils aîné (1421).

L'œuvre de restauration et de reconstitution commencée dans les Marches par Frédéric I" fut continuée par ses deux fils, qui portèrent successivement après lui le chapeau électoral. Le premier, Frédéric II de Fer ou Dent-de-Fer, augmenta en diverses manières sa puissance, à l'extérieur comme au dedans, pendant un règne laborieux de trente ans (1440-1470). Il compléta de nouveau le Brandebourg- ascanien, en rachetant en 1455 la Nouvelle-Marche aux chevaliers teutoniques, conditionnellement il est vrai, mais par le fait d'une façon définitive, parce que l'ordre ne fit pas valoir son droit de dégagement et l'abandonna aulhentiquement plus tard; il revendiqua la Lusace, et y garda du moins, comme fiefs bohémiens il est vrai (1462), les seig-neuries de Cottbus et de Peitz, achetées en 1445; il régla les vieilles querelles avec le Mecklembourg-, en échang-eant aux entrevues de Wiltstock et de Perleberg (1442) les prétentions de suzeraineté brandebourgeoise contre quelques rectifications de frontières et contre une expectative de succession, signée par tous les princes de la dynastie voisine; il obligea l'archevêque de Magdebourg à renoncer à tous les droits qu'il déduisait de l'acte par lequel en 1106 l'Ascanien Otton II s'était déclaré vassal de l'église de Saint-Maurice, et à lui restituer

la suzeraineté sur le comté de Wernigerode dans le Harz (1449); il conclut en 1457 avec les maisons de Saxe et de Hesse un pacte de confraternité, souvent renouvelé depuis, de même que la convention mecklembourgeoise; enfin il fit de Berlin le centre territorial des Marches, en l'élevant au rang- de capitale électorale.

Les origines de celte ville, qui compte aujourd'hui parmi les plus peuplées de l'Europe, sont fort obscures et en tout cas assez récentes, car on ne fait remonter qu'au xni% tout au plus au xn" siècle, la fondation des deux communes, sœurs et rivales, Berlin sur la rive droite et Coeln sur la rive gauche de la Sprée; mais elles avaient obtenu l'une et l'autre de grands privilèges de la part des électeurs du XIV® siècle, elles avaient maintenu leur quasi-autonomie même contre Frédéric I"; aussi fallut-il leurs querelles intestines, de cité à cité et de caste à caste, pour permettre à Frédéric II, qu'elles avaient invoqué comme arbitre, de les mettre sous sa dépendance directe (1442 à 1448), et de construire entre les deux villes, dans une île de la Sprée, son château électoral, forteresse et résidence à la fois, dont quelques parties subsistent jusqu'aujourd'hui dans le palais royal des souverains de la Prusse. On s'est étonné souvent, avec quelque raison, du choix fait pour une capitale d'un emplacement disgracié par la nature, tout entouré de sables et de marais; mais la position de Berlin au centre même de la plaine do la basse Allemagne, à égale distance de l'Elbe et de l'Oder, de la Baltique et des montagnes bohémiennes, n'a probablement pas été sans quelque intluence sur le développement territorial de la monarchie des Hohenzollern.

Le frère et successeur de Frédéric II, Albert l'Achille ou l'Ulysse, était déjà d'un certain âge quand il arriva à l'électoral. Chevalier accompli selon les idées du moyen" âge expirant, jamais vaincu dans un tournoi, rarement dans un combat, il avait passé sa vie à batailler en Allemagne, en Pologne, en Prusse, en Bohême, en Hongrie, tout en employant ses loisirs à arrondir ses principautés franco-

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