‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 50 sur 168 · LES PREMIERS WITTELSBACH · texte numérisé non relu

LES PREMIERS WITTELSBACH

Le Palalinat du Rhin, tel qu'il entra dans la maison de Wiltelsbach, se composait à la fois d'alleux, de fiefs et d'avoueries, disséminés, des deux côtés du Rhin, dans le Ilundsruck, sur la Nahe, dans le voisinage de Spire et do Worms, dans TOdenwald et le long de la Bergstrasse; parmi les terres les plus anciennes qui en faisaient partie, on distinguait Caub et Bacharach sur le Rhin; l'apport de Conrad de Hohenstaufen était principalement dans la contrée du bas Neckar, où la nouvelle résidence palatine était dès lors fixée à lieidelborg-. Les premiers princes de la maison de Wittelsbach y ajoutèrent, dans le courant du xm' siècle encore, un certain nombre de possessions, par exemple Alzey dans le Nahegau, Neustadt-an-der-Hardt, Weinheim sur la Dergstrasse, et BreKen près de Bruchsal: et surtout ils lui assurèrent la dignité électorale. Dès la création de l'oligarchie des sept électeurs, les comtes palatins du Rhin y furent admis sans difficulté, peut-être comme représentants de l'ancien duché de Franconie; le duché de Bavière au contraire dut disputer au royaume de Bohême une autre des quatre voix laïques du collège électoral. Aussi longtemps que la Bavière et le Palatinat restèrent dans les mêmes mains, la question d'une voix électorale propre à la Bavière n'avait qu'une importance secondaire pour les- Wittelsbach; mais quand plus tard les deux pays se trouvèrent pour des siècles attribués à deux lignes distinctes, l'unique électoral qui en fin de compte leur eût été concédé, fut l'objet d'ardentes compétitions et de longues querellesde famille.

Le premier partage des possessions de la maison de AViltelsbach eut lieu entre les deux fils d'Otton II l'Illustre, deux ans après la mort de leur père, c'est-à-dire en 12oo, où Louis II le Sévère, laissant à son frère Henri la Basse-Bavière avec Landshut, Oetting, Burghausen, Braunau, Schaerding,. Landau, Vilshofen, Deggendorf, Bogen, Straubing et Gham, prit pour lui le Palatinat et la Haute-Bavière, avec Munich comme résidence. Mais, comme la ligne fondée par Henri

s'éteignit en 1340, après avoir donné un roi à la Hongrie dans la personne du duc Otton (1303-1308), cette première division n'exerça guère d'influence sur les destinées de la dynastie; il en fut tout autrement d'un second partage, opéré entre les descendants de Louis II le Sévère.

Les deux fils nés de ce prince et de Mathilde de Habsbourg, qui avait remplacé dans son lit la malheureuse Marie de Brabant exécutée par son ordre sur des soupçons injustes, fondèrent en effet deux lignes, la branche palatine ou rodolphine et la branche bavaroise ou ludovicienne, qui pendant cinq cents ans ont subsisté l'une à côté de l'autre, rarement amies, souvent hostiles, pour ne se confondre de nouveau qu'à la veille de la Révolution française. Dans chacune des deux lignes se sont faites dans la suite de nouvelles subdivisions, qui pour la maison palatine se sont presque indéfiniment renouvelées jusqu'à une époque fort rapprochée de nous, tandis qu'en Bavière elles s'arrêtèrent avec le XVI* siècle : nous n'avons pas la prétention de donner le détail généalogique et géographique de chacun des rameaux en particulier, mais nous tâcherons de retracer l'histoire territoriale des deux branches prises dans leur ensemble, après avoir annoncé préalablement, pour orienter quelque peu le lecteur, que la ligne cadette, bavaroise, ludovicienne, fut d'abord la plus importante grâce à la dignité impériale acquise par son fondateur, qu'elle fut primée ensuite par la ligne aînée, palatine, rodolphine, que la Bulle d'or investit seule de l'électoral, mais qu'ayant mieux concentré ses forces que celle-ci, elle lui enleva l'électoral pendant la guerre de Trente Ans; que la paix de Westphalie enfin assigna un chapeau électoral à chacune dos deux branches, qui conservèrent cette double dignité jusqu'à ce qu'en 1777 rextinction de la ligne bavaroise réunît toutes les possessions des Wittelsbach entre les mains de la ligne palatine.

Après la mort de leur père (1294), les deux fils de Louis II le Sévère, Rodolphe et Louis, régnèrent d'abord par indivis;

puis, en 1311, gardant le Palatinal on commun, ils déparLagèrent la Haule-Bavière de façon que Rodolphe résidât à Munich et Louis à Ingolstadt. Une guerre sanglante entre les deux frères suivit presque immédiatement ce partage, et leurs querelles ne cessèrent pas quand ils se furent remis en indivis pour le tout (1313); le plus puissant et le plus habile des deux, Louis, qui en 1314 avait été appelé au trône dWUemagne par une partie des électeurs, sut enlin en 1317 forcer l'autre à lui abandonner complètement le gouvernement de leur patrimoine, pour tout le temps de la guerre qu'il soutenait pour la couronne de Germanie contre Frédéric le Beau d'Autriche. Rodolphe mourut sans en voir la fin (1319); ce ne fut donc qu'avec ses fils que Louis, au retour de son expédition romaine, qui lui avait valu le titre impérial, signa à Pavie, le 4 août 1329, le traité qui pendant des siècles a été regardé comme la pragmatique sanction ou le pacte de famille fondamental entre les deux lignes issues de Louis II le Sévère, bien que certaines de ses stipulations eussent été bientôt enfreintes des deux côtés. Par cette convention solennelle, l'empereur Louis le Bavarois, comme on l'appelle communément (dans la liste des empereurs romains, il figure tantôt comme le IV, tantôt comme le V** du nom) abandonnait à ses neveux le Palalinat du Rhin et, sous le nom de Palatinal supérieur [Oberpfalz) ^ la majeure partie de l'ancien Nordgau, en se réservant tout le reste de la Haute-Bavière, avec Munich et Ingolstadt; il était stipulé en outre que les deux lignes se succéderaient éventuellement l'une à l'autre, et que l'électorat alternerait entre elles.

Par le traité de Pavie déjà, l'empereur s'était attribué la part du lion; il augmenta bien davantage encore l'inégalité des lots des deux lignes en excluant ses neveux de la succession de la Basse -Bavière, lorsqu'elle s'ouvrit en 1340 par l'extinction de la branche fondée à Landshut par leur oncle et grand-oncle Henri, et en réunissant ainsi entre ses mains le duché de Bavière entier, à l'exception des terres du Nordgau qui formaient le Palatinat supérieur. De plus, profitant

des facilités que, même dans sa déchéance, la dignité impériale procurait à ceux qui en étaient investis, il trouva moyen d'établir puissamment ses fils dans diverses contrées de l'Allemagne. Trois d'entre eux, Louis P'' le Vieux, Louis II le Jeune et Olton V le Fainéant furent successivement, entre les années 1324 et 1373, souverains du Brandebourg, tombé en déshérence par l'extinction de la dynastie ascanienne; le premier de ces princes, l'électeur Louis le Vieux, par son mariage (1342) avec la comtesse de Tyrol et duchesse titulaire de Carinthie, Marguerite Manltasche, divorcée de par autorité impériale d'avec Jean de Luxeinbourg-Bohème, entra en possession du Tyrol et éleva des prétentions sur la Carinthie ; un quatrième fils, Etienne, établi à Ravensburg, était destiné à relever l'ancien duché de Souabe; enfin les comtés ou seigneuries néerlandaises de Hainaut, Hollande, Zéelande et Frise furent assurées à ses enfants du second lit, du droit de leur mère Marguerite d'Avesnes, qui y succéda en 1345 à son frère, le comte Guillaume IV.

Mais les belles acquisitions étrangères de la branche bavaroise des ^Ittelsbach furent presque aussi promptement reperdues que gagnées; à la mort du jeune Meinhard, l'unique fils que Louis le Vieux eût eu de Marguerite Manltasche (1363), elle ne réussit pas à conserver le Tyrol, qu'elle dut laisser aux Habsbourg contre une indemnité en argent et la cession de la forteresse frontière de Kufstein-sur-l'Inn (1369); le troisième électeur bavarois de Brandebourg, Otton V le Fainéant, abdiqua entre les mains de l'empereur Charles IV (1373); et l'héritage néerlandais passa à la maison de Bourgogne, au commencement du xv'' siècle. Quant à l'idée de faire revivre au profit des 'Wittelsbach le duché de Souabe, elle avait dû être abandonnée du vivant même de l'empereur Louis, faute de revenus et d'autorité, et son successeur dans l'empire, Charles IV de Luxembourg, s'était empressé d'adjuger à la ligne palatine, par la bulle d'or de 1356, le droit exclusif à la voix électorale, qui en vertu du traité de Pavie devait alterner entre les deux branches.

L'intégrité du duché de Bavière lui-même eut grandement à souffrir de l'incapacité et des querelles domestiques des successeurs de l'empereur Louis. Dès le lendemain de sa mort (1347), ses six fils survivants se hâtèrent de partag-er l'héritag-e paternel au mépris du diplôme de 1341, par lequel il avait voulu empêcher le morcellement du duché, et ce ne fut pendant un siècle et demi que remaniement incessant des lots, jusqu'à ce qu'entin les quatre lig-nes bavaroises qui, pour le malheur de la dynastie et du pays, s'étaient constituées d'une façon durable, se fussent de nouveau fondues en une seule et même famille régnante. Nous n'entrerons pas dans le détail de l'histoire de ces quatre branches, dont les trois premières, issues du deuxième fils de Louis le Bavarois, Etienne l'Agrafé, s'établirent à Ingolstadt, à Landshut et à Munich, tandis que la quatrième, fondée par Albert, un des fils de Louis le Bavarois et de Marguerite d'Avesnes, régna à la fois à Straubing et dans les Pays-Bas; qu'il nous suffise de dire que leurs guerres de famille eurent pour résultat le plus net l'éclipsé de la Bavière au dehors et l'annulation de la puissance souveraine au dedans. Les voisins entreprirent sur leurs frontières ; la noblesse secoua l'autorité princière; les villes provinciales revendiquèrent les privilèges des villes d'empire; les é\.a.l& {Landtage) mirent les ducs en tutelle. Plus d'une tragédie domestique aussi se passa alors dans le pays bavarois, au milieu des querelles entre cousins, entre frères, ou même entre père et lils : au concile de Constance, Henri de Landshut blessa en pleine rue Louis le Barbu d'Ingolstadt, le frère de la reine de France de funeste mémoire, Isabeau de Bavière (1418); Ernest de Munich fit à Straubing noyer dans le Danube la belle Agnès Bernauer, l'épouse roturière de son fils Albert le Pieux (1435); Louis le Barbu d'Ingolstadt ne sortit de la prison où l'avait jeté son fils, Louis le Bossu, que pour tomber entre les mains de son vieil ennemi, Henri de Landshut, et pour mourir excommunié à l'âge de quatre-vingt et un ans (1447).

Cependant peu à peu les rangs des princes de la souche

ludovicienne allaient en s'éclaircissant, et du même coup s'opérait la reconstitution territoriale du duché de Bavière, D'abord s'éteignit dans les mâles la ligne de Straubing-Hollande, dans la personne de l'évoque élu de Liège, Jean sans Pitié (142o) : les comtés de Hollande, de Zéelande, de Frise et de Hainaut passèrent des mains de sa nièce Jacqueline de Bavière dans celles du duc de Bourgogne Philippe le Bon; mais le duché de Bavière-Slraubing, dont l'empereur Sigismond de Luxembourg essaya vainement de gratifier son gendre Albert d'Autriche (1426), fut solennellement abandonné par celui-ci à la descendance d'Etienne l'Agrafé, c'est-à-dire aux trois lignes d'Ingolstadt, de Landshut et de Munich (1429). Puis ce fut le tour de la ligne d'Ingolstadt (1447), dont le dernier représentant, Louis le Barbu, avait été à l'avance dépouillé par le duc de Bavière-Landshut, Henri. Enfin l'extinction de la ligne de Landshut, dans la personne du duc George le Riche (lo03), permit au duc de Bavière-Munich, Albert le Sage, resté seul prince régnant de sa ligne par la mort, l'abdication ou l'exclusion des autres fils d'Albert le Pieux et de sa seconde femme Anne de Brunswick, sinon de réunir immédiatement, du moins de revendiquer tout l'héritage bavarois.

Comme il était l'agnat le plus proche du feu duc, son droit sur Landshut et sur Ingolstadt n'était guère contestable; mais George le Riche avait pris de longue main des mesures pour le frustrer de sa succession entière, fiefs et alleux, en la faisant passer à un autre Wittelsbach, le troisième fils de l'électeur palatin Philippe l'Ingénu, qu'il avait marié en 1499 à sa fille Elisabeth. Le comte palatin Robert prit en effet possession des deux pays après la mort de son beau-père; Albert dut se contenter pour le moment de réserver ses droits par-devant l'empereur; les états proclamèrent leur neutralité jusqu'à la décision de celui-ci. Maximilien P% qui ne songeait qu'à profiter de la circonstance pour arrondir les possessions autrichiennes, fit d'abord des promesses aux deux parties, tout en posant ses conditions; mais lorsque le bouil-

lant prince palatin, impatienté par ces retards, en appela aux armes et chassa de Landshut les représentants des états, il le mit au ban de l'empire et adjugea l'héritage entier à Albert (1504). Sous prétexte d'exécuter la sentence, tous les voisins coururent sus à Robert; et comme le jeune prince mourut presque au début des hostilités (août 1504), que sa femme le suivit dans la tombe quelques semaines plus tard, la continuation de la lutte devint bientôt impossible à la maison palatine : au printemps de l'année 1505, l'électeur Philippe déclara qu'il se soumettait d'avance à l'arrêt définitif de l'empereur. Cet arrêt, rendu à la diète de Cologne de 1505 et mieux précisé à celle de Constance de 1507, maintint le duc de Bavière-Munich comme héritier principal, en n'attribuant à l'enfant de Robert et d'Elisabeth, Otton-Henri, depuis appelé le Magnanime, que la principauté de Neubourg à l'ouest d'Ingolstadt et celle de Sulzbach au nord de Ratisbonne, lesquelles furent réunies sous le nom de Jeune Palatinat [Junge Pf'alz); mais les deux maisons, palatine et bavaroise, eurent à payer à leurs voisins les frais du procès; l'empereur en particulier se fit céder par Albert de nombreuses terres en Souabe et la forte clef du Tyrol, Kufstein, que l'accord de 1369 avait laissée aux Wittelsbach.

Malgré ces cessions partielles, Albert le Sage passe à bon droit pour le second fondateur de la puissance de la branche ludovicienne des Wittelsbach. Non seulement, grâce à l'heureuse issue de li guerre de succession de Landshut, il a de nouveau réuni les principales parties intégrantes du duché de Bavière, mais il y rafTermit aussi l'autorité princière et prit les mesures les plus propres pour empêcher de nouveaux partages. A l'extinction de la vieille maison d'Abensberg, il en réunit au domaine ducal les belles possessions, situées sur le Danube entre Ingolstadt et Ratisbonne (1485); il incorpora momentanément à ses États, par une soumission volontairement consentie, la ville libre de Ratisbonne (1486 à 1492); il réduisit au devoir la noblesse bavaroise, et diminua singulièrement l'autorité des états. Mais surtout,

par sa pragmatique sanction du 8 juillet 1306 signée deux ans avant sa mort, il proclama l'unité et l'indivisibilité de la Bavière, en établissant en droit aussi la primogéniture, qu'en fait il avait fait prévaloir depuis longtemps au détriment de ses frères puînés : dorénavant ce fut la loi domestique de la maison, que les cadets eussent à se contenter de sinaples apanages ou à entrer dans les ordres. Et ainsi la Bavière, reconstituée territorialement, politiquement réorganisée, entra forte et une dans la période de la Réformation.

Elle y a joué un rôle éminent à la tête du parti catholique en Allemagne. De vieille date les AVittelsbach bavarois étaient unis au saint-siège par une animosité commune contre la Bulle d'or, qui, en même temps qu'elle limitait les droits pontificaux sur la collation de la couronne impériale, les avait, eux, exclus du collège électoral; en face de la prédication luthérienne ils resserrèrent ces liens, et, seuls parmi les grandes dynasties princières de l'Allemagne, ils persévérèrent, de concert avec les Habsbourg, dans la fidélité à l'Église romaine; leur université d'Ingolstadt, fondée en 1472, devint la grande citadelle des jésuites allemands. De là leur alliance habituelle avec la maison impériale, malgré certaines compétitions territoriales; de là le groupement autour de la cour de Munich des princes ecclésiastiques de l'Allemagne méridionale et centrale. La curie romaine ne se montra pas ingrate envers ses défenseurs attitrés : elle leur pardonna de nombreux empiétements sur les privilèges et la fortune du clergé bavarois; elle les aida à rendre presque héréditaire dans leur maison l'archevêché -électoral de Cologne (1 383-176 1); elle soutint de son influence et de son argent le coup d'État qui leur restitua la dignité électorale aux dépens de leurs cousins de la ligne palatine.

Ce fut Maximilien le Grand, le plus illustre des souverains modernes de la Bavière, qui, en profitant des péripéties de la guerre de Trente Ans, reconquit à la branche ludovicienne le chapeau électoral, dont l'avait dépouillée la Bulle d'or, et y ajoula même une partie des possessions de la branche rodol-

phine. Né en 1373, élevé par les jésuites cringolstadt sous la direction d'un père qui abdiqua en sa faveur (lo96) pour vivre trente ans encore dans une retraite monastique, Maximilien se considéra dès le début comme le soldat de la foi catliolique; il constitua pour la défendre, en face de Viinion évangélique qui avait placé à sa tète l'électeur palatin Frédéric IV, la sainte ligue, dont il fut l'âme (1609); il soutint mieux que personne, dans sa lutte avec les Bobémiens rebelles, son cousin germain l'empereur Ferdinand II, né d'une princesse bavaroise, et, comme prix de ses services, il prit une larg-e part dans la dépouille des vaincus. Après la défaite complète de l'électeur palatin Frédéric V, que la Bohême avait opposé comme roi à Ferdinand II, il se fit d'abord transmettre à vie sa dignité électorale, à la diète de Ratisbonne de 1623; puis quelques années plus tard, en 1628, un traité conclu à Munich avec l'empereur la lui assura héréditairement, et lui conféra en môme temps, en échange de ses grandes avances d'argent, primitivement hypothéquées sur l'Autriche au-dessus de l'Enns, le Palatinat supérieur et une partie du Palatinat du Rhin, comme fiefs mâles et héréditaires; les fiefs bohémiens du Ilaut-Palatinat, d'abord retenus par l'empereur, furent ajoutés au reste en 1631. La seconde moitié de la guerre de Trente Ans, moins favorable aux armes catholiques, livra la Bavière à la dévastation et à la misère; mais les traités de Westphalie n'en laissèrent pas moins au duc Maximilien l'électorat et le Palatinat supérieur (1648); il n'eut à restituer à la ligne rodolphine que le pays rhénan de Heidelberg et de Mannheim. Le long règne de Maximilien le Grand (1396-1651) fut en outre marqué par un certain nombre d'acquisitions secondaires dans les cercles de Bavière et de Souabe : au comté de Haag sur l'Inn, réuni par son aïeul en 1367, il ajouta en effet la ville libre de Donauwœrth, depuis longtemps ambitionnée par les ducs bavarois (1609), la seigneurie de Mindelheim dans l'Algau, illustrée par ses anciens possesseurs les Frundsberg (1612), la majeure partie de la seigneurie de Wiesensteig-sur-la-Fils (1643), et surtout le

landgraviat-princier de Leuchteuberg' dans le Nordgau (1650), lequel, après avoir formé momentanément une secundo-géniture, fut définitivement réuni au domaine ducal en 1714.

Les successeurs de Maximilien le Grand jusqu'à l'extinction de sa descendance n'ont guère aug^menté leurs Etats que par quelques retraits féodaux ou achats peu importants, qui les mirent en possession du reste de la seigneurie de Wiesensteig", du comté de Hohenwaldeck sur les confins du Tyrol, et des seigneuries de Breiteneck, d'Obersulzburg et de Pyrbaum dans le Nordgau; mais, à deux reprises, une ambition au-dessus de leurs forces les fit prétendre successivement aux deux monarchies habsbourgeoises, et mettre ainsi en danger l'existence même de la Bavière.

L'électeur Maximilien-Emmanuel (1679-1726) se flatta pendant quelques mois de voir son fils aîné, le prince électoral Joseph-Ferdinand-Léopold, régner sur les Espagnes, au trône desquelles l'appelait un premier testament du roi Charles II, dont il était le petit-neveu par sa mère Marie- Antoinette d'Autriche, la fille de l'empereur Léopold I" et de Marguerite-Thérèse d'Espagne; puis, quand la mort de l'enfant à l'âge de sept ans (S février 1699) eut fait évanouir cette brillante perspective, il s'allia à Louis XIV, dans l'espoir d'obtenir quelque agrandissement personnel. Mais mal lui en prit : la guerre de succession d'Espagne livra, après la bataille d'Hochstaedt, la Bavière aux troupes impériales; le grand soulèvement du peuple bavarois (170o-1706) ne servit qu'à faire mener ses fils prisonniers à Klagenfurt, sous le nom de comtes de W ittelsbach seulement, pendant que lui-même vivait dans l'exil à Versailles; l'empereur Joseph I" le mit au ban de l'empire ainsi que son frère, rélecteur de Cologne (1706), et partagea les États bavarois entre la ligne palatine, l'Autriche, les évêques, les villes libres et les princes voisins. Toute chance de restauration parut un instant si bien perdue, que Philippe V s'engagea à lui céder les Pays-Bas espagnols en guise d'indemnité (2 janvier 1712); mais le revirement de la politique anglaise,

motivé par Favènement de Charles VI à l'empire, changea la face des choses, et les deux électeurs de Bavière et de Cologne furent complètement restitués dans leurs dignités et dans leurs Etats, par les traités de Rastadt et de Baden(ni4). Un quart de siècle plus tard, ce fut sur la monarchie autrichienne que le fils et successeur de Maximilien-Emmanuel, l'électeur Charles-Albert, jeta son dévolu; après avoir brigué en vain la main de Marie-Thérèse pour son hls, plus jeune qu'elle do dix ans, il se posa comme prétendant à la succession entière de l'empereur Charles VI (1740). Il dérivait son droit, non de son mariage avec l'archiduchesse Marie-Amélie, seconde fille de Joseph I" et cousine germaine de Marie-Thérèse, mais du contrat de mariage signé en 1546 entre son aïeule au cinquième degré, Anne d'Autriche, et le duc Albert le Magnanime, dans lequel, de même que dans le testament de son père, l'empereur Ferdinand P% étaient réservés les droits de la princesse à la succession des Habsbourg, pour le cas de leur extinction dans les màlcs; il mettait en outre en avant, quant à l'Autriche et à la Souabe autrichienne, sa double qualité de successeur des ducs de Bavière guelfes et de représentant de la maison de Hohenstaufen, La fortune parut lui sourire d'abord; soutenu par les armes françaises, il envahit l'archiduché d'Autriche, se fit couronner roi de Bohème et réussit à se faire élire empereur sous le nom de Charles VII. Bientôt cependant la chance tourna; forcé d'évacuer ses conquêtes, il espéra un instant se dédommager par la création d'un royaume de Bavière, agrandi au moyen de principautés ecclésiastiques sécularisées; mais les troupes ennemies s'emparèrent de l'électoral entier, la reine de Hongrie s'y fit prêter le serment de fidélité; et si l'intervention armée de Frédéric II rouvrit le chemin de Munich au malheureux empereur qui avait cherché un refuge à Francfort-sur-le-Mein, il n'y revint que pour mourir quelques semaines après (20 janvier 1745). Son fils unique, Maximilien-Joseph, ne songea pas à continuer la lutte, et se jugea heureux de pouvoir signer avec Marie-Thérèse le traité

de Fusseii du 22 avril 1745, par lequel des deux côtés on renonçait à toute revendication territoriale. C'est avec cet électeur Maximilien-Joseph que s'éteignit la branche ludovicienne des Wittelsbacli quand, après un règne insignifiant de trente-trois ans, il vint à mourir le 30 décembre 1717, laissant comme héritier le plus rapproché son cousin au vingtneuvième degré, l'électeur palatin Charles-Théodore, qui comme lui était issu du duc de Bavière et comte palatin Louis II le Sévère, décédé près de cinq cents ans auparavant, en Tan de grâce 1294.

Avant de raconter les incidents diplomatiques et militaires que provoqua l'extinction de la dynastie bavaroise fondée par l'empereur Louis, il nous faut remonter de quatre ou cinq siècles en arrière pour lixer également à grands traits l'histoire territoriale de l'autre ligne de la maison de Wittelsbach, depuis son fondateur Rodolphe, le frère aîné de Louis, jusqu'à ce Charles-Théodore, avec lequel des provinces si longtemps séparées furent de nouveau réunies sous le même souverain. Là, bien plus encore que dans les pages précédentes, il ne saurait être question d'épuiser un sujet difficile et confus entre tous, et auquel d'ailleurs les révolutions territoriales de la fin du xvm* et du commencement du XIX* siècle ont enlevé une bonne partie de son intérêt; nous nous contenterons d'indiquer les faits principaux, tant au point de vue géographique qu'au point de vue dynastique.

Il a été dit plus haut que Rodolphe, l'aîné des fils de Louis II le Sévère, avait été plus ou moins complètement dépossédé de sa part d'héritage par son frère l'empereur Louis; que celui-ci par le traité de Pavie du 4 août 1329 avait restitué à ses neveux la petite moitié des possessions de la ligne de Haute-Bavière, en stipulant avec eux l'alternance de la dignité électorale et le droit de succession réciproque; qu'un de ces princes enfin, Robert P"" le Roux, celui qui trente ans plus tard (1386) fonda l'université de Ileidelberg sur le modèle de celle de Paris, avait obtenu pour sa branche,

par la Bulle d'or de Tannée 1356, l'exercice exclusif de la voix électorale.

Le lot primitif de cette ligne aînée, rodolphine, des Wittelsbach comprenait, en vertu du partage de Pavie, d'abord le Palatinat du Rhin tel qu'il s'était formé peu à peu dans la région du moyen Rhin et du bas Neckar (avec Ileidelberg^ Bretten, Weinheim, Neustadt-an-der-Hardt, Alzey, Bacharach, Caub, etc.), puis la majeure partie de l'ancien Nordgau bavarois, dorénavant appelé le Palatinat supérieur ou Haut- Palatinat (avec Amberg, Neumarkt, etc.). C'était en somme un établissement assez modeste, qui manqua être fort diminué encore par la vente d'une grande partie du Palatinat supérieur, que les princes palatins firent en 1353 à l'empereur Charles IV. Par bonheur, cette transaction fut presque complètement annulée, du consentement du fils et successeur de Charles, l'empereur Wenceslas, et d'autre part un certain nombre d'acquisitions plus ou moins importantes vinrent, dans le cours du xiv'' et au commenccmenl du xv" siècle, par concession impériale, donation, achat ou engagement prolongé, grossir le Palatinat du Rhin. C'est ainsi que Mosbach , Neckargemund et Sinsheim, Trifels, Annweiler et Gcrmersheim, Bergzabern, Deux-Ponts et Kaiserslautern, Oppenheim et Simmern, ainsi qu'une partie du comté antérieur de Sponheim (avec Kreuznach) devinrent des possessions de la maison palatine avant l'année 1422. Vingt ans plus tard, vers 1440, le mariage contracté en 140!> avec l'héritière de Veldenz, Anne, par Etienne, duc de Simmern, fils cadet de cet électeur Robert III dit Klem, qui dix ans durant (1400-1410) porta le titre de roi de Germanie, sans grand profit pour sa famille et sans nul profit pour l'empire, lui valut le beau comté de Veldenz sur la moyenne Moselle, la possession de Lautereck sur la Glan, et de plus la copropriété de ce qui restait de la succession sponheimienne (Trarbach, Birkenfeld, etc.), le dernier comte de Sponheim, mort en 1437, ayant institué héritiers en commun les comtes de Veldenz et les margraves de Bade; mais

ragranclissement de ce rameau cadet fut plutôt fatal qu'utile à la dynastie : le cousin de Veldenz, Louis le Noir, a été l'ennemi acharné du plus grand des électeurs palatins, Frédéric le Victorieux.

Jusqu'à l'empereur Robert, l'aïeul commun des innombrables comtes palatins des siècles subséquents, un heureux concours de circonstances avait maintenu l'indivision des territoires de la maison palatine; les partages qu'il introduisit par sa loi domestique de 1410 donnèrent tout d'abord naissance à quatre lignes princières, dont l'une du moins s'est subdivisée en un nombre très considérable de rameaux. De ces quatre lignes, issues de ses quatre fils, deux ne durèrent pas : la seconde, établie à Neumarkt dans le Palatinat supérieur, s'éteignit dès 1448 avec le comte palatin Christophe le Bavarois, arrière-petit-neveu, par sa mère Sophie de Poméranie, de la grande Marguerite de Waldemar, et comme elle roi de Danemark, de Suède et de Norvège; la quatrième, après avoir ajouté à ses possessions primitives de Mosbach et de Sinsheim dans la vallée du Neckar celles de la précédente dans le Haut-Palatinat, finit également à la seconde génération, un demi-siècle plus tard. La ligne aînée, qui avait eu en partage l'électoral et la majeure partie des terres, tant primitives que successivement acquises, du Palatinat, se continua jusqu'en 1559. Enfin la troisième, qui, comme nous venons de le voir, joignit l'héritage de Veldenz et de Sponheim à son apanage de Simmern et de Deux-Ponts, s'est continuée jusqu'à nos jours dans son rameau de Deux-Ponls-Birkenfeld, aujourd'hui maison royale de Bavière, après que trois autres de ses rameaux, ceux de Simmern, de Deux-Ponts-Neubourg et de Deux-Ponts-Sulzbach, fussent arrivés successivement à la dignité électorale, et qu'un cinquième, celui de Deux-Ponts- Kléebourg, eût occupé de lGo4 à 1718, dans la personne des trois rois Charles X Gustave, Charles XI et Charles XII, le trône de Suède, auquel l'avait appelé le mariage de la fille du roi Charles IX, Catherine, avec le comte palatin Jean-Casimir.

Parmi les successeurs directs de l'empereur Robert, le plus illustre sans contredit est Frédéric P'' le Victorieux, que ses voisins ont surnommé le méchant Fritz. Sa naissance ne l'appelait pas à l'électorat; mais en ayant pris l'administration {1449) au nom de son neveu Philippe l'Ingénu, qui n'avait qu'un an, il se le fît décerner par les états du pays, sous la double condition d'adopter l'enfant et de ne pas contracter de mariage princier. En vain l'empereur Frédéric III voulut-il l'en déposséder; en vain les princes voisins, Bade, Wurtemberg, Mayence, Veldenz, Anspacli, et bien d'autres encore, l'attaquèrent-ils de concert ou successivement; son règne fut pendant vingt-six ans (14oO-147G) une suite de guerres victorieuses, qui valurent au Palatinat des accroissements territoriaux fort considérables, augmentés encore par des achats avantageux. Fidèle à sa promesse, il laissa à son pupille non seulement l'héritage paternel, mais aussi les nombreuses et belles terres qu'il y avait jointes sur le Rhin et le Xeckar, dans les Vosges et dans la Forèt-Xoire, le long de la Bergstrasse et jusqu'en Franconie, et se contenta du comlé de Loewenstein pour le fils issu de son mariage morganatique avec la belle Claire Detten d'Augsbourg, morte le môme jour que lui. Malheureusement Philippe l'Ingénu ne sut pas maintenir le Palatinat au degré de puissance où l'avait élevé son prédécesseur. Il réunit de nouveau à l'électorat les apanages de ses cousins de Mosbach et de Neumarkt; mais, lorsqu'en 1504 il s'engagea dans la guerre de succession de Bavière-Landshut pour aider son troisième fils, le comte palatin Robert, à acquérir le splendide héritage de son beaupère le duc George le Riche, il ne put tenir tète aux nombreux ennemis convoqués contre lui par l'empereur Maximilien 1". L'arbitrage impérial, auquel il fut forcé de se soumettre, n'attribua, nous l'avons dit plus haut, au jeune Otton-Henri, l'enfant orphelin du comte palatin Robert, que les principautés de Neubourg et de Sulzbach, autrement appelées le Jeune Palatinat, et dépouilla l'électorat de la majeure partie des acquisitions de Frédéric le Victorieux. Le Palatinat mit du

temps à se remettre de cette campagne désastreuse, et jusqu'à rextinclion de la ligue électorale directe, dans la personne même d'Otton-Henri (loo9), il n'y a guère à signaler dans son histoire que l'établissement de la réforme luthérienne, qui y fut d'ailleurs beaucoup plus tardif que dans la plupart des pays voisins (1343).

Comme la branche issue du second fils de l'empereur Robert avait à ce moment disparu depuis plus d'un siècle, Télectorat passa de droit au rameau aîné de la troisième branche, qui avait pour aïeul le troisième fds de Robert, Etienne, duc de Simmern et de Deux-Ponts. Frédéric III le Pieux, le fondateur de cette nouvelle ligne électorale qu'on désigne plus particulièrement sous le nom de ligne de Simmern et qui a régné à Ileidelberg depuis 1359 jusqu'en 1683, rapporta Simmern et d'autres terres à la masse principale des territoires de la dvnastie; mais par contre il ne succéda ni dans les principautés du pays danubien, Neubourg et Sulzbach, ni dans certaines possessions rhénanes, qu'Otton- Ilenri le Magnanime avait données ou léguées au duc de Deux-Ponts, Wolfgang, chef d'un autre rameau de la branche de Simmern. Avec lui le calvinisme ne tarda pas à se substituer au luthéranisme dans tout l'électorat, et à partir de 1562 le catéchisme strictement genevois de Heidelberg y supplanta, sauf une courte interruption pendant les années 1577 à 1584, le catéchisme de Luther comme norme de la foi officielle; de là des relations multiples avec les huguenots français, auxquels la cour palatine expédia à plusieurs reprises, ouvertement ou sous main, des corps de reilres allemands; mais de là aussi une animosité fort grande des princes et des théologiens strictement luthériens de l'Allemagne septentrionale contre l'hérésie sacramenlalre du pays rhénan. Néanmoins, lorsque en 1608 un certain nombre de princes des deux confessions protestantes conclurent une union évangélique pour arrêter les empiétements des catholiques, ce fut tout naturellement l'électeur palatin Frédéric IV qui devint le directeur de l'alliance, et comme l'année suivante la sainte

ligue catholique choisit, en se conslituant, pour chef le duc de Bavière Maximilien, les représentants des deux lignes de la maison de Wittelsbach se trouvaient à la tète des deux partis religieux de l'empire, au moment où leur rivalité se changea en guerre ouverte (1618).

Aussi la première des guerres dont la succession forme ce qu'on appelle la guerre de Trente Ans, porte-t-elle le nom de guerre palatine concurremment avec celui de guerre bohémienne, car, si elle débuta en Bohème, elle finit dans le Palatinat, et les deux pays en furent également la victime. Le fils et successeur de Frédéric IV, le jeune Frédéric V, comme lui chef de l'union protestante, fut en effet, en 1619, appelé à la couronne de Bohême par les protestants du pays, révoltés contre Ferdinand II ; ils espéraient avec quelque apparence de raison que les relations de famille du nouveau roi avec le roi d'Angleterre et le stathouder des Sept Provinces Unies lui assureraient de puissants secours étrangers. Mais son beau-père, l'anglican Jacques I", et son oncle maternel, le calviniste Maurice de Nassau, lui vinrent aussi peu en aide que les plus puissants parmi les princes luthériens de l'empire. Abandonné à ses propres ressources et à sa propre incapacité, il perdit en quelques heures par la bataille de la Montagne Blanche (8 novembre 1620) sa roijauté cV hiver, et pendant qu'il allait cacher sa honte en Hollande, les armées de la ligue catholique, de l'empereur, de l'Espagne, prenaient l'une après l'autre les places fortes de ses États héréditaires; puis à la diète de Ratisbonne, le 6 mars 1623, l'empereur proclamait officiellement sa déchéance et investissait de la dignité électorale le duc de Bavière, à qui quelques années plus tard il abandonna aussi le Palatinat supérieur et une partie du Palatinat du Rhin. Les victoires de Gustave-Adolphe parurent rouvrir à Frédéric V le chemin de ses États; mais le roi de Suède lui fit des conditions inacceptables, et comme il mourut la même année que Gustave (1632), ce ne fut qu'à ses enfants que le chancelier suédois Axel Oxenstierna, obligé à plus de ménagements envers les princes allemands,

restitua, au nom de la reine Christine, le Palatinat du Rhin,, reconquis par les armes suédoises : quant au Palatinat supérieur, il resta entre les mains de Maximilien de Bavière. La paix de AVestphalie (1648) ne changea rien à cet état de choses territorial et laissa même à la dynastie bavaroise la vieille voix électorale des Wittelsbach; seulement on créa en faveur de la dynastie palatine un huitième électoral, en stipulant d'ailleurs que les deux voix électorales seraient de nouveau confondues en une seule, pour le cas de la succession de l'une des deux lignes à l'autre.

Le dernier représentant mâle du rameau électoral de Simmern fut le petit-tils de Frédéric V, l'électeur Charles, qui mourut en 1685. Les lois de l'empire appelaient à sa succession le chef du rameau de Neubourg, issu, comme tous les princes qui depuis lors ont régné dans le Palatinat, du comte palalin et duc de Deux- Ponts Wolfgang, qui pendant lesguerres de religion françaises était allé chercher la mort dansle Limousin (1569). Philippe-Guillaume, c'était son nom, prit en effet possession de l'électorat, dont il doubla ou tripla l'étendue en y réunissant de nouveau le duché de Neubourg, qui en avait été distrait en 1559 et qui s'était augmenté dans l'intervalle de la seigneurie de Staufenehrenfels, et surtout en y ajoutant la moitié de la succession de Juliers, Clèves et Berg. Nous avons raconté par le détail, à propos de la monarchie prussienne, l'ouverture de cette succession en Tannée 1609, les longues querelles dont elle fut l'objet, et son partage délinitif conclu en 1666 à Clèves entre l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume I" et le duc de Neubourg, depuis électeur palalin, Philippe-Guillaume; rappelons seulement ici que la part palatine avait' finalement compris, en dehors de la direction commune du cercle de Westphalie, le vaste duché de Juliers (avec Juliers, Duren, Remagen, Sinzig), situé à gauche du Rhin des deux côtés de la Roer, l'industrieux duché de Berg (avec Dusseldorf, Solingen, Elberfeld, Barmen), placé sur la rive droite du fleuve des deux côtés de la Wipper, et la petite seigneurie

BRANCHE PALATINE DES WITTELSBACH. d75

brabançonne de Ravenstein, située sur la rive gauche de la Meuse inférieure en aval de Grave.

Par malheur pour le Palalinat, la politique de Louis XIV, qui avait déjà fait passer sous la souveraineté française les possessions palatines en Alsace, trouva intérêt à revendiquer, les armes à la main, sinon l'éleclorat, du moins la succession allodiale du dernier électeur, pour sa sœur Elisabeth-Charlotte, mariée au frère du roi de France : l'arbitrage stipulé par la paix de Ryswyk (1G97) attribua peu de chose seulement à la duchesse d'Orléans; mais les traces de la dévastation de tout le pays rhénan voisin de l'Alsace, ordonnée par Louvois en 1689, survécurent bien des années à cette guerre, qu'on appelle indifféremment guerre de la ligue d'Augsbourg ou guerre du Palatinal, quoiqu'elle ait été faite principalement en vue d'empêcher la révolution d'Angleterre de 1Ô88.

A un autre point de vue encore, l'avènement de la ligne de Neubourg fut fatal à l'électoral : depuis le fameux soufflet donné en 1613 par l'électeur brandebourgeois Jean- Sigismond au comte palatin Wolfgang-Guillaume, père de l'électeur Philippe-Guillaume, elle était revenue au catholicisme, et malgré les promesses faites lors de son avènement, malgré les prescriptions formelles de la constitution de l'empire, elle ne tarda pas à empiéter sur les droits de la population protestante. Il en résulta de nombreuses querelles entre princes et sujets, dont l'une des conséquences fut la translation de la résidence de Heidclberg à Mannlieim. En dehors de ces obscures contestations, il n'y a à signaler sur le compte des trois électeurs palatins de la ligne de Neubourg que la réacquisition éphémère de ce que leurs prédécesseurs de la ligne de Simmern avaient pendant la guerre de Trente Ans perdu contre la Bavière. L'électeur bavarois Maximilien- Emmanuel ayant été mis au ban de l'empire comme allié de Louis XIV (1706), l'empereur Joseph I" restitua à l'élecleur palatin Jean-Guillaume son ancien rang dans le collège électoral et le Palatinat supérieur (1708); mais nous savons déjà

que les traités de Rasladt et de Baden remirent en 1714 toutes choses dans l'état antérieur à la guerre.

Le rameau électoral de Neubourg s'éteignit à son tour le 31 décembre 1742. En prévision de cet événement, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume I" avait pendant de longues années négocié avec la cour impériale pour faire passer aux Hohenzollern la part palatine de la succession de Juliers, Clèves et Berg, et son fils Frédéric II avait même dans les premiers mois de son règne fait des préparatifs militaires pour appuyer éventuellement ses prétendus droits ; mais comme, dans l'intervalle, la conquête de la Silésie était venue l'occuper tout entier, Juliers, Berg et Ravenstein restèrent unis sans contestation à l'électorat du Rhin, et passèrent avec lui au duc de Sulzbach, Charles-Théodore, à la fois fondateur et représentant unique du nouveau rameau électoral de Neubourg-Sulzbach, dont l'avènement eut pour résultat immédiat la réacquisition pour l'électorat de l'autre moitié aussi du Jeune Palalinat, le duché de Sulzbach, qui lui avait servi d'apanage jusque-là. C'est ce Charles-Théodore, également catholique, mais beaucoup plus tolérant que ses prédécesseurs, qui le 30 décembre 1777 fut appelé, en sa qualité de chef de la ligne aînée, rodolphine, palatine, de la maison de Wittelsbach, à la succession de l'électeur de Bavière Maximilien-Joseph, dernier représentant mâle de la ligne cadette, ludovicienne, bavaroise, de la dynastie.

Quelque considérable que fût le nombre de degrés généalogiques qui séparaient les deux cousins, dont l'aïeul commun était mort en 1294, les droits de Charles-Théodore à réunir les possessions des deux lignes, sauf à confondre les deux électorals en un seul, étaient incontestables; il avait pour lui le droit féodal, des pactes de famille maintes fois répétés depuis le traité de Pavie de 1329, des capitulations impériales et des traités européens. Néanmoins il s'éleva, comme d'habitude en pareil cas, une multitude de prétentions à la succession de Maximilien-Joseph. Sa sœur, l'électrice-douairière de Saxe, revendiqua les biens allodiaux, extrêmement consi-

dérables, à son compte; le duc de Mecklembourg-Schwérin réclama le landgraviat de Leuchtenbergen vertu d'une expectative impériale de l'an 1502; mais surtout l'empereur Joseph II, tant en son nom qu'en celui de sa mère Marie- Thérèse, souleva des prétentions exorbitantes, qui n'allaient guère à moins qu'à la moitié de l'héritage. Comme empereur en effet, il réclamait tous les fiefs qui avaient été inféodés à la ligne bavaroise des Wittelsbach, sans mention expresse de coinvesliture pour la ligne palatine;pour la maison d'Autriche il revendiquait non seulement une multitude de fiefs bohémiens en Bavière, mais encore toute la succession de la branche de Bavière-Straubing, en s'appuyant sur l'investiture qu'en avait jadis accordée l'empereur Sigismond à son gendre Albert d'Autriche (1426), et au mépris de la renonciation formelle de celui-ci (1429).

Vis-à-vis d'un compétiteur aussi redoutable qui, avant toute publication de mémoire juridique, faisait marcher ses soldats pour prendre possession, l'électeur palatin, qui avait cinquante-quatre ans, était sans descendance légitime, et ne songeait qu'à mourir en paix, après avoir établi convenablement ses bâtards, ne concevait même pas l'idée de résister; dès le 3 janvier 1778, c'est-à-dire quatre jours seulement après la mort de son prédécesseur, son plénipotentiaire signait à Vienne une convention, négociée depuis longtemps et ratifiée par lui-même à Munich le 14 janvier 1778, par laquelle il concédait tout ce que demandaient l'empereur et sa mère, et s'engageait même à entamer de nouveaux pourparlers pour réchange du reste de la succession. Mais les agnats les plus rapprochés, les comtes palatins de Deux- Ponts-Birkenfeld-Bischweiler, sans l'assentiment desquels, d'après les lois de l'empire et les pactes de famille, le chef de la maison n'avait pas le droit de faire des cessions de territoire, protestèrent sur l'invitation de Frédéric II, qui s'était engagé à soutenir leur protestation les armes à la main. La Prusse et l'Autriche en vinrent en effet jusqu'à la guerre (juillet 1778); mais celle-ci ne fut ni longue, ni acharnée :

nS LA PETITE-ALLEMAGNE.

Marie-Thérèse elle aussi voulait mourir en paix et ne soutenait son fils qu'à contre-cœur; la Russie et la France imposèrent leur médiation, et le traité de Teschen du 13 mai 1779 obligea l'Autriche à se contenter du quartier de l'Inn, c'est-àdire de la partie peu considérable de la Bavière située sur la rive droite de la Salza et de Tlnn, avec Braunau comme ville principale. Quant aux autres prétentions, elles furent rachetées par de l'argent ou par des privilèges impériaux, et Charles-Théodore, qui n'avait pas tiré l'épée dans la guerre engagée en sa faveur, se trouva de la sorte maintenu presque malgré lui dans la possession de l'héritage bavarois, dont le traité de Teschen garantit en outre formellement la succession éventuelle à ses cadets de Deux-Ponts.

L'existence du nouvel électoral de Palatinat-Bavière, ainsi constitué par la réunion des deux Etats principaux de la maison de Wittelsbach, fut remise en question quelques années plus tard par une nouvelle tentative de Joseph II. Toujours préoccupé de son projet d'arrondir la monarchie autrichienne en y annexant la Bavière, il négocia à Munich en janvier 1785 avec Charles-Théodore un traité d'échange, par lequel, contre la Bavière, le Palalinat supérieur, le Jeune Palatinat et le landgraviat de Leuchtenberg, il lui promettait un royaume d'Austrasie ou de Bourgogne, comprenant la totalité des Pays-Bas autrichiens, sauf le Luxembourg et le Namur. Mais cette fois-ci encore la protestation commune du duc de Deux-Ponts et de Frédéric II fit tout échouer, même sans guerre, ni traité; l'empereur interpellé assura qu'il ne prétendait pas imposer l'échange; les agnats palatins déclarèrent qu'ils n'y consentiraient pas volontairenîent; et les choses n'allèrent pas plus loin.

Charles-Théodore vécut assez pour voir les possessions de sa maison situées sur la rive gauche du Rhin envahies par les armées de la Convention et incorporées par le Directoire au territoire de la République française; mais il mourut (16 février 1799) avant d'avoir obtenu les indemnités qu'il

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