‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 52 sur 168 · L ÉLEGTORAT DE PALATINAT-BAVIÈRE · texte numérisé non relu

L ÉLEGTORAT DE PALATINAT-BAVIÈRE

Allemagne par la suite des siècles, n'hésita pas à l'abandonner quand la fortune lui devint contraire. Mais sa défection lui fut mal payée par ses nouveaux alliés, et la circonscription définitive, actuelle, que lui assignèrent les traités de 1815, fut moins favorable à ses intérêts que celle que lui avaient donnée les derniers remaniements napoléoniens. Cela dit tout d'abord, nous allons examiner la longue série des modifications territoriales de la monarchie des Wittelsbach durant les premières années du xix" siècle.

Dès que la cession à la République française de la rive gauche dû Rhin, admise en principe à Campo-Formio et à Rastadt, fut devenue définitive par la paix de Lunéville, le cabinet de Munich se hâta de conclure avec la France le traité particulier de Paris du 24 août 1801, destiné à sauvegarder ses intérêts dans la répartition des indemnités, et en effet, la convention de Paris du 24 mai 1802, que le recez principal de la députation d'empire du 25 février 1803 enregistra purement et simplement, lui fit la part assez belle. En échange de l'abandon fait à la France et au nouvel électoral de Bade, non seulement des pays palatins placés à l'ouest du Rhin, mais encore du reste du Palatinat du Rhin situé sur la rive droite du fleuve, elle lui assignait un ensemble d'évêchés, d'abbayes, de villes et de villages libres supérieur en superficie et en population aux provinces cédées, et de plus situé dans le voisinage immédiat de la Bavière proprement dite. Les pays auxquels renonçait l'électeur Maximilien- Joseph, Palatinat du Rhin, Juliers, Simmern, Yeldenz et Lautereck, Lautern, Deux -Ponts, Sponheim, la Petite- Pierre, Bischweiler, Ribeaupierre, Ravenstein, Bergen-op- Zoom, Wynnendal et Saint-Michel-Gestel, étaient évalués à 700 000 âmes environ, sur 12 000 kilomètres carrés; il recevait par contre, en fait d'évêchés, les deux magnifiques prélatures franconiennes de Wurzbourg et de Bamberg, puis celles d'Augsbourg et de Frisingue en entier et celles de Passau et d'Eichstœdt en partie; bon nombre d'abbayes souabes, parmi lesquelles nous citerons Kempten, Elchin'gcn,

Irsée, Ursperg, Kaisersheim, Roggenburg, Wettenhausen, Soefflingen, Saints-Ulric-et-Afra à Augsbourg; les quinze villes libres d'Ulm, Nœrdlingue, Rothenburg-sur-Tauber, Memmingen, Dinkelsbuhl, Ravensburg, Schweinfurl, Kempten, Windsheim, Kaufbeuern, "NVangen, Leutkirchen, Weissenburg-im-Nordgau, Buchhorn et Bopfingen; enfin plusieurs villages immédiats d'empire, comme Gochsheim, Sennfeld et les gens libres de la Leutkircher-Heide; en tout près de 17 000 kilomètres carrés avec 900 000 sujets. Les trois villes de Dinkelsbuhl, ^yindsheim et Weissenburg-im-Nordgau furent, quelques mois plus tard, par un traité de rectification de frontières (30 juin 1803), rétrocédées à la Prusse pour être incorporées à ses principautés franconiennes; mais au bout de peu d'années elles revinrent à la couronne de Bavière, avec ces principautés elles-mêmes.

Les empiétements de la République française sur l'Empire germanique en général, et sur chacun des princes de la rive gauche du Rhin en particulier, s'étaient donc finalement soldés en faveur de la Bavière par un arrondissement qui n'avait rien d'exorbitant, mais qui à tout égard était avantageux pour elle. Les grandes victoires de l'empereur Napoléon P*" sur l'Autriche se traduisirent pour elle par des acquisitions beaucoup plus considérables, des échanges beaucoup plus fructueux encore. Au moment ovi se préparait la guerre de la troisième coalition, la cour de Munich, où le ministre Montgelas exerçait l'influence prépondérante, se décida pour l'alliance française : dès le 2i août 1805, par un traité dont la date fut plus tard officiellement reportée au 23 septembre, c'est-à-dire après l'invasion du territoire bavarois par les troupes autrichiennes, elle se mit sous la protection de Napoléon. Cette protection ne lui fît pas défaut; la capitulation d'Ulm délivra la Bavière de l'occupation ennemie; la bataille d'Austerlitz lui enleva toute crainte d'un retour offensif des Austro-Russes; la paix de Presbourg du 26 décembre 1805 et les arrangements subséquents lui assignèrent une indemnité de guerre tout à fait exceptionnelle. L'empereur Fran-

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(^ois II et son frère l'archiduc Ferdinand qui, de grand-duc de Toscane, était en 1803 devenu électeur de Salzbourg-, durent en effet lui céder : le premier, le Tyrol entier, tant allemand qu'italien, avec les évêchés incorporés de Trente et de Brixen, le Vorarlberg-, Hohenembs, Rhœzuns, Burgau, Tettnang, Langenargen, ainsi que la ville et l'abbaye de Lindau et le comté de Kœnigsegg-Rothenfels récemment acquis à prix d'argent par l'Autriche; le second, les portions des évêchés de Passau et d'Eichsla'dt qui lui avaient été attribuées en 1803, tandis qu'en échange la Bavière ne rétrocéda que l'évèché de Wurzbourg à l'électeur de Salzbourg- Toscane. Maximilien-Joscph conclut un marché moins léonin en échangeant son duché de Berg, dont Napoléon I" voulait gratifier son beau-frère Joachim Murât, contre la principauté d'Anspach que la Prusse venait de céder à l'empereur des Français par la convention de Schœnbrunn du 15 décembre 1805; mais son tout-puissant allié lui donna comme épingles la ville libre d'Augsbourg et les territoires de la noblesse immédiate compris dans les limites de ses Etats, et de plus il changea son chapeau d'électeur en une couronne royale. Au total, la Bavière gagnait à tous ces arrangements 27 000 ou 28 000 kilomètres carrés et environ GOO 000 âmes ; elle avait peu à regretter la cession de la lointaine province de Berg, davantage celle du riche évêché de Wurzbourg, complètement situé à sa portée; elle s'applaudissait avec raison de l'acquisition d'Augsbourg, vieux centre d'industrie et de commerce ; elle trouvait dans la principauté d'Anspach une indemnité très suffisante pour Wurzbourg, et la réunion du Tyrol comblait un des vœux les plus anciens et les plus vifs de la dynastie de Wittelsbach.

Ce fut le 1" janvier 1806 que le nouveau roi de Bavière Maximilien P'' Joseph prit solennellement possession de son titre royal. Quinze jours plus tard, une alliance de famille le rattacha de plus près encore à l'empereur des Français, en présence duquel fut célébré à Munich, le 13 janvier 1806, le

mariage de son fils adoptif Eugène de Beauharnais, alors vice-roi d'Italie et depuis duc de Leuchtenberg, avec la princesse Auffuste-Amélie, fille aînée de Télecteur-roi. Au bout de six autres mois, le 12 juillet 1806, celui-ci entrait dans la Confédération du Rhin, dont il allait être le membre le plus important, et tirait de nouveaux profits territoriaux de cette création napoléonienne, destinée à remplacer le saint-empire romain de nation germanique. De par la volonté souveraine de son protecteur, l'empereur des Français, il fut en effet procédé à un apurement général de frontières entre les Etals des princes admis à en faire partie : le roi de Bavière eut à céder au Wurtemberg la seigneurie de Wiesensteig; mais par contre il fut autorisé à incorporer à ses États Nuremberg, l'illustre ville libre du moyen âge, dont les dépendances usurpées par la Prusse en 1798 étaient déjà bavaroises depuis l'acquisition d'Anspach, et de plus un nombre considérable de petits territoires livrés à la médiatisation. La principauté de Scliwarzenberg, les comtés de Sternstein, de Castell et (l'Edelstetlen, les seigneuries de Speckfeld, de Wiesentlieid et de Tannhausen n'avaient qu'une importance médiocre; les possessions beaucoup plus considérables des princes de Tour-et-Taxis et des princes de liohenlohe n'étaient qu'on partie attribuées à la couronne de Bavière; mais l'annexion des terres du prince et des comtes Fugger lui donnait 43 000 nouveaux sujets, celle de la principauté dOettingen même 60 000.

Dans la nouvelle guerre austro-française de 1809, la Bavière eut à faire des efTorts considérables pour maintenir la position que lui avaient faite les traités antérieurs. Envahie par les Autrichiens, puis délivrée de leur présence par la victoire de JSapoléon P*" à Eckmuhl, elle dut à la fois combattre l'insurrection du Tyrol, soulevé plus encore contre l'administration moderne qu'on lui avait imposée qu'en faveur de sa vieille dynastie, et fournir un contingent notable à la grande armée qui, quelque temps tenue en échec par l'archiduc Charles, finit par triompher à Wagram. Pendant la

campagne Napoléon avait parlé de rendre sa fidèle alliée assez forte pour résister sans secours étranaers à de nouvelles attaques autrichiennes; la paix de Vienne du 14 octobre 1809, commentée par le traité franco -bavarois de Paris du 28 février 1810, ne répondit guère à ce programme. La Bavière s'y enrichissait, il est vrai, aux dépens de l'Autriche, des anciennes principautés ecclésiastiques de Salzbourg- et de Berchtolsg:aden, du quartier de FJnn que l'électeur Charles- Théodore avait cédé à Marie-Thérèse en 1779, et d'une partie du quartier de tout temps autrichien du Hausruck; l'empereur des Français lui abandonnait en outre la principauté de Ratisbonne (c'est-à-dire l'ancien évêché et l'ancienne ville libre de ce nom), remise entre ses mains par le prince-primat, et le marg'raviat de Baireuth, resté à sa disposition depuis la paix de Tilsit; mais par contre Maximilien-Joseph s'eng-ageait à céder 280 000 à 300 000 âmes, dans le Tyrol italien, au royaume d'Italie et aux provinces franco-illyriennes, et 170 000 autres âmes, en Souabe et en Franconie, à différents princes de la Confédération du Rhin. En suite de ces stipulations, une série de conventions sig'nécs dans le cours de l'année 1810 livrèrent à Napoléon I", roi dTtahe et empereur des Français, le Tyrol italien entier, avec l'évêché de Trente, une partie de celui de Brixen et la seigneurie de Rhœzuns; au grand-duc de Wurzbourg-, le territoire de Schweinfurt; au roi de Wurtemberg, les villes et territoires d'Ulm, Ravensburg, Wangen, Leutkirchen, Buchhorn et Bopfingen, les gens libres de la Leutkircher-Heide, la seigneurie de Tettnang et quelques parcelles du margraviat d'Anspach. Le gain net de la Bavière se trouvait ainsi réduit à 200 000 âmes environ, et les rétrocessions exigées démontraient trop clairement le peu de stabilité des donations napoléoniennes.

L'enthousiasme pour l'alliance française, déjà refroidi par la conviction que Napoléon I" n'augmenterait pas indéfiniment son vassal bavarois, disparut complètement après la campagne de Russie, d'où il ne revint que 2 000 hommes sur un corps de 30 000; le prince héréditaire Louis avait d'ail-

leurs toujours été partisan d'une politique antifrançaise. Aussi y eut-il, dit-on, dès le printemps de 4813, des pourparlers avec la Russie et la Prusse; mais, renvoyé à FAutriclie, que les puissances engagées dans la sixième coalition avaient chargée de s'entendre avec les princes de l'Allemagne méridionale, le cabinet de Munich hésita longtemps à conclure, à cause des provinces autrichiennes qu'il détenait et dont il ne voulait se dessaisir que contre des équivalents à sa convenance; seulement, par mesure de prudence et pour être prêt à toutes les éventualités, il garda son armée sous sa main, sous le prétexte de garantir la Bavière contre une invasion autrichienne. Enfin à l'automne, dix jours avant la bataille de Leipzig, il fit le pas décisif : le 8 octobre 1813, à Ried dans le quartier de l'Inn, les généraux belligérants bavarois et autrichien, comte de Wrede et prince de Reuss, signèrent un traité préliminaire d'alliance entre les deux puissances, auquel accédèrent ensuite la Russie et la Prusse. Par ce traité, cause première de longues contestations, le roi de Bavière se faisait garantir la jouissance libre et paisible, ainsi que la souveraineté pleine et entière, de ses Etats, ou du moins, d'après la teneur des articles secrets, un dédommagement complet pour les rétrocessions qu'il serait dans le cas de faire à l'Autriche : cette indemnité, calculée sur les proportions géographiques, statistiques et financières des provinces cédées, devait être à la convenance de la Bavière, et former avec elle, ce sont les termes textuels de l'acte, « un contigu complet et non interrompu »; une clause particulière stipulait qu'elle ne pourrait être fixée que par un arrangement de gré à gré entre les deux hautes parties contractantes. Complètement rassuré par des engagements si précis, le roi Maximilien -Joseph lança sa déclaration de guerre contre la France le 14 octobre 1813, et dirigea immédiatement son armée sur le bas Mein pour couper la retraite à l'armée française, battue à Leipzig; il fallut que Napoléon 1" passât sur le corps aux Bavarois à Hanau (30 octobre 1813) pour qu'il pût regagner Mayence et Paris.

Malgré ces preuves de bon vouloir, continuées pendant toute la campagne de France, la situation de la Bavière se trouva fort délicate après la chute de son ancien protecteur, qu'elle avait aidé à renverser; personne ne niait son droit à une indemnité complète pour les pays que l'Autriche était décidée à reprendre, mais la difficulté était de la trouver. On eut un instant l'idée de transférer les Wittelsbach en Italie, en laissant la Bavière entière aux Habsbourg; puis, revenant à des idées plus pratiques, les ministres autrichiens et bavarois signèrent à Paris, le 3 juin 1814, une convention secrète, commentaire à la fois et application des articles secrets du traité de Ried. En vertu de cet accord, la Bavière restituait immédiatement à l'Autriche le Tyrol bavarois et le Vorarlberg, en échange du grand-duché de Wurzbourg et de la principauté d'Aschaiïenbourg; elle s'engageait de plus à lui céder le duché de Salzbourg (à quelques villages près), le quartier de l'Inn et la partie bavaroise du quartier du Hausruck, contre des équivalents complets; de son côté, l'Autriche promettait d'employer ses meilleurs offices : d'une part, pour faire entrer dans le lot bavarois des possessions aussi étendues que possible sur la rive gauche du Rhin, dont Mayence, et sur la rive droite du fleuve les anciens territoires palatins; d'autre part, pour faciliter des arrangements de cession ou d'échange destinés à établir des communications plus directes entre les provinces bavaroises.

Les intérêts des deux puissances se trouvaient ainsi conciliés; mais quand on arriva à l'exécution, les États aux dépens desquels le nouveau lotissement de la Bavière devait se faire, Bade, Wurtemberg, Hesse-Darmstadt et Nassau, opposèrent au projet austro-bavarois leurs traités d'accession à la grande alliance, qui leur garantissaient leur intégrité territoriale. Malgré leurs réclamations on voulut passer outre, et une convention signée à Vienne le 23 avril 1815 par les ministres d'Autriche, de Russie, de Prusse et de Bavière, sous la coopération du ministre de la Grande-Bretagne, attribua à la Bavière une série de bailliages wurtembergeois, fuldois et

hessois, la principauté d'Isenburg, le cercle badois de Mein- ■et-Tauber en entier, celui du Neckar en partie, et lui garantit en outre la réversion de toutes les parties badoises de l'ancien Palatinat du Rhin pour le cas de défaut d'héritier mâle dans la dynastie régnante du grand-duché de Bade. Mais la protestation énergique des Etats intéressés, de Bade principalement, l'empêcha de sortir son effet; elle ne fut pas ratifiée, n'entra pas dans l'acte final du Congrès de Yienne, dont elle devait faire partie intégrante, et comme d'un autre côté la Bavière refusa catégoriquement d'accepter comme dédommagement les territoires encore vacants des deux côtés du Rhin, parce qu'ils ne répondaient pas à la stipulation expresse de contiguïté avec ses autres provinces, les choses restèrent en suspens. L'acte final du 9 juin 1815 se contenta de constater que Wurzbourg et Aschaffenbourg avaient passé à la Bavière, le Tyrol et le Vorarlberg à l'Autriche; la première resta provisoirement en possession du Salzbourg, des quartiers de rinn et du Hausruck, la seconde occupa provisoirement les territoires vacants des deux côtés du Rhin.

Ni à Munich, ni à Vienne cependant on n'avait renoncé à la combinaison projetée, pour laquelle les ministres des grandes puissances restaient favorablement disposés; on lit, en effet, au protocole des conférences des Ci7iq du iOjuiniSlo, que les puissances prenaient l'engagement formel, quoique secret, d'appuyer l'Aulriche dans toutes ses négociations futures avec la Bavière pour récupérer le Salzbourg, les quartiers de l'Inn et du Hausruck, et qu'elles assuraient éventuellement à la cour impériale la réversion du Palatinat (à l'exception des parties cédées à la Prusse), ainsi que celle du Brisgau, comme moyen de compensation dans les arrangements futurs ; cinq mois plus tard encore, des stipulations identiques étaient insérées dans le protocole du 20 novembre 1815, annexé au second traité de Paris.

S'appuyant sur cette approbation formelle de leurs plans, les deux cabinets intéressés conclurent à Munich, le 14 avril 1816, un nouveau traité, par lequel la Bavière acceptait, en

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échange du Salzbourg et des quartiers de l'Inn et du Hausruck définitivement rétrocédés à rx^utriche, les districts à la gauche et à la droite du Rhin, que le Congrès de Vienne avait laissés à la disposition de celle-ci, même quelque peu diminués au profit delà Prusse parles stipulations du 20 novembre 1815, mais d'autre part augmentés de Landau enlevé à la France, et surtout sous la double condition d'un léger arrondissement à obtenir de Darmstadt et de Bade, et d'une indemnitépour le désistement au principe de contiguïté stipulé à Ried : or, d'après les articles additionnels et secrets, cette indemnité devait, comprendre immédiatement le cercle badois de^ Mein-et-Tauber, et, pour le cas d'extinction de la ligne directe et masculine du grand-duc régnant de Bade, la partie du Palatinat du Rhin dite cercle du Neckar; jusqu'à la réalisation de cette dernière éventualité, l'Autriche s'engageait à payer à la Bavière une rente annuelle de 100 000 florins. Mais, quoique en signant le traité de Munich le cabinet de Vienne se fût fait fort d'obtenir l'assentiment de ses hauts alliés, il ne parvint pas à faire prévaloir ses volontés dans le sein de la commission territoriale de Francfort, chargée de résoudre les questions litigieuses laissées indécises par le Congrès de Vienne; les préparatifs de guerre faits par le grand-duché de Bade pour défendre son intégrité et l'explosion de l'opinion' publique en sa faveur empêchèrent la diplomatie européenne d'appuyer vigoureusement une combinaison à laquelle, au fond, elle ne tenait guère, et en fin de compte le recez général de Francfort du 20 juillet 1819, tout en reproduisant les articles patents du traité austro-bavarois, réduisit l'indemnité bavaroise pour le désistement au principe de contiguïté à la rente en argent de 100 000 florins, rendue perpétuelle.

Parsuite de cet échec définitif, la reconstitution du royaume de Bavière par les traités qui ont suivi la chute de Napoléon P"" se résume dans les termes suivants : il avait rétrocédé toutes ses grandes acquisitions autrichiennes, le Tyrol, le Vorarlberg, le quartier de l'Inn, la partie bavaroise du quartier du Hausruck et le Salzbourg, en ne conservant que l'ancienne:

prévôté de Berchtolsgaden, que les nég-ociateurs autrichiens de 1814 avaient oublié de mentionner expressément dans la liste des renonciations bavaroises, et dont plus tard le cabinet de Munich refusa obstinément de se dessaisir; en échange il s'était annexé Wurzbourg-, qu'il avait déjà possédé de 1803 à 1 805, AschafTenbourg-, qui était le dernier reste de l'ancien électoral de Mayence, quelques parcelles de territoire ci-devant fuldoises (comme Hammelburg-, Bruckenau), hessoises (comme Miltenberg, Amorbach), autrichiennes (Hedwitz) et badoises (Steinfeld dans l'ancien comté de Wertheim), puis enfin, sur la rive gauche du Rhin, la majeure partie du département du Mont-Tonnerre et quelques cantons des départements de la Sarre et du Bas-Rhin (avec Kaiserslautern, Deux-Ponts, Bergzabern, Germersheim, Neustadt-an-der-Hardt, Frankenthal, Pirmasens, Spire et la forteresse fédérale de Landau), c'està-dire des pays qui, en bonne partie du moins, avaient avant la Révolution appartenu à la maison palatine.

De 96 000 kilomètres carrés et de 3 800 000 habitants, qu'il comptait en 1812, il était redescendu à 76 500 kilomètres carrés et à 3 400 000 habitants; de plus il se composait dorénavant de deux masses territoriales, d'étendue fort différente, que séparaient l'une de l'autre les grands-duchés de Bade et de Hesse-Darmstadt : à l'est, la Bavière proprement dite et le Palatinat supérieur, la Franconie et la partie bavaroise de la Souabe couvraient 70 oOO kilomètres carrés ; à l'ouest, la Bavière rhénane n'en comprenait que 6 000. Malgré cette double infériorité de la Bavière de 1819 vis-à-vis de la Bavière de 1812, elle n'en restait pas moins fort supérieure, comme superficie, comme population, et même comme arrondissement, à l'ancien électoral de 1789; des huit provinces ou régences {Regierungsbezirké) qui se la partageaient dorénavant, avec des noms et, autant que possible, des délimitations historiques, il n'y avait que les quatre premières, Haute-Bavière, Basse-Bavière, Palatinat du Rhin et Haut-Palatinat-Ratisbonne, qu'on pût qualifier d'anciennes; les quatre autres, Haute-Franconie, Moyenne-Franconie,

Basse-Franconie-Aschatïenbourg et Souabe-Neubourg' étaient presque entièrement d'acquisition récente.

La monarchie bavaroise, à laquelle son premier roi octroya en 1818 une constitution commune, était entrée dès le 8 juin 1815 dans la nouvelle Confédération germanique, que son opposition principalement , avec celle du Wurtemberg , empêcha d'être aussi unitaire qu'on l'eût désiré à Vienne et à Berlin. Pendant le demi-siècle qui suivit, elle se crut plus d'une fois, en sa qualité de premier des États secondaires, appelée à grouper autour d'elle la Petite-Allemagne entière et à jouer ainsi le rôle de puissance pondératrice entre l'Autriche et la Prusse; mais la triade r/ermanique ïut et resta une simple théorie, les petits États ne se souciant pas de se subordonner au cabinet de Munich, et les deux grandes puissances, rivales pour tout le reste, ayant toujours été d'accord pour ne pas admettre un troisième coparlageant de rinlluencc directrice. La dissolution de la Confédération germanique lui donna nominalement une autonomie politique complète, et le traité austro-prussien de Prague du 23 août 1866 l'autorisa même à fonder avec les autres Etats de l'Allemagne méridionale une nouvelle union, à la tête de laquelle l'eût naturellement placée le chiffre de sa population; mais en fait elle se trouva, comme ses voisins, placée sous l'hégémonie prussienne par les traités d'alliance offensive et défensive d'août et de septembre 1866, qui, en temps de guerre, assuraient au roi de Prusse le commandement des armées méridionales, et l'union du Sud resta à l'état de projet, sans même arriver à être sérieusement discutée. Enfin les événements de l'année 1870 ont ajouté le nom à la chose, en agrégeant les États du Sud à l'union prussienne du Nord, dans un empire allemand dont le roi de Prusse est le chef et le roi de Bavière le premier vassal.

Quant aux modifications territoriales du royaume des Wittelsbach, elles ont été, pendant les soixante-quinze dernières années, fort insignifiantes. Nous n'en avons absolument aucune à enregistrer pendant les deux règnes artistiquement

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et scientifiquement remarquables de Louis P' (1 825-1848) et de Maximilien II (1848-1864), la royauté lointaine du fils de l'un et du frère de l'autre, Otton l", qui fut roi des Hellènes de 1832 à i8G2, n'ayant eu qu'un intérêt dynastique; celles qu'entraîna à sa suite, sous le règne du jeune roi Louis II (1864-1886), la guerre allemande de 1866, se réduisirent à quelques rectifications de frontières, consenties au profit de la Prusse. La cour de Munich, avant de s'y engag-er comme alliée de l'Autriche, s'était fait garantir par celle-ci des compensations territoriales éventuelles, qu'on aurait prises sans doute sur le grand-duché de Bade; mais la prompte et entière victoire de la Prusse mit bon ordre à ces velléités d'annexions; la Bavière, menacée d'abord de perdre les anciennes principautés brandebourgeoises en Franconie, dut s'estimer heureuse de n'avoir à céder, par le traité de Berlin du 22 août 1866, que quelques districts de la Basse-Franconie (Orb près Gelnhausen et Gersfeld près Fulde) et l'enclave de Caulsdorf près Saalfeld, en tout ooO kilomètres carrés et 33 000 âmes. Le royaume de Bavière se trouve aujourd'hui, du fait de cette cession, réduit à 75 863 kilomètres carrés, sur lesquels le recensement du 1" décembre 1890 a compté 5 595 000 habitants.

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