SAXE, REUSS, SCHWARZBOURG, ANHALT
De même que le nom de Bavière, celui de Saxe désigne une des anciennes tribus nationales et un des duchés primitifs de la Germanie; mais, tandis que le royaume moderne de Bavière comprend la majeure partie du vieux pays bavarois, les États que nous appelons aujourd'hui saxons n'ont que peu de chose de commun avec la Saxe de la première moitié du moyen âge, que représentent en réalité les provinces prussiennes de Westphalie et de Hanovre avec leurs enclaves. Les duchés de Saxe de la g'éog'raphie contemporaine sont situés dans l'ancienne Thuringe; le royaume correspond en grande partie à l'ancienne marche misnienne et se compose presque exclusivement de contrées qui pendant des siècles ont appartenu aux Slaves. C'est que la maison de Weltin, qui est la maison de Saxe des temps modernes, n'a guère succédé qu'au titre des anciens ducs de Saxe; par ses possessions elle se rattache bien plutôt aux marg-raves de Misnie et aux landgraves de Thuringe. Néanmoins il est convenable de suivre d'abord le vieux nom saxon à travers le moyen âge, avant d'exposer l'histoire territoriale de la dynastie sur laquelle il s'est définitivement fixé.
La Saxe de l'époque barbare, celle qui fut subjuguée par Charlemagne, s'étendait, comme nous l'avons vu précédem- T. n. 13
ment, sur la majeure partie de la Germanie septentrionale, depuis le bas Rhin ou du moins depuis son voisinage immédiat jusqu'à la basse Elbe ou même jusqu'à l'Eider, et depuis les sources de la Lahn et le cours de l'Unstrut jusqu'aux marches frisonnes de la mer du Nord. Elle s'agrandit encore de la Thuringe proprement dite et d'une partie do la Frise sous sa première dynastie ducale, celle des Ludolfingiens, qui, fondée par Ludolfe, le fils, dit-on, du comte ou marquis Ecbertet d'une cousine de Charlemagne, aflermitet rendit héréditaire son pouvoir sous Otton l'Illustre, le gendre du roi Arnulf, et fut en 919, comme une juste récompense de sa lutte presque séculaire contre les Slaves et les Normands, élevée à la royauté en Germanie dans la personne de Henri P"" l'Oiseleur.
Aussi longtemps que régnèrent les princes saxons issus de celui-ci, la Saxe fut le centre de leur empire, le point d'appui de leur domination en deçà et au delà des Alpes. Mais déjà le fils du premier roi, Otton le Grand, tout en se réservant les vastes possessions allodiales de sa maison, y confia en 960 ou en 961, c'est-à-dire au moment même où il s'apprêtait à aller prendre la couronne impériale à Rome, la dignité ducale à Hermann Billung ou Billing, le hdèle compagnon de ses travaux. Sous Hermann et quelque temps encore après sa mort, l'ascendant des armes saxonnes fut maintenu vis-àvis des populations païennes voisines, et les Slaves riverains de l'Elbe furent une première fois incorporés à la Saxe et convertis au christianisme; mais à cette période glorieuse en succéda une autre qui le fut beaucoup moins : battu en brèche par les populations wendes de l'est dès la fin du x« siècle, le duché de Saxe se trouva bientôt, par l'avènement au trône de la dynastie franconienne (1024), en opposition latente ou déclarée avec la royauté germanique; si, malgré des guerres sans cesse renouvelées, l'empereur Henri IV ne réussit pas à dompter les Saxons, du moins il les occupa assez pour que, au moment où mourut le dernier des Billung, Magnus (1106), les frontières orientales du duché fus-