LES DEUX GRANDES LIGNES WETTLMENNES
Ernest, en sa qualité d'aîné, eut en préciput Félectorat avec le cercle de AVittenberg-. Le reste fut divisé en deux moitiés égales, l'aîné parlag-oant et le cadet choisissant, d'après les prescriptions du droit saxon. On peut dire en termes généraux, et en faisant abstraction des anciennes dénominations d'Osterland et de Pleissnerland, qui n'avaient plus de signification politique, qu'Albert eut pour lot principal la majeure partie de la Misnie, avec Dresde, Pirna, Meissen, Freiberg-, Chemnitz, Leipzig-, AVeissenfels, en laissant à Ernest la majeure partie de la Thuring-e et les possessions franconiennes, avec Eisenach, Gotha, Weimar, léna, Orlamunde, Saalfeld, Neustadt, Altenbourg-, Zwickau, Gobourg-, Hildburghausen ; mais de même qu'ils se titrèrent ducs de Saxe tous les deux et g-ardèrent en commun certains droits, l'exploitation des mines par exemple, ils laissèrent subsister réciproquement de nombreuses enclaves dans leurs territoires : si ce fut pour rendre une guerre de famille plus difficile, ils se trompèrent, car les querelles subséquentes entre les deux lignes eurent, en partie du moins, pour cause ces relations trop compliquées.
La branche aînée ou ernestine a marqué sa place dans l'histoire universelle par la protection qu'elle accorda au protestantisme naissant, sous les deux fils d'Ernest, Frédéric III le Sag-e et Jean le Constant, puis sous le fils du second, Jean-Frédéric le Magnanime : elle y perdit, il est vrai, Félectorat et une partie notable de ses Etats. On sait sufhsamment que ce fut à l'université de Wittenberg-, fondée en 1502 par Frédéric le Sage par jalousie pour l'université albertine de Leipzig, que l'augustin Martin Luther enseig-na depuis I0O8 la philosophie et la théologie; que ce fut dans cette même ville qu'il afficha le 31 octobre 1517 ses 95 propositions et brûla le 10 décembre 1520 la bulle d'excommunication du pape Léon X; mais rappelons la part que les trois électeurs, ses souverains successifs, prirent à son audacieuse entreprise. Le prudent Frédéric se contenta de garantir la personne de son savant docteur contre les effets matériels-
206 LA PETITE-ALLEMAGXE.
des décrets pontificaux et impériaux : lorsque Charles-Quint, qui ne devait la couronne de Germanie qu'au refus qu'il en avait fait pour lui-même, eut prononcé là Worms le ban de l'empire sur le moine rebelle, il lui donna asile dans son château de la Wartbourg-. Jean le Constant se fît le propagateur avoué de la Réforme, et en signant la ligue de Smalcalde il se déclara prêt à la défendre même par Tépée. Jean- Frédéric, aussi borné qu'honnête, ne sut en être que le martyr, et quand, dans la première guerre de religion allemande, la bataille de Muhlberg (24 avril 1547) et la capitulation de AVittenberg (19 mai 1547) eurent mis sa personne et ses États entre les mains de l'empereur, il fut dépouillé du chapeau électoral au profit de son cousin Maurice, dont l'alliance avec Charles-Quint semblait devoir ruiner la cause protestante, mais qui tout au contraire, par une volte-face audacieuse de sa politique sans scrupules, ne tarda pas à en devenir le champion victorieux.
La ligne cadette ou albertine, qui dans la personne de Maurice arriva à l'électoral, avait toujours fait montre de dévouement aux Habsbourg. Son fondateur, Albert le Courageux, y avait gagné en 1498 la Frise occidentale. Le fils d'Albert, George le Barbu, dut restituer cette province aux Pavs-Bas en 1515, mais il n'en resta pas moins lidèle à ses traditions de famille : l'attachement à l'empereur fut pour beaucoup dans sa stricte persévérance dans le vieux dogme. Quand il mourut en 1539, son frère Henri et son neveu Maurice établirent la Réforme dans les territoires albertins; néanmoins ils ne furent que des membres fort tièdes de la ligue de Smalcalde, et lorsque la guerre éclata entre Charles-Quint et les confédérés, le jeune Maurice, après des hésitations plus simulées que réelles, prit fait et cause pour l'empereur. On lui avait promis la dépouille de son cousin Jean-Frédéric, et on lui tint parole : il reçut solennellement, à Augsbourg, au mois de février 1548, des mains de l'empereur lui-même, l'investiture de l'électorat de Saxe. Cependant la ligne ernestine ne fut pas complètement dépouillée; en