‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 57 sur 168 · LES DEUX GRANDES LIGNES WETTINIENNES · texte numérisé non relu

LES DEUX GRANDES LIGNES WETTINIENNES

renonçant à l'électorat, en faveur de Maurice d'abord (lo52), en faveur de son frère Auguste I" plus tard (loo4), elle garda, à différents titres, la majeure partie de ses possessions thuringiennes et la totalité de ses terres franconiennes; mais la branche cadette la mit dorénavant complètement à l'ombre et seule continua à jouer un rôle considérable dans l'empire; nous allons commencer par suivre jusqu'à nos jours l'iiistoire territoriale de celle-ci, sauf à jeter ensuite un coup d'oeil rapide sur les destinées des territoires ernestins.

On ne peut dire ce qui serait arrivé, au milieu de la défaillance générale de l'Allemagne dans la seconde nioitié du xvi'' siècle, si un homme aussi supérieur que Maurice avait vécu; mais un an à peine après avoir dicté à Charles-Quint la convention de Passau, qui établissait l'égalité des deux confessions dans l'empire, il fut tué, à trente-deux ans, dans sa victoire de Sievershausen sur son allié de la veille, le margrave de Brandebourg-Baireuth-Culmbach Albert l'Alcibiade (9 juillet ioo3), et avec lui disparut avant l'âge le plus grand homme qu'ait produit la maison de Wettin. Son frère Auguste I", car il ne laissait pas de fils, sut du moins, pendant un règne de trente-trois ans (d.jo3-1586), affermir sa dynastie dans la possession de l'électorat, faire fleurir dans ses États la paix, l'industrie et le commerce, et les arrondir par une série d'acquisitions secondaires. En dehors de ses arrangements territoriaux avec la branche aînée dont il sera question plus loin et qui lui laissèrent, outre le cercle électoral et la Misnie ernestine, quelques-uns de leurs bailliages thuringiens, il y a à signaler d'abord l'achat des seigneuries de Plauen, de Voigtsberg et dePausa dans l'ancien Voigtkmd ou terre des avoués impériaux (1369). L'année suivante (1570), il mit, de concert avec ses cosuzerains, les évèques de Halberstadt et de Magdebourg, le séquestre sur les terres fort endettées des comtes de Mansfeld, ce qui deux siècles plus tard valut Eisleben à sa descendance. Lors de l'extinction de l'antique maison franconienne de Henneberg (1583),

la faveur impériale lui permit de s'y poser comme cohéritier avec ses cousins de la ligne aînée appelés légitimement à la succession entière, et cette ingérence procura plus tard, lors du partage définitif de 1660, à la Saxe électorale l'annexion de Sclileusingen et de Sulil. Enfin il prépara l'incorporation des trois évêcliés de Mersebourg, de iXaumbourg-Zeitz et de Meissen, dont les deux premiers du moins étaient souverains, mais qui tous les trois reconnaissaient l'avouerie des marquis de Misnie, en y introduisant des administrateurs de sa maison ou en y prenant lui-même en main l'administration, à la mort des derniers évêques de Mersebourg (1561) et de Naumbourg-Zeitz (1564) et après l'abdication du dernier évèque de Meissen (1581).

Les successeurs d'Auguste P', médiocres personnages que dirigeaient des ministres ou des prédicateurs de cour toutpuissants, ne se trouvèrent point à la hauteur du rôle auquel les appelaient leur rang dans l'empire et leur puissance territoriale, au milieu des complications politiques et religieuses qui aboutirent à la guerre de Trente Ans. Faisant profession d'un dévouement égal à la personne impériale et à l'orthodoxie luthérienne la plus étroite, ilfe étaient également hostiles au parti catholique et à la portion militante du parti protestant; de là les tergiversations et la pusillanimité de leur politique, qui ont eu leur bonne part d'influence sur l'explosion et la longueur de cette épouvantable guerre. L'électoral de Saxe y fut horriblement dévasté et dépeuplé, comme toute l'Allemagne d'ailleurs; d'autre part, il y fit aussi ses dernières grandes acquisitions territoriales.

Jean-George I" (1611-1656) ne put pas, il est vrai, se mettre en possession de la magnifique succession de Juliers, Clèves et Berg, à laquelle sa maison était appelée par des inféodations éventuelles de 1483 et de 1544, et dont son frère aîné et prédécesseur Christian II avait reçu en 1610 l'investiture impériale à Prague; mais il réunit à ses Etats la Lusace entière, Haute et Basse, cette ancienne possession des margraves de Misnie, qui depuis des siècles était

incorporée à la couronne de Bohême. L'empereur Ferdinand II la lui avait engagée pendant les débuts laborieux de son règne, pour le payer des frais de sa coopération à la guerre contre les rebelles bohémiens (1620.1623); il la lui céda, comme un fief mâle de la Bohême, par la paix de Prague du 30 mai 1633, destinée à dissoudre l'alliance des princes protestants de l'Allemagne avec la Suède. Un autre article de la même paix attribuait en outre à l'électeur de Saxe les quatre bailliages magdebourgeois de Querfurt, Dahme, Juterbogk et Burg, réunis sous le nom de principauté de Querfurt. Toutes ces stipulations furent confirmées en 1648 par la paix de Westphalie, qui de plus abandonna officiellement à la maison électorale les trois évêchés de Meissen, de Mersebourg et de Naumbourg-Zeitz, et investit l'électeur de la direction héréditaire du corpus evangelicorum à la diète de l'empire; mais elle attribua l'archevêché de Magdebourg, qu'il ambitionnait vivement, au Brandebourg, et n'en laissa que la jouissance viagère à son second fils Auguste, qui en était l'administrateur.

Jean-George I". par son testament de 1652, fit de ses trois fils cadets les fondateurs de trois lignes collatérales, à Weissenfels, à Mersebourg et à Zeitz ; loin de songer cependant à un partage semblable à ceux des siècles antérieurs, il ne leur attribua que des apanages fort médiocres, sous l'autorité souveraine {jus sublime territorii) de l'électeur. D'ailleurs ces secundo-génitures ne durèrent pas : les lignes cadettes s'éteignirent, la troisième en 1718, la seconde en 1738, la première en 1746, et leurs apanages firent retour à la ligne électorale. Ce fut après l'extinction, ou même déjà en prévision de l'extinction des rameaux de Zeitz et de Mersebourg qu'en 1713 et en 1738 des capitulations perpétuelles avec les chapitres, calquées sur celle qu'on avait conclue dès 1663 avec le chapitre de Meissen, firent de chaque électeur l'évêque postulé de Naumbourg-Zeitz et de Mersebourg.

Le partage de 1632, d'une nature toute difTérente de ceux

qui vers le même temps morcelaient de plus en plus les possessions de la branche aînée, ernestine, des Wettin, ne saurait donc être considéré comme la cause de l'amoindrissement de plus en plus sensible qu'on remarque à partir de cette époque dans la position politique des électeurs de Saxe. Cette cause il faut la chercher ailleurs. Ils ont diminué principalement par cela même qu'ils n'augmentaient pas, alors qu'à côté d'eux tout marchait et grandissait. Tandis que leurs voisins du Brandebourg s'étendaient à vue d'oeil, ajoutant territoire à territoire, province à province, eux dans l'espace de deux siècles n'ont fait qu'une seule acquisition notable, celle de la couronne de Pologne. On ne sait que trop que cette royauté polonaise leur fut plus fatale que profitable.

Les électeurs intermédiaires entre Jean-George I" et son arrière-petit-fils Frédéric-Auguste P*", le premier roi saxon de Pologne, inaugurèrent cette vie de magnificences et de fêtes qui fit pendant un siècle de la cour de Dresde la plus brillante de l'Allemagne, et dont le souvenir se perpétue dans la ville elle-même par un grandiose ensemble de palais, d'églises et de musées. Par contre ils n'ajoutèrent que fort peu de chose à l'héritage de leurs prédécesseurs : en faisant abstraction du pays hennebergeois de Schleusingen et de Subi définitivement attribué à la branche albertine de Saxe par l'accord de 1G60, nous ne trouvons guère à porter à leur compte que l'acquisition du comté de Barby près Magdebourg", qu'ils réunirent à leurs domaines dès 1659, en qualité de fief vacant. Ils ambitionnèrent aussi le duché de Saxe- Lauenbourg, lors de l'extinction de cette ligne ascanienne en l'année 1689, et en prirent même possession en vertu d'expectatives impériales de 1507 et de 1660; mais la maison de Brunswick-Luncbourg, plus voisine et plus énergique, les força à vider le pays, et un million de florins fut tout ce qu'ils obtinrent (1697). Moins glorieuses encore furent leurs négociations territoriales avec la maison de Brandebourg : en 1687, ils lui rétrocédèrent un des quatre bailliages magdebourgeois, celui de Burg; onze ans plus lard (1698), ils lui

vendirent le Petersberg', le dernier reste du comté originaire de Wetiin, avec les tombes des ancêtres.

Cette dernière cession est déjà du fait de Frédéric-Auguste P"' (1694-1733). Elle fut au nombre des moyens plus ou moins honorables employés par lui pour acheter et payer la couronne royale de Pologne, devenue vacante en 1G96 par la mort de Jean Sobieski. Un autre sacrifice qu'il dut s'imposer dans cette même vue, ce fut de retourner au catholicisme. Que la chose lui fut fort indifférente en elle-même, c'est plus que probable; mais, au point de vue politique, il y avait de graves inconvénients pour l'électeur de Saxe, chef attitré des États protestants de l'empire, de ne plus appartenir à leur confession. Il eut beau s'engager vis-à-vis de ses sujets à ne faire aucun changement quelconque dans l'état religieux de l'électorat (1697), promesse qu'il confirma dans la paix d'Altranstaedt, conclue en 1706 avec Charles XII, et que renouvelèrent tous ses successeurs, la conversion du prince électoral en 1717 ayant rendu définitivement catholique la dynastie d'un pays qui avait été le berceau de la Réforme et qui lui appartenait dans sa totalité : à ces conditions les électeurs de Saxe purent garder officiellement la direction du corpus evangelicorum\ moralement elle n'en passa pas moins aux électeurs de Brandebourg, et les rois de Prusse du xvni'' siècle, croyants ou incrédules, ont su tirer grand parti des sympathies que le rôle de puissance protectrice leur concilia dès lors parmi tous les protestants allemands. Enfin, à ce prix (et à bien d'autres encore), l'élection polonaise se fit : Frédéric- Auguste P"" avait abjuré à Vienne le 2 juin 1697; il fut proclamé à Varsovie, sous le nom d'Auguste II, le 27 du même mois.

Les Wettin arrivaient ainsi à ceindre une couronne royale quatre ans avant les Hohenzollern; elle ne devait pas leur porter bonheur. Le règne d'Auguste II le Fort fut peu glorieux, tant en Pologne qu'en Allemagne. Chassé de son royaume par Charles XII, qui le poursuivit jusqu'au cœur de ses États héréditaires, il n'y rentra que pour mieux sentir sa

212 LA PETITE-ALLExMAGNE.

dépendance à l'égard des deux cours impériales de Saint- Pétersbourg et de Vienne et son peu d'influence dans les affaires de la république : lui-même il dut annuler l'élection comme duc de Gourlande de son fils naturel le comte Maurice de Saxe, qu'avaient faite en 1726 les états de ce pays vassal. Ce fut bien pis encore sous son fils Frédéric-Auguste II, dont les baïonnettes russes firent également un roi de Pologne, sous le nom d'Auguste III (1734). La politique tout autricbienne de son ministre omnipotent, le comte de Bruhl, attira sur la Saxe elle-même les plus grands désastres. Il lit, il est vrai, figurer son maître, à l'extinction des Habsbourg mâles (1740), parmi les prétendants à leur succession, en sa qualité d'époux de l'aînée des filles de Joseph I", le frère aîné de Charles YI; mais dès le 23 juillet 1742 il signait un traité qui reconnaissait les droits de Marie-Thérèse, et à partir de 1745 il complotait avec celle-ci des plans de partage de la monarchie brandebourgeoise, lesquels eurent pour résultat une première conquête de la Saxe par Frédéric II dans cette même année, puis, pendant toute la durée de la guerre de Sept Ans, l'occupation militaire et l'exploitation sans pitié de l'électorat, devenu le grand champ de manœuvres, de batailles et de contributions de guerre de l'indomptable roi de Prusse. La paix d'IIubertsbourg permit à Auguste III de revenir mourir à Dresde (1767); mais le sort en était jeté : la maison de Wettin était reléguée fort au second plan par la maison rivale de Hohenzollern. La couronne de Pologne lui échappait en même temps; Auguste III ne l'avait portée que sous le bon plaisir de la Russie, qui dans la dernière année de sa vie lui infligea Taffront de chasser de Mittau son fils puîné, Charles-Christian de Saxe, appelé en 1758 au duché de Courtaude par les états du pays; à sa mort, suivie à deux mois de distance de celle de son fils aîné l'électeur Frédéric-Christian, Catherine II la fit tomber sur la tète de Stanislas Poniatowski (1764).

Le long règne de son petit-fils Frédéric-x\uguste III (1763- 1827), fort paisible dans sa première moitié, fut marqué ensuite

par de graves vicissitudes, qui aboutirent finalement à une catastrophe. Jusqu'au moment où la Saxe fut touchée par les vastes combinaisons territoriales qui sont un des caractères distinctifs de l'époque napoléonienne, il s'était contenté de gouverner sagement ses Etats patrimoniaux, augmentés depuis 1780 d'une moitié du pays de Mansfeld, qu'il partagea avec la Prusse à l'extinction de la vieille dynastie comtale; il avait répondu par un refus à la désignation comme successeur héréditaire de Stanislas Poniatowski, qu'avait faite de lui la constitution polonaise de 1791, ce dernier et vain effort du parti patriote pour empêcher le démembrement définitif de la république. Napoléon I", en le faisant duc de Varsovie, le ramena en souverain sur les bords de la Vistule; les coalisés, victorieux à leur tour, le punirent de sa fidélité à la cause française par la perte de la moitié de ses possessions héréditaires dans la région de l'Elbe et de l'Oder. Mais, avant d'entamer le récit de ces péripéties émouvantes, rappelons d'abord en quelques mots la constitution territoriale de l'électorat de Saxe à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci.

Les États héréditaires de la ligne cadette, albertine, desW'ettin étaient à cette époque évalués, probablement avec quelque exagération, à 40 000 kilomètres carrés et à2 100 000 habitants. C'était tout d'abord, dans le cercle de Haute-Saxe, le duché de Saxe, le margraviat de Misnie, la partie septentrionale du landgraviat de Thuringe et le Voigtland saxon, qui, avec leurs annexes, le comté de Barby et la principauté de Querfurt, représentaient une population d'environ un million et demi, et à la possession directe desquels venait s'ajouter la suzeraineté sur les terres des comtes de Schoenbourg dans le bas Erzgebirg, et sur une partie des comtés de Stolberg et de Schwarzbourg dans [a.praù'ie dorée thuringieune. Cette partie fondamentale de l'électorat était divisée en sept cercles, le cercle électoral (avec Wittenberg, Gommern, Barby, Querfurt, Juterbogk, Dahme), et les cercles de Thuringe {avec Weissenfels, Sangerhausen, Langensalza), de Misnie

(avec Dresde, Pirna, Meissen, Oschatz, Torg-au), de Leipzig (avec Leipzig-, Grimma, Wurzen), de l'ErzgeiDirg- (avec Freiberg-, Chemnitz, Annaberg, Scbnéeberg, Zwickau), du Voigtland (avec Plauen, Reichenbach) et de Neustadt (avec Neustadt-sur-rOrla, Weida), Les anciens évêchés de Mersebourg et de Naumbourg-Zeitz (avec Mersebourg, Naumbourg, Zeitz) et la partie saxonne du comté de Mansfeld (avec Eisleben) , qui ensemble pouvaient avoir un peu plus de 100 000 habitants, appartenaient également au cercle de Haute-Saxe. Dans le cercle de Franconie figurait pour 2o 000 âmes la partie albertine du comté-princier de Ilenneberg (avec Schleusingen et Subi). Enfin les deux margraviats de Haute et Basse-Lusace (le premier avec Bautzen, Camenz, Loebau, Zittau, Goerlitz, Lauban, le second avec Luckau, Guben, Sorau) comptaient 460 000 habitants et n'avaient jamais, pas plus que la Bohême dont ils continuaient à relever, été compris dans la division de l'empire en cercles. Toutes ces possessions, chose extrêmement rare dans l'Allemagne d'alors, formaient un ensemble bien arrondi, dont s'écartaient à peine quelques parcelles détachées, comme par exemple Barby et Schleusingen,

Telle était l'étendue de l'électorat de Saxe au moment où la campagne de 1806 le mit tout entier à la merci de Napoléon I"'. Les troupes saxonnes avaient fait partie de l'armée prussienne battue à léna; mais l'empereur des Français savait que leur maître n'y avait consenti qu'à contre-cœur; il professait à l'avance pour lui une estime sincère, qui avec le temps se changea en une vraie amitié; et, d'ailleurs, la même politique qui avait conseillé l'agrandissement de la Bavière sur le flanc de l'Autriche, plaidait en faveur d'une Saxe forte, qui pût tenir en échec la Prusse. Le traité de Posen du 11 décembre 1806 respecta par conséquent l'intégrité des Etats de Frédéric-Auguste HI, qui entra, avec le titre de roi de Saxe, dans la Confédération du Rhin. Il aurait même pu facilement s'arrondir aux dépens de ses cousins de

LE ROYAUME DE SAXE. 2do

Weimar; il ne lo voulut pas, pas plus qu'il ne porta la main sur les droits séculaires des comtes de Schoenbourg-, vassaux demi-souverains du margraviat de Misnie. Les seules et insignifiantes modifications qu'apporta aux limites de la Saxe la nouvelle répartition territoriale de l'Allemag-ne centrale, furent (22 juillet 1807) l'échange de Barhy, de Gommern, de Sangerliausen et d'une partie du Mansfeld saxon contre le cercle prussien de Cottbus, enclave de la Basse-Lusace, puis U9mars 1808} la reprise de Sangerliausen, payée par la cession de la partie du Mansfeld d'abord restée saxonne. De même au dedans tout resta sur l'ancien pied, sauf qu'en vertu du traité de Posen les catholiques saxons, fort peu nombreux d'ailleurs, furent appelés à l'égalité civile et politique complète avec les luthériens.

Mais si le nouveau royaume de Saxe ne fut guère que l'ancien électorat avec un autre titre, son souverain, qu'on appelait dorénavant Frédéric-Auguste 1", fut, de par la volonté toute-puissante de Napoléon P"", appelé à rég^ner sur de nouvelles provinces. Sous le nom de duc de Varsovie, il devint le souverain héréditaire, non-associé à la Confédération du Rhin, d'une partie du moins do la Pologne, rappelée à une existence autonome. Les traités de Tilsit du 7 et du 9 juillet 1807 qui constituèrent le nouvel État, rattaché à la Saxe par une route militaire à travers la Silésie, lui assignèrent tous les territoires acquis par la Prusse dans les trois partages polonais, à l'exception de la Prusse occidentale presque entière, laissée à Frédéric-Guillaume III, et du cercle de Bialystok, attribué à Alexandre I" : en d'autres mots, la province prussienne de Prusse méridionale, plus la Nouvelle-Silésie en totalité, celle de Nouvelle-Prusse orientale à peu près entière et une petite partie de la Prusse occidentale, avec les villes de Varsovie, Tliorn, Bromberg-, Posen et Kalisz. Deux ans plus tard, le traité de Vienne du 14octobr 1809 y ajoutait aux dépens de l'Autriche, avec les villes de Cracovie et de Lublin, la totalité de la Galicie nouvelle et un district de la Galicie ancienne, c'est-à-dire tout ou partie

des usurpations autrichiennes lors du troisième et du premier partage. Le duché de Varsovie eut dès lors une superficie de plus de 160 000 kilomètres carrés et une population de peu inférieure à 4 millions d'âmes; déjà les espérances des Polonais n'allaient à rien moins qu'à la résurrection complète de leur patrie, sous le sceptre des princes saxons et sous le protectorat du grand empereur des Français.

La maison de AVetlin se trouvait ainsi encore une fois relevée au niveau de sa vieille rivale, la dynastie des Hohenzollern; ses Étals étaient plus étendus et plus peuplés que la monarchie prussienne, démembrée par le traité de Tilsit. Mais les victoires de JNapoléon l" avaient seules fait la grandeur de la Saxo; ses désastres entraînèrent à leur suite la ruine complète de son alliée.

Le duché de Varsovie s'écroula tout d'abord, de lui-même, au lendemain de la retraite de Russie; Frédéric-Auguste y renonça sans beaucoup de regrets, tout comme il l'avait accepté sans grand enthousiasme. A ce moment, au printemps de l'année 1813, il n'aurait tenu qu'à lui de sauvegarder l'intégrité de ses États allemands, en accédant à l'alliance russo-prussienne; mais la reconnaissance, la crainte de l'avenir aussi, ne lui permirent pas de rompre avec la France. Il essaya d'abord de se réfugier dans la neutralité, sous l'égide autrichienne, fut bientôt forcé, après la victoire de Lutzen, de revenir franchement à l'alliance française, et se trouva finalement enveloppé dans la catastrophe de Leipzig. On ne lui tint aucun compte de la défection de quelques-uns de ses régiments pendant la bataifie; on l'arrêta à Leipzigmême, quelques heures après que Napoléon l'eut embrassé pour la dernière fois (19 octobre 1813); on le mena à Berlin comme prisonnier de la coalition, et on institua pour la Saxe un gouvernement général, d'abord russe, puis prussien, en attendant que son sort fût décidé. Ce sort, après la chute de Napoléon, ne parut d'abord guère douteux, en présence des prétentions sur le royaume entier catégoriquement énoncées par la Prusse; tout au plus était-il question d'offrir au roi une

faible indemnité, en Westplialie ou sur le Rhin. Mais peu à peu les manifestations de l'amour des Saxons pour leur souverain, la sympathie de Louis XVIII pour son cousin germain, la crainte de FAutriche d'une frontière commune avec la Prusse par trop étendue, permirent d'entrevoir une solution moins radicale. Aux menaces de la Prusse et de son alliée, la Russie, les trois autres grandes puissances, France, Autriche et Angleterre, opposèrent leur traité d'alliance secret du 3 janvier 1815, et, en face de cette énergie inattendue, les plénipotentiaires prussiens du Congrès de Vienne «lurent modérer leurs exigences; le 8 février 1813, ils déclarèrent accepter en principe le partage de la Saxe. On fit alors venir Frédéric-xVugustcI" à Presbourg, pour négocier avec lui, ou plutôt pour lui faire signer l'arrêt qui le dépouillait; toutes les protestations furent inutiles, et sous le coup de violences^ au moins morales, il dut se résigner à apposer son nom sous l'acte de renonciation qui lui était imposé (18 mai 1815); quatre jours après, il déliait de leur serment de fidélité près de la moitié de ses sujels.

Le traité du 18 mai 1815, qui a trouvé sa place dans l'acte final du Congrès de Vienne, restituait à la Prusse le cercle de Coltbus acquis en 1807, et de plus lui abandonnait, pour se les annexer ou en faire l'objet d'échanges ultérieurs, un grand nombre de vieilles possessions saxonnes. C'était la partie orientale de la Haute-Lusace (avec Gœrlitz et Lauban) et la Basse-Lusace entière; le cercle électoral ou de Witlenberg, avec le comté de Barby et la principauté de Querfurt; les cercles de Thuringe et de Neustadt; quelques districts des cercles de Leipzig et de Misnie (avec Torgau); la majeure partie des anciens évêchés de Mersebourg et de Naumbourg- Zeitz; enfin le Mansfeld et le Henneberg albertins. En d'autres mois, Frédéric-Auguste F' cédait toute la moitié septentrionale de l'ancien électoral, la forte moitié au point de vue de la superficie, la moins considérable quant à la population. Le royaume de Saxe, tel qu'il entra dans la Confédération germanique de 1813, se trouvait réduit à 13 000 kilo-

iiièlres carrés, liabités par 1 182 000 âmes. Ses contours, qui n'ont pas varié depuis lors, étaient tracés avec une régularité presque mathématique : il formait un triangle appuyé aux monts des Mines, sans enchevêtrement de frontières d'aucune sorte.

Aussi longtemps que dura la Confédération germanique, la Saxe royale a figuré parmi les quatre royaumes secondaires de l'Allemagne, comme le quatrième en étendue, comme le deuxième en population. Quand éclata la grande crise de 1866, qui partagea l'Allemagne en deux camps, elle se rangea du côté de l'Autriche. Elle avait quelque lieu d'espérer qu'elle arriverait ainsi à réparer ses pertes de 1815; le sort des armes en décida autrement. Occupée en totalité par les Prussiens dès le début des hostilités, elle se vit menacée après la bataille de Sadowa, comme cinquante ans auparavant après celle de Leipzig, d'être complètement rayée de la liste des Etats européens. Mais l'armée saxonne avait vaillamment combattu dans les rangs de l'armée autrichienne : l'Autriche, appuyée par la France, fit garantir au roi Jean l" son état territorial, par les stipulations de iSikolsburg et de Prague (26 juillet et 23 août 1866). Ce qu'elle ne put lui conserver, ce fut son autonomie politique; par sa paix avec la Prusse (21 octobre 1866), il fut obligé d'accéder à la nouvelle Confédération du Nord, placée sous l'hégémonie prussienne; il devenait ainsi le vassal du successeur de ces électeurs de Brandebourg auxquels ses aïeux avaient pendant de longs siècles disputé la prééminence dans l'Allemagne septentrionale.

En entrant dans l'union du Nord, le royaume de Saxe s'y trouva de beaucoup le plus important parmi les Etats qui en faisaient partie sous la haute autorité du roi de Prusse, le seul qui put y prétendre à une ombre d'influence à côté de la puissance directrice. Depuis lors, l'accession de la Bavière, du Wurtemberg et du grand-duché de Bade à la nouvelle Confédération allemande, l'a replacé, parmi les Etats secondaires de l'empire, au deuxième rang comme population et au qua-

trième comme superficie. Sa population, d'après le recensement de 181)0, s'élève à 3 503 000 habitants, massés sur un territoire comparativement fort restreint de 14U93 kilomètres carrés, et répartis entre les quatre régences {Regierungsbezirlie) de Dresde, de Leipzig, de Zwickau et de Bautzen. 50 000 Wendes, dans la Haute-Lusace ou régence de Bautzen, y représentent seuls encore dans sa pureté l'ancienne population slave de ces contrées; tous les autres habitants parlent l'allemand, soit qu'ils descendent de ïhuringiens, de Franconiens et de Saxons immigrés, soit qu'ils appartiennent à des tribus slaves depuis longtemps germanisées. La religion du pays entier est le luthéranisme; une centaine do mille catholiques à peine partagent la confession du souverain. La Saxe royale est célèbre par son industrie, son commerce, son amour des arts : Leipzig est une des grandes places mercantiles de l'Europe; Ghemnitz occupe un bon rang parmi les villes de fabrique de l'Allemagne, et Dresde en est une des capitales artistiques.

L'histoire territoriale de la branche ainée, ernestine, des Wettin, à laquelle nous revenons maintenant, se réduit à assez peu de chose depuis la fatale bataille de Muhlberg (15i7), où nous l'avons interrompue. Le premier accord entre Maurice et son cousin Jean-Frédéric assurait aux enfants du vaincu un revenu annuel de 50 000 florins, constitué en terres, et assis sur les villes et bailliages thurinsiens d'Eisenach, Weimar, Orlamunde, léna, etc. L'empereur y fit ajouter Saalfeld et, pour l'ancien électeur personnellement. Gotha. D'autre part Gobourg et llildburghausen, apanage de son frère, se trouvèrent, grâce à cette circonstance, sauvés du naufrage et maintenus à la ligne aînée. Enfin, par la convention de Naumbourg (1554), Auguste \" abandonna en plus à ses cousins Altenbourg, Neustadt et quelques autres districts. En somme, la branche ernestine garda, malgré la translation de l'électoral à la ligne cadette, la majeure partie des terres thuringiennes et franconiennes de la maison de

Wettin : elle les a conservées, sans grandes modificalions, jusqu'à nos jours.

En 1367, la conduite imprudente du fils aîné de l'électeur dépossédé, Jean-Frédéric II de Gotha, qui se posa en protecteur de Guillaume de Grumbach, le meurtrier de l'évêque de Wurzbourg-, coûta à sa famille le cercle de ]\eustadt, dont s'empara l'électeur Auguste l'\ chargé de mettre à exécution la sentence de ban de l'empire portée contre lui. L'héritage des comtes de Henneberg, ouvert en lo8.3 et auquel les Ernestins étaient appelés par un pacte de confraternité de l'année 1334, était de nature à compenser amplement cette perte; malheureusement le même Auguste P"" s'en fit adjuger la moitié par l'empereur : lors du partage, qui ne fut consommé qu'en 1(360, il ne leur en revint guère que Meiningen. La guerre de Trente Ans parut ouvrir de brillantes perspectives à Bernard de Weimar; mais la bataille de Nœrdlingue (1634) mit lin à son duché de Franconie, formé l'année précédente au moyen des évêchés de Wurzbourg et de Bamberg, et quant à l'Alsace, qu'il conquit par la suite sur la maison d'Autriche, sa mort prématurée à l'âge de trente-six ans (1639) la fit passer, avec son armée, entre les mains de Richelieu.

Depuis lors, sauf l'acquisition de Meiningen que nous venons d'indiquer, il faut descendre jusqu'aux traités de 1815 pour rencontrer de nouveaux changements dans les frontières extérieures des terres ernestines. D'autant plus souvent modifiées en furent les divisions intérieures, la descendance de Jean-Frédéric le Magnanime ayant été fort nombreuse et n'ayant admis que fort tard le droit de primogéniture. Il est parfaitement inutile d'énumérer la multitude de branches et de rameaux en partie fort éphémères, tous issus du vaincu de Muhlberg, qui ont régné du xvi" au xvm'^ siècle à Gotha, h Weimar, à Cobourg, à Eisenach, à Altenbourg, à léna, à Meiningen, à Ilildburghausen, à Saalfeld, en d'autres villes ou châteaux encore; il suffira de dire qu'à la fin du xvni'^ siècle il en subsistait cinq, dont les

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