LES DUCHÉS SAXONS
possessions étaient toutes comprises clans le cercle de Haute- Saxe, à l'exception de leur part dans la succession de Henneberg-, qui appartenait au cercle de Franconie. C'étaient, d'après leur rang d'aînesse, les lignes de Saxe-Weimar (avec Weimar, Eisenach, léna), de Saxe-Gotha-Altenbourg (avec Gotha, Altenbourg-, Orlamunde), de Saxe-Meiningen (avec Meining-en), de Saxe-Hildburghausen (avec Hildburgbausen) et de Saxe-Cobourg (avec Cobourg, Saalfeld). Ensemble elles pouvaient avoir 430 000 sujets.
Elles furent admises toutes les cinq, par le traité de Posen du 15 décembre 1806, à entrer dans la Confédération du Rhin, sur les listes de laquelle elles figurent pour 8 000 kilomètres carrés et 445 000 habitants. Après la bataille de Leipzig, elles accédèrent toutes les cinq aussi à la grande alliance contre Napoléon 1" (novembre, décembre 1813) et furent comprises dans la Confédération germanique par les traités de Vienne; ceux-ci attribuèrent en outre le titre grand-ducal au duc de Saxe-Weimar, dont le prince héréditaire était le beau-frère d'Alexandre I", et stipulèrent en faveur de Weimar et de Cobourg des accroissements territoriaux de la valeur respective de 77 000 et de 20 000 âmes. La Prusse, chargée de les satisfaire, s'en acquitta Ais-à-vis de Weimar par les conventions de Vienne et de Paris, du P'" juin et du 22 septembre 1815, et vis-à-vis de Cobourg par un accord inséré dans le recez général de Francfort du 20 juillet 1819; en vertu de ces arrangements, le grandduché do Weimar s'augmenta en Thuringe de districts conligus ou voisins de provenance diverse, dont le plus important était le cercle presque entier de Neustadt, ancienne possession ernestine, récupérée sur la Saxe royale; quant au duc de Cobourg, il reçut sur la rive gauche du Rhin, dans le ci-devant département de la Sarre, la principauté de Lichtenberg-sur-la-Nahe (avec Saint- Wendel), qu'il revendit d'ailleurs plus tard à la Prusse (31 mai 1834).
Les cinq maisons ducales de Saxe ont été réduites à quatre
par rexlinction de la branche de Saxe-Golha-AUenbourg-, le 11 février 1825. Le partage de la succession ne se fit pas sans difficultés. Pour ne pas multiplier à l'infini f enchevêtrement de leurs frontières, les trois héritiers (le grand-duc de Saxe-Weimar, cousin plus éloigné, était hors de cause) s'entendirent pour lotir à neuf la totalité de leurs Etats, sous la médiation du roi de Saxe. Aussi l'acte de partag-e de Hildburghausen du 12/15 novembre 1826 a-t-il changé jusqu'aux noms des trois lignes : l'ancienne branche de Saxe-IIiklburghausen s'appelle aujourd'hui Saxe-Altenbourg, et celles de Saxe-Meiningen et de Saxe-Cobourg ont ajouté à leur dénomination, la première Hildburghausen-Saalfeld et la seconde Gotha. Malgré cette mesure en apparence radicale, les duchés saxons n'en restent pas moins, par la multitude de leurs enclaves et de leurs exclaves, tant entre eux qu'avec les Etats voisins, un problème fort compliqué pour le géographe, comme pour le cartographe : Saxe-Weimar à lui seul se compose de trois parties principales et de vingt-quatre parcelles secondaires! Par bonheur, nous pouvons nous dispenser d'entrer à cet égard dans aucun détail, les quatre duchés réunis n'ayant, d'après le recensement de 1890, que 927 000 habitants sur 9 343 kilomètres carrés, à savoir Saxe- Weimar-Eisenach 326 000 habitants sur 3 595 kilomètres carrés, Saxe-Meiningen -Hildburghausen-Saalfeld 224 000 habitants sur 2 468 kilomètres carrés, Saxe-Altenbourg 171000 habitants sur 1324 kilomètres carrés, et Saxe- Cobourg-Gotha 206 000 habitants sur 1 956 kilomètres carrés. Comme tous les Etats de l'Allemagne centrale et septentrionale qui n'ont pas été absorbés parla Prusse, ils entrèrent en 1866 dans l'union du Nord, et avec elle en 1870 dans le nouvel empire allemand. Politiquement ils ne jouent naturellement qu'un rôle fort modeste; mais ils ont néanmoins de justes motifs d'orgueil : l'université d'Iéna, fondée en 1558 et qui est restée commune à la Saxe ernestine, n'a pas cessé depuis lors d'être un des centres intellectuels de l'Allemagne; AN'eimar a été le siège préféré des muses à l'époque du plein
MAISONS DE REUSS ET DE SGHWARZBÛUllG. 223
développement littéraire du génie allemand, et la dynastie de Saxe-Cobourg'-Gotha, déjà deux fois royale en Belgique et en Portugal, est appelée à remplacer, au prochain chang-ement de règne, la maison des Welfs sur le trône de la Grande-Brelagne et des Indes,
Avant de quitter le beau et pittoresque pays de Tliuringe, deux mots aussi sur quelques principautés qui s'y sont conservées jusqu'à nos jours à côté des duchés saxons, comme des épaves du cercle de Ilaute-Saxe de l'ancien empire germanique. Elles sont au nombre de quatre, deux principautés de Reuss et deux principautés de Schwarzbourg- : la verve populaire les a réunies sous le nom caustique des quatre Etais brigands.
La maison de Reuss remonte au xi" siècle et paraît avoir, au temps des Hohenstaufen, exercé l'avouerie impériale dans tout le Voigtland, c'est-à-dire dans la région qui, autour de Ilof, Plauen, Géra, s'étend sur les confins de la Thuringe, de la Franconie, de la Bohême et de la Misnie; mais peu à peu elle fut réduite, principalement par les empiétements de la maison de Wettin, à un rang fort secondaire. Parmi ses nombreuses branches il en subsiste aujourd'hui une seule, celle qui au nom primitif de Plauen a substitué celui de Reuss, en l'honneur, dit-on, d'une princesse russe dont la fille s'y serait mariée au xni'' siècle. Depuis le xvi'' siècle, elle est séparée en deux lignes : l'aînée ou Rcuss-Greiz à Greiz, la cadette ou Reuss-Schleiz-Lobcnstein-Ebersdorf à Géra. Toutes deux princières depuis la fin du dernier siècle (l'aînée en 4778, la cadette en 1790) et admises avec le rang souverain dans la Confédération du Rhin le 18 avril 1807, elles sont entrées en 1815 dans la Confédération germanique, en 1866 dans l'union du Nord et en 1870 dans le nouvel empire allemand. Leurs États, situés, en deux principales parties, aux confins du royaume et des duchés de Saxe, entre la Prusse au nord et la Bavière au sud, comprennent ensemble, d'après le recensement de 1890, 1 142 kilomètres carrés et 183 000 habitants,
dont il revient 316 kilomètres carrés et 63 000 âmes à la ligne aînée, 826 kilomètres carrés et 120 000 âmes à la ligne cadette. Ajoutons, comme curiosité généalogique, que tous les Reuss s'appellent Henri, en l'honneur de l'empereur Henri VI; si bien que, les surnoms les plus variés ne suffisant plus à la longue pour les distinguer, on a depuis Tannée 1700 eu recours aux cliifTres : chaque ligne compte à part; la cadette, sur le point d'atteindre la centaine, a recommencé son numérotage en 1800.
Les Schwarzbourg ne sont guère plus puissants que leurs voisins et n'ont également joué qu'un rôle peu important; cependant ils ont donné un nom à Thistoire générale de l'Allemagne dans la personne du comte Gunlher, qui fut élu roi de Germanie au mois de janvier 1349 en opposition avec Charles IV, abdiqua quelques mois plus tard, et mourut presque immédiatement après, de poison s'il faut en croire la rumeur publique du temps. La vieille famille comtale de Schwarzbourg est nommée en Thuringe depuis le xn" siècle et se rattache, sinon au Saxon Wiltikind, du moins aux puissants comtes de Kaefernburg; jusqu'aujourd'hui son château originaire s'élève, au milieu d'épaisses forêts de sapins, dans la vallée de la Schwarza, affluent de la Saale. Les deux lignes encore existantes, qui ont survécu à une multitude d'autres, celle de Schwarzbourg-Sondcrshausen (autrefois Schwarzbourg-Arnstadt) et celle de Schwarzbourg-Rudolsladt, se sont séparées en loo2. Elevées au rang princier, la première en 1697, la seconde en 1710, elles n'en restèrent pas moins en certains rapports de dépendance vis-à-vis des électeurs de Saxe et des ducs de Saxe-Weimar, à côté desquels elles figuraient dans le cercle de Haute-Saxe. Le 18 avril 1807, elles entrèrent dans la Confédération du Rhin avec pleine souveraineté; passèrent de là à la Confédération germanique, en faisant quelques cessions de territoire à la Saxe grand-ducale et à la Prusse, qui avait pris la place du royaume de Saxe; puis furent englobées dans la Confédération de l'Allemagne du Nord et dans le nouvel empire aile-