‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 64 sur 168 · BRANCHE DE BRUNSWIGK-LUNEBOURG-HANOVRE · texte numérisé non relu

BRANCHE DE BRUNSWIGK-LUNEBOURG-HANOVRE

et solennellement inaugurée en 1737. A la veille dés nombreuses vicissitudes qu'allait lui faire subir la marche victorieuse de la Révolution française, il figurait au second rang parmi les Etats de l'empire, avec une superficie évaluée à environ 30 000 kilomètres carrés et une population qui pouvait aller à 870 000 habitants. Sa prépondérance était incontestable dans le cercle de Basse-Saxe, où ses principales parties constitutives, les principautés de Lunebourg (avec Lunebourg, Celle, Harbourg, Dannenberg, Gifhorn), de Grubenhagen (avec Grubenhagen, Eimbeck, Osterode, Clausthal) et de Galenberg (avec Calenberg, Gœttingue, Hameln, Hanovre), les duchés de Brème (avec Stade) et de Lauenbourg (avec Lauenbourg, Ratzebourg) et le pays de Hadeln (avec Otterndorf) formaient un tout compact, interrompu seulement par les possessions de la ligne brunswickoise et par l'évêché de Hildesheim; il y joignait, directement ou comme possessions détachées, la principauté de Verden (avec Verden) et les comtés de Hoya, Diepholz et Bentheim dans le cercle de Westphalie, el dans celui de Haute-Saxe une partie du comté de Hohenstein.

Quoique domaine des rois d'Angleterre, le Hanovre n'eut pas à souffrir des premières guerres de la Révolution, parce qu'il se trouva protégé, d'abord par la ligne de démarcation stipulée à Bâle (1795, ensuite par une occupation prussienne (avril à octobre 4801). Bien plus, le premier consul, qui, pour consolider la paix d'Amiens, désirait se mettre en bons termes avec le roi George III, lui fit assigner par le recez principal de la députation d'empire du 25 février 1803 une indemnité exorbitante pour les cessions insignihantes qu'on réclamait de lui au profit du roi de Prusse, du duc d'Oldenbourg et des villes libres de Brème et de Hambourg; le grand évèclié d'Osnabruck, dont son second fils, le duc d'York, était administrateur depuis t76i, fut dans sa totalité incorporé à l'électorat, qui se trouva ainsi porté à 31 400 kilomètres carrés et à 930 000 habitants.

Mais bientôt la rupture entre la France et l'Angleterre

changea la face des choses; le Hanovre, occupé par les troupes françaises dans l'été de l'année 1803, fut au lendemain d'Austerlitz offert à la Prusse par JNapoléon T", et accepté par celle-ci, quoique à contre-cœur (lo décembre 1805, 45 février 1806). L'administration prussienne n'eut pas le temps cependant de s'y installer; quelques mois plus tard, la guerre était déclarée entre la France et la Prusse, la monarchie prussienne était mise à la discrétion du vainqueur, et la paix de Tilsit abandonnait l'électorat, avec toutes les autres possessions de la Prusse à l'ouest de l'Elbe, à l'empereur des Français (9 juillet 1807). La presque totalité des possessions luneljourgeoises fut successivement employée par Napoléon à fonder et à agrandir le nouveau royaume de Westphalie de son frère Jérôme Bonaparte : les principautés de Gœttingue et do Grubenhagen, avec une partie de celle de Hanovre, y entrèrent dès sa création (18 août 1807); l'ancien évèché d'Osnabruck y fuL adjoint lors de son organisation territoriale (15 novembre 1807); tout le reste, à l'exception du seul Lauenbourg, eut le même sort, le 14 janvier 1810. Mais les donations napoléoniennes étaient sujettes à reprise : avant la fin de la même année 1810, sous prétexte d'empêcher la contrebande anglaise, un sénatus-consulte du 13 décembre 1810 incorporait à l'empire français, avec toute l'Allemagne du nord-ouest, les pays d'Osnabruck, de Diepholz, de Hoya, de Verden, de Brème et des parties de ceux de Calenberg et de Lunebourg.

Après la bataille de Leipzig les départements français de la mer du Nord comme ceux du royaume de Westphalie furent envahis rapidement par les troupes alliées; le 2 novembre 1813 on proclamait de nouveau l'autorité du prince légitime dans toute l'étendue de l'ancien électoral, et deux jours après débarquait en Allemagne le cinquième fils de George III, le duc de Cumberland, pour en assumer le gouvernement supérieur. Dans les délibérations préliminaires ouvertes à Vienne sur la réorganisation politique de l'Allemagne, le plénipo-

tentiaire hanovéran fut à peu près seul à demander le rétablissement de la dignité impériale; par contre, il ne trouva aucune contradiction quand il fit savoir à la diplomatie européenne que rélecteur son maître avait pris le titre de roi (12 octobre 1814), et quinze jours plus tard avait lieu la proclamation solennelle de cette nouvelle dignité que le souverain du Hanovre s'octroyait à lui-même (26 octobre 1814).

Au point de vue territorial, rinfluence anglaise dans les conseils de l'Europe assemblée à Vienne s'exerça de la façon la plus avantageuse pour le royaume patrimonial du monarque britannique, qui fut augmenté et arrondi à plaisir. En effet, les traités de cession et d'échange avec la Prusse (Vienne, 29 mai 1815; Paris, 23 septembre 1815) et avec Oldenbourg (Brème, 4 février 1817) ne coûtèrent au Hanovre que le Lauenbourg, destiné au Danemark, et 5 000 âmes livrées au duc d'Oldenbourg pour le compte de la Prusse, tandis que de nombreux et en partie considérables accroissements lui ad venaient par cession prussienne sur ses frontières méridionales et occidentales. Au sud, c'étaient quelques bailliages liessois et plusieurs districts de l'Eichsfeld; c'était l'ancienne ville impériale de Goslar, où la maison de Brunswick avait exercé l'avouerie depuis le xvi" siècle jusqu'à la paix de Lunéville; c'était surtout le bel évêché de Hildesheim, intercalé au milieu des possessions des Guelfes et objet de leur ambition depuis des siècles : il leur revenait enfin en toute souveraineté, après qu'ils y eussent eu l'avouerie dès le temps de Henri le Lion et qu'ils en eussent usurpé jadis la majeure partie pendant cent vingt-deux ans (1521-1043). A l'ouest, ils étaient mis en possession de toute l'étendue de pays comprise entre l'évêché d'Osnabruck, la frontière hollandaise et la mer du Nord : Bentheim leur avait déjà appartenu de fait depuis le milieu du xvni'' siècle ; mais le comté inférieur de Lingen, la partie septentrionale de l'ancien évêché de Munster et la principauté d'Ostfrise étaient des acquisitions complètement nouvelles; la plus précieuse sans

contredit était TOslfrise, que depuis 1744 la dynastie de Lunebourg- revendiquait comme son bien.

Par suite de tous ces remaniements, le nouveau royaume de Hanovre, qui parmi les Etats de même rang- de la Confédération g-ermanique était le deuxième comme étendue et le troisième comme population, couvrait la majeure partie de FAUemag-ne du Nord-Ouest, depuis le Harz et l'Elbe inférieure jusqu'cà la frontière des Pays-Bas et à la mer du Nord ; les anciennes possessions et les acquisitions récentes de la branche cadette de la maison guelfe formaient un ensemble territorial qui eût été à peu près rég-ulier, s'il n'eût été coupé au sud par les États de la branche aînée, et profondément entamé au nord-ouest par le grand-duché d'Oldenbourg- et par le territoire de la république de Brème, que le Hanovre contribua lui-même à étendre quelque peu en cédant en 1828 à la ville hanséatique l'emplacement nécessaire pour créer son port d'allège de Bremerhafen.

La couronne de Hanovre continua à reposer sur la même tête que celle d'Angleterre jusqu'à la mort de Guillaume IV en 1837. Alors, d'après les lois de succession différentes des deux royaumes, tandis que la nièce du feu roi, Victoria P", devenait reine du Royaume-Uni, son frère Ernest-Auguste, duc de Cumberland, succéda, comme plus proche agnat, aux anciennes terres d'empire. Il est mort roi de Hanovre (18ol) malgré ses querelles avec ses sujets à propos de questions constitutionnelles; mais son fils, le roi aveugle George V, fut en 1866 dépouillé de ses États par la Prusse, et son royaume forma la plus belle part des dépouilles opimes des vainqueurs de Sadowa. En etTet, dans ses six Landdrosteien ou districts gouvernementaux de Hanovre, de Hildcsheim, de Lunebourg, de Stade, d'Osnabruck et d'Aurich et dans son bailliage minier de Clausthal, il comprenait, d'après le recensement de 1864, 1 923 000 habitants sur 38 480 kilomètres carrés.

La chute de la ligne principale de la maison guelfe ne fut pas d'ailleurs sans honneur. Dans le conflit austro-prussien

le cabinet hanovéran avait hésité d'abord, puis s'était décidé pour l'Autriche, sans se douter de la rapidité foudroyante qu'allait déployer l'ennemi : deux jours après le vote hostile à la Prusse émis par la majorité de la diète de Francfort, les troupes prussiennes envahissaient le royaume (16 juin 1866). Le défendre était impossible, mais on pouvait sauver l'armée ; on lâcha de lui faire gagner la Bavière à travers la ïhuringe. Les Prussiens se firent battre en l'attaquant à Langensalza (27 juin 1866); mais ils avaient atteint leur but, en arrêtant sa marche, et, deux jours après, le défaut de munitions l'obligea à capituler (29 juin 1866). Le salut ne pouvait plus venir dès lors que d'une victoire de l'Autriche ou de l'intervention de l'Europe; l'une et l'autre firent défaut. Par les préliminaires de Nikolsburg- (26 juillet 1866), que ratifia la paix de Prag-ue du 23 août 1866, l'Autriche vaincue reconnut à la Prusse le droit de faire toutes les modifications territoriales à sa convenance dans l'Allemag-ne septentrionale; la France n'avait plaidé que la cause de la Saxe; l'Ang-leterre ne fit aucune démarche en faveur de l'ancien patrimoine de sa dynastie royale. Dès le 16 août 1866, un messag-e royal aux chambres prussiennes leur annonça l'annexion du Hanovre comme une nécessité politique et militaire; la loi d'incorporation fut votée par elles le mois suivant, et le 3 octobre 1866, soixante ans après la prise de possession éphémère du Hanovre par le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III, son fils Guillaume I" sig-nait les lettres patentes qui réunissaient à la monarchie prussienne la majeure partie de l'héritage de Henri le Lion et toutes les acquisitions que les ducs, électeurs et rois de Brunswick-Lunebourg-Hanovre y avaient ajoutées.

Le roi George V protesta contre la spoliation dont il était victime, tout en déliant ses sujets du serment de fidélité; le cabinet de Berlin crut le désarmer en signant avec lui une convention qui lui restituait son immense fortune particulière (septembre 1867); mais, bientôt revenu de son erreur, il en suspendit indéfiniment l'exécution (mars 1868) et le

fonds guelfe ou fonds des reptiles a servi pendant de longues années, avant et après la mort du roi (12 juin 1878), à subvenir aux dépenses secrètes du gouvernement prussien. Le séquestre n'a été levé que le 12 mars 1892 par un ordre de cabinet de Tempereur Guillaume II, expédié en réponse à la lettre du 10 mars par laquelle le fils et héritier du monarque détrôné, Ernest- Auguste, qui se titre duc de Gumberland, de Brunswick et de Lunebourg, s'est engagé, sans cependant renoncer à ses droits sur le Hanovre, à ne pas provoquer ou favoriser des entreprises hostiles à l'unité allemande et à la sécurité de la monarchie prussienne.

Beaucoup moins puissante de tout temps que la ligne lunebourgeoise ou cadette, la ligne aînée ou brunswickoise, également issue du duc de Brunswick-Lunebourg à Celle Ernest le Confesseur, a une histoire territoriale peu compliquée, qui peut se résumer en quelques lignes. Nous avons vu plus haut que son fondateur Henri de Dannenberg avait dû se contenter d'un mince apanage dans le traité de partage quil conclut en 1569 avec son frère cadet Guillaume de Celle; aussi ne fut-ce à vrai dire qu'après l'extinction de la deuxième maison de Brunswick-AVolfenbultel en 1634, que sa descendance parvint sérieusement à la souveraineté. Son lot, successivement fixé par une série de conventions de famille, comprenait à la fin du xvif siècle les deux principautés de "NVolfenbuttel et de Blankenburg en Basse-Saxe, avec Brunswick comme capitale et Ilelmstedt comme université, plus, dans le cercle de Westphalie, un bailliage de l'ancien comté de Iloya, et en Haute-Saxe l'ancienne abbaye d'empire de Walkenried, que la paix de Westphalie avait assignée aux Guelfes; quant à Dannenberg, elle l'avait en 4671 rétrocédé à la ligne cadette. Il ne changea guère pendant le siècle suivant, à la fin duquel on l'évaluait (d'une façon exagérée, pour la superficie du moins) à 4 500 kilomètres carrés et à 190 000 iiabitants. Par le recez principal de la députation d'empire du 25 février 1803, les ducs de

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