LE DUCHÉ DE BRUNSWICK
véranc, de la maison, malgré le peu de goût de ses sujets pour celte annexion et malg^ré certaines prétentions mal justifiées de la Prusse; mais depuis la transformation du Hanovre en province prussienne la situation se trouvait grandement modifiée. Sans doute le duc de Cumberland Ernest-Auguste,. le fils du roi détrôné George V, restait, de l'aveu commun, l'héritier naturel et légitime, malgré la théorie des syndics de la couronne de Prusse que la conquête du Hanovre par le roi Guillaume I" avait du même coup investi celui-ci des droits héréditaires des souverains hanovérans; mais sa lettre à la reine Victoria du 18 septembre 1878, où il spécifiait formellement que son avènement éventuel au trône de Brunswick ne l'empêcherait pas de continuer à réserver ses droits au trône de Hanovre, lui avait créé vis-à-vis de la Prusse et de l'empire une position qui rendait impossible son avènement, du moins immédiat. Aussi sa lettre patente de prise de possession fut-elle un vain manifeste; le conseil de régence prévu, pour le cas de vacance du trône, par la loi brunswickoise du 13 février 1879, prit en mains l'administration du pays et invoqua l'intervention de l'empereur Guillaume 1" : celui-ci répondit qu'il résoudrait, d'accord avec les gouvernements confédérés, les questions constitutionnelles nées de la situation, et, après six mois de réflexion, le prince de Bismarck vint déclarer au conseil fédéral qu'il y aurait danger pour la sécurité et l'intégrité de l'Etat prussien si un prince guelfe régnait à Brunswick, aussi longtemps qu'il y aurait un parti guelfe en Hanovre. La diète brunswickoise se rangea à l'avis du chancelier et reconnut à l'unanimité, le 30 juin 1885, que l'avènement du duc de Cumberland créerait un danger pour l'unité de l'empire et la sécurité territoriale de la Prusse; deux jours plus tard, le 2 juillet, le conseil fédéral exprima une conviction analogue; mais il se trouva deux Etats, Mecklcmbourg-Strélilz et Reuss branche aînée, pour protester au nom du droit de succession légitime. Restait à désigner le régent appelé à exercer provisoirement l'autorité
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ducale à la place de l'héritier naturel empêché; la diète hrunswickoise, chargée de ce soin, élut à Tunanimilé, le 21 octobre I880, un neveu de l'empereur, le prince Albert de Prusse, qui fit son entrée dans la capitale du pays le 2 novembre suivant.
Le régime provisoire ainsi établi est-il destiné à durer longtemps encore? La demi-soumission du duc de Cumberland, qui déjà lui a valu la restitution de la fortune personnelle de son père, linira-t-elle, en devenant complète, par lui ouvrir les portes de Brunswick? Fera-t-on du duché guelfe un 'paijs d'empire, gouverné directement par l'empereur, comme l'Alsace-Lorraine? Ou bien encore la Prusse se décidera-t-elle au dernier moment à arrondir le Hanovre en l'y incorporant? L'avenir le dira. Ajoutons seulement que, si la dernière hypothèse venait à se réaliser, l'héritage de l'illustre race issue d'Albert-Azzon d'Esté et de Cunégonde Welf aurait l'étrange sort de n'être réuni de nouveau, après six ou sept siècles de partage, que sous le sceptre étranger de cette maison de Ilohenzollern, dont personne en Europe ne connaissait le nom, à l'époque où les princes guelfes disputaient aux rois gibelins la première place dans l'empire!
La dynastie d'Oldenbourg, à l'histoire territoriale de laquelle nous passons, est loin d'avoir la haute antiquité et la précoce illustration de la famille guelfe. Son rôle historique ne commence qu'au xv*" siècle; mais immédiatement elle s'est élevée au premier rang, en succédant à la puissante maison de Schauenbourg dans les pays allemands et danois au nord de l'Elbe, et en faisant presque au même instant l'acquisition des trois couronnes Scandinaves, dont l'une du moins lui est restée et dont les deux autres ont été remplacées au xvni'^ et au xix'' siècle par la couronne impériale de Russie et par la couronne royale de Grèce. Nous n'avons pas à nous occuper ici de son histoire dans le nord et dans l'est de l'Europe; les destinées de ses terri-