LE HOLSTEIN SOUS LES SCHAUENBOURG
à la Saxe. L'indépendance des comtes n'était plus menacée dès lors du côté des faibles successeurs de Henri le Lion; «lie le fut d'autant plus par l'ambition des rois danois, qui convoitaient tous les pays riverains de la Baltique méridionale. Deux souverains puissants et habiles, Canut VI et AValdemar II, que favorisaient les empereurs de la maison de riolienstaufen par haine des Guelfes, et que le Saint- Siège couvrait de sa protection parce qu'il voyait en eux les propagateurs armés du christianisme, réduisirent au vasselag-e ou dépouillèrent complètement les seigneurs allemands et les princes slaves de la rive droite de l'Elbe inférieure, chassèrent entre autres Adolphe V de son comté de Holstein, et se titrèrent à plein droit, avec l'approbation formelle de l'empereur Frédéric II (1214), roia des Vandales (c'est-à-dire des Wendes) et seigneurs de la Nordalhingie. Il fallut l'enlèvement audacieux de Waldemar II (6 mai 1223) par le comte Henri de Schwérin, que le roi danois avait, non pas outragé dans son honneur conjugal comme le raconte une tradition postérieure, mais à demi dépouillé de son fief, puis, après que le pape Honorius III eut relevé Waldemar du serment qu'il avait prêté pour sortir de prison, la sanglante bataille de Bornhœvde en Holstein (22 juillet 1227), pour briser la suzeraineté des monarques danois sur le nord-est de l'Allemagne. Adolphe VI était rentré en possession de son comté héréditaire dès l'année 1224; après la victoire de Bornhœvde, fidèle à un vœu qu'il avait fait aux jours de son humiliation, il laissa le Holstein à ses hls et entra dans un couvent de franciscains.
Autant la couronne de Danemark avait brillé d'un vif éclat à l'époque de Canut VI et de Waldemar II, autant sa puissance fut compromise sous leurs successeurs par des partages et des guerres civiles. La dynastie holsteinoise, elle-même divisée en plusieurs brandies, à Kiel au nordest, à Pinneberg au sud et à Rendsbourg au nord, n'en profita pas d'abord; mais dans le cours du xiv® siècle la ligne de Rendsbourg, la plus importante des trois et qu'on appelait
aussi de Holslein tout court, même avant qu'elle eût réuni en 1390 la part de celle de Kiel, entreprit la conquête et la germanisation de la partie méridionale du Jutland, dont elle a fait le duché de Schleswick. Ce pays formait, sous la descendance du roi A bel, l'un des fils de Waldemar II, un grand fief danois, presque indépendant de la monarchie; les deux comtes de liolstein, Gérard le Grand et son fils Henri de Fer, victorieusement mêlés à toutes les querelles intestines du Danemark, réussirent à s'en emparer, par la diplomatie à la fois et par les armes. Dès 1326, le jeune roi Waldemar III, un enfant que son oncle Gérard venait d'élever au trône danois, le récompensa de ce service en l'investissant du Jutland méridional, qui était l'apanage de sa branche; bientôt, il est vrai, dépouillé de la couronne royale, il prétendit reprendre son duché; mais Gérard en garda une bonne partie, et son fils Henri de Fer en devint complètement le maître à l'extinction de la lignée des anciens ducs danois (1375).
La couronne de Danemark ratifia cette acquisilion, qui doublait les possessions de la maison de Schauenbourg, au traité de Nyborg (lo août 1386), par lequel Marguerite, la fille du quatrième Waldemar, régente au nom de son fils Olaf, inféoda le Schleswick comme duché héréditaire au comte Gérard III, fils aîné de Henri de Fer; mais quand Gérard III eut trouvé la mort contre les Dilmarses (1404), Marguerite, alors reine pour son propre compte, puis son successeur Eric le Poméranien, remirent tout en question. Une cour plénière, réunie au même château de Nyborg en Fionie, déclara que selon la loi danoise ses enfants en bas âge, Henri III et Adolphe VII, étaient dépourvus de tout droit sur le Jutland méridional (1413), et l'empereur Sigismond approuva la sentence (1415.1424), en reconnaissant en termes formels que le Schleswick faisait partie intégrante du Danemark et était absolument étranger au saint-empire. Cette fois-ci encore cependant, comme deux cents ans auparavant pour le Holslein, le triomphe du Danemark ne fut que de courte durée,