LA FAMILLE D OLDENBOURG
et les armes rendirent nux jeunes princes la totalité de l'héritagc paternel : aidé par les Ilanséates, Henri reconquit une partie notable du Schleswick, et quand il eut été tué dans un assaut sur Flensbourg- (1427), Adolphe continua la guerre avec assez de vigueur pour que le traité de paix de 1432 lui laissât, sinon en droit, du moins en fait, le duché entier; quelques années plus tard, en 1439, le successeur d'Eric, Christophe le Bavarois, lui en donna aussi T investiture officielle, à Kolding en Jutland.
A la mort de ce prince (1448), il n'aurait tenu qu'à Adolphe VII d'être roi de Danemark ; il préféra diriger le choix des Danois sur le fils de sa sœur Hedwige, le comte Christian d'Oldenbourg, et du même coup assurer définitivement l'adjonction du Jutland méridional au Ilolstein : avant l'élection, le futur roi d'une part, le conseil d'Etat danois de l'autre, durent en effet confirmer dans les termes les plus explicites la constitution loaldemarienne de l'année 1326 et reconnaître le Schleswick comme un vrai fief héréditaire, que la maison de Schauenbourg tenait de la couronne de Danemark. Onze ans plus tard, le 4 décembre 1459, le bon duc Adolphe mourut à Segeberg à l'âge de cinquante-huit ans, et avec lui s'éteignit la lignée de Gérard le Grand.
L'union du Schleswick, fief danois, et du Holstein, fief d'empire, consommée par le dernier comte-duc de la famille de Schauenbourg, fut déclarée perpétuelle à l'avènement de son successeur, le fondateur de la dynastie d'Oldenbourg dans les pays au nord de l'Elbe. Adolphe VU n'avait pas laissé de testament; son riche héritage fut revendiqué à la fois par ses agnats, les comtes de Schauenbourg et de Pinneberg, et par ses plus proches parents par les femmes, les comtes d'Oldenbourg. Les états des deux pays, réunis à Neumunster et à Rendsbourg (janvier, février 1460) commencèrent par s'attribuer de leur propre autorité le droit d'élection et par décider qu'ils prendraient en tout cas un seul et même souverain; puis, au mois de mars 1460, ils choisirent à Ripen, comme
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duc de Schleswick et comte de Holstein, le neveu du feu duc, Christian d'Oldenbourg-, déjà roi de Danemark (1448), de Norvège (14o0), et même de Suède (1458). Mais ce ne fut que contre les assurances et les promesses les plus formelles, destinées à g-arantir à la fois l'union et l'autonomie des deux provinces : le duché de Sclileswick et le comté de Holstein étaient déclarés réunis à perpétuité et non susceptibles d'être fondus dans la monarchie danoise; de plus les états se réservaient le droit de choisir eux-mêmes dans la famille souveraine le successeur éventuel du duc-roi Christian P"". Telles sont les conditions, si souvent invoquées et si souvent discutées depuis, sous lesquelles la maison d'Oldenbourg- fut préférée pour la succession aux deux pays, à la branche des Schauenbourg- encore florissante à Schauenbourg et à Pinneberg, laquelle n'obtint qu'une indemnité en argent. Le Sclileswick et le Holstein, du commun accord de leurs états et de leur nouvelle dynastie, devaient d'une part, malgré leur situation féodale différente, former un ensemble politique indissoluble, et de l'autre, malgré le vasselage danois du Schleswick, n'être unis au Danemark que par le lien passager d'une union personnelle : c'était l'intérêt de la noblesse allemande des deux contrées qui, après avoir germanisé la AVagrie slave, était en train de germaniser le Sud-Jutland danois; ce n'était pas moins celui du roi Christian P', plus désireux d'assurer à ses descendants un domaine particulier considérable que d'enrichir une couronne élective qui pouvait leur échapper un jour ou l'autre.
Le règne du premier prince oldenbourgeois dans la Nordalbingie fut marqué par un accroissement de dignité obtenu en faveur de la moitié allemande du pays : l'empereur Frédéric HI éleva au rang de duché le comté de Holstein et de Stormarn (1474). En même temps la munificence impériale y ajouta, comme donation gracieuse, le pays de Ditmarschen, réputé vacant, parce qu'il était sans maître. En eflet, les paysans libres, d'origine saxonne et frisonne, qui occupaient les Marschen allemandes du Holstein, le long de la mer du JNord,
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se gouvernaient eux-mêmes; leur pays, qu'un système bien entendu de digues protégeait contre l'océan auquel ils l'avaient en partie enlevé, formait comme un ilôt démocratique en plein monde féodal. L'avouerie que les archevêques de Brème y exerçaient encore comme successeurs des anciens comtes de Stade, n'était plus guère qu'honorifique ; les familles nobles, qui s'y étaient établies en petit nombre, avaient été absorbées ou expulsées ; il n'y avait ni villes, ni châteaux : rien que d'opulents villages, dont les principaux étaient Meldorf et Heide. De vieille date, la richesse des Ditmarses tentait les princes et les seigneurs voisins, en même temps que leur indépendance républicaine leur était un scandale; mais ils étaient aussi vaillants qu'insolents, et plus d'une croisade noble dirigée contre eux avait tourné à la confusion des envahisseurs : c'est ainsi qu'en 1404 le comte de Holstein Gérard III était allé se faire tuer par ces paysans frisons, dignes émules des vachers suisses. Christian 1" et ses premiers successeurs, en essayant de faire valoir la donation de Frédéric III, éprouvèrent eux aussi maint échec, dont le plus célèbre est la grande défaite d'Hemmingstedt (17 février loOO), où furent massacrées la noblesse du Holstein et la garde noire danoise; néanmoins à la longue la petite république ne put résister à la monarchie voisine, et Jean de Ranzau en acheva la soumission par le fer et le feu en 1559.
Les duchés de Schleswick et de Holstein furent, après la mort de Christian P"" (1481), d'abord gouvernés en commun, puis du moins partiellement partagés par ses deux fils, le roi des trois royaumes du Nord Jean P"" et son frère le duc Frédéric, que les états avaient reconnus simultanément pour leurs maîtres, après avoir reçu leurs serments aux privilèges des deux pays; mais plus tard le second réunit de nouveau le tout, en même temps qu'il enlevait à son neveu Christian II, le Néron du Nord, déjà expulsé de la Suède, les couronnes de Danemark et de Norvège (1523). C'est ce duc et roi Frédéric I" qui a établi la Réforme dans les duchés de l'Elbe;
c'est de lui aussi que descendent, par deux de ses fils, le roi de Danemark et de jXorvège Christian III et le duc Adolphe YIII, les deux lignes corégnantes de Holstein-Gluckstadt ou ligne royale et de Holstein-Gottorp ou ligne ducale, dont les querelles remplissent les deux siècles suivants.
Le partage de lo44 entre les trois fils de Frédéric I", Christian, Adolphe et Jean, dont les deux premiers seulement firent souche, avait attribué à chacun des frères son lot particulier; mais en même temps il avait établi une union et communion, qui laissait en commun la tenue des états, l'administration des couvents et l'investiture des vassaux. Ce fut une première cause de discordes, que ne tarda pas à envenimer la prétention de la ligne royale d'exercer la suzeraineté sur le tout. X\x siècle suivant, la ligne de Gottorp eut de nouveaux griefs à faire valoir : elle avait été admise en I08O au partage de la succession du troisième fils de Frédéric V\ le duc Jean, et avait ainsi pu ajouter Tondern et Fehmarn à sa part primitive, qui comprenait Gottorp, Schleswick, Husum, Apenrade, Kiel, Aeumunster; soixante et quatre-vingt-dix ans plus tard au contraire, elle fut presque complètement exclue d'un double héritage, auquel elle se croyait les mêmes droits que la ligne aînée. En effet, lorsque en 1640 vint à s'éteindre, dans la personne d'Otton VI, le dernier rameau subsistant de la vieille dynastie de Schauenbourg, dont la branche principale s'était fondue dans la maison d'Oldenbourg-Holstein, la ligne royale, abandonnant le comté de Schauenbourg aux maisons plus voisines de Hesse et de Lippe, s'empara de sa succession holsteinoise, à Pinneberg et à Alloua, et n'en laissa que fort peu de chose aux Gottorp; puis, en 1667, à l'extinction de la maison comtale d'Oldenbourg en Antoine-Gunther, le dernier descendant légitime du frère aîné du roi Christian I", elle fit un partage plus léonin encore : elle se fit attribuer par décision impériale (1675) les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst en totalité, si bien que la ligne ducale n'eut absolument rien.
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Il y avait là matière à bien des récriminalions; la vraie cause cependant de l'hostilité de plus en plus vive entre les deux branches, il faut la chercher dans la prétention des Holstein-Gottorp de maintenir leur souveraineté pleine et entière, alors que les rois leurs cousins entendaient en faire de simples apanagistes; quant à la longueur de la lutte, elle s'explique, malgré la disproportion des forces, par la protection que la Suède étendit, par suite d'alliances de famille et aussi par intérêt politique, sur la ligne ducale. Une première fois Charles X Gustave, gendre du duc Frédéric III, imposa au Danemark vaincu la restitution complète de la branche cadette, par le traité de Roeskilde (1658), que confirma en 1G60 la paix de Copenhague; quarante ans plus tard, Charles XII, à son tour vainqueur des Danois, stipula de nouveau à Travendal (1700) la réintégration dans tous ses droits du duc Frédéric IV, qui avait épousé sa sœur aînée, Iledwige-Sophie de Suède. Mais la chute du héros suédois entraîna celle de ses protégés; le jeune duc Charles-Frédéric, qui avait succédé en 1702 à son père Frédéric IV, tué à la bataille de Clissow, fut dépouillé dès l'année 1713 des terres gottorpienncs, et la paix de Stockholm du 3 juin 4720 en attribua solennellement au roi de Danemark, sous la garantie commune de l'x^ngleterre, de la France et de la Suède, la portion schleswickoise, de beaucoup la plus importante.
Encore une fois, en 1762, le duc Charles-Pierre-Ulric de Holstein-Gottorp, le fils de Charles-Frédéric et d'Anne- Petrowna, lequel venait de succéder sur le trône de Russie à sa tante maternelle, l'impératrice EHsabeth, songea à faire valoir ses droits héréditaires; mais, avant d'avoir pu réaliser son projet, Pierre III fut assassiné, quelques mois après son avènement, par ordre de sa femme Catherine II, et celle-ci, stipulant au nom de son fils, le grand-duc Paul, termina enfin la vieille querelle par les traités de Copenhague (1767) et de Czarsko-Sélo (1773). En vertu de ces deux conventions, Paul reçut de la couronne de Danemark les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst, et abandonna en échange toutes ses pré-
tentions sur le Schleswick et le Holstein, en ne se réservant pour lui et pour sa descendance que le droit de les faire revivre au cas d'extinction de la ligne royale.
C'est ainsi qu'à la fin du xvni'' siècle les deux duchés de Schleswick et de Holstein se trouvèrent complètement réunis entre les mains des rois danois. Il subsistait, il est vrai, même après l'extinction d'un grand nombre d'autres rameaux, plusieurs branches de la ligne aînée, possessionnées dans l'ancienne part royale; mais leurs principautés étaient de simples apanages, sur lesquels la suzeraineté royale était incontestée. La seule singularité politique qu'il y eût à signaler encore dans les territoires oldenbourgeois au nord de l'Elbe, c'était leur situation difîérente vis-à-vis du saint-empire, motivée par leur origine féodale diverse : tandis que le Schleswick était complètement étranger au corps germanique, le Holstein faisait partie du cercle de Basse-Saxe, dans lequel en 1789 il figurait pour 312 000 habitants. Cette dernière anomalie disparut à son tour après l'abdication de l'empereur François H, et le 9 septembre 1806 une ordonnance royale réunit les possessions jusque-là allemandes aux autres Etats de la monarchie danoise. En 1815 cependant le roi de Danemark, qui ne pouvait pas prévoir les suites fatales qu'entraînerait cet acte, entra dans la Confédération germanique pour celles de ses provinces qui anciennement avaient été terres d'empire : c'était d'une part le duché de Holstein, que la paix de Kiel du 14 janvier 1814 avait diminué de l'île d'Helgoland au profit de l'Angleterre; c'était d'autre part le petit duché, autrefois hanovéran, de Lauenbourg, qui lui avait été assigné par les traités de Vienne comme un dédommagement, vraiment dérisoire, pour sa renonciation au royaume de Norvège, que la même paix de Kiel lui avait imposée au profit du roi de Suède.
Le danger de cette incorporation d'une partie des Etats danois dans la Confédération germanique ne se manifesta que peu àpeu. Pendant un certain nombre d'années le cabinet