‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 70 sur 168 · LA QUESTION DU SGHLESWICK-HOLSTEIN · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU SGHLESWICK-HOLSTEIN

de Copenhague n'eut à se préoccuper que des réclamations de la noblesse du Sclileswick et du Holstein, qui redemandait les vieux états provinciaux, tombés en désuétude depuis 1712; il les accorda finalement (1831), mais de façon que chacun des deux duchés eût les siens. Alors cependant commença à être agitée la question de Yunion indissoluble des deux pays, et elle prit d'année en année une importance d'autant plus grande, que l'extinction prochaine dans les mâles du rameau régnant de la maison royale de Danemark devenait plus probable. Le roi Christian YIII, qui avait succédé à la couronne en 1839, n'avait qu'un fils, le prince héréditaire Frédéric, lequel était sans enfants des deux femmes qu'il avait successivement répudiées en atlendant qu'il con- Iraclàt en 1830 un mariage morganatique, et un frère, le prince Ferdinand, qui n'avait pas non plus de descendance; il y avait donc à prévoir l'éventualité que, ces six yeux fermés, la couronne danoise, en vertu de la loi royale de lG6o qui déclarait les femmes habiles à succéder, serait dévolue, soit à la sœur du roi, Louise-Charlotte de Danemark, soit aux enfants issus de son mariage avec le prince de Hesse-Cassel Guillaume : or, ce cas échéant, le duc Christian de Holstein- Augustenbourg, qui élait l'agnat le plus rapproché de la famille royale (en sa qualité de chef de l'aîné des rameaux sortis de Jean le Jeune, qu'en l'an 1364 son frère, le roi Frédéric II, avait apanage de Sonderbourg dans File d'Alsen), se prétendait en droit de revendiquer à la fois le Holstein, comme pays soumis à la loi salique d'après le droit public allemand, et le Schleswick, comme territoire uni à perpétuité au Holstein par la convention même qui jadis avait fait passer les deux duchés sous l'autorité de la famille oldenbourgeoise.

La polémique relative à la succession future en Schleswick-Holstein, quelque prématurée qu'elle put paraître à la diplomatie, ne tarda pas à passionner les populations des deux côtés de l'Elbe; c'est que, à propos de la controverse juridique et historique soulevée au nom d'intérêts dynasti-

ques, s'était promptemcnt posée une question d'une portée bien plus considérable, la question de nationalité. La nationalité du Holstein, bien que ses origines soient à moitié slaves, est aujourd'hui incontestablement allemande; celle du Schleswick au contraire, oii le Aieux fonds Scandinave a plus ou moins victorieusement résisté à l'immigration g'ermanique, est extrêmement douteuse : on y parle, en partie concurremment, le bas-allemand, le frison et le danois. La majorité de sa population paraît être encore danoise, surtout si l'on compte les Frisons avec les Danois, car sur les 40o 000 habitants qu'avait le Schleswick au recensement de 1864 et dont il convient de défalquer 30 000 personnes parlant le frison et 75 000 qui se servaient indistinctement de l'allemand et du danois, les statisticiens allemands euxmêmes ne revendiquaient que J 30 000 individus de lang-ue tudesque contre 1 30 000 de langue danoise, et les documents officiels danois haussaient le chiffre des Danois à 180 000, en réduisant à 120 000 celui des Allemands; mais la partie méridionale du duché, celle qui avoisine le Holstein, est complètement germanisée; les villes le sont en partie fort loin au nord; et la noblesse est allemande à peu près sans exception jusqu'aux confins du Julland. Or cette noblesse était complètement d'accord avec celle du Holstein pour voir dans l'avènement des Augustenbourg- la solution la plus conforme aux intérêts de la caste équestre dans les deux pays; l'université unique des duchés, fondée à Kiel en 1663, n'était pas moins acquise à l'idée de l'union indissoluble du Schleswick-Holstein; le peuple entier du Holstein en faisait presque un article de foi; et comme les paysans et les bourgeois danois du Schleswick parlaient et surtout écrivaient beaucoup moins que les avocats de la noblesse et les professeurs de Kiel, la voix populaire des duchés paraissait se prononcer presque à l'unanimité pour la constitution future d'un Schleswick-Holstein indépendant, séparé du Danemark et relié à l'Allemagne.

L'opinion publique allemande saluait avec enthousiasme

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