‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 71 sur 168 · LA QUESTION DU SGHLESWIGK-HOLSTEIN · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU SGHLESWIGK-HOLSTEIN

cette perspective d'ag^randissement; les gouvernements allemands, peu amis d'habitude des agitations politiques, avaient une grande indulgence pour celle-ci, où figuraient les plus nobles familles du pays, unies à toute la noblesse de la basse Allemag-ne par une commune origine et des liens de parenté nombreux; la Prusse enfin se rendait fort bien compte de l'importance qu'auraient pour la marine militaire allemande, depuis longtemps projetée, la nombreuse population côtière du Schlcswick-Holstein et son magnifique port de guerre de Kiel. Mais, de leur côté, le gouvernement et le peuple danois voyaient avec indignation des machinations qui tendaient à enlever au royaume un tiers de sa superficie et près de la moitié de sa population; à la rigueur on admettait à Copenhague la séparation éventuelle du Holstein, de tout temps pays d'empire; mais quant au Schleswick, qui en fin de compte n'était pas autre chose que le Jutland méridional, on était bien décidé à ne jamais l'abandonner, et au fameux chant national des duchés, S chles wig-Holstein meeînimschlungen, qui depuis 1844 était devenu le cri de ralliement des adversaires, on opposait comme un argument irréfutable le vieil axiome politique du moyen âge, Eidora romani terminus imperii^ qui depuis des siècles faisait de l'Eider la frontière non discutée entre les deux nationalités.

Dès 1846 l'agitation était assez vive des deux côtés pour que, le 8 juillet de cette année, le roi Christian Vllt crùi nécessaire de signer des lettres patentes qui affirmaient l'union héréditaire indissoluble du Schleswick entier et de la majeure partie du Holstein avec la couronne de Danemark : l'exception ne portait que sur les districts holsteinois cidevant gottorpiens. A cette manifestation officielle répondirent des protestations nombreuses, émanant de la maison d'Augustenbourg-, des états du Schleswick et du Holstein, du peuple holsteinois, de la presse et des chambres allemandes; la diète germanique elle-même s'émut, et par sa résolution du 17 septembre 1846 réserva sa compétence dans l'affaire de la succession des duchés.

Les choses auraient cependant pu traîner fort longtemps encore, si la commotion européenne de 1848 n'avait hâté l'explosion des passions surexcitées. Le nouveau roi de Danemark, Frédéric YII, qui venait de succéder à son père Christian VIII (20 janvier 1848), inaugura son règne par une constitution libérale, substituée à l'absolutisme royal, qui luimême s'était établi en 1660 sur les ruines du gouvernement aristocratique : par suite, le parti des Danois Jusqu'à VEider prit le pouvoir à Copenhague. Les états des duchés, aussi blessés dans leurs instincts aristocratiques que dans leurs aspirations nationales par la révolution pacifique qui venait de s'accomplir dans la capitale danoise, déclarèrent que le roi-duc n'était pas libre, et sous ce prétexte fut proclamé à Kiel, le 24 mars 1848, un gouvernement provisoire du Schleswick-Holstein, présidé par le duc Christian d'Augustenbourg. La guerre entre les deux moitiés de la monarchie danoise était inévitable : elle ne tarda pas à éclater. Les duchés, soutenus par une armée prussienne que l'assemblée constituante allemande avait envoyée à leur secours, eurent d'abord l'avantage, le Danemark ne recevant de la part de l'Angleterre, de la France et de la Russie que des marques de sympathie stériles, et de la part de la Suède des renforts insuffisants; mais, la marche générale des affaires allemandes venant en aide à leur courageuse obstination, les Danois reprirent bientôt le dessus; le roi de Prusse, qui avait bien plus négocié que combattu, se décida à retirer complètement ses troupes le 2 juillet 1830. Déjà l'année précédente l'armée danoise avait réoccupé la majeure partie du Schleswick; le 23 juillet 1830 elle battit à Idstedt les insurgés des duchés abandonnés par l'Allemagne, et au mois de février 1831 une commission austro-prussienne, suivie d'une armée fédérale, rélabht en Ilolstein aussi l'autorité du roi de Danemark.

Pendant que la guerre durait encore, avaient commencé des conférences diplomatiques sur les moyens d'en finir avec la question du Schleswick-Holstein. L'Angleterre, la France et la Russie désiraient toutes les trois, quoique avec des

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