LA QUESTION DU SGHLESWICK-HOLSTEIN
immédiatement proclamé à Copenhague, sous le nom de Christian IX, comme roi do la monarchie danoise entière; mais, peu de jours après, le prince Frédéric d'xVugustenbourg-, auquel son père, le duc Christian, venait de céder ses droits pour ne pas violer trop effrontément sa parole, prenait le titre de Frédéric VIII, duc de Schleswick-tlolstein; et un orag'e plus redoutable se formait du côté de l'Allemag-ne, où l'on se décidait enfin à faire succéder les mouvements de troupes aux protocoles.
Quoique le nouveau roi, sous la pression du ministère ang-lais, se fût hâté de retirer la patente du 30 mars et qu'il promit de travailler à l'abrogation de la constitution du 18 noveuibre, qu'il n'avait d'ailleurs signée qu'à contrecœur, l'exécution fédérale dans le Ilolstein, décrétée à Francfort le 7 décembre 1863, n'en fut pas moins opérée avant la fin de l'année, sans que le cabinet danois osât y opposer autre chose qu'une protestation impuissante, et, sous la protection des baïonnetles saxonnes et hanovéranes, les Holsteinois proclamèrent leur duc Frédéric YIII. C'était là déjà un singulier commentaire au traité de Londres de 1852; mais des faits bien plus graves allaient suivre. Sous le double prétexte d'empêcher la Confédération germanique de pousser les choses trop loin et de prendre sur la monarchie danoise, dont on ne contestait pas encore Tinlégrité, un gage qui assurât aux réclamations allemandes un meilleur accueil que celui qu'elles avaient trouvé jusque-là, une armée austroprussienne envahit le Schleswick le 1"'' février 186i. La Prusse, que l'Autriche suivait sans aucun enthousiasme et seulement pour ne pas laisser à sa rivale la direction unique de l'affaire, qui entre toutes tenait à cœur au peuple allemand, jetait par cette démarche hardie le gant au reste de l'Europe : il ne fut relevé par aucune des trois grandes puissances non allemandes, qui pour le moment étaient brouillées ou du moins en délicatesse entre elles, et la malheureuse armée danoise, abandonnée à elle-même, fut refoulée dans le Jutland et dans les Iles; le 18 avril 1864, Dybbol ou
Duppel, sa dernière position militaire dans le Sclileswick continental, lui était enlevé par un assaut furieux.
Deux jours plus tard, le 20 avril, s'ouvrait à Londres une nouvelle conférence diplomatique sur le règlement de la succession danoise, et elle prenait immédiatement une tournure bien différente de celles de 1830 et de 1832 ; les deux puissances allemandes, profitant de la désunion dos autres, se déclarèrent purement et simplement dégagées par le fait de la guerre de toute obligation antérieure; la France proposa, sans grandement insister, un appel au suffrage universel; l'Angleterre s'efforça en vain de trouver une ligne de partage du Schleswick, acceptable par les deux parties; la Russie jeta une nouvelle complication dans la question, en faisant passer au grand-duc d'Oldenbourg la cession de ses droits sur la part gottorpienne; finalement on se sépara, le 23 juin ISGi, sans autre résultat que l'abandon universel du traité de 1832.
Jusqu'au dernier moment les ministres danois n'avaient pas voulu croire que l'Europe se déjugerait à ce point, que l'Angleterre ne ferait absolument rien pour ses protégés; voilà pourquoi ils avaient refusé le partage du Scbleswick; mais, après la reprise des hostilités, la perte de l'île d'Alsen et l'occupation du Jutland entier (juillet 1864), il leur fallut se résigner à de plus dures conditions encore : Christian IX dut renoncer en faveur de l'empereur d'Autriche et du roi de Prusse, par les préliminaires de Yienne du l'^'" août 1864, ratifiés par la paix conclue au même endroit, le 30 octobre 1864, à tous ses droits sur les duchés de Schleswick et de Holstein, et de plus au duché de Lauenbourg, entraîné dans leur sort. Seulement, pour faire disparaître les enclaves et les partages d'iles entre le Schleswick et le Jutland, on procéda à un apurement de frontières, en déterminant d'une part la limite continentale par une ligne qui part du Petit- Belt à égale distance de Iladersleben et de Kolding, gagne le thahceg de la Konge-Aa ou Kœnigsau et débouche sur la mer du Nord au sud-ouest de Ribe ou Ripen, et en attribuant, d'autre part, au Danemark l'île d'Arrœ, qui appar-