‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 75 sur 168 · LA QUESTION DU SCHLESWICK-HOLSTEIN · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU SCHLESWICK-HOLSTEIN

sans égard pour les protestations du Sehleswick septentrional, l'incorporation pure et simple à la Prusse des deux duchés fut consommée dans les premiers jours de l'année 1867; il n'y eut d'exception que pour quelques districts insignifiants du Holstein oriental, cédés le 27 septembre 18G6 au grandduc d'Oldenbourg-, en échange de sa renonciation aux droits gottorpiens que lui avait transmis l'empereur de Russie. Dans les années suivantes, des négociations furent poursuivies à Berlin pour la rétrocession au Danemark des districts septentrionaux du Sehleswick; mais, pas plus qu'à la conférence de Londres de 1864, on ne parvint à s'entendre sur la ligne de démarcation. Les votes répétés émis pour l'élection des députés au parlement prussien et au parlement allemand prouvaient surabondamment que le retour au Danemark était désiré par l'immense majorité des Schleswickois habitant au nord d'une ligne qui, quittant la Baltique au sud de Flensbourg, aboutit à la mer du Nord au nord de Tondern; ce nonobstant, la Prusse, mettant en avant des considérations stratégiques, ne cessa de déclarer qu'elle entendait garder, non seulement Fleusbourg, mais encore les positions militaires dominantes de Duppel et d'Alscn, acquises au prix de torrents de sang prussien; et comme en outre elle demandait des garanties pour les quelques Allemands des districts à céder, le Danemark, craignant à bon droit de nouvelles ingérences allemandes dans ses affaires intérieures, préféra interrompre les pourparlers. Pour en empêcher la reprise et définitivement enterrer la question, M. de Bismarck a depuis eu recours aux bons offices de l'Autriche-Hongrie, devenue l'alliée intime de l'Allemagne, et en février 1879 il a été porté à la connaissance de l'Europe en général et des Schleswickois en particulier, qu'un accord, signé à Vienne Je 11 octobre 1878 entre les deux puissances, avait abrogé le fameux article cinq !

La maison d'Oldenbourg ne possède donc plus aujourd'hui ni les deux duchés qu'elle avait jadis hérités des Schauen-

bourg', ni celui qu'y avaient ajouté les traités de 1815; mais sa ligne aînée porte encore la couronne royale de Danemark, et elle y a ajouté en 1863 celle de Grèce; de plus, sa lig-no cadette, dont le rameau principal est la dynastie impériale de Russie, continue par un rameau secondaire à régner en Allemagne, et cela dans le pays même qui a vu l'origine de la race. Nous allons raconter en quelques mots le premier établissement et l'état territorial actuel de ces comtes, ducs et g-rands-ducs d'Oldenbourg-, cadets des cadets des rois de Danemark.

Il a été dit plus haut que les comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst, fiefs primitifs de la maison oldenbourgeoise, étaient revenus en 1675 à la ligne royale de Holstein-Danemark, et que celle-ci les avait abandonnés, par les conventions de Copenhague (1767) et de Czarsko-Sélo (1773), à la ligne ducale de Holstein-Gottorp, en échange de ses prétentions sur le SchlesAvick et le Holstein. Le chef de la ligne ducale, le prince héréditaire de Russie Paul, ne les prit cependant que pour les céder immédiatement, le 14 juillet 1773, à un rameau cadet de sa branche, celui de Gotlorp-Eutin. Ce rameau lui aussi portait à cette époque une couronne royale, le prince Adolphe-Frédéric étant monté sur le trône de Suède en 1751, en suite d'une élection qui datait de 1743, et ayant eu en 1771 pour successeur à Stockholm son fils Gustave III; aussi ne fut-ce pas à son chef, mais bien à un frère puîné du roi Adolphe-Frédéric, à l'évêque protestant de Lubeck, Frédéric-Auguste de Gottorp-Eutin, que fut faite la donation, grâce à laquelle ce cadet a fondé une dynastie allemande qui est encore souveraine, alors que la couronne de Suède a depuis longtemps échappé à ses aînés.

Les deux comtés d'Oldenbourg et de Delmenhorst, que l'empereur Joseph II avait en 1777 réunis en un duché d'Oldenbourg, comptaient au commencement du xix^ siècle 90 000 habitants, répartis sur 2 500 kilomètres carrés, et faisaient partie du cercle de Westphalie. Le recez principal de la dépulation d'empire du 25 février 1803 y ajouta quelques

bailliages voisins de l'évêché de Munster et, sous le titre de principauté de Lubeck ou d'Eutin, l'évêché wagrien entier, qui se composait de doux enclaves du Holstein oriental : le duc n'avait, il est vrai, à peu près rien perdu aux remaniements territoriaux de l'Allemagne, mais il était cousin du tsar Alexandre P"", et de plus on crut devoir lui tenir compte du fait que depuis 1386 révêclié de Lubeck n'avait jamais cessé d'avoir des administrateurs de sa maison. Le 14 octobre 1808, le duché d'Oldenbourg-, qu'on évaluait alors à plus de 5 000 kilomètres carrés et à 160 000 âmes, entra dans la Confédération du Rhin; mais deux ans plus tard le fameux sénalus-consulte du 13 décembre 1810 le réunit à l'empire français, malgré les remontrances de l'empereur de Russie : la maison ducale, qui avait refusé Erfurt que Napoléon l" lui offrait en échange, se trouva ainsi momentanément dépossédée, comme tant d'autres dynasties allemandes. Elle ne tarda pas cependant à recouvrer ses Etats à la dissolution de l'empire napoléonien (novembre 1813), et fut admise dans la Confédération germanique; les années 1815 et suivantes lui valurent même quelques accroissements de territoire.

Tout d'abord l'acte final de Vienne, qui attribuait aussi à la maison de Holstein-Oldenbourg le titre grand-ducal qu'elle n'a commencé à porter qu'en 1829, lui assigna 25 000 âmes à fournir par la Prusse : celle-ci s'acquitta de ses obligations en lui faisant céder 5 000 âmes par le Hanovre (convention de Brème du 4 février 1817), et en lui livrant, sous le nom de principauté de Birkenfeld, 20 000 autres âmes dans l'ancien département de la Sarre (convention de Francfort du 9 avril 1817).

D'autre part, l'empereur Alexandre P' lui céda définitivement (Varsovie, 18 avril 1818) la seigneurie de Jever à l'ouest de la Jahde, dont il lui avait abandonné l'administration et l'usufruit dès le commencement de l'année 1814 : cette domination frisonne, fondée au xiv*^ siècle par noble homme Edo NVimiken Papinga le Vieux, avait déjà une fois été réunie à l'Oldenbourg-, en 1573, par le testament de sa

dernière dame; mais à l'extinction des anciens comtes d'Oldenbourg- (1G67), elle avait passé, selon les dernières dispositions du comte Antoine-Gunther, à ses parents par les femmes, les princes d'Anhalt-Zerbst; puis la sœur du dernier prince de Zerbst, la tsarine Catherine 11, en avait fait en 1793 un domaine particulier de la dynastie impériale russe, à laquelle elle était revenue à la chute de Napoléon, après avoir fait partie, depuis le traité de Tilsit (180"), de la Hollande d'abord et de l'empire français ensuite.

Enfin une convention conclue à Berlin le 8 juin 1825, après dix ans de négociations poursuivies sous médiation russe, autrichienne et prussienne avec la maison comtale de Bentinck, lui décerna la suzeraineté sur la seig^neurie libre de Kniphausen et Varel, voisine du pays de Jever, et provenant elle aussi de l'héritage de l'ancienne maison d'Oldenbourg- : à l'extinction de celle-ci en 1667, elle avait été le partage d'un bâtard du comte Antoine-Gunther que l'empereur Ferdinand 111 avait légitimé et créé comte d'Aldenbourg, et de la descendance de celui-ci elle avait passé par mariage aux comtes de lîentinck (1754). La seigneurie de Kniphausen, avec ses 3 000 sujets et sa quarantaine de kilomètres carrés, ne fut pas incorporée à l'Oldenbourg, mais seulement placée sous sa haute protection; et ses seigneurs, qui depuis ont fait beaucoup parler d'eux par un interminable procès de succession, sont restés jusqu'aujourd'hui, par une exception unique, investis de la souveraineté limitée des membres de l'ancien corps germanique, le chef du saint-empire étant pour eux remplacé par le grand-duc d'Oldenbourg.

Les dernières années, en outre qu'elles ont fait passer l'Oldenbourg de la Confédération germanique à l'union du Nord et au nouvel empire allemand, ont été marquées pour lui par quelques échanges territoriaux avec la monarchie prussienne. Dès 1833, il avait été question de vendre à la Prusse la principauté de Birkenfeld; mais les négociations n'aboutirent pas. En 1853 et en 1854, au contraire, le grandduc d'Oldenbourg céda effectivement au roi de Prusse,

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