‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 77 sur 168 · LA FAMILLE DE MECKLEMBOURG · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DE MECKLEMBOURG

la rive droite de l'Elbe; pendant tout le xi^ siècle et même pendant la première moitié du xii% les Slaves s'y maintinrent à peu près indépendants vis-à-vis des Saxons; certains des chefs obotrites parvinrent même à constituer des dominations assez étendues pour que les chroniqueurs allemands les appellent rois de Slavonie : ainsi Gottschalk, au milieu du xi'= siècle, et surtout son fils Henri, qui, vers l'an 1100, au témoignage de Helmold, réunissait sous son sceptre les Obotrites, les Wagriens, les Polabes, les Liutizes, les Poméraniens, les Rugénois, en un mot tous les Wendes de la Baltique jusqu'aux frontières polonaises. D'autre part, le paganisme résistait victorieusement à la foi nouvelle : Gottschalk qui, élevé à Lunebourg, avait voulu se faire l'apôtre de son peuple et avait établi des évèchés à Ratzebourg et à Mecklembourg, fut massacré par les siens, qui sacrifièrent sur l'autel du dieu Radegast l'évêque Jean de Mecklembourg et proclamèrent un roi païen (1066); Henri, rendu prudent par la catastrophe paternelle, tout en penchant pour son propre compte vers le christianisme, ne fît rien pour le propager autour de lui. Fort affaibli et diminué sous les fils de Henri, le royaume obotrite fut convoité, dans le premier quart du xn^ siècle, par les souverains danois du Schleswick; leurs tentatives n'aboutirent pas cependant, et ce qui en restait devint le partage de deux chefs wendes, le petit-fils de Gottschalk, Pribislas P'', et le vaillant Niclot, qui se rattachait peut-être, lui aussi, à l'ancienne famille royale : le premier régnait à l'ouest sur les Wagriens et les Polabes; les Obotrites, plus à l'est, obéissaient au second.

Ce furent ces deux princes qui eurent à supporter le choc de la grande croisade dirigée pendant dix-huit ans (1147 à 1163) contre les Slaves de la Baltique par le duc de Saxe Henri le Lion, ses alliés et ses vassaux; Pribislas fut assez facilement mis hors do combat, et son pays partagé entre les comtes tudesques de Holstein et de Ratzebourg; Niclot aussi fut vaincu, tué même dans la lutte (1 161), et ses Etats, malgré les efforts de ses fils, furent momentanément incorporés au

domaine particulier du duc saxon; mais sa famille ne resta pas dépossédée, ses descendants régnent jusqu'aujourd'hui sur le pays des Obotrites, et ils portent encore parmi leurs titres le vieux nom de iirinces des ]Vendes, qu'il leur a légué. C'est qu'en face d'une coalition menaçante de ses ennemis, Henri le Lion trouva sage de désarmer par de larges concessions le fils de Niclot, Pribislas II (1166); sauf le pays de Scliwérin à l'ouest, où il avait établi son principal lieutenant dans la guerre slave Gunzelin de Hagen, et quelques cantons à l'est qu'avaient usurpés les princes poméraniens, il lui rendit tout ce qu'avait possédé son père, et n'hésita pas à accorder à son fils la main de sa propre fille Mathilde; Pribislas, par contre, devint chrétien et vassal du duc, et contribua, pour sa part, au rétablissement de l'évêché de Ratzebourg et à la création de celui de Schwérin. Voilà comment le chef wende entra, en qualité de prince des Obotrites et de feudalaire saxon, dans la hiérarchie féodale allemande; quelques années plus tard, Frédéric Barberousse le traitait déjà de prince d'empire (1170). A partir de cette époque, la germanisation marcha à grands pas dans des pays horriblement dévastés et dépeuplés; non seulement dans le comté de Schwérin et dans les deux nouveaux évêchés, mais aussi dans les contrées restées à la dynastie slave, les colons allemands arrivèrent en foule; les Wendes, refoulés dans les parties les moins fertiles du pays, exclus des villes, opprimés de toutes les manières, disparurent peu à peu pour faire place aux Allemands.

Et cependant, au moment même où le pays obotrite s'acheminait ainsi à devenir un pays de nationalité tudesque, il manqua être politiquement incorporé à la monarchie danoise. Nous avons parlé à propos du llolstein des empiétements de Canut VI et de Waldemar II sur les contrées au sud de la Baltique, au lendemain de la chute de Henri le Lion (1180); il suffira de dire ici que pendant près d'un demi-siècle le Mecklembourg et avec lui tous les pays avoisinants dépendirent en fait (depuis 1214 même en droit par suite d'une cession

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