LE DUCHE HÉRÉDITAIRE DE PRUSSE
deux évèques de Sambie et de Marienwerder en tête, donnèrent leur assentiment, récompensé par une large extension de leur autorité; à l'exemple de leur chef, la plupart des chevaliers quittèrent le manteau blanc avec la croix noire lisérée d'argent, et prirent femme; dès 1526 le culte catholique était supprimé dans toute la Prusse ducale et remplacé par le culte luthérien, sous la surintendance des anciens évèques eux-mêmes. Les chevaliers dissidents, qui s'étaient retirés en Allemagne, protestèrent et élurent comme grand maître, en remplacement d'Albert, Gauthier de Kronberg (1526); mais la protection de Charles-Quint ne put que leur assurer la possession des biens de l'Ordre dans l'empire, dont le siège princier fut fixé à Mergentheim-sur-la-Tauber en Franconie; le nouveau duché de Prusse était un fief polonais et non un fief impérial; il resta à Albert, malgré l'arrêt de proscription lancé contre lui en 1S32 par la chambre de Spire et confirmé Tannée suivante par l'empereur.
La sécularisation de la Prusse au profit d'un cadet de la maison de Hohenzollern portait au nombre de quatre les branches régnantes de la dynastie. La ligne de Souabe, qui était séparée des autres depuis la fin du xii*" siècle et qui seule resta fidèle au catholicisme, se tenait et continua longtemps encore à se tenir complètement à l'écart : mais celles du Brandebourg, de la Franconie et de la Prusse, toutes les trois issues d'Albert l'Achille, luthériennes toutes les trois, étaient unies entre elles par des pactes de famille, qui ont eu pour résultat la réunion successive de leurs territoires entre les mains de la branche électorale.
La ligne franconienne fut la première à s'éteindre, en l'année 1603; mais l'électoral de Brandebourg n'en tira pas de profit direct. Dès l'année 1398 en effet le dernier margrave d'Anspach et de Baireuth, George-Frédéric, avait conclu avec l'électeur Joachim-Frédéric et ses frères consanguins la convention de Géra, qui assurait à ces derniers, contre leur renonciation aux Marches, la succession aux possessions franconiennes de la maison; celles-ci redevinrent
donc immédiatement l'apanage de deux nouvelles lignes cadettes, établies à Baireuth et à Anspach, et dont la seconde, devenue héritière du tout, a prolongé son existence souveraine jusqu'en 1791. Les acquisitions faites en Haute-Silésie par les margraves d' Anspach dans les années 4523 et suivantes ne furent pas davantage incorporées à l'électorat : Joachim-Frédéric se les attribua, il est vrai, malgré les protestations de l'empereur Rodolphe II, duc suprême de la Silésie, mais ce ne fut que pour les assigner immédiatement comme apanage à son deuxième fils, Jean-George; c'étaient le duché de Jaegerndorf et la seigneurie d'Oderberg sur les confins de la Moravie, et, plus à l'est, la seigneurie de Beuthen, limitrophe de la Pologne.
Les choses ne se passèrent pas de même lorsque, en 16181a ligne prussienne s'éteignit à son tour dans la personne du duc Albert-Frédéric, le fils idiot de son fondateur Albert; cette fois l'héritage delà branche cadette, dévolu à la branche aînée, électorale, resta uni aux territoires de celle-ci. Les droits de la ligne électorale au duché de Prusse remontaient à l'année même de la mort d'Albert (lo68), où, à force d'argent, Joachim II Hector en avait obtenu la coinvestiture polonaise, conjointement avec ses cousins, le nouveau duc Albert-Frédéric et le margrave d'Anspach George-Frédéric. Depuis, lorsque en 1603 la mort de ce dernier avait laissé vacante la régence que nécessitait la faiblesse d'esprit du duc, elle avait été réclamée à la fois par l'électeur Joachim- Frédéric, par ses frères consanguins, les nouveaux margraves franconiens, et par les magnats polonais; mais, après de longues négociations, l'électeur avait réussi en 1603 à se faire admettre par la république de Pologne en qualité de curateur, administrateur et gouverneur de la Prusse ducale. A sa mort, il fallut de nouveaux efforts à son fils l'électeur JeanSigismond (1608-1619) pour obtenir en 1609 la tutelle d'Albcrt-Frédéric, dont il avait épousé la fille; puis des négociations bien plus compliquées encore, qu'il poursuivit en personne à Varsovie, lui valurent, en échange de fortes