‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 82 sur 168 · LES DEUX GRANDS-DUCHÉS DE MECKLEMBOURG · texte numérisé non relu

LES DEUX GRANDS-DUCHÉS DE MECKLEMBOURG

nouvel empire allemand : le recensement de 1890 les fait figurer sur les contrôles de celui-ci, Sclnvérin pour 13 1G2 kilomètres carrés et 578 000 habitants, Strélitz pour 2 929 kilomètres carrés et 98 000 âmes.

Ainsi que nous l'avons dit à plusieurs reprises déjà, ils ont, malgré leurs souverains distincts, des institutions communes, qui en font, à l'exception du Ratzebourg-, doté d'une diète particulière, un seul et même pays : c'est la fameuse union des états provinciaux, laquelle, grâce à la ténacité sans ég'ale du caractère mecklembourgeois, a traversé victorieusement les révolutions des trois derniers siècles, et maintient aujourd'hui encore, en pleine Europe moderne, un état de choses emprunté aux idées et aux pratiques du moyen âg-e. Son origine remonte à l'année lo23 où, pendant les querelles des deux frères Albert le Beau et Henri le Pacifique, les prélats, vassaux et villes de Mecklembourg, Wendie, Rostock et Stargard formèrent une association pour se protéger et se défendre mutuellement. Les prélats disparurent de la corporation à partir de 1552; les villes privilégiées (la Landschaft) n'y ont jamais joué qu'un rôle subordonné; mais Tordre équestre (la Ritterschaft) a su lui conserver jusqu'à nos jours des droits et des privilèges, qui étaient avant tout les siens. Les ducs, après les avoir solennellement reconnus dans une série d'actes, dont les plus importants sont ceux de 1572 et de 1621, essayèrent plus d'une fois de se débarrasser de ces entraves mises à leur autorité souveraine; mais ni Chrétien- Louis I", le courtisan de Louis XIV à Versailles, ni Gharles- Léopold, le neveu par alliance de Pierre le Grand, ne réussirent dans leurs tentatives autoritaires; la noblesse, à laquelle ses protestations de dévouement envers la personne impériale avaient valu l'appui de la cour de Vienne, obtint même contre le second un arrêt du conseil aulique, qui le suspendait et mettait le pays sous l'administration de son frère, Chrétien- Louis II (1728); aussi, devenu duc en titre (1747), celui-ci, de concert avec le chef de la ligne cadette, ratifia de nouveau les A^eux compromis sur les droits respectifs du prince et des

états, et cette convention de i7oo, proclamée loi fondamentale de rÉtat, a survécu à la chute du saint-empire, a l'admission du Mecklembourg- dans la Confédération du Rhin, à son entrée dans la Confédération germanique, voire à la révolution de 1848, à la formation de la Confédération du Nord et à la fondation du nouvel empire d'Allemagne. En novembre 1871, il est vrai, le parlement allemand a volé, en vue du Mecklembourg- et de ses institutions féodales, un article additionnel à la constitution fédérale, qui stipule l'établissement dans chaque État confédéré d'une constitution et d'une assemblée élective appelée à voler les lois et le budget du pays; mais les vieux états ont survécu à ce nouvel assaut comme à tous les précédents.

Le Mecklembourg-, vrai revenant de l'époque du saintempire au point de vue politique, n'est pas moins arriéré au point de vue social : citadelle du conservatisme le plus effréné, il n'a vu supprimer qu'en 1820 le dur servage des populations rurales; ses villes, même le vieux municipe hanséatique de Rostock, n'ont qu'une prospérité médiocre; dans l'ordre équestre lui-même, la ligne de démarcation entre les possesseurs de biens nobles, selon qu'ils sont gentilshommes ou non, n'est pas encore effacée. Enfin sur le terrain religieux aussi, les idées de la tolérance moderne n'ont pas prévalu dans le Mecklembourg : l'exercice du catholicisme y est singulièrement restreint, et l'université de Rostock, qui date de 1418, est un des boulevards du luthéranisme le plus étroit.

Page 1