LES MARGRAVES DE BADE
cément de ce siècle-ci récupéré une partie notable des possessions de ses illustres aïeux et fondé entre le Rhin et la Forèt- Noire le plus considérable des grands-duchés allemands.
C'est au milieu du xi"' siècle déjà qu'elle s'est détachée du tronc commun, dans la personne du fils puîné de Berthold 1" le Barbu de Zœhring-en, le margrave Hermann I" le Saint, qui mourut, du vivant de son père, moine à Cluny (1074). Le titre de margrave ou marquis qu'il transmit à toute sa postérité lui venait de la marche de Vérone, que son père avait momentanément possédée comme annexe du duché de Carinthie; quant à l'héritage qui y était joint, il était très médiocre, et le resta fort longtemps. Le partage de famille entre Hermann I" et son frère aîné le duc Berthold II n'avait donné au cadet que quelques châteaux en Brisgau, Lintburg près Brisach, Hachberg ou Hochberg près Emmendingen et Sausenberg près Kandern; de plus, on suppose avec toute apparence de raison que sa femme Judith, qui appartenait à la maison comtale de Calw, lui apporta une partie de l'UtTgau, où probablement déjà leur fils, le margrave Hermann II, bàlit, au commencement du xn" siècle, dans la pittoresque vallée de FOos, au-dessus des anciens bains romains de Civitas Aurélia Aquensis, le célèbre château de Bade, dont les ruines sont si visitées aujoiird'hui et sur lequel se fixa presque immédiatement le litre margraviat de la dynastie.
Le margrave Hermann IV, qui suivit Frédéric I" à la troisième croisade et y périt comme lui (1190), fut l'aïeul commun de deux lignes. Son fils aîné, Hermann V le Pieux ou le Belliqueux, garda les possessions du bas-pays et continua à résider à Bade; l'autre frère, Henri, devint, dans le haut-pays, la tige des margraves de Bade-Hochberg, qui euxmêmes se divisèrent en deux rameaux, Hochberg-Hochberg et Hochberg-Sausenberg.
Les deux lignes firent un certain nombre d'acquisitions plus ou moins importantes; mais celles de la branche cadette
ne restèrent pas toutes à la maison de Dade, ayant été en partie reperdues par les Hochberg eux-mêmes ou n'avant pas pu être transmises par eux à leurs héritiers naturels et testamentaires, les marorraves de la branche ainée. Le lando^raviat de Brisgau, que Frédéric II leur avait inféodé après l'extinction des ducs de Zœhring-en (1218), fut en effet revendu par eux cent ans plus tard aux comtes de Fribourg, desquels il passa à TAutriche, et le comté de Neuchâtel et Yallengin en Suisse, que le margrave de Sausenberg Rodolphe IV avait recueilli en 14o7 dans la succession de son cousin Jean, le dernier comte titulaire de Fribourg, fut à la mort de son fils Philippe, en qui prirent fin les mâles de la ligne entière de Bade-Hochberg (4503), attribué par les «tats du pays à la fille de Philippe, Jeanne, qui le porta aux Orléans-Longueville, à l'exclusion des agnats du nom et du sang de Bade. Néanmoins, tandis que l'extinction du rameau de Ilochberg-IIochberg (1418) ne rapporta à la ligne aînée, principale, que d'anciens domaines de la famille, celle du rameau do Hochberg-Sausenberg (1303) lui valut, en dehors des terres patrimoniales primitives, deux nouvelles possessions dans la Forêt-Noire méridionale, à savoir le marquisat de Rothelin (avec Loerrach), que les Sausenberg avaient acquis en 1315, et la seigneurie de Badenweiler (avec Mullheim), qui, jadis domaine zaphringien, avait passé tour à tour à Henri le Lion, à Frédéric Barberousse, aux Strasberg, aux Furstenberg, aux Fribourg, avant d'être transmise au margrave Rodolphe IV par le testament du comte Jean (1437) : la comtesse Jeanne de Neuchâtel et son mari, le duc de Longueville Louis I" d'Orléans, les revendiquèrent en vain et durent se contenter du simple titre de Rothelin, qui resta usité dans leur descendance jusqu'au xvui'^ siècle. Voilà pour la ligne cadette, éteinte en 1303. La ligne aînée, encore florissante, s'étendit dès le début dans le pays de la Murg, de la Pfinz et de lEnz voisin du château de Bade, grâce au mariage de son fondateur Hermann V avec la palatine Ermengarde Welf, petite-fille de Henri le Lion et
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fondatrice (en 1245) du couvent de Lichtenthal; elle lui apporta en effet en dot Pforzheim, le vieux castellum par lequel les Romains avaient fermé la porte hercynienne, les villes de Durlach et d'Ettlingen, et une foule d'autres alleux rhénans, qui des Saliens et des Hohenstaufen avaient passé à son père Henri le Beau et à son frère Henri le Jeune, tous deux comtes palatins du Rhin. A la génération suivante, Hermann VI, le fils aîné de Hermann V et d'Ermengarde, prétendit au duché d'Autriche du droit de sa femme Ger- Irude de Babenberg (1248); mais il mourut avant d'avoir pu y établir son autorité (12o0), et son unique fils, Frédéric de Bade ou d'Autriche, fut dépouillé au berceau des États autrichiens par Ottocar de Bohême, en attendant qu'il partageât avec son cousin Conradin de Souabe, comme lui élevé en Bavière, l'échafaud dressé à Naples pour les deux jeunes orphelins par un autre usurpateur, Charles d'Anjou (29 octobre 1268).
La dynastie se continua par le frère cadet de Hermann VI, Rodolphe P*", un des seigneurs les plus turbulents du règne réparateur de Rodolphe de Habsbourg, et ne tarda pas à se diviser en plusieurs rameaux; mais ceux-ci ne durèrent pas, et déjà Rodolphe VII le Long, qui en 1361 reçut pour la première fois de l'empereur Charles IV l'investiture de ses domaines, jusque-là réputés allodiaux, était de nouveau seul margrave de Bade de la branche aînée. La mort sans alliance du dernier margrave de Bade-Hochberg-IIochberg, Otton II (1418), valut à Bernard L'" le Grand, un des tenants de la guerre des margraves contre l'empereur Robert, une partie des terres badoises du pays supérieur, d'après un contrat conclu en 141S ; et lorsque en 1503 s'éteignit avec le margrave Philippe l'autre rameau de la ligne cadette, celui de Bade- Hochberg-Sausenberg, Christophe P"" succéda, en vertu d'un accord qui remontait à 1490, sinon au comté de Xeuchàtel, du moins à Sausenberg, Rothelin et Badenweiler. et se trouva seul représentant de la maison de Bade.
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par la ligne aînée, appartiennent également en majeure partie au pays rhénan; nous ne citerons dans le nombre qu'une première partie du comté d'Eberstein (Alteberstein et Kuppenheim), acquise en 1283, tandis que le reste (Neueberstein et Gernsbacli) ne le fut qu'en 1660, à l'extinction de la dynastie comtale; ensuite, en 1437, la copropriété avec la maison de Yeldenz de la majeure partie du comté de Sponlieim dans le Ilundsriick, où une convention faite en 1444 avec les palatins de Veldenz établit un gouvernement commun à ïrarbach, en attendant un partage qui n'eut lieu que bien plus tard; puis encore une part aux seigneuries de Lahr et de Mahlberg dans l'Ortenau, acquises en 1497 de compte à demi avec la maison de Nassau et dont la moitié badoise fut fixée sur Mahlberg par un accord de 1629; enfin quelques seigneuries luxembourgeoises (Rodemachern, etc.), qui payèrent en 1492 les services rendus à Maximilien P"" par le margrave Christophe I".
A la mort de ce margrave Christophe 1"% avec lequel s'arrêta pour près de deux cents ans la série des agrandissements notables de la dynastie badoise, se fit en 1327 un nouveau et dernier partage, qui a duré jusqu'à la fin du xvm^ siècle. L'aîné de ses fils, Bernard III, devint l'aïeul des margraves de Bade-Bade ou de Bade supérieur; le cadet, Ernest, celui des margraves de Bade-Durlach ou de Bade inférieur : les deux lignes, comme l'indiquent leurs noms distinctifs, prirent leur résidence dans le bas-pays; quant aux terres du haut-pays, elles entrèrent exclusivement dans le lot de la branche cadette. La Réformation luthérienne trouva d'abord accès dans les deux parts; mais, tandis que les Bade-Durlach en restèrent les zélés sectateurs, les Bade- Bade, après avoir hésité assez longtemps entre les deux confessions, revinrent définitivement au catholicisme et y ramenèrent naturellement, d'après le droit public du temps, la totalité de leurs sujets. A la fin du xvi^ siècle les margraves de la ligne cadette exploitèrent à leur profit les scandales de famille de leurs aînés, et s'emparèrent des Etats du margrave