‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 90 sur 168 · BRANCHE DE HESSE-CASSEL · texte numérisé non relu

BRANCHE DE HESSE-CASSEL

ouvertement dans la seconde moitié de son règne, et fut " toujours plus hardie dans sa politique que la ligne cadette. Tout d'abord fortement avantagée, elle réincorpora de plus à sa part primitive la principauté de Rlieinfels (1583-lo8l), et, après de longues querelles de succession avec Hesse- Darmstadt (1604-1648), qui momentanément avaient mal tourné pour elle, la majeure partie aussi de la principauté de Marbourg. En outre, elle obtint en 1583, dans l'héritage des comtes-princiers de Henneberg, la propriété complète de Smalcalde, dont elle ne possédait qu'une partie, acquit vers le même temps quelques lambeaux des successions de Hoya (1582) et de Diepholz (1585), et fut récompensée, après les horreurs de la guerre de Trente Ans, du courage tout viril que la landgravine Amélie-Elisabeth de Hanau, tutrice de son fils Guillaume VI, avait déployé comme alliée des Suédois, par les conditions stipulées en sa faveur dans les traités de AVestphalie (1648) : ceux-ci lui attribuèrent en effet l'abbaye-princière sécularisée de Hersfeld, avec quelques bailliages de l'évèché de Minden, et ratifièrent l'arrangement par lequel, après l'extinction des comtes de Schauenbourg (1640), elle avait pris la moitié du comté et forcé la maison de Lippe à reconnaître sa suzeraineté pour le reste (1647). Enfin, elle eut la prudence de ne pas procéder à de nouveaux partages; le rameau de Hesse-Rlieinfels ou Hesse-Rothenbourg, détaché du tronc dans la première moitié du xvn'' siècle et éteint en 1834, celui de Hesse-Philippsthal, fondé en 1663 et encore existant, furent des lignes apanagées, non des dynasties souveraines : le parage de Rothenbourg [Rothenburger Quart) a toujours fait partie intégrante du landgraviat de llesse-Cassel.

Au commencement du xvin" siècle, un landgrave de Hesse de la ligne aînée, Frédéric F"", qui avait épousé la sœur cadette de Charles XII, Ulrique Eléonore, devint, par élection, roi de Suède (1720-1751). Son frère Guillaume VIII, qui en son nom régnait à Cassel, hérita en 1736, en vertu d'un traité de succession qui remontait à l'année 1643, du

comté de Hanau-Munzenberg en Wettéravie, devenu vacant par l'exlinction de sa dynastie patrimoniale dans la personne du comte Jean- Renard, et y ajouta dix ans plus tard l'ancienne ville libre de Gelnhausen (1746). Puis commença avec Frédéric II, le fds de Guillaume VIII, la série, non interrompue jusqu'à nos jours, des souverains de Hesse- Cassel célèbres par leur gouvernement despotique et par leurs démêlés incessants avec leurs sujets; le prince qui l'inaugura s'est en outre assuré un droit particulier à être mentionné dans l'histoire, en vendant par milliers ses soldats pour le service colonial de l'Angleterre, et en dépensant en maîtresses et en bâtisses le prix de leur sang : c'est grâce à cet odieux trafic que la Wilhelmslioehe, déjà commencée du temps de Louis XIV, devint la plus somptueuse de toutes les résidences allemandes.

Le landgraviat lui-même, qu'on évaluait en 1789 à 8 600 kilomètres carrés et à 437 000 habitants, figurait avec avantage, dans les derniers temps du saint-empire, parmi les Etats moyens de l'Allemagne. Il appartenait presque exclusivement au cercle du Haut-Rhin, où il comprenait la principauté de Basse-IIesse, augmentée de celle de Hersfeld et du comté de Ziegenhain (avec Cassel, Rothenbourg, Philippsthal, Vach, Eschwege, Hersfeld, Ziegenhain), une partie de la principauté de Haute-Hesse (avec Marbourg), la majeure partie du bas-comté de Katzenellenbogen (avec Katze, Rheinfels, Saint-Goar, Saint- Goarshausen , Langenschwalbach) et le comté de Hanau-Munzenberg (avec Hanau, Nauheim, Gelnhausen). A ces possessions fondamentales venaient s'ajouter la seigneurie de Smalcalde dans le cercle de Franconic, et dans celui de Westphalie la moitié du comté de Schauenbourg (avec Rinteln), ainsi que des parcelles des comtés de Hoya et de Diepholz. Les landgraves de Cassel étaient en outre seigneurs suzerains des comtés de Waldeck, de Lippe-Buckebourg et de Rietberg.

La conquête de la rive gauche du Rhin par les armées de la République française coûta à Hesse-Gassel la partie du

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comté inférieur de Katzenellenbog-en située à l'ouest du fleuve, avec Rlieinfels et Saint-Goar. Le landgrave Guillaume IX y renonça par le traité de Bàle dès le 28 août 1795, et fut récompensé de cette cession par l'attribution que lui fit le recez du 23 février 1803 des bailliages maycnçais de Fritzlar et d'Amoenebourg, réunis sous le nom de principauté de Fritzlar; de plus, il entra en possession définitive de la ville de Gelnhausen, et fut admis dans le collège électoral. Mais il ne jouit pas longtemps de sa nouvelle dignité; le saint-empire romain ne tarda pas à s'écrouler, et, peu de mois après, Télectorat de Hesse-Cassel subit, lui aussi, une éclipse temporaire. Napoléon P'", pour punir le nouvel électeur Guillaume 1" de son double jeu à Paris et à Berlin, avait refusé de l'admettre dans la Confédération du Rhin; il s'obstina ce nonobstant à rester neutre dans la campagne de 1806, ne fournit pas de troupes à la Prusse, et n'en fut pas moins entraîné dans la catastrophe do la monarchie voisine; immédiatement après la bataille d'Iéna, l'Europe apprit qu'il avait cessé de régner de par la décision souveraine de l'empereur des Français. La majeure partie de ses Etats fut dès 1807 incorporée au nouveau royaume de Westphalie, dont le souverain, Jérôme Bonaparte, eut Cassel pour capitale et la Wilhelmslioehe, débaptisée en Napoleonshoehe ou Mont-Napoléon, pour résidence d'été; le comté de Hanau, sauf quelques parcelles attribuées au grand-duché de Hesse- Darmstadt, fut en 1810 réuni au grand-duché de Francfort; quant au Bas-Katzencllenbogen de la rive droite du Rhin, avec Saint-Goarshausen et Langensclnvalbach, il resta sous l'administration directe de la France, qui d'ailleurs respecta les droits qu'y avait la branche apanagée de Hesse- Rothenbourg.

Le roi Jérôme s'enfuit de Cassel le 26 octobre 1813, huit jours après le désastre de Leipzig, et le 30 du même mois y rentrait le prince électoral, que suivit le 21 novembre le vieil électeur, fermement résolu à tout remettre sur l'ancien pied. Son traité avec l'Autriche et ses alliés, conclu à Franc-

fort le 2 décembre 1813, porta en effet qu'il reprenait immédiatement celles de ses possessions qui avaient fait partie du royaume de Westphalie et du grand-duché de Francfort ainsi que le Bas-Katzenellenbogen, et qu'un arrang-ement de famille avec Hesse-Darmstadt lui rendrait les parties de ses États qui avaient passé à la brandie cadette de sa maison; néanmoins la réorganisation territoriale de l'Allemagne pendant et après le Congrès de Vienne motiva dans son état de possession un certain nombre de changements, qui furent stipulés par son traité de cession et d'échange avec la Prusse (Gassel, 16 octobre 1815) et par sa convention avec la Hesse grand-ducale (Francfort, 29 juin 1816). En vertu de ces actes diplomatiques, il renonça au bascomté de Katzenellenbogen qui, avec le parage enclavé de Hesse-Rothenbourg, passa au Nassau ou à la Prusse, et céda de plus quelques bailliages à Hesse-Darmstadt, à Saxe- Weimar (qui eut Yacli) et au Hanovre (qui recompléta les comtés de Hoya et de Diepbolz); par contre, il agrandit ses États d'une partie de la principauté d'Isenburg et surtout de la presque totalité de celle de Fulde, érigée en grandduché pour lui. Il aurait aussi désiré changer son titre d'électeur contre celui de roi, et Gassel manqua devenir la capitale d'un roi des Cattes; mais les négociations à cet égard n'aboutirent pas, et alors Guillaume I" notifia au congrès de Vienne (28 avril 1813) qu'il maintenait le titre électoral, de préférence à celui de grand-duc qu'on lui avait offert : si bien que la seule famille princière qui ait conservé dans la nouvelle Gonfédéralion germanique la qualification électorale, dorénavant vide de sens, fut une dynastie qui n'avait jamais été à même d'exercer son droit d'élection.

L'électoral de Hesse-Gassel, tel qu'il avait été remanié en 1813 et qu'il fit partie ensuite pendant un demi-siècle de la Confédération germanique, s'étendait sur une superficie de 9 o90 kilomètres carrés et se divisait en quatre provinces : Basse-liesse et Schauenbourg, Haute-IIesse, Fulde et Smalcalde, Hanau. Sa masse compacte était au nord, dans la

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