‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 94 sur 168 · BRANCHE DE IIESSE-DARMSTADT · texte numérisé non relu

BRANCHE DE IIESSE-DARMSTADT

dans leur ensemble, du moins pour leur partie septentrionale, menacés un instant du sort de Télectorat voisin, c'est-à-dire de l'absorption dans la monarcbie prussienne. En effet la Prusse, victorieuse de l'Autriche et de ses alliés, était en droit, aux termes des stipulations de ÏNikolsburg- et de Prague, de s'annexer la province de Ilaute-IIesse, située au nord du Mein ; mais le grand-duc Louis III, dont la sœur était impératrice régnante de Russie et dont le neveu et héritier présomptif avait épousé une fille de la reine Victoria,^ c'est-à-dire une sœur de la princesse royale de Prusse, fut protégé par ces alliances de famille, et le traité de Berlin du 3 septembre 1866 ne lui imposa que des conditions relativement modérées. Il renonça à Ilombourg et à Meisenheim qu'il venait à peine d'acquérir, et céda en outre au roi de Prusse quelques districts de la Hesse supérieure, à savoir plusieurs parcelles détachées et surtout la bande de territoire (avec Biedenkopf) qui, au nord-ouest de Giessen, s'interposait entre la Hesse électorale et le Nassau : en tout 1 100 kilomètres carrés et 75 000 habitants. Encore le vainqueur lui rétrocéda-t-il 100 kilomètres carrés et 1 1 000 âmes, en villages nassoviens, francfortois et casselois, avec les deux châteaux de Nauheim au nord et de Rumpenheim au sud du Mein.

Quoique le grand-duché de Hesse-Darmstadt n'accédât à l'union de l'Allemagne du Nord que pour la Haute-Hesse,. recensée en 1867 à 3 310 kilomètres carrés et à 257 000 habitants, et que les deux autres provinces, Starkenburg et Hesse Rhénane, avec leurs 4 370 kilomètres carrés et leurs 560 000 âmes, fussent censées rester autonomes, il n'en fut pas moins tout entier soumis dès lors à l'action militaire de la Prusse, tant par le traité d'alliance qui adjoignit la division hessoisc à l'armée prussienne, que par le droit de garnison exclusif à Mayence concédé au roi Guillaume I"'. D'ailleurs les événements de 1870 ont fait cesser bientôt cette position hybride, en faisant entrer dans la Confédération du Nord et dans le nouvel Empire Allemand la totalité des possessions de la ligne cadette ou grand-ducale de la maison de Hesse (traité de

Versailles du 15 novembre 1870). Plus heureuse que la ligne aînée ou électorale, comme elle issue de Philippe le Magnanime, elle a gardé du moins, en se subordonnant à la suzeraineté prussienne, les apparences de la souveraineté sur un joli État moyen qui, au recensement de 1890, comptait 91)3 000 habitants sur ses 7 682 kilomètres carrés.

Tandis qu'une des branches de la dynastie hessoise possède donc encore du moins une partie du pays catte qui lui a donné son nom, la maison de .Nassau, qui est son égale parla noblesse de la race, et qui lui est supérieure par la grandeur de son rôle dans l'histoire de l'Europe, a été en 1866 complètement dépouillée par la Prusse du pays de forêts et de vignobles arrosé par la Lahn et par le Rhin, qu'elle avait peu à peu groupé autour de ses châteaux originaires. Grâce cependant à la couronne royale des Pays-Bas portée par sa branche cadette, elle n'a pas pour cela cessé de figurer parmi les familles souveraines de l'Europe centrale; elle y figure même de nouveau à double titre, depuis que le chef de la branche aînée a récemment trouvé dans le grand-duché de Luxembourg une compensation au moins partielle à la perte de son duché de Nassau.

A en croire les généalogistes, la dynastie de Nassau ne serait qu'un rameau de l'antique famille salienne qui, après la disparition de la race de Charlemagne, donna à la Germanie son premier roi national, Conrad I*^""; ils l'ont rattachée en effet à un oncle de ce prince, le comte Eberhard du Lahngau. Ce qui est plus positif, c'est que dès la fin du xi*" siècle on rencontre parmi les seigneurs du pays rhénan des comtes de Laurenburg, qui au siècle suivant apparaissent sous le nouveau nom de comtes de Nassau, dénomination empruntée, de même que la précédente, à un château bâti sur les bords de la Lahn inférieure; qu'au commencement du xm'' siècle cette famille possédait de nombreux domaines dans toute la région qui s'étend depuis le bas Mein jusqu'au delà de la haute Sieg ; et qu'un peu plus tard le comte de Nassau

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Henri le Riche, qui fut un des principaux compagnons d'armes de l'empereur Frédéric II, devint, par ses deux lils Walram et Otton, l'aïeul des deux grandes lignes qui, établies d'abord, par le partage de 1255, l'aînée sur la rive gauche et la cadette sur la rive droite de la Lahn, avec Nassau et Laurenburg en commun, poussèrent de nombreux rameaux tant dans leur pays d'origine qu'en Lorraine et aux Pays-Bas, et sont aujourd'hui représentées, l'une par le grand-duc de Luxembourg, l'autre par la jeune reine des Pays-Bas.

Parlons d'abord de la ligne otlonionne ou cadette, qui depuis le commencement du siècle est devenue complètement étrangère aux territoires primitifs de la maison. Ses domaines originaires étaient Dillenbourg et Ilerborn, Beilstein et Siegen, Hadamar et Ems, possédés en partie en commun avec les archevêques de Cologne ou sous la suzeraineté des landgraves de liesse; des mariages et des successions y ajoutèrent en 1384 le comté de Diez sur la Lahn, et au commencement du xv" siècle, d'une part les seigneuries de Polanen, Bréda et Gertruidenberg dans le Brabant septentrional, de l'autre le comté de Vianden ou Vienne et la seigneurie de Saint-Vith dans le Luxembourg. Mais, en même temps qu'elle prenait ainsi pied dans les Pays-Bas, l'extinction de quelques-uns de ses rameaux lui coûtait, grâce au droit de succession des filles, plusieurs de ses possessions dans la vallée de la Lahn : Iladamar et Ems passaient, en partie du moins, aux comtes de Katzenellenbogen (1401), et Diez ne lui restait qu'à demi (1420), tandis que les deux autres quarts de ce beau comté arrivaient aux Eppstein et aux Katzenellenbogen. Le mariage du comte Jean de Nassau-Dillenbourg avec Elisabeth de Hesse-Marbourg parut par contre lui ouvrir des perspectives fort brillantes, à la mort sans enfants du frère de cette princesse, le landgrave Guillaume le Jeune (1500); mais, comme nous l'avons dit plus haut, la maison de liesse s'empara de la totalité de la succession, principauté de Haute-IIesse et comté de Katzenellenbogen, et tout ce que, après un procès

d'un demi-siècle, put obtenir leur fils Guillaume le Vieux ou le Riche, par l'accord de 1557 avec Philippe le Magnanime, se réduisit à la part de Hadamar et de Diez qui avait appartenu aux Katzenellenbogen, à une indemnité en argent, et à la suppression des droits suzerains hessois sur quelques terres nassoviennes. Comme, dans l'intervalle, l'extinction des seig-neurs d'Eppslein-Koenigstein, dont Guillaume le Vieux était l'héritier légitime, lui avait valu, en 1535, le quatrième quart aussi du comté de Diez, la reconstitution de cette possession principale de la lig-ne ottonienne eût été complète, sans la fâcheuse intervention des archevêques de Trêves; mais ceux-ci, qui invoquaient à la fois la suzeraineté que leur avaient reconnue en 1420, comme prix de leur médiation, les différents copartageants, et les droits qu'ils prétendaient avoir à la succession du rameau naguère éteint de Nassau-Beilstein, revendiquèrent la copossession du comté entier, et l'accord de 1564 valida leur usurpation, en leur en abandonnant près de la moitié.

Guillaume le Vieux, qui mourut en 1559, après avoir établi la Réforme dans ses Etats, est l'ancêtre commun des nombreuses branches que la ligne cadette de la maison de Nassau a formées dans les temps modernes. Son flls aîné, le comte de Nassau-Dillenbourg Guillaume le Jeune, né en 1533, est le fameux prince d'Orange, surnommé le Taciturne, le fondateur de l'indépendance des Sept Provinces-Unies des Pays- Bas, dont la descendance a duré jusqu'en 1702; d'un autre de ses fils, le comte Jean, le seul, outre Guillaume, qui ait fait souche, sont sortis les rameaux de Nassau-Siegen (éteint en 1743), de Nassau-Dillenbourg (éteint en 1739), de Nassau- Diez (éteint en 1890), et de Nassau-Hadamar (éteint en 1711). Parmi toutes ces lignes princières, deux seulement méritent qu'on s'y arrête : ce sont celles qui, sous le nom commun de princes d'Orange, ont depuis trois cents ans joué le rôle principal aux Pays-Bas, où la seconde d'entre elles, celle de Nassau-Diez, est devenue royale en 1815.

Depuis leurs acquisitions néerlandaises du commencement

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