‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centrale (volume 2)Chapitre 95 sur 168 · LIGNE ÛTTONIENNE DE NASSAU · texte numérisé non relu

LIGNE ÛTTONIENNE DE NASSAU

(lu xv^ siècle, les comtes de Nassau de la ligne ottonicnne résidaient de préférence dans leurs nouvelles possessions, et on les rencontre sans cesse à la cour et aux armées des ducs de Bourgogne et de leurs successeurs habsbourgeois, à partir du comle Engelbert P'', qui avait épousé l'héritière de Polanen. Engelbert II, qui gagna la bataille de Guinegate (1479) et fut gouverneur général des Pays-Bas, puis sou neveu Henri, le général et le confident diplomatique de Charles-Quint, augmentèrent puissamment l'un et l'autre leur fortune territoriale dans les provinces belges; le fils du second, le comte René de Nassau, succéda en outre en 1330, du droit de sa mère Claude, à son oncle maternel le prince d'Orange Philibert de Châlon, tué à vingt-huit ans devant les murs de Florence assiégée. Or ce comte René, mort à son tour sans enfants au siège de Saint-Dizier, à l'âge de vingt-six ans seulement (lo44), laissa par testament son héritage entier, paternel et maternel, c'est-à-dire tant les comtés et les seigneuries des Nassau aux Pays-Bas que la principauté d'Orange en France, avec les seigneuries franc-comtoises et la suzeraineté sur la principauté deNeuchâtel en Suisse qui en dépendaient, à son cousin germain paternel Guillaume le Jeune; par contre, le père de celui-ci, Guillaume le Vieux, auquel son acte de partage avec son frère aîné Henri avait attribué la totalité des territoires allemands de la famille, l'exclut de sa succession dans le partage anticipé qu'il fît entre ses fils en 1543; et voilà comment la branche aînée de la ligne ottonienne, fondée par ledit Guillaume le Jeune ou le Taciturne, ne garda de l'héritage primitif de Nassau que le nom, qu'elle n'a pas cessé de porter, concurremment avec celui d'Orange, aussi longtemps qu'elle a duré. Nous n'avons pas à parler ici des grands hommes qui l'ont successivement illustrée et qui trouveront mieux leur place dans l'histoire territoriale des Pays-Bas; il nous suffira de dire pour le moment que, si les rois d'Espagne confisquèrent ses terres belges, elle acquit par contre de nombreuses terres dans les provinces bataves ainsi que les comtés westphaliens de Lingen et de Meurs, et T. n. 22

qu'elle s'éleignit le 19 mars 1702 dans la personne du troisième Guillaume, stalhouder des Provinces-Unies et roi d'Angleterre, le grand adversaire de Louis XIY, que la révolution de 1688 appela à régner sur les Iles Britanniques.

Guillaume III avait destiné sa succession personnelle à une branche cadette do sa maison, en instituant comme son héritier testamentaire Jean-Guillaume-Frison de Nassau-Diez, chef du troisième rameau issu du comte Jean de Nassau- Dillcnbourg, le frère puîné de Guillaume le Taciturne; mais ce jeune prince trouva deux compétiteurs redoutables dans les rois de France et de Prusse. Frédéric F', dont la mère Louise-Henriette d'Orange était la tante aînée du feu roi, tandis que le prince de Diez n'était que le petit-fils d'une tante cadette, Alberline-Agnès d'Orange, revendiqua l'héritage entier au nom de sa proximité plus grande, et il se mit en elTet en possession de Meurs, Lingen, Héristal et Turnhout, sans compter que quelques années plus tard il devint, du droit de la principauté d'Orange, prince de Neuchâtel et de Vallengin; Louis XIV, en sa qualité de suzerain, incorpora au domaine royal de France la principauté d'Orange et les seigneuries annexées de la Franche-Comté, qu'il avait déjà mises sous sa main du vivant de Guillaume III; Jean-Guillaume-Frison ne garda en fin de compte que les seigneuries oraniennes des Pays-Bas septentrionaux et le vain titre de prince d'Orange.

Nous raconterons ailleurs comment les Nassau-Diez devinrent en 1747 une dynastie presque souveraine en Néerlande par leur élévation au stathoudérat héréditaire des Sept Provinces-Unies; dans l'empire, oi^i ils portaient le titre princier depuis le milieu du xvii" siècle, ils réunirent en 1743, à l'extinction du rameau de Nassau-Siegen, qu'avait précédée celle des rameaux de Nassau-Hadamar et de Nassau-Dillenbourg, toutes les possessions de la ligne ottonienne. Ces possessions étaient d'ailleurs peu considérables : en 1789 on les évaluait à 2 000 kilomètres carrés et à 97 000 habitants. C'étaient dans le cercle de Westphalie les principautés de

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Dillenbourg, de Diez, de Sieg-en et de Hadamar, dans le cercle du Bas-Rhin la seigneurie de Beilstein dans le Westerwald, et dans le cercle du Haut-Rhin la copossession de Nassau et d'Ems.

L'expulsion de la Hollande du stathouder Guillaume V par l'armée de Pichegru (janvier 1795) réduisit momentanément les Nassau-Diez à leur patrimoine allemand; mais, grâce à l'inlercession de la cour amie et parente de Berlin, ils reçurent après la paix de Lunéville une indemnité dans l'empire pour ce qu'ils avaient perdu aux Pays-Bas. Guillaume P', le fils aîné du stathouder dépossédé, obtint par le traité de Paris conclu entre la France et la Prusse le 24 mai 1802 et ratifié par le recez du 23 février 1803, à défaut des deux grands évéchés de Wurzbourg et de Bamherg- ou des parties des électorals de Cologne et de Trêves situées sur la rive droite du Rhin, qu'on avait sucessivcment demandés pour lui, un lot territorial de 2 600 kilomètres carrés et de 120 000 âmes, composé, sous le litre de principauté de Fulde, des deux évêchés sécularisés de Fulde et de Gorvey, de la ville libre de Dortmund et de l'abbaye de Weingarlen.

Ces acquisitions étaient dues à l'alliance prussienne; elles furenl, par suite de la même alliance, reperdues quelques années plus lard, conjouilement avec les vieilles possessions ottoniennes. Pour punir Guillaume I" de son refus d'entrer dans la Confédération du Rhin, Napoléon P"", par l'acte constitutif du 12 juillet 1806 qui l'appela à la vie, médiatisa la moitié de ses Etats, en faisant passer Siegen, Dillenbourg, Hadamar et Beilstein sous la souveraineté de Berg, Diez sous celle de la ligne walramienne de Nassau, et Weingarten sous celle du Wurtemberg; puis, comme le prince de Fulde persista dans sa ligne politique, il fut, après la défaite de la Prusse dans la guerre de 1806, complètement dépouillé, et dans les années suivantes Fulde fut attribué au princeprimat, Corvey incorporé au royaume de Westphalie et Dortmund adjoint au grand-duché de Berg.

La chute de l'empire napoléonien releva la fortune de la

ligne ottonienne, sans lui rendre ses antiques possessions dans le pays de la Lahn oL de la Sieg. Guillaume I", qui fut proclamé dès la fm de l'année 1813 souverain liéréditaire des anciennes Provinces-Unies, devint le 16 mars 1813 roi des Pays-Bas, c'est-à-dire de la Hollande augmentée de la Belg-ique. 11 avait été question aussi d'abord de lui restituer son patrimoine allemand passé à la ligne walramienne et au grand-duché de Berg; mais une autre combinaison prévalut, et le traité de Vienne du 31 mai 1815 lui assigna en échange le grand-duché de Luxembourg. Nous avons déjà parlé et nous reparlerons encore des complications de tout genre qu'a entraînées à sa suite la position ambiguë faite à ce pays, qui devait à la fois faire partie intégrante du royaume des Pays-Bas et appartenir à la Confédération germanique; en cet endroit nous pouvons nous contenter de constater en deux mots que le Luxembourg, réduit à sa partie orientale par l'incorporation de l'aulrc moitié au nouveau royaume belge et devenu autonome par la dissolution de la Confédération germanique, n'a plus dès lors été uni au royaume des Pays-Bas que par la seule communauté du souverain, et que ce dernier lien s'est rompu lorsque, à la mort du roi Guillaume III, dernier mâle de la ligne ottonienne (23 novembre 1890), le royaume a passé à sa* fille et le grand- duché au chef de l'autre ligne nassovienne.

Cette autre ligne, walramienne ou aînée, des Nassau, qui n'a fourni à l'histoire générale qu'un seul nom, celui de son second représentant, le roi de Germanie Adolphe de Nassau (1292-1298), a, au point de vue territorial aussi, des annales assez insignifiantes, au moins jusqu'à la fin du dernier siècle. Ses possessions primitives, AViesbaden, Idstein et Weilbourg, ne s'augmentèrent en effet pendant ce long espace de temps que de trois héritages un peu notables : dans la succession anticipée des comtes de AVeilnau, cadets de l'ancienne maison de Diez, elle recueillit par engagement et par achat au commencement du xv" siècle Weilnau et Usingen, sur les pentes

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