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LA SUCCESSION ESPAGNOLE

exclusif, les prétcnlions mieux justifiées que chacune des deux myait avoir. En cflct, à la proximité du sang plus grande de la famille de Bourbon, dans laquelle étaient entrées les sœurs aînées des deux derniers rois d'Espagne, (rîeule et mère du dauphin de France, celle de Habsbourg-Autriche opposait la double renonciation signée lors de leurs épousailles par les deux reines, femmes de Louis XllI et de Luuis XIV; et négligeant à dessein les droits «]ui résultaient (lu mariairo de Léopold P'"avec la sœur cadette de Charles II, attendu que de cette alliance n'était issue qu'une fille mariée à rélecteur do Bavière, elle insistait sur ceux qui lui étaient acquis du chef de la sœur cadette de Philippe IV, mère de Léopold I*', tout en appuyant avec plus d'énergie encore sur la commune origine des deux branches habsbourgeoises et sur Tunion politique des deux monarchies es])agnole et autrichienne, depuis près de deux siècles.

En face de ces intérêts dynastiques, les deux puissances nuirilinies, rAn;j:l('terre et la Hollande, sans prétention personnelle possihh", ne se [iréoccupaient que du maintien de l'équilibre eurojjéen; aussi, dès que la paix de Kyswyk leur eut permis d'entrer eu relations diplomatiques avec la France, leur commun représentant, Guillaume III, négocia avec Louis XIV le traité de partage de La Haye (septembre 1698), qui devait empêcher l'accroissement excessif de Tune et de l'autre des deux grandes puissances continentales, en n'attribuant aux compétiteurs principaux que les Deux-Siciles et leGuipuzcoa pour la France, le Milanais pour l'Aulriche, et en réservant l'Espagne, la Sardaigne, les Pays-Bas et le Nouveau-Monde au prince électoral de Bavii-re, petil-llls de reiiipereur Léo[)old I"'" par sa nu re, mais apparlenant à une maison de vieille date alliée à la France ; puis, lorscjue la mort de l'enfant (5 février 1699) eut mis cette combinaison à néant, un second traité de partage, conclu à Londres (mars 1700} entre les deux arbitres de la politique européenne, assigna le lot principal, précédemment destiné au prince bavarois, à l'archiduc Charles, deuxième fils de Tempcreur,

LA MONARCHIK AUTRICHIBNNB.

en ajoutant à la part déjà stipulée pour le dauphin le duché de Lorraine, dont le souverain devait être dédommagé par le Milanais.

Malheureusement toutes ces tentatives d*un arrangement

pacifique, destiné à régler à l'avance le partage de la succession liligieuse, devaienl écliouor contre la double obstination de la cour de Vienne, qui niaiiilcnait son droit à la totalité de riiéritafio, et do la cour dv Madrid, qui faisait bon inarcbé de la personiH* du roi futur, j)ourvu qu'il succédât à Tenscmble de la monarchie de Philippe 11. Obsédé de tous côtés, le malheureux Charles 11, pour lequel, de même que pour son entourage, la question dominante était celle de l'intégrité de l'empire espagnol, s'arrêtait tour à tour, pour la sauvegarder, aux partis les plus opposés : il instituait d'abord comme héritier universel le prince électoral de Bavière, son petit-neveu par sa sœur cadette, rimpératrice Marguerite-Tlit'rèse; révoquait presque immédiatement ce premier teslanienl sur les instaures de l'Autriche; le ratifiait de nouveau en ré[>onse au premier traité de partage; retombait dans ses hésitations premières à la mort du Jeune prince; et enfin, de guerre lasse, se rappelant les refus maladroits de Tempereur pendant la dernière guerre de faire passer en • Espagne des hommes et de l'argent pour soutenir leurs intérêts communs, il signait le i*' octobre 4700, un mois avant sa mort, un second testament, qui léguait la monarchie entière au duc d'Anjou, deuxième petit-fils de Louis XIV et de sa so'ur aînée .Marie-Thérèse, avec substitution de l'arcliiduc Cliai'Ies, si la cour de VersaiUes refusait la donaliou universelle pcjur s'en tenir à l'acte de partaij^e de Londres. Le pauvre moribond croyait assurer le maintien intact de son vaste héritage en y appelant la famille de son plus pedouiable ennemi au détriment de sa propre race; il n'en empêcha pas la dispersion, et ne réussit qu'à faire naître une longue et terrible guerre de succession.

En effet, la cour de Vienne, qui n'avait pas voulu accepter les conditions, en somme favorables pour elle, du traité de

LA SUCCESSION ESPAUxNOLË.

Londres, protesta à plus forte raison contre le testament qui la déshéritait complètement, du moment que Louis XIV se fut décidé à Taccepter purement et simplement, au lendemain de la mort de Charles II; elle revendiqua immédiatement la

nioïKirchic espagnole entière pour l'archiduc Charles, qui prit le nom de Charles 111, roi des Espaiiiics. Les chances du prétendant autrirliien furent cependant d'abord extrêmement faibles. Le duc d Anjou, dorénavant Philippe Y, fut proclamé et reconnu sans omhre de résistance, dans la péninsule, dans ses dépendances européennes, dans ses possessions d*oulre-mer; les puissances maritimes hésitaient à s'engager dans une nouvelle guerre contre la France. Il fallut les provocations que Louis XIV leur adressa de gaieté de cœur pour les décider à agir et pour leur faire signer avec l'empereur la grande alliance de La Haye (7 septembre 1701), qui, grossie successivement par l'accession de l'empire, du Portugal et de la Savoie, finit par devenir une coalition européenne en faveur de Charles III.

La guerre flotta d'abord indécise entre les alliés et les Franco-Espagnols; mais la grande vicloire de Marlborough et du prince Eugène à Hochstaedl (1704) commença à faire pencher la balance en faveur de l'Autriche dès la dernière année du règne de Léopold I'', et la vigueur inusitée dé* ' ployée par son fils atné et successeur, Pempereur Joseph 1** (4705-4711), fut récompensée par les plus beaux succès. Les Pays-Bas, le Milanais, les Deux-Siciles, la Sardaigne furent successivement conquis au nom de Charles III; même en Espagne, malgré le peu de sympathie du peujde castillan pour l'archiduc et ses alliés hérétiques, la cause de Philippe V était fort compromise; les temps de Charles-Quint paraissaient sur le point de renaître, d'autant plus, qu'exploitant la victoire, le cabinet de Vienne faisait revivre Pascendant impérial en Allemagne et en Italie, prononçait (1706) la mise au ban de Tempire des deux électeurs de Bavière et de Cologne alliés à la France, réassignait (1708) au roi de Bohème, c est-à-dire à Tempereur, le premier rang parmi les

4*U LA MUNAUGHIE ALTUICIIIENNE.

électeurs laïques, qui lui avaient longtemps disputé jusqu'au droit de vote dans leur collège, et décrétait (1708. 1709) la confiscation de Mantoue et de Mirandole sur le dernier Gon-

zai:uo de la branche aînée et sur le dernier représentant de la famille des Pic, coiiimc coupables de félonie envers leur snzer;iin. La France, arrivée au «lernier degré d'épuisenifut, «Mail prèle aux plus grands sacrifices ; aux conférences de ( ierlruidenberg (1710) Louis XIV consenlail successivement à abandonner son petit-fils, à restituer Strasbourg et TAlsace, à payer des subsides contre Philippe Y; les prétentions insensées des alliés et surtout de l'Autriche, qui demandaient qu*il le fit chasser de TEspagne par ses propres armées, et cela dans les deux mois, firent seules échouer cette négociation, qui de fait livrait aux Habsbourg allemands la monarchie espagnole entière.

Et alors, juste puiiilion d'une infatuation sans égale, l'occasion dédaignée s'évanouit pour ne plus revenir: Vendôme raffermit à Villaviciosa le trône de Philippe V (décembre 1710), mais surtout un accident imprévu chanL^(\i en un instant tnute la situation politique de l'Europe : le 17 avril 1711, Joseph 1**, qui n*avait que trente-trois ans, mourut presque subitement, et comme il ne laissait que des fiUes, sa succession se trouva dévolue à son frère le roi d'Espagne Charles III, dorénavant Fempereur Charles VI. Or celui-ci n'avait ni fils, ni frère, ni cousin à quelque degré que ce fûl\ nulle possihililé par consécjuenl de faire de l'héritage de la branche esj)agnole des Habsbourg une secundo-ijûniture de la hranclie allemande; la guerre faite au nom de l'équilibre européen pour empêcher la maison de Bourbon de fonder la monarchie universelle menaçait d'aboutir à la restauration de l'empire de Charles-Quint, amplifié et agrandi. Le nouveau ministère tory de la reine Anne, qui ne cherchait qu'un prétexte pour se rapprocher de Louis XIV, put dès lors, sans crainte de se compromettre, négocier avec lui, sur la base toute nouvelle de la reconnaissance de Philippe V comme roi d'Espagne; des préliminaires de paix enlre l'Angleterre et la France

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