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du corps germanique en 1732, de la France elle-même en 1735 et en 1738; et il la fit ainsi entrer dans le droit public européen. Un trésor bien rempli et une bonne armée auraient été sans doute, comme le disait le prince Eugène,
une bien meilleure garantie que tous ces parchemins; néanmoins, pour être juste, il faut avouer que la i»raginalique satietiun n'a cerlainemeut pas éfé inutile à MarieïliLTt'se, qu'elle posa longtemps à l'avance, aux yeux «le ro[)inion publique de 1 Europe, aux yeux des peuples autrichiens surtout, comme la légitime héritière de tous les pays habsbourgeois.
Marie-Thérèse, lainée des filles de Charles YI, était née le 13 mai 1717 et avait par conséquent vingt- trois ans révolus au moment de la mort do Tempcreur. Elle était mariée depuis le 12 février 1736 à François-Étienne de Lorraine, le petit-fils du vainqueur des Turcs et d'une sœur de Létqxjld l*"". Ct; prinec, avec lequel elle avait été élevée, était par consé({uenl son petit-cousin; mais de plus, s'il faut ajouter foi à la tradition qui rattache la maison ducale de Lorraine, fondée au u" siècle par Gérard d'Alsace, au même duc alsacien Athic qui passe pour Tancètre des Habsbourg, il aurait appartenu à la même souche qu'elle, et la nouvelle dynastie autrichienne de Habsbourg-Lorraine, issue de leur union, se rattacherait par une commune origine à l'ancienne dynastie impériale à laquelle elle a succédé. Quoi qu'il en soit de celte généalogie, la maison de Lorraine était vieille et illustre, et son chef apportait, sinon à la monarchie autrichienne, du moins à la famille de ses souverains, un beau et riche pays. Ce n'étaient plus les duchés de Lorraine et de Bar, car, en vertu des préliminaires de Vienne de l'année 1735, François-Etienne y avait renoncé en faveur de Stanislas Leczinski et de Louis XV, en ne se réservant que le vain titre de roi de Jérusalem et la possession du comté de Falkenstein dans le mont Tonnerre, qui lui maintenait une place dans le saint-empire, au cercle du Haut- Rhin; mais c*était le grand-duché de Toscane, dont le même
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Irailé lui avait assuré l'expcdalive, et oii il n'avait |>as tardé à succéder, en 1731, au dernier des Médicis, Jean-Gaston, sous la condilioo formelle qu'il ne serait pas réuni inx États autrichiens, mais constituerait une secundo-génilure de la maison régnante.
Conformément à la teneur de la pragmatique sanction, Marie-Thérèse fut, sans difficulté aucune, reconnue par l*universalité des pays qui avaient obéi à son père, comme sa seule et unique hériliëre; les fraranlics dos puissances européennes, au ('ontraire, que Cliailes YI avail achetées si cher, ne lanl« rcnl pas à prouver leur inefficacilé complète, et de tout côté on commença à élever des piéteiilions sur la totalité ou sur des parties de riiéritagc autrichien. La monarchie entière était réclamée par les époux dos deux cousines germaines de la jeune reine de Hongrie, les filles do l'empereur Joseph I** : Télccteur de Saxe et roi de Pologne Auguste III, qui avait épousé Taînée, prétendait faire revivre les droits assurés à sa femme par la convention léopoldine de 4703, malgré la renonciation formelle stipulée par son contrat de mariage en 1711); l'électeur de Bavière Cliarles-Alhert, dont la femme ne pouvait en tout cas, abstraction faite de la renonciation qu elle aussi avait signée en se mariant (1722), arriver à la succession qu'après sa sœur ainée, faisait remonter son droit beaucoup plus haut : il arguait du contrat de mariage d*un de ses aïeux, le duc Albert le Magnanime, avec Tarchiduchesse Anne, fille de Ferdinand (4546), par lequel la princesse était instituée héritière éventuelle des juiN S autrichiens à Textinction des mâles, et prétendait que, du moment que les femmes étaient admises à succéder, la première fille et sa descendance devaient précéder toutes les héritières suhséquentes; on surcroît, il invoquait sur l'Autriche les droits des anciens ducs de Bavière, suzerains de la Marche orientale jusqu'en Tannée 1156, et en Souahe ceux qui résultaient pour les Wiltelsbach du chef de la succession des Ilohenstaufeo I Les déductions diplomatiques destinées à démontrer la jus-
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tice des prétentions de TËspagne, de la Sardaignc et de la Prusse sur des parties plus ou moins considérables de rhéritage, produisaient des titres un peu moins antiques : les Bourbons espagnols réclamaient la Bohème et la Hongrie en vertu d*un pacte conclu en 16! 7 entre Mathias et Ferdinand II d*une part, Pliilip|ic III de l'aulre, et qui excluait la j)oslôrité féminine de Ferdinand 11 an jironi des filles issues de Philippe III; le roi de Sardaiune s'appuyait sur le contrai de mariai: e de son trisaïeul avec une fille de Philippe II pour revendiquer le Milanais; quant à l argumentation longue et compliquée dont Frédéric II de Prusse tâchait de colorer son envie de conquérir la Silésie, nous aurons Poccasion de l'exposer tout au long dans Thistoire territoriale de la monarchie prussienne.
Toutes ces compétitions ne se produisirent pas dès le premier jour; mais quand Frédéric II eut donné le signal de l'attaque en envahissant la Silésie (décembre 1740), quand le vieux cardinal Fleury, enlialné par les frères Belleisle, eut, vi\ équivo(|uant sur les droils drs deis «ju'il avait réservés dans sa garantie de la Pragmatiijue, promis à l'électeur de Bavière le concours de la France par le traité de Nymphenbourg (mai 1741), la moitié de rEurope se leva en armes contre Marie-Thérèse; ses États furent envahis de toutes parts; un démembrement de la monarchie laborieusement réunie par ses ancêtres parut imminent. Les politiques du temps faisaient déjà les parts : à Pélecteur de Bavière, élu empereur sous le nom de Charles VII (février 1142), on attrihiiail la lîolième, l'Autriche audcîssns <le l'Fnns, le Tyrol « l les pays anlérieurs; la Moravie et la Silésie pouvaient èlre [lartagées eiiire la Saxe et la Prusse, les possessions italiennes entre l'Espai^ne et la maison de Savoie; on laissait généreusement à la lille de Charles VI la Hongrie, l'Autriche au-dessous de PEnns, la Styrie, la Carinthie, la Gamiole et la Belgique, à moins cependant que la France ne se fît dédommager par ce dernier pays de ses grands armements. Mais, au grand étonne-
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ment «le rKuropo, la noble jeune femme, pour laquelle son mari, corégent nominal depuis 1741, élait un bien faible appai, (il face avec une énergie toute virile à la roullitude des ennemis acharnés à sa perte; elle fut sauvée d'une ruine, qu*on avait crue certaine, par son héroïsme personnel d^abord, puis aussi par le dévouement des Hongrois qui fournirent près de cent mille hommes à leur rot Marie- Thérèse, par la prudence de Frédéric II, qui, de peur de trop vaincre au profit des Bavarois et des Français, posa les armes à <loux reprises, par rinlervention éneri;i(}ue enlin des [uiissaru es maritimes, laquelle se traduisit à la fois par des subsides abomlauls et par la présence personnelle de George II en Allemagne, à la tète d'une ssmée pragmatique.
Marie-Thérèse n'eut finalement à consentir qu*une seule perle sérieuse, celle de la Silésie presque entière, dont elle ne garda que la principauté de Teschen et des parties de celles de Troppau, Jaegemdorf et Neisse : tout le reste de cette grande et riche province, avec le comté bohémien de Glatz et la seigneurie moravienne de Katscher en sus, elle dut l'abandonner, le cœur saignant, au roi de Prusse, une première fois au traité de Herliu du 28 juillet 17i-2, et, après une nouvelle passe d'armes, à relui de Dresde du 2.*) «lécembrc tlio. La Saxe et la Bavière, au contraire, n'eurent pas un pouce de territoire autrichien; le roi de Sardaigne n'obtint, par les traités de Turin (1" février 1742) et de Worms (13 septembre 1743), qu'un district insignifiant du Milanais, avec Yigevano, de façon à porter les limites du Piémont jusqu'au Tessin, où elles se sont arrêtées jusqu*en 1859. Quant aux puissances bourboniennes, qui avaient fini par porter seules tout le poids d'une grande guerre européeuue, elles ii\mi retirèrent (jue la cession des petits durbés de Parme, «le Plaisance et de Guaslalla, que le traité d'Aix-la-Cliapellc du 18 octobre 1748 constitua en une principauté au profit de Tinfant don Philippe, et encore avec retour éventuel à l'Autriche. Ainsi Marie- Thérèse sortit tout à son honneur de cette terrible crise de
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la gaerre de succession crAutriche. Dès le 13 septembre 1745 elle avait eu la salisfaclion de faire élire son mari empereur romain par une forte majorité du collège des électeurs, alors que trois ans auparavant, lors de Télection de Charles YII, le corps électoral avait même refusé de lui reconnaître le droit d*exercer la voix bohémienne, et Télection de François P' n'avait pas tardé à devenir unanime par l'adhésion des deux voix opposantes de Brandebourg et de Pahiliiiat; la couronne impériale redevenait l'apanage des Habsbourg- Lorraine, comme elle avait été celui des Habsbourg.
Il suffira d'indiquer d'un mot la deuxième grande guerre du règne de Marie-Thérèse, celle de Sept Ans, dans laquelle elle essaya vainement d*arracher la Silésie à Frédéric II, en réunissant contre lui une coalition bien plus formidable encore que celle qui avait manqué la ruiner elle-même; malgré tout le sang versé, cette lutte acharnée n*occasionna en effet aucune modification de frontières; le concours armé de la France et de la Russie ne valut pas à rAutriche le plus mince accroissement »le lerrituircî, et la paix (rilubi-rlshoiirg (l.'i février 17G3) rétablit les clioses strictement dans l'état dans lequel elles étaient avant la guerre.
Mais, avant et après celle tentative de rejeter dans son infériorité antérieure le voisin ambitieux qui commençait à faire de la Prusse un rival dangereux pour la monarchie des Habsbourg, l'impératrice, mieux avisée que son père, fortifia de son mieux la puissance de TAutricbe par do nombreuses réformes administratives, militaires et financières, exécutées de concert ave( son premier ministre, le prince de Kaiinitz. Un progrès lent, mais continu, multiplia les ressources trop longtemps négligées des Etats autricbiens, les rapprocba entre eux, leur donna pour la première fois une unité au moins relative; sa prudente fermeté réussit à faire concourir jusqu'à la Hongrie elle-même au but commun, l'établissement d'un pouvoir central fort et respecté. Les diètes hongroises réclamèrent plus d*une fois
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contre raccroissement incessant <lo rautorilé royale; mais le peuple madgyar, comme toutes les populations de l'empire, aimait sa tnère Marie-Tbérèse, et elle put le gouverner presque aussi absolument que ses autres provinces, parce qu'elle respecta toujours les vieilles formes politiques, chères à la nation hongroise.
Non con lente de mieux administrer ses nombreux Étals, elle les arrondit aussi dans les dernières années de son ri'i:jn', par uin' srrie d'accjuisiUons plus ou moins importantes, dont le UH-rito d'ailleurs (si mérite il y a) revient beaucoup plus à sou ministre kauoiiz et à sou fils Josepii II qu'à ses propres inspirations; car personnellement elle était trop honnête, elle avait trop soutTert elle-même de riniquité des autres, pour tremper volontiers les mains dans les combinaisons machiavéliques, honte de Tépoque, par lesquelles on agrandissait alors les États. C*esi ainsi que s'explique le rôle singulier qu*on lui voit jouer dans le premier partage do la Pologne. Elle résista aux proposiliuns russes et |)rus.siennes, immédiat rmenl f<»rl soûlées dans son conseil, et écrivit à Ivaunilz le fameux billet qui peint si bien ses hésitations el ses angoisses : « Quand tous mes pays étaient menacés et que je ne savais plus où accoucber sans danger, j'avais confiance en mon bon dix>it et en Tassistancc de Dieu. Mais en cette affaire, où non seulement le droit évident crie au ciel contre nous, mais où aussi toute équité et le bon sens sont contre nous, il faut que je reconnaisse que de ma vie je n*ai été si angoissée, au point d'avoir honte de me montrer. Que le prince y réfléchisse, quel exemple nous donnons au monde, en prostituant notre honneur et noire réputation i>our im miséral)le morceau de Pologne, ou de Moldavie et de Valachie. Je vois bien que je suis seule et non plus en vigueur; voilà pourquoi je laisse les choses aller leur chemin, mais non sans le plus grand chagrin. » Quand elle se laissa forcer la main, ce ne fut pas sans se rendre compte du crime politique qu*elle aidait à commettre, comme le prouve la protestation aussi éloquente qu*inutHe dont elle accompagna la signature