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ZONE DES ALPES ANTÉBIBURES

Valais. Là liahilaiont en grand nombre, sans compter les dragons et les serpents couronnés, dont les trailitions locales conservent le fabuleux souvenir, le bison et rurochs, le lynx et le chat sauvage, Fours et le loup, le renard et le castor. L'aurochs et le bisou ont cessé depuis bien longtemps de faire partie de la faune des Alpes; le castor en a disparu plus récemment; le lynx et le chat sauvage y deviennent rares; seuls Tours, le loup et le renard sont encore des hùles habituels «les Alpes antérieures. Encore la rude «ruerre qu'on leur fait les force-t-ellc, en été du moins, à se réfup^ier plus haut, dans la rég^ion des x\lpes moyennes; le temps est loin où un duc de Zaehringen luait un ours sur remplacement actuel de la ville de Berne, dont le nom et les armoiries rappellent cet exploit de chasse. Les principales essences des forêts assez clairsemées qu*on rencontre encore dans la zone mon* tueuse sont le pin, le sapin, Térable et le hêtre; le tilleul est plus rare; à peine rencontre-l-on quelques chênes isolés, quoique la tradition les dise extrêmement nombreux dans les siècles passés. Certains de ces arbres atteignent des dimensions extraordinaires, à des hauteurs assez élevées au-dessus du niveau de la mer ; on parle d'un pin abattu dans les Grisons, à une altitude de i300 mètres, et qui aurait mesuré 68 mètres de haut sur 7 mètres et demi de circonférence. Le déboisement des Alpes antérieures doit être en partie attribué aux forces naturelles, chutes de montagnes, torrents, avalanches, incendies allumés par la foudre; mais il est surtout le résultat des proerrès de la culture. Les pentes italiennes sont presque fomj)lètement nues depuis longtemps; l'œuvre de destruction se continue sous nos yeux sur le versant septentrional; la cognée éclaircit impitoyablement les belles forêts des Grisons et du ïyrol; dans TEnî^^idinc on a même recours à l'incendie pour gagner un sol libre qu'on puisse cultiver en prairies. Et cependant ce déboisement, autrefois utile, est devenu, avec le temps, une calamité publique; car les dévastations des avalanches et des torrents sont en raison directe de la disparition des forêts.

28 GÉOGRAPHIE PiiYSIQUË DE L EUROPE CENTllÂLE.

Si rhomme est le ^rand destructeur des forêts alpestres,

C*esl lui aussi qui a pris leur place en s'ôtablissant dans la majoure parlic do la zone nionlueuse. On ne l'y voit |)as seulement (le passui^i', sous la fij^ure tle touristes (pii s'achemincnl vers une cascade, un glacier, un col ou un pic, ou sous celle de malades qui séjournent pendant quelques semaines auprès de quelque haute source minérale; il y réside presque partout à demeure fixe. Jusqu'à sa limite supérieure, quelquefois même au delà, on rencontre, dans les vallées et sur les terrasses, des villes et des villages, des hameaux et des maisons isolées : Chamouny et Grindelwald sont à 1050, IJriançon à 1320, Anileniiatl et Sj)luLren à i i;)0, Sainl-Maurice-en-Kniradine à IH'iO mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle comprend mt-me dans ses limites un canton entier de la Suisse, celui d'Appenzell, qui correspond au plateau adossé aux pentes septentrionales du Saentis, et dont le sol ne descend nulle part beaucoup audessous de 800 mètres; aujourd'hui les bords escarpés qui le séparent de tout e6té du canton de Saint^Gall sont gravis par de belles et larges routes; mais il y a quelques siècles on n y montait que par des défilés étroits, dans lesquels les montagnards, retranchés derrière des rocs et des ahatis d'arhres, ont remporté plus d'une victoire sur les seigneurs ecclésiastiques et laïques du voisinage. Dans la zone presque entière on parvient, à force de travail et de soins, à faire mûrir la pomme do terre, un peu de blé, quelques légumes, quelques fruits; néanmoins cette culture plus ou moins artificielle suffirait à peine à nourrir misérablement la poj)ulation qui s*y livre; la vraie richesse des Alpes antérieures, ce sont leurs prairies printanières, qui, combinées avec les prairies estivales des Alpes movennes, permettent dans de vastes proportions l'élève du bétail et la vie pastorale, dont nous aurons à étudier les Irails caractéristiques à propos de la zone suivante. L'industrie de la pèche y joue un rôle beaucoup plus modeste; cependant la truite, malgré la poursuite acharnée dont elle est Tobjet, continue à peupler tous les

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cours d*eau et tous les lacs des Alpes antérieures, ot se Irouvc même beaucoup plus haut ciicorf, jusqu'au delà de 2 (100 ini'tres; et le saumon y pén»'lro, en dépil des cascades, sinnii par la vallée supt rieure du Rhin, que lui barre la chute de Schairhouse, du moins par les vallées de l'Aar et de la Keuss : on en a pris dans la vallée d'Urseren, c*est-àdire en amont de la cascade du pont Diablel

La seconde région alpestre, que nous désignons comme zone alpine des Alpes moyennes, monte depuis la li^^nc où cessent les forêts jusqu'à la limite inférieure des neiges perju-tuelles ou à peu près perpétuelles; en d'autres mots, elle est comprise entre les altitudes approximatives de 1 oOO et de 2700 mètres. Son extension horizonlale est bien moindre que celle de la zone précédente; elle n'existe en cll'et que dans les chaînes latérales importantes, dont la plupart restent en deçà de sa limite supérieure, et dans les massifs principaux, où elle comprend les hautes vallées et les terrasses qui montent jusqu^à la poitrine des géants alpestres. On n'y connaît que deux saisons, un long hiver et un court printem[)s : neuf mois de neige et trois mois de froid, selon la délinition d'un caustique montai^^nard. Aussi l'homme n'y passe-t-il hahiluellement que la moirohe partie de l'année, et ce n'est qu'à litre exceptionnel qu'il y a établi sa demeure permanente. La vallée d'Avers dans les Grisons, dont les eaux se déversent dans le Rhin postérieur, a des hameaux jusqu*à une altitude de 2050 mètres; un peu plus à Test, la haute Engadine, aux sources de Tlnn, compte, entre les niveaux de i 650 et de i 860 mètres, de nombreux et riches villages, et recèle jusque dans sa partie la plus élevée, au milieu de prairies mai: nilifjues que dominent les champs de neige et que silluiinent les glaciers, de grandes et beih'S maisons blanches, autour des<pu lies on cultive quelques potagers et quelques champs de blé. Mais ces exceptions sont rares; la culture humaine fait généralement défaut aux Alpes moyennes. Leur flore et leur faune sont d'autant plus ori-

ginales, el c est à juste titre que leur région s'appelle, du nom même de la chaÎDe, la zone idpine ou alpestre par excellence ; plus bas en effet, la vie végétative et la vie animale se rapprochent plus ou moins de ce qu^clles sont dans l'Europe entière; plus haut elles deviennent de plus en plus indi^^eiites et finis* seul pur disparaître presque com[dèlcmenl.

Les Alpes moyennes manquent absolument de forêts. I n'en était pas de même autrefois, comme le prouvent à la fois les indications précises des vieilles cartes et des vieux terriers et les grandes racines qu'on a mises au jour jusque dans le voisinage des cois, lors de la construction des routes. Là, comme dans la zone précédente, leur destruction est en partie du fait de la nature, et bien plus du &it de l'homme ; c'est ce qu'exprime d'une manière énergique une tradition du val d'Avers, quand elle raconte qu'un vieillard avait annoncé jadis, sans parvenir à arrêter un ravage insensé, que le temps viendrait où Ton courrait deux heures pour trouver de quoi faire un balai : on s'y chautl'e aujourd'hui avec de la bouse de vache séchée, comme dans nos Alpes du Dauphiné. Cependant les bouquets d'arbres, el surtout les arbres isolés, ne sont pas rares jusqu'à la hauteur de 2 000 mètres et montent sporadiquement encore 300 ou 400 mètres plus haut; ce sont des pins, des sapins, des mélèzes, et principalement des cèdres des Alpes, essence qui appartient en propre aux altitudes élevées. Le plus souvent tous ces arbres sont rabougris, et leurs troncs rasent j)resque le sol; mais dans le nombre il v a aussi des individus magniliques, dont les branches inclinées vers la terre se superposent en pyramide majestueuse.

A défaut de forêts, les Alpes moyennes se couvrent à partir du mois de mai ou de juin, immédiatement après la fonte des neiges, d'un gazon vert foncé, épais, velouté, à l'herbe courte et savoureuse, où abondent les plantes aromatiques, el que rehaussent de leurs couleurs bien plus éclatantes que celles des fleurs de la [)laine les admirables représentauls de la llore alpestre, les anémones, les geuliauées.

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les azalées, et surtout la reine de la chaîne entière, le rhododendron ou rose des Alpes. Ces prairies estivales, ces Alpes, comme dit le Suisse en les ideiililiant avec la cliaîiio ellemême, comnienceul en moyenne à 1 .'iOD mètres et vont jusi[irà 2 100, exceptionnellement jusqu'à 2(jU0, et même dans quelques oasis privilégiées jusqu'à 3000 mètres; mais môme dans la partie inférieure de la zone elles sont loin de couvrir tous les flancs, toutes les terrasses du système; trop souvent, dans les Alpes calcaires principalement, elles sont interrompues soit par des récifs de rochers, soit par d'énormes champs de pierre, images de la plus affreuse désolation, que la légende rattache à des cataclysmes amenés par les vices des hommes, et que la science expliiiue par l'action séculaire de la neige et de l'eau, qui ont fait disparaître, avec la terre végétale, les parties les moins dures de la pierre calcaire. Quelque réduites qu*c11es soient, elles n*en suffisent pas moins à nourrir pendant les mois d'été de nombreux troupeaux et à motiver la curieuse vie de chalet, unique en son genre. C*est vers la fin de mai qu*a lieu communément la montée des Alpes, la descente au commencement de septembre; pendant les trois ou quatre mois que dure son séjour dans la montagne, le Ijétail reste en plein air; quant aux pâtres, ils logent, ils fahriqueMit et conservent leurs produits alpestres dans les fameux chalets, dont la réalité est loin de répondre à la poétique image qu'évoque leur nom. Prenons comme exemple un chalet appenzellois : Tédifice est construit en poutres et en pierres, dont les interstices sont calfeutrés avec de la mousse, et se termine par une petite étable à porcs, au-dessus de laquelle quelques sacs ou couvertures en toile constituent la couchette des bergers et des voyageurs qui leur demandent l'hospitalité; on fait de mohilier, il contient de petites chaises à un seul pied pour traire les animaux et, dans un coin, le grand chaudron h fromage posé sur un feu toujours allumé, dont la fumée sort par la porte; le costume des habitants enfm est à la hauteur du reste et se compose d'une chemise qui ne se lave guère, d*un pantalon et

d'une blouse en coulil, de sabots quand les pieds ne sont pas nus, et d'un petit bonnet crasseux planté sur le sommet de la lètc. Mais dans ces huttes primitives et sous ces vêtements sordides on rencontre une race robuste et vigoureuse, large d*épaule8 et brillante de santé, quoique sa nourriture se compose presque exclusivement de lait et de fromage, et que souvent pendant des semaines entières le pAtre n*aît pas même un morceau de pain à offrir à ses hôtes.

On fnil monter (pielquefois des chevaux sur les Alpes les moins élevri's, et un certain nombre d(? porcs accompaj^nent d'habitude les trcjuju aux de vacbes; mais les prairies estivales servent surtout de séjour d'été à de grands troupeaux de vaches, de chèvres et de moutons. Les premiers sont de beaucoup les plus importants et constituent à U fois la richesse et Torgueil des populations pastorales des Al|)es; on sait la beauté et la bonté des grandes espèces suisses du Simmenthal, de TEntlibucb, de rAppenzell; il est bon de sav oir aussi que le taureau n'a pas été jugé indigne de ligurer dans les armes du canton d'Uri. (abaque troupeau forme un petit étal à biérarchie si'vi'remeiit établie : les pâtres, le taureau, la vache de conduite représentent les autorités; même le reste du bétail a son ran^^ officiel, iixé dès le départ de la vallée par une série de duels à coups de cornes. En temps ordinaire, un instinct admirable préserve tous ces animaux des dangers au milieu desquels ils vivent; ils ne sourcillent ni devant Tabime, ni en présence de Tours; il faut Thorreur des tempêtes de nuit pour qu ils se jettent aveuglément dans les précipices. xMoins intelligente, la race ovine est beaucoup plus sujette aux terreurs panitiues, d'autant plus désastrinises que la cbutc du mouton conducteur entraîne immanquablemeut la perle du troupeau entier qui se ])récipite à sa suite; et comme d^autre part les moutons sont plus exposés aux attaques des ours et des vautours, que leur laine enÛn est peu abondante et de médiocre qualité, ils contribuent beaucoup moins que les vaches à peupler les prairies estivales. Notons cependant sur celles des Grisons la présence de 30 à

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40000 individus de la poissante race bergamasque, dont Jes caravanes, dirigées par des bergers au teint hÀlé et par de maigres chiens, quittent an printemps les vallées lombardes

el y retournent en automno, en franchissant cbaqiio fois les hauts cols (les Alpes rentralcs. Ce sont ces inouluiis bergamasijues (jiii monlcnl aux terrasses herbeuses les plus élevées et vont brouter jusqu'à des altitudes de 2 800 et de 2U0U mètres, où parfois on les hisse au moyen de cordes; mais il faut prendre soin de les faire descendre avant les premières neiges; plus tard ils refusent obstinément de marcher et préfèrent périr sur place plutôt que de faire un pas eu avant. Quant aux. chèvres des Alpes, qui, plus petites, mais plus vives et plus nobles d*allure que celles de la plaine, ont quelque analogie avec les chamois sous le nom desquels elles sont fréquemment mangées, elles accompairnenl le j)lus souvent les troupeaux de vaches et dorment comme eelles-ci des fiomages estimés; d'autres fois elles sont contiées par petits troupeaux h des enfants, dont la misérable existence est une des cunorités alpestres. Pour quelques francs par saison, ces chevriers imberbes, que couvrent à peine quelques haillons, vivent tout Tété, sans jamais allumer de feu, du fromage et du pain qu*on leur apporte tous les mois, risquent chaque jour leur vie pour retirer leurs bétes des mauvais pas où elles s'eiigaijent, et ce nonobstant adorent leur métier!

A coté (le ces animaux (lomesti(|ues que pendant la belle saison riiomme introduit dans la zone alpine à cause des qualités sopéricures que la vie libre et Texcellent pâturage des prairies d'en haut donnent à leur lait et à leur chair, les Alpes moyennes sont habitées pendant tout ou partie de !*année par d'autres espèces restées à l'état de nature, dont quelques-unes ne contribuent pas moins à l'originalité de leur physionomie. Nous laissons de c6té, comme nous l'avons fait pour la zone précédente, les nombreux oiseaux, qui pourtant ajf)utent sinsrulièrement à l'animation du paysage; nous ne revenons pas sur les ours, les loups et les renards, qui, avons-nous dit, s'y réfugient en été; nous nous coulea- T. I. .3

tOD8 de mentionner le lièvre changeant, auquel sa double robe, brune en été, blanche en hiver, permet de se soustraire plus facilement à ses nombreux ennemis, et Thermine, à fourrure changeante aussi, qui fait le désespoir des pâtres en s*allaquant h leurs grandes terrines de crème; mais nous nous arrêterons un iiislanteii [)rés('n(*e des «Icux joyaux de la faune des Alpes, la marmotte et le chamois. Les marmottes, dont l'existence est en grande partie souterraine, ont leurs terriers d'hiver dans la partie la plus élevée de la zone alpine, entre les altitudes de 2 000 et de 2 700 mètres, leurs terriers d*élé, un peu plus haut encore, sur les dernières terrasses gazonnées qu'entourent de tout côté les champs de neige et les glaciers. Dans la belle saison, leur prudence, Texcellence de leur vue les rendent à peu près inabordables : ou j)out entendre pendant des journées entières leurs coups de sifflet incessants, sans réussir une seule fois à les surprondr'o au milieu de leurs folâtres ébats; mais le sonmieil léthargique dans lequel elles sont plongées d^octobre en avril les livre sans défense aux chasseurs, qui les prennent par familles de cinq à quinze individus, en pénétrant dans leurs chambres souterraines creusées à un mètre environ au-dessous du sol. Comme elles fournissent un plat aussi recherché de nos jours qu'il l'était dès le x" siècle au monastère de Saint- Gall, elles sont l'objet d'une poursuite acbarnée qui en a fort diminué le nombre; néanmoins il en reste encore beaucoup en Savoie, dans le Valais, dans le Tessin et dons les Grisons. Quant au chamois, ce charmant animal qui pour la structure se rapproche de la chèvre des Alpes, mais s'en distingue par son pelage gris ou noir, ses petites cornes d'un noir d*ébène, sa taille plus svelte, son air plus gracieux, il se rencontre, par groupes de cinq à vingt-cinq pièces, depuis le mont Blanc jusqu'au Grossglockner, ptincipalement dans la zone alpine, mais aussi plus bas et plus haut : jdus bas (juand il n'a rien à ciaindre, comme dans les )nontf(f/nes fntuches de Glaris qui sont fermées à la chasse dejmis le xv° siècle, ou encore en hiver quand la faim le presse; plus haut

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lorsque, pour se soustraire aux embûches des chasseurs, il se réfugie jusqu'à l'allitude de 3 000 mèlres sur les rares consoles à lierbc perdues au milieu des neiges éternelles. Sa sagacité lui fait rechercher de préférence les endroits les plus saavages, les cantons coupés de précipices ou encombrés de rochers et de labyrinthes de pierres; la finesse sans égale de sa vue, de son ouïe, de son odorat lui permet de deviner l'approche de Tennemî ; sa vigueur musculaire le rend capable de sauts prodigieux qui le portent par-dessus xles abîLiies de six à sept mètres de larjre et des murailles à pic de quatre mMres de haut; et cependant il devient de plus en plus rare sous le coup de la guerre sans pitié qu'on lui fait avec les armes de précision. La chasse au chamois est aussi dangereuse que pénible ; le chasseur n*a en perspective qu*un profit mesquin, car il faut souvent huit jours pour tirer une bête qui ne vaut pas vingt-cinq francs; il a à craindre les accidents de l'ascension et de la descente, les impasses d'où on ne peut se dégager, rattraclion de l'abîme, la pirrre qui cède, Tavalancbe qui entraîne, le froid qui glace, le brouillard qui cacbe le précipice, quelquefois même la balle d'une carabine rivale; mais la passion ne raisonne pas, el la chasse au chamois est, malgré ou à cause du péril, la grande passion du montagnard alpestre. Aussi que d'exemples de chasseurs de chamois morts dans les précipices, ou sous les glaciers, ou sur des rochers dont ils ne purent redescendre ; mais plus saisissantes encore sont les histoires de ceux qui échappèrent à une perte en apparence certaine : un chasseur de chamois est ressorti par un canal souterrain du glacier de (irindelwald dans leipicl il était tombé, et une grande croix appliquée contre la paroi de la Martinswand, qui s'élève perpendiculairement au-dessus de Tlnn en amont d'Innsbruck, indique depuis des siècles la place d'où, au dire de la tradition, une intervention divine retira l'empereur Maximi lien l**", alors qu*il allait mourir de faim et de soif, en vue de la vallée étendue à ses pieds et couverte d'une foule qui frémissait d*angoisse et de désespoir.

GtUliRAlHllE PUYSigiE BE L ELilOPE CENTRALE.

Pour en finir avec les particularilés les plus marquantes de la zone alpine, nous n'avons plus qu*à dire quelques mots de SCS liants lacs et de ses avalanches; car pour ce qui est des f^lai iers (|ui la j)arcoureiil, ils Irouvci nui inicu.v l(»ur place dans la zone suivante, avec les clianips de neit;»' ([ui les alimealent. Les hauts lacs alpestres sont extrêmement nombreux; le canton dX'ri seul en compte une quarantaine. Par contre, ils sont fort peu étendus, et il est rare qu'il faille une heure pour en faire le tour. Nourris par les glaciers ou par des sources souterraines, ils se déversent par des canaux cachés ou par des ruisseaux à ciel ouvert, et offrent en général le spectacle de la plus grande désolation, surtout vers la limite supérieure de la zone, où leurs hords sont à peu pri's coniplMcnienl nus. Us sont couverts de f^lace (*l de neige la majeure partie de l'année : le 4 mai i 799, l'arlillerie française défda sur les lacs glacés de la haute Rngadine, et le lac du Grand-Sainl-Bernard, sur les bords duquel cependant on trouve des violettes doubles à une altitude de près de 2500 mètres, est resté sans dégeler pendant toute Tannée I81G. Sur presque tous il nage des glaçons au fort de l'été; quelques-uns gèlent en hiver jusqu'au fond. Aussi leur population est-elle minime ou nulle : le lac du Saint (iotliard, d'oii sort la Ueuss, nourrit les dernières truiles à la hautem- jIc [dus de 2 00U mètres; la grenouille des Alpes se rencontre à quelques centaines de mètres phis haut encore; au delà commence dans les eaux ( i sur les bords des lacs réternelle solitude. A quelques-uns d'entre eux se rattachent d^anliques superstitions d*origine païenne; d'autres ont été sanctifiés par les pratiques de la piété chrétienne; c*est ainsi que la vieille chapelle qui s*élève à côté du lac valesan d'Orsières voit cha(ju(^ année un grand concours de pèlerins que ne rebute p:is une ascension longue et pénihie.

Les hauts hassius lacustres (|ue nous veimns de décrire appartiennent en propre aux Alpes moyennes; il n'en est pas tout à fait de même des masses de neige, de glace, de terre, de boue, de sable, de pierres, de rochers, qui, sous le nom

ZONE DBS ALPES MOYENNES

avalanches ou de lavines, descendent des terrasses supérieures vers les vallées du bas. Celles-ci sont romnic le trait d'union entre la zone snpérieare et la zone inférieure des Âlpcs et ne font que traverser la zone moyenne, qu'elles parcourent avec la rapidité de la foudre, le bruit du tonnerre et la toutepuissance dévastatrice du tremblement de terre. Parmi les différentes sortes d'avalanches, les plus ordinaires sont les avalanches poudreic^es, espèce de ralaractc d une neige microsropi(|ne, plus fine que la [)oussiùre, (jui pénètre à travers les clôtures de bois les mieux jointes ; los plus terribles, les avalancfips tuiles, composées de grands amas de glace et de neige détachés de quelque glacier; les plus compactes, les avalanehes de fond, où la neige est accompagnée de terre et de pierres et qui peuvent rester des années entières au milieu des prairies des vallées sans se désagréger complètement. Leur force à toutes est horrible. Bondissant en quelques minutes par-dessus des pentes de \ 500 mètres, elles produisent dans l'air une coniniolion qui des deux côtés de ieuilit rase tout à une centaine de mètres et qui à une demi-lieue de dislance est encore capable de renverser les cheminées; elles-mêmes entraînent avec elles les rochers, les arbres, les maisons, engloutissent les hommes et les animaux, détruisent des villages entiers; parfois aussi, par de singuliers caprices, elles jettent les habitants hors de leurs chaumières détruites sans leur faire de mal, ou déposent intactes sur le flanc opposé de fa montagne des huttes lancées à cinq cents pas de distance. La cataslropbe des bains de Sainl-Gervais dans la nuit du 11 au 12 juillet 1892 a été une illustration toute récente de rc que [)euvent les avalaficlies; en somme cependant elles sont moins dévastatrices qu'on ne pourrait le croire : c'est que la plupart se précipitent dans des lieux qui ne sont ni cultivés, ni habités, et que leur chute, réglée par les saisons et les heures du Jour, a habituellement lieu dans un lit connu, que détermine la direction des pentes qui les produisent, et que limitent les verrous inférieurs qui les arrêtent. Dans les endroits particulièrement exposés, on tâche

d'empêcher leur naissance en ne coupant pas les herbes, en plantant même des pieux sur les terrasses les plus menaçantes, oij un coup de vent, le passage d'un chamois ou d'un lièvre sufliscni pour provoquer un éhouletueut de neige; mais surtout on tâche de prései ver de leur ravage les maisons et les routes, en les défendant i)ar des murailles de pierres ou de glaçons qui partagent en deux le torrent neigeux et le rejettent à droite et à gauche, ou mieux encore en les couvrant de toitures solides, adossées à la montagne et construites dans son plan, par-dessus lesquelles le flot passe sans s'arrêter. Tout en constatant les désastres causés par les avalanches, il faut d'ailleurs recunnaître leur utilité dans réconomie'généralo du système alpestre : ce sont elles qui, en envoyant fondre au bas des vallées une partie des neiges des hautes altitudes, empêchent Téternel hiver de descendre de gradin en gradin; ce sont elles qui facilitent dans les Alpes moyennes une végétation plus précoce, en déharrassant en un clin d*œii les terrasses à herbe de leur enveloppe hivernale.

La troisième et dernière des régions al[)estres, la zone ghn'ée ou n<'i^t'iise des hautes Alpes, <|wi débute aux environs de 2 700 mètres ot atteint, grâce aux hautes cimes du système, une altitude de 4 à 5 kilomètres, couvre horizontalement une superficie d^environ !> 000 kilomètres carrés, dont la majeure partie appartient aux Alpes centrales. Isolée du reste du massif et placée au bord de la mer, cette zone formerait à elle seule des montagnes assez élevées; superposée aux zones inférieures, elle laisse de beaucoup au-dessous d'elle toutes les autres chaîiu^s européennes. Son caractère essentiel, c'est l'hiver éternel qui y rèirno; ses sommets, ses plateaux, ses terrasses, ses vallées disparaissent sous des champs de neige et de glace, qu'interrompent à peine ipielques pics nus, sur les flancs noirs desquels ni terre, ni neige, ni glace n*ont réussi à se fixer; elle est inhabitable à Thomme, à la plupart des animaux et des plantes; par contre.

ZONB DES HAUTBS ALPES.

elle csl le réservoir intarissable des eaux d'uue grande partie de r Europe ceatrale.

En donnant pour limite inférieure à la troisième région des Alpes Taltitude moyenne de âlOO mètres, nous avons du même coup fixé ce qu*on appelle la ligne de» neiges perpé~ tuelles du système, c*est-à-dire la ligne au del& de laquelle la neige persiste même pendant les chaleurs de Tété; elle se lient, comme de juste, beaucoup plus bas que dans les Cordillères de l'Ecuador et dans Tllimalaya, où elle monte à 4 500 et à 5 000 mètres, beaucoup plus haut que sur les pentes de THécla et sur les montagnes du Spitzborg, où elle descend à 1 000 et à 300 mètres. Mais tous ces chififres n'ont et ne peuvent avoir aucune prétention à une exactitude mathématique; ils ne représentent que des moyennes, dont les chi£freB réels constatés en un plus ou moins grand nombre de points s^écartent dans les deux sens, d*une façon parfois extrêmement sensible, suivant la nature du terrain, l'exposi* lion au soleil et la prédominance des vents. Dans les Alpes, par exemple, certains vallons, certains creux de la zone moyenne ont de la neige toute l'année, et, d'autre part, il y a dans la zone supérieure, jusque dans le voisinage des cimes les plus élevées, des emplacements où elle disparait à peu près régulièrement tous les ans sous Taction combinée du soleil et du vent. C'est ce qui explique comment la végétation pénètre exceptionnellement bien au delà de Taltitude de 2700 mètres; non seulement elle couvre plus ou moins abondamment une partie notable du terrain neutre, à aspect chaotique, que la neige occupe ou quitte selon la température des étés, mais elle se glisse bien plus haut au milieu des champs de neige couverts de frimas éternels. On rencontre jusqu'à 3000 mètres des endroits privilégiés qui, pendant quelques semaines d'août et de septembre, se changent en oasis de gazon ; les mousses sont communes à peu près jusqu^à la même hauteur; quant aux lichens, qui se nourrissent pour ainsi dire de Tair ambiant, ils s'élèvent sur les pics nus jusqu'aux altiludes les plus élevées et leur triste parure ne

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fait même pas défaut aux dômes du mont Blanc et du mont Bose. Hais ces envahissements que subit la zone glacée sont amplement compensés par ceux qu'elle exerce dans des proportions beaucoup j)Ius considérables, en poussant bien audessous de la li^^ne des neiges perpétuelles ses glaciers ou mers de glace, qui sillonnent la zone alpine dans toulc sa largeur et descendent partiellement jusque dans le rayon de la zone montueusc.

Les glaciers, qui remplissent les fentes de la plupart des vallées alpestres les plus élevées, ne sont pas autre chose que des masses de neige passées peu à peu à Télat de glace par une succession répétée de dégels et de gelées. Sans appartenir exclusivenieiil aux Alpes, car leurs analogues existent dans les Alpes norvégiennes, au vSpitzberg, au Drcenland, dans l'Himalaya, dans le Caucase cl même dans les Andes, ils s'y présentent plus abondamment que nulle part ailleurs et en forment, sans contredit, un des pbénomènes les plus originaux; leur nombre s'y chiffre, en effet, par plusieurs milliers, les uns isolés, les autres réunis en groupe, et leur superficie totale n*y est guère inférieure à 2 500 kilomètres carrés. Ils sont répandus sur toute la longue ligne (]ui s*étend depuis le Dauphiné jusqu'en Styrie; mais leurs principaux quartiers sont au cuMir des liantes Alpes, principalement à l'enlour du mont Hose, du Finsteraarborn et du iJeniina, où la masse de la ebaîne et les déchirures du relief facilitaient davantage leur formation; c'est du massif du Finsteraarborn que le plus considérable de tous, le grand glacier d'AIetsch, descend le long de la pente valesane des Alpes Bernoises avec un développement de 35 kilomètres; c'est au pied septentrional du mont Bose que la mer de glace de Zermalt ne comprend pas moins de huit glaciers accouplés. Leurs dimensions et leur structure sont aussi diverses (jue celles (les fentes qu'ils oui comblées; ils mesurent de 4 à 35 kilomètres en longueur, de 1 à "> kilomètres en largeur; leur profondeur, qui est en moyenne de 30 à 200 mètres, atteint parfois un demi-kilomètre; il y a des gladers en terrasses,

ZONB DBS HAUTBS ALPES.

molivés par les élranglemenls de la vallée qui arrêtent la marche de la glace, et des g^lacîers mulliples, formés par la combinaison des glaciers de tout un système de vallées; on en voit qui contiennent des oasis de végétation, d'autres qui contournent des tlots de rochers; au fond cependant leur nature est identique d*un bout à l'autre de la chaîne et elle se manifeste partout par les mêmes caractères généraux. Leur glace azurée, verdàlre ou grisâtre, fort différente de la glace Llanchûtre qui se forme sur les eaux, se coFiipose d'iiue infinité (le petits grains, séparés les uns des autres par des globules dair et des fissures innombrables; ils sont coupés en tous sens par des fentes ci des crevasses qui se modifient sans cesse; à leur surface s'étalent, en pyramidesy en obélisques ou en tabl^y toutes sortes de formations de glace aussi éphémères que bizarres, au milieu desquelles émergent et disparaissent tour à tour de grandes pierres et des rochers isolés; leurs deux côtés et leur issue, dans les glaciers accouplés, la ligne médiane aussi, sont encombrés iXainoraines, c'està-dire de longues traînées ou d'amas amoncelés de roclies, de pierres, de graviers; de leur terminaison fronldle enlin s'échappe, par une grotte, voûte ou porte d'issue plus ou moins monumentale, une rivière, dont Teau, de couleur tantôt laiteuse, tantôt verdâtre, grisâtre ou noirâtre, au goùl insipide, à la température presque égale à zéro, ne tarit même pas au fort de rhiver. Tous ces phénomènes s'explitpient par la nature originaire des glaciers, leur renouvellement incessant, leur mouvement de translation continuel de liant en bas. A leur naissance ils sont formés par les neiges des plus hautes vallées, qui, dégelant sans cesse sous rinlluence directe du soleil OU sous celle des ruisseaux d'eau de neige qui découlent des pentes supérieures, sont sans cesse aussi solidifiées de nouveau par laction d'une température plus basse : de là la nature particulière de leur glace, qui jusqu'au bout ne dément pas son origine neigeuse. Gomme ils s'accroissent continuellement par le haut, ils appuient forcément vers le bas : voilà la cause, non seulement des voyages des objets qu'on y aban-

donne, mais aussi dos cliangenienLs qui se produisent dans leur slruclure, des moraines qui chargent leurs bords, des rayures et des stries dont ils labourent les flancs de leurs vallées. Sur toute leur surface enfin, mais plus spécialement à leur extrémité inférieure, 8*opèrent une évaporation et une liquéfaction considérables : l'une et Tautre aident à modifier leur aspec t ; la seconde produit en outre les fleuves de glaciers. En un mot, les glaciers sont des fleuves coagulés, qui avancent lentement, insensiblement, mais qui avancent; leur masse reste à peu près la même, |)arce que les accroissements cl les diminutions se compensent, mais leurs éléments constitutifs se renouvellent sans relâche; et par leur entremise les hautes Alpes écoulent vers les régions inférieures, par un procédé moins violent, mais non moins sûr que la chute des avalanches, une partie de leurs neiges, qui autrement augmenteraient sans fin.

Il ne ))arait pas que dans la période actuelle de notre globe le domaine des glaciers alpestres ait sensiMement augmenté ou diminué; on signale au bas de la plupart d'entre eux des mouvements d'avance et de recul déterminés par la rigueur des hivers et les chaleurs des étés, et qui peuvent dans une seule saison s'étendre sur un rayon de 1 300 à 1 400 mètres; maïs ce ne sont là que des oscillations insignifiantes, analogues à celles que nous avons constatées sur û limite inférieure de la zone neigeuse et qui, comme celles-ci, n'ont d'intérêt qu*à cause du bouleversement [>rofond du sol (ju'elles occasionnent. A une période anléiieure de la terre, il n'eu éhiit pas «le même, s'il faut, avec les partisans de la théorie d'une époque glaciaire, admettre que les blocs erratiques, les cailloux striés, les roches moutonnées, les apparences de moraines que Ton rencontre des deux côtés des Alpes et sur les pentes opposées du Jura sont autant d'indices de Tactivité de gigantesques glaciers; une carte des Alpes centrales construite dans cette hypothèse montrerait, par exemple, leurs pentes septentrionales couvertes d'une seule et même mer de glace, jusqu'au delà des

ZONE DBS HAUTBS ALPES.

lacs de Genève, de Neuchâtel, de Zurich et de Constance. A titre de curiosité, il peut être intéressant de mettre en regard de ces spéculations scientifiques les traditions populaires d*une nature diamétralement opposée qui ont cours parmi les populations alpestres et qui parlent d*un ftge d'or, où les glaces et les neiges descendaient beaucoup moins bas qu'aujourd'hui : en maint endroit, on montre des champs de neige qui, (le même que cerlains champs de pierres de la région moyenne, s'appellent des Alpes fleuries en souvenir de leur ancienne végétation; autrefois, au dire des Valesans, on cultivait la vigne là où aujourd'hui s étend le glacier d'AIetsch, et une légende fort répandue veut que le Juif errant à son triple passage par le haut col du Matterjocb, qui s'ouvre à 3 322 mètres d'altitude entre le mont Rose et le mont Gervin, ait rencontré la première fois une ville entourée d'arbres et de vignobles, la seconde fois des broussailles et des prairies, la troisième enfin ce que nous y voyous, à savoir des neiges et des glaces éternelles.

Ouehjues glaciers, comme par exemple le glacier iiiféi-ieur de Grindelwald, descendent jusqu'à l'altitude approximative de 1 OUO mètres, qui est de 1 700 mètres inférieure à la ligne des neiges perpétuelles. Mais si la formation glaciaire empiète de la aorte non seulement sur les Alpes moyennes, mais même sur les Alpes antérieures, elle est, par contre, fort loin de se produire dans tout le rayon des hautes Alpes; même les glaciers qui remontent le pins haut dans les vallons incrustés sur les flancs des cimes alpestres restent à plusd im millier de mètres en de(;;i des sommets culminants. Déjà entre 3 (MM) et 3 ,')00 mi^tres, où dans une atmosphère raréliée le soleil perd une partir^ de sa puissance, on ne rencontre plus guère de glace franche ; plus haut ses rayons sont absolument incapables de fondre complètement la neige; seulement en la léchant ils modifient sa nature et la changent en une matière dure et granulée, qui de jour se décompose en de petits cristaux assez semblables à des grains de sable et se coagule de nouveau la nuit en masses qui ont la rigidité

(le 1 iui« r. Toile est ToriiLMiic du névt'% croule f^lacée des cliainps de neij^e su jirricurs, qui donne aux cimes alpestres leurs admirables teintes pourprées et, en outre, facilite leur ascension ea assurant le pied du voyageur. Ajoutons que dans ces régions suprêmes rintcrvention des glaciers pour débarrasser les Alpes de leur surabondance de neige est moins nécessaire : au-dessus de 3 500 mètres la neige tombe moins abondamment, non plus en flocons, mais comme une fine poussière blanche, et la forte évaporation suffit en moyenne pour contrc-balancer Teffet des chutes nouvelles.

Au milieu des neiges et des filaces des li.iulçs Aljtes, la vie animale est naturellement fort restreinte; elle est loin cependant d y être complètement absente. Sans parler des animaux microscopiques qui forment ce (ju'on appelle la neige rouge, de Toriginale puce des glaciers, ni même de la souris alpestre qu*on a trouvée jusqu'à la hauteur de 4000 mètres, il y a d*abord, sur les limites de la zone moyenne, le renard, le chamois et la marmotte que nous connaissons déjà, et de }dus le boiKjuetin ; il y a ensuite, dans la zone glacée entière et mèmci au-<lessus, des esjièces d'oiseaux relativement nombreuses, parmi lesquelles les deux grands oiseaux de proie européens, Taigle et le vauloiu . Lo bouquetin, que ses énormes cornes distinguent parmi toutes les races caprines, est en train de disparaître des Alpes, où il était autrefois très répandu, comme le prouve sa présence dans les armoiries des Grisons et dans celles de mainte noble famille. D*une force musculaire et d'une élasticité supérieures même à celles du cbamois, il n'a pas son pied sûr et sa timide prudence; son courage même l'a exposé à une perle plus certaine, et aujourd'bui il n'en reste que de rares exemplaires, dans les prairies et sur les récifs cachés au milieu des glaciers les plus inabordables. En faveur de cette race qui s'en va, les gouvernements suisse et italien ont pris, sur les instances de leurs savants, des mesures conservatrices; mais par une singulière contradiction, rois et

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naturalistes aident également à leur destruction, les uns par amour de la chasse, les autres par amour pour leurs musées! Le vautour à barbe et l'aigle des Alpes, moins inoiïcnsifs que le boiujuetin et le chamois, résislenl mieux quN'ux à la guerre qu'où leur fait el sont assez nombreux encore, le second surtout, dans le Valais, le ïessin et les Grisons; c'est là principalement, au cœur des Alpes, que se Ironvont leurs énormes nids, en général inabordables, soit qulls les construisent sur des terrasses surplombées de rochers, soit qu^ils les cachent au milieu des labyrinthes de pierres; c*est là qu*on les voit planer pendant des heures entières, sans mouvement apparent, à des altitudes de 4 000 et 5 000 mètres, dans rallente d'une proie digne d'eux, qu'en hiver ils vont chercher jusque dans les vallées inh'rii'urcs. Le vautour, dont renvergurc alleiiit quelquefois 4 mètres, est plus grand et plus vorace, l aigle [)lus beau et plus audacieux; tous les deux sont d*excellents chasseurs, grâce à un œil à qui rien . n*échappe et à un odorat sans rival; ils enlèvent dans les airs le butin d*un moindre poids, lièvre, marmotte, renard, brebis, chèvre, chien, chat, enfant, tâchent de précipiter dans Tablme pour Vy dévorer sur place une proie trop lourde, vache ou loup, mouton ou chamois, et osent parfois môme s'attaquer à des hommes aventurés dans une position difficile. Plus souvent cependant c'est l'homme qui est l'ngresseur : on les prend au piège et on les lire à halle depuis des embuscades où on les attire au moyen d'appÀts solidement cloués dans le sol par des pieux formidables ; ou bien encore nn chasseur téméraire se fait descendre le long de cordes jusqu*à portée de leurs nids, et alors c*est une bataille désespérée, car le vautour lui- môme, assez lâche d'habitude, défend ses petits avec fureur.

An point de vue social, la zone supérieure des Alpes en est évidenitncnl la région la moins importante; l'homme n'est qu'un intrus dans ce monde glacé qui s'interpose entre les peuples civilisés du continent européen comme un terrain neutre, rebelle à toute culture. Il ne saurait y habiter : tandis

que, dans les CordilU res, on a pu bâUr la grande ville de Potosi à plus de 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et que THimalaya renferme des villages dont Fallilude est celle du mont Blanc, les derniers hameaux alpestres s*arrètent à 2 050 mètres, et plus haut on ne rencontre que quelques rares constructions, qui elles-mêmes ne dépassent guère, quand files Fatteii^^ncnt, la limite inférieure des hautes Alpes. Le fort de l'Inferucl prî s de Iîrian(;on est à 2 'MH) mètres; l'hospice du rirand-Sainl-Hernard à 2 472; la maison minière de la Goldzeche, au milieu du glacier de Fleiss en Carinlhie, à Test du Grossg^lockner, à 2 798; seul le kiosque du Matterjoch, bâti à l'altitude de 3 322 mètres, se trouve de beaucoup au-dessus de la ligne des neiges perpétuelles, et il n*est occupé que pendant les trois mois d'été. Mais, si les hommes ont dû reconnaître de tout temps qu*il leur était impossible de fixer leur séjour dans la région neigeuse des Alpes, il y a loni' temps qu'ils la parcoun'iit pour leurs affaires, et de nos jours ils r('X[dorrut avec ardeur pour leur plaisir. Les champs de neige el les glaciers, loin d'être un obstacle insurmontable aux communications de vallée à vallée, les ont au contraire servies et les servent encore, surtout lorsque en automne un pont de neige solide recouvre les fentes des glaciers. Chaque année, en octobre et en novembre, les Valesans font passer leur bétail et leurs mulets au col du Mallerjorh ; bien d'autres hauts cols glacés facilitent de même, depuis un temps immémorial, los rapports des montagnards entre eux, et leur viabilité, relativement aisée, explique ce curieux jdiénomèn*' ethnographique «pie certaines vallées ont une population diilérente dans leur partie inférieure el dans leur partie supérieure, la race d*en bas s'étant laissé arrêter plus longtemps par les gorges et les précipices de la vallée moyenne que la race de Taulre versant par les champs de neige et les glaciers des hauts cols. Depuis la fin du dernier siècle, les plus hautes cimes elles-mêmes ont été successivement escaladées par des montngnards intrépides, par des savants qui se proposaient d'enrichir de leurs obser-

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valions la physique du globe, ou même par de simples tourisles, désireux de jouir d'un panorama merveilleux et de se glorifier de la difficulté vaincue. Aujourd'hui l'ascension des pics et des glaciers les plus inabordables est devenue une vraie passion, et le moment est proche oii la zone suprême des A1pe<; sera à son tour lout entière, sinon occupée, du moins conquise par riiomuiel

L'«Mu(le des zones successives entre lesquelles se partage le relief des Alpes nous a fait gravir leurs pentes depuis les plaines et les bas plateaux au-dessus desquels elles s'élèvent, jusqu'aux sommets couverts de neiges perpétuelles qui les couronnent; l'examen de leur système hydrographique va nous ramener des terrasses supérieures, d'où leurs eaux jaillissent en sources ou en rivières de glaciers, vers les dépn ssions subordonnées oii elles se réunissent en grands fleuves.

Quelques mots d'abord des vallées exlrùiueinenl nombreuses par lesquelles les cours d'eau se déversent. Elles présentent les aspects les plus divers : la longueur et la hauteur de la chaîne, plus encore son large développement et sa formation géologique, ont en effet multiplié à Tinfini les par^ ticularités de leur structure et les combinaisons de leur groupement respectif. Nous n^insîsterons que sur deux distinctions capitales qu'on peut établir entre elles, selon qu'elles sont longitudinales ou transversales , principales ou secondaires.

Les vallées longiludinales, qui coureut dans la direction normale du système, ont, en général, une conformation géologique unique, une pente plus douce, des flancs moins abrupts, et leurs cours d*eau, d'une chute assez uniforme, n'ont pas à franchir, par des cascades, des différences de niveau trop considérables. Telles sont les vallées du Rhône et de rinn, de la Drave et de la Save; celle de la Drave olîre même cette particularité roaiarquablc, qu'elle se continue en ligne droite, au delà de la naissance de la rivière.

par la vallée do la Hicriz, un affluent do l'Kisack, qui oUemènio •:ro^sil l'Adige : ce qui consliluo une vallée longiludinalc doul)lo, le Puslerlhal lyrolicD, dont les deux rivibros, à peine séparées à leurs sources par le dos du Toblacherfeld, se déversent, l'une dans la mer Noire, l'autre dans la mer Adriatique. Tout autre est le caractère des vallées transversales dont la fente est plus ou moins perpendiculaire à la direclion normale de la chaîne, et qui coupent par conséquent les couches iroolo^icjnos; elles sont bien plus accidentées et enserrées par des pentes plus rapides, qui souvent deviennent des murailles à pic; mais surtout elles se décomposent en une série de terrasses, de l'une k l'autre desquelles leurs eaux bondissent en catara( tes furieuses, à travers d'affreux défilés. Chacun de ces gradins est au fond une vallée particulière; les montagnards l'ont compris, et le plus souvent ils ont donné des noms différents aux sections successives de la vallée. Ainsi la vallée du Rhin postérieur, que suit la route du Splugen, s'appelle tour à tour vallée du Hlieinwald, vallée de Schains, vall('e de Domleschjr, parce <|n'elle est sé[)arée en trois tronçons par les pi;^orges des Hol'lîes et de la Yia-Mala; et de son coté l'Aar passe successivement de la vallée de Hasli dans la vallée de Guttannen, et de la vallée de Guttannen dans celle d'Im-Grund, par deux étranglements, dans le premier desquels elle forme la fameuse cascade de la Handeck.

L'autre division des vallées, en vallées principales et en

vallées secondaires, repose sur des considérations d'un ordre dilTérenl et a surtout de rintérêt au point <le vue économique, liisloii(|iie et polilicjue; une vall<''e principale est un contre autour du(|uel ses vallées scciuidairfcs se irrou[»onl comme autant de satellites; ensemble elles forment un tout ethnographique et social, un canton de montagnes avec sa constitution particulière. Presque toujours, la vallée principale, plus large, arrosée par une rivière importante, est une vallée de culture, oh Ton rencontre des villages nombreux, de riches bourgs, des villes même, et, à côté des prairies et des forêts, des

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