LA CUISE DE
du terrain par la fuite de Tempereur Fcrdînand à Innsbrack
(17 mai); à Prague, un congrès des populations slaves, ouvert le 2 juin, ne tarda pas à di^générer en assemblée révolulionnaire. Mais le prince <le Windischgractz maîtrisa à coups (le canon la niélropolo l)ohémienne ;12 à 14 juin), et le mouvement séparatiste tchèque se trouva étouOTé dans son germe; par contre-coup, un certain ordre se rétablit même à Vienne. Restait cependant la question constitutionnelle, que devait résoudre une diète constituante autrichienne réunie à Vienne le 2 juillet, en même temps qu*à Francfort les députés que les pays allemands et tchèques de la monarchie avaient envoyés au parlement constituant allemand, et avec eux Tarchiduc Jean en sa (jualilé de régent de l'empire dWllemagno, étîiicnl chargés de participer à la réorganisation de la iirande pJitrie allemande. A Vienne, moins encore (ju'à Francfort, on n'arriva à aucun résultat pratique; de nouveaux désordres ensanglantèrent les rues et fournirent le préloxte désiré pour en finir par les armes; le 31 octobre, Windischgractz et Jellachich prirent la ville d*assaut; la diète fut transférée à Kremsier en Moravie, puis dissoute; et la constitution octroyée le 4 mars 1819 par le nouvel empereur ne fut jamais mise en vigueur.
Le soulèvement de l*Ita1ie autrichienne fut plus sérieux et menara momentanément l'intégrité de la monarchie. Les populations urbaines du Lombard- Vénitien, depuis longtemps mûres pour rinsuncchon, s'y jetèrent huit jours après les premiers troubles de Vienne; Venise conquit sa liberté sans combat (21 mars 1848) ; Milan expulsa les troupes impériales aprës une lutte acharnée (18 à 22 mars), et appela le roi de Sardaigne, Charles-Albert, qui venait de lancer sa déclaration de guerre contre l'Autriche (23 mars); déjà Modène avait chassé son archiduc; le grand-duc de Toscane n'évitait pour le moment un sort pareil que grâce à la constitution qu'il avait promulguée dès le 47 février. Mais le vieux feldmaréchal Uadelzky se cranij^onrja à la liimo militaire de TAdige, à l'abri du fameux quadrilatère formé par les quatre T. I. 32
Là monarchie autrichienne
forteresses de Vérone, Legnano, Mantoue et Peschiera; H renfor(;a son armée, pendant que le ministère viennois né|^o-
ciait à Londres et allait jusqu'à offrir la cession de la Lombardie proprement dite et l'administration à part du V«*nitien (mai I8i8); puis il reprit l'offensive, soumit le Vénitien (juin), battit les Piémontais sur le Mincio (fin juillet', et rentra à Milan le 6 août 1848. L'armistice Salasco le laissa en possession du Lombard-Vénitien et du Modénais, à Texceplion de la seule Venise, et lorsque au printemps suivant Charles-Albert voulut encore une fois tenter le sort des armes, la bataille de Novare termina la guerre à l'avantage de r Autriche, quatre jours seulement après la reprise des hostilités (23 mars 4849). L*attitude de la France couvrit le Piémont; mais les troupes autrichiennes occupèrent sans coup férir Bologne, Ancône, la Toscane que le irranddiic avait dù quitter au mois de févriers et le 28 août !8i9 l'héroKjue Daniel Manin était lui-môme oblii;é de capituler dans Venise affamée. La domination autrichienne se trouva rétablie dans lllalie septentrionale; mais plus que jamais elle ne reposait que sur la force brutale.
En Italie, TAu triche avait triomphé par elle-même; pour réduire & Tobéissance la Hongrie révoltée, elle fut obligée d'accepter le concours militaire de la Russie. Les idées démocratiques et séparatistes à la fois, que représentait le grand agitateur Louis Kossuth, s'étaient fait valoir à la dièti' buni:roise dés les dernières années du ri'i^ne do M. de Mcllernicb: elles triomjtln'rcnl en 18iS, et la cour de N'ionne, au milieu du désarroi général, accorda de fait la séparation, en nommant un ministère hongrois responsable à la diète. Mais alors les Madgyars, la race prépondérante, voulureot imposer leur domination et leur langue, non seulement aux Slaves, aux Allemands et aux Roumains de leur propre pays, mais encore à ceux des autres royaumes, et principautés de la couronne de saint Éticnne; et aussitôt une affreuse guerre de races s'engagea de tous les côtés. Les Serbes du Banal et de lu Bacska (que soutenaient leurs
LA CRISB DB 1948
frères les Serbes tribuluires tle la Porle\ les Esclavoiis et les Croates en masse, les Roumains et les Saxons delà Transylvanie se prévalurent de leur fidélité au gouverDciuent central pour prendre les armes contre les Madgyars, et Ton put dire, par une plaisanterie aussi triste que vraie, que le roi de Hongrie se faisait la guerre k lui-même en sa qualité de roi de Croatie, tout en restant neutre comme empereur d'Autriche. Cette neutralité apparente ne fut pas d*ailleurs de longue durée; quoique les formes extérieures d*obédîence eussent été jusque-là respectées à Peslh, un manifeste roval pronoiira le 'A octobre 18i8 la dissolution de la dièt<' hongroise; celle-ci refu^sa de se séparer et élut Kossulh président du comité de la défense nationale. En réponse à celle manifestation, Windischgraetz, le vainqueur de Prague cl de Vienne, envahit laHongrio pendant Thiver de iSiS à 18i9; mais il fut obligé de battre en retraite devant la levée en masse hongroise, et alors à Debreczin, en plein pays madgyar, la diète prononça solennellement la déchéance de la maison de Habsbourg et proclama Kossulh dictateur (i4 avril 4849). L* Autriche, à bout d'efforts, commençait à désespérer de vaincre à elle seule les Hongrois; elle se résigna à accepter l'aide du tsar Nicolas I", lui-môme effrayé pour la traïuiuillité de la I*ologne. Les armées hongroises, prises entre les forces écrasantes qui s'avançaient à la fois par les Karpathes et le long du Danube, ne purent, à force d'héroïsme, que prolonger de quelques semaines leur résistance désespérée; Kossulh se réfugia en Turquie; Goergey capitula à Vilagos, an nord de la Maros, le 43 août 4849, et la dernière forteresse du pays, Gomom, ouvrît à son tour ses portes le 27 septembre 4849. La Hongrie était subjuguée elle aussi, et de nombreuses exécutions signalèrent le rétablissement de l'aulorilé impériale; l'opinion publique de l l'^uropo fut surtout ble.ss('e de celle du président du premier ministère parlicuiicr hongrois, ronite Louis Badhyanyi, qui s'était toujours o{q)osé ù une séparation absolue do la Hongrie d'avec la monarchie autrichienne.
LA HOIiÀHCUiË AUTRICHIENNE
En apparence, l'Autriche sortait plus forte que jamais de ce cataclysme, qui avait nu-nacé d'ensfloulir à jamais la nidiiaicliio des Habsbourg. Lo nouveau premier ministre, prince Félix Schwarzenberjr, qui n'avait [)lus h compter avec la diète hongroise supprimée, qui se donna môme la facile satisfaction d'abolir officiellemenl parles lellres-patentes du 31 décembre 1851 la constitution mort-née du 4 mars 1849, inaugura au dedans un régime d^abaolutisme pur et d'administration unitaire, que ses successeurs politiques, quand il mourut en avril 1852, crurent fortifiée encore en affichant dans le concordat du 18 août 1855 les principes de Torlhodoxie la plus rig^oureuse. En même temps on poursuivait au dehors une politique à outrance, destinée à remettre en ph'ine vigueur la suprématie autrichienno dans l'Europe centrale et méridionale; en Allemagne, la Prusse fut profondément humiliée par le rétablissement pur et simple de la Confédération germanique, et pour la première fois depuis la guerre de Trente Ans une armée impériale pénétra jusqu'à la Baltique pour rétablir dans le Holstein Tautorité du roi de Danemark; en Italie, à Texception de la Sardaigne, qui réussit à grand*peine à maintenir sa politique nationale et constitutionnelle, tous les gouvernements, grands et petits, se subordonnèrcînt complètement à la polili<[ue auliicbiemie, dans le triomphe de laquelle ils voyaient avec raison le i.'age de leur propre sécurité. Quant aux ombres du tableau, l'absence d'alliances sûres en Europe et la haine non déguisée des populations lombardes et hongroises de Tempire, on s'en inquiétait [)eu à Vienne, parce qu*on avait une armée aguerrie et fidèle de près de 600 000 hommes; cependant, ne fûtce que parce que cet état militaire excessif dévorait la majeure partie d*un budget toujours en déficit, et que la dette augmentait d'année en année dans des proportions effrayantes, la situation de la monarchie était de nature à exciter vivement les préoccupations d'hommes d'État plus prévoyants.