‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 15 sur 134 · ROUTES ALPESTRES · texte numérisé non relu

ROUTES ALPESTRES

notables; cependant ce sont aujourd'hui des voitures, des chariots ou des traîneaux qui transportent de préférence les voyageurs et les marchandises. En été, rien de plus facile, car dans la belle saison une route des Alpes ne diffère d'une

route de plaine que par la grandeur du spectacle qui s*y déploie, et les dili:^eiices y sont emportées au grand trot des chevaux; mais en hiver, où la nalure al[)cslre rcprcntl ses droits, où la neige qui tombe en tins cristaux de glace couvre la route et s'accumule en certains endroits jusqu'à la hauteur de 10 mètres et davantage, le passage n'est pas sans difficulté, et il faut abandonner la direction des traîneaux à rînstinct, d'ailleurs rarement en défaut, des chevaux. Alors aussi les avalanches, les chutes dans les fentes recouvertes de neige, Tassoupissement produit par le froid font parmi les voyageurs de nombreuses victimes, comme en témoijrnent trop éloquemment la morgue et l'ossuaire du Grand-Saint- Bernard. Ils en feraient davantage encore sans l'admirable institution des hospices des cols, que la diarité chrétienne des temps passés a légués au siècle présent et qui offrent un abri assuré, à Tendroit même où la nature est la plus inhospitalière. Ces grands caravansérails, très simplement mats très solidement construits, que desservent des congrégations de moines dévoués, se trouvent au Saint-Gothard, au Simplon, au mont Cenis, aux deux Saint-Bernard; mais le plus ancien et le plus célèbre de tous est celui du Grand-Saiut- Bernard, fondé en 9G2 par saint Bernard-de-Menthon. Là, à une altitude de 2 472 mètres, où les températures de 30 degrés centigrades au-dessous de zéro n'ont rien d'extraordinaire, où mémo en été l'eau gèle matin et soir, il y a des centaines de couchettes, de nombreux approvisionnements, du feu qui ne s'éteint jamais dans la grande cheminée de l'hospice; et chaque jour les religieux et leurs domestiques font sur la roule des rondes, qu'ils multiplient par les mauvais temps, à la recherche des voyageurs eni^ourdis par le froid ou ensevelis par les avalanches. Naguère ils étaient secondés dans cette œuvre de charité par les fameux chiens du Saiut-Bcr-

nanl, animaux aussi inh^lligents que vigoureux, qui, dit-on, flairaient Fliomnie à une lieue, le reliraient eux-mêmes de 1 avalanche ou du moins appelaient en toute hi\te les secours des pbres; mais cette race, essentiellement alpestre, s*esl éteinte et n'a été que médiocrement remplacée par des chiens de Terre-Neuve et par dVutres chiens de forte espèce.

Sans avoir la prétention d^étudier par le détail le développement complet du réseau des routes qui des pays, transalpins mènent dans la plaine lombarde, indiquons maintenant d'un»' faeon soiiiinairc les voies de communication princij>ales enlrc les deux versants de la chaîne; nous noterons, à côté des routes carrossaljles, quelcjues cliemins plus difticiles, auxquels se rattache un intérêt particulier, géographique ou historique.

Tous les passages des Alpes occidentales et môme les plus occidentaux parmi ceux des Alpes centrales forment un premier groupe, dont Tobjectif commun est Turin, la capitale du Piémont. Leur liste s'ouvre (car plus à Test les cols sont au

moins douteux entre les Alpes Liguriennes et les Apennins) par la roule du col de Tende, qui a élé approj)rice à la circulation des voilures à la lin du xvni'' siècle pour faciliter les relations entre Nice et Turin; elle s'élève par la vallée d'un petit fleuve côtier, la Roya, jusqu'à son col haut de près de 1 900 mètres, puis descend sur Goni le long d'un affluent de la Stura, qui elle-même grossit le Tanaro. Plus à Touest et au nord-ouest, les chemins du col de TArgentière et du col de la Traversette, qui des vallées de TUbaye et du Guil, tributaires de la Durance, çaçnent celles de la même Stura et du Pô en reliant Barcolonnelle et Montdaufdiin à Coni et à Salures, méritent d être menlionnés, le premier pour avoir ouvert un passage à 1 armée de François l" en route pour Mariijnan, le second à cause de son altitude de plus de 3 00(1 mètres et de son tunnel primitif, qu on appelle le trou de la Traversette; mais la grande voie de communication entre les bassins de la Durance et du Pô est la route plus septentrionale qui remonte la vallée de la Durance par Embrun »

ROUTES ÂLPËSTiiËS.

MoDtdauphin et Briançon, franchit le massif alpestre au col du mont Genèvre à une altitude approximative de i 850 mètres, et descend sur Turin le lon^»^ de la Doire Uipaire, par

E.villes et par Suze : cvslV A/pis Codia des anciens, la grande roule d'Espairne en Lombardi«; «les temps modernes. Elle est rejoint»' à Suze par la magnilique roule du mont Cenis, qu'a créée la volonté de Napoléon I'^'^ à l'époque où le Piémont faisait partie de la France et qui, par la vallée d'un afiluenl de risëre, l'Arc, et un col de 2 100 mètres environ, mène le plus directement de Paris à Turin. Le col du Petit-Saint- Bernard au contraire, qui s*élève à environ 2 150 mètres entre ]foutiers-en-Taranlaise sur ITsère et Aoste sur la Doire Baltée, a été très fréquenté dès l'antiquité sous le nom à'Alpis Grajo, et il a été rendu carrossable de nos jours.

Des deux cotés du mont Blanc, auquel nous voilà arrivés, ne circulent que des sentiers de glaciers; mais plus à Test, déjà dans les Alpes centrales par conséquent, nous retrouvons au Grand-Sàint-Bernard, le summm Pœninus ou nions Jovis des anciens, une route de premier ordre, bien qu'elle ne soit pas accessible aux voitures dans la partie supérieure de son parcours. Elle quitte le Rhône à Marligny, monte par le bassin de la Dranse jusqu*à une altitude de près de 2.jU0 mètres, redescend vers la Doire Hallée et Aoste, où elle se confonil avi'c la roule du Petit-Saint-lit i iiard, et débouche à Ivrée dans la plaine lombarde; construite par ordre du Premier Consul au lendemain de la victoire de Alarengo, elle a pris la place d'une voie romaine qu'on attribue à Auguste, et sert de voie de communication habituelle entre la Suisse française et le Piémont. Enfin, comme dernier passage de cette première série, nous mentionnerons, entre le Matterhom ou mont Gervin et le mont Rose, le Matterjoch on col Sainl-Tliéodule, par lequel les Valesans vont de Visp sur le Rhône à Chàlillon sur la Doire Baltée en franchissant les erlaciers et les champs de neigi' interposés entre la vallée de Visp et le Val-Tournanche; il s'élève à 31122 mètres, la plus grande altitude d*un chemin européen, et montre à peu de

(lislaiH'c (le ( ('lit' haiilc'iir les tlébris il'un liaslion construit il y a trois siècles par les habitants du versant méridional pour mettre un terme aux incursions de leurs voisios du nord.

Au delà du massif du mont Rose, que traversent de même que celui du mont Blanc de nombreux sentiers de glaciers à Tusage des touristes, nous abordons un second groupe de cols et de routes, dont le point de repère n'est plus Turin, mais Milan, Tantique capitale de la Lombardie; là, au nœud même du système, les voies importantes se suivent de très près, par suite des relations quotidiennes qui depuis l'antiquité, mais surtout depuis le moyen Age, existent entre les deux versants de la chaîne. La première qui se présente, en laissant de côté le chemin du Montemoro presque abandonné aujourd'hui, est la grandiose route du Simplon, création napoléonienne comme celles du mont Genis et du Grand- Saint-Bemard ; destinée par son fondateur à être la ligne directe de Paris k Milan, elle unit le Valais à la rive occidentale du lac Majeur par-dessus un col d'environ 2 000 mètres, en emj»rnntant d'un cAté la vallée do la Sallinc qui se jette dans le Rhône à Hriu-ne el en suivant de Taulre, d ahord la Doveria, puis la Toccia qui reçoit celle-ci en amont de Domo d'Ossola. Le chemin du Gries, qui des sources du Rhône mène dans le même bassin de la Toccia, n'a qu'une impor* tance secondaire; la route du Saint-Gothard, au contraire^ qui vient ensuite, rivalise à tout égard avec celle du Simplon et la surpassait même beaucoup comme fréquentation avant l'ouverture de la voie ferrée. En elTet, à son col, d'une altitude d'environ 2 100 miMres. se louchent les deux grandes vallées transversales de la Reuss et du Tessin, rpii aboutissent l'uni^ au lac de Lurerne par Altorf, l'autre au lac Majeur par Bellinzona, et comme elles se continuent presque en ligne droite dans le sens du méridien, elles établissent la voie de communication la plus commode et la plus directe entre le plateau suisse et la plaine lombarde. Dès le moyen âge, le trafic avec l'Italie de tout le bassin du Rhin en aval du lac de Constance passait à peu près exclusivement par le Saint-

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