CHAPITRE III
L'imporlaiice géo^rapliiqiic et historique exceptionnelle du massif alpestre nous a entraînés à douaer àsa description un développement très considérable; nous serons beaucoup plus brefs dans Texamen des nombreux groupes de montagnes qui, 8*y subordonnant au nord et au nord-est, couvrent, de concert avec les plateaux et les plaines basses intercalés, la moitié de TAUemagne et la majeure partie de la monarchie austro-hongroise, et constituent ainsi dans Tensemble du relief de l'Europe centrale le gradin intermédiaire entre la chaîne fondamentale du continent et la vaste dépression qui correspond aux rives méridionales de la IJaltiijue et de la mer du Nord. Ces massifs secondaires, en elTet, s'ils aident tous à donner aux contrées qu*ils parcourent leur physionomie individuelle, ne leur impriment que rarement leur caractère dominant; nous pouvons donc pour la plupart d'entre eux nous contenter d'une esquisse sommaire, et réserver pour l'étude subséquente des grands bassins fluviaux de l'Ailemagne une bonne partie des indications ethnographiques et historiques qui à la rigueur auraient déjà pu trouver place dans le présent chapitre.
Le seul parmi les groupes orog;raphiques de la zone moyenne
de l'Europe centrale qui atteigne à peu près la limile des neiges perpétuelles et présente exceptionnellement quelques caractères alpestres, est le plus oriectal de tous, le système des Karpathes, qu'oa pourrait aussi appeler le système hongrob, parce qu'il entoure de trois côtés la grande plaine hongroise. Sa ligne principale, la chaîne des Karpathes proprement dites, qui sépare la Hongrie de la Galicie, en poussant ses contreforts dans les deux pays, court d'abord d'ouest en est, puis du nord-oiiost au sud-est, sur une longueur approximative de 700 kiloiiiMres, depuis le col de Jablimka, par lequel des sources de FOdiT et de la Vistule on pénètic dans la vallée de la Waag, jusqu'au pays de sources de la Theiss et du Prulh. A elle se soudent, par ses deux extrémités, les deux ailes du système : au couchant, la chaîne des Petites- Karpathes qui marque la frontière entre la Hongrie et la Moravie et se dirige du col de Jablunka sur Presbourg, où son extrémité méridionale se rapproche des rameaux avancés des Alpes Styriennes; au levant, le massif transylvain qui couvre, au sud des sources de la Theiss, la Transvlvanie entière et se prolonge jusque vers la -porle de fer d'Orsova, où ses derniers conlrefoi ts font vis-à-vis à ceux des liai khans. Ensemble la chaîne centrale et ses deux ailes de l'ouest et de l'est forment un demi-cercle pres(jue régulier d'environ 1 500 kilomètres de développement, dont le diamètre est représenté par le Danube hongrois dans toute sa longueur, depuis Presbourg jusqu'à Orsova; toutes les eaux qui découlent de leurs pentes intérieures se déversent naturellement dans ce fleuve, qui reçoit en outre bon nombre des rivières originaires de leurs pentes extérieures; Jes plus septentrionales seules sont étrangères au Danube et appartiennent aux bassins de TOder, de la Vistule et du Dniester.
Le tronc alpestre du système entier est l'îlot granilique du Tatra ou des Ilautes-Karpathes, c}ui s'élève dans la partie nord-ouest des Karpallies proprement dites, au sud de Cracovie. 11 n'a qu'une centaine de kilomètres en longueur, avec une superficie d'environ 2 500 kilomètres carrés; mais sa
SYSTÈME DES KARPATHBS.
formation géologique, la structure de son relief et son élévation considérable dans le vobinage immédiat de la grande plaine de l'Europe orientale, qui vient expirer à ses pieds, en font une vraie curiosité orographique. Sa masse uniforme et compacte, dont le granit est recouvert en deux endroits seulement par du gneiss et du calcaire, surplombe de près de 2 OUI) mètres la haute plaine circulaire (jui le circonscrit à une altitude de GOO à 700 mètres, et domine de fort haut les cbainons latéraux du système, qui, de Tautre côté de ce fossé naturel, simulent les bastions avancés d'un formidable donjon. Ses cols ne descendent nulle part beaucoup au-dessous de 2000 mètres; ses pics pointus, taillés en forme de tours ou de colonnes, s*élèvent abruptement, au Kriwan entre les sources du Donajec et de la Waag, puis plus à Test, aux pointes de Gerlsdorf et de Lomnitz entre les sources du Donajec et du Poprad, jus(]u*à des hauteurs <lc 2 500 et de 2 630 mètres. Il n'a ni vallées, ni rivières; quelques fentes à peine i^ercent sa périphérie, et les lacs extrêmement profonds ou œiU-de-tner qui remplissent ses entonnoirs jusqu'à l'altitude de 2000 mètres sont sans déversoirs visibles; mais dans la plaine circulaire qui Tentoure prennent naissance quatre cours d*eau considérables, TArva et le Donajec au nord, la Waag et le Poprad au sud, lesquels s'accouplant deux à deux, FArva avec la Waag, le Poprad avec le Donajec, vont les deux premiers à Fouest, les deux autres à Test, grossir d*une part le Danube et de l'autre la Vislule. Sur ses pentes enfin, qui sont exposées tour à tour aux vents secs du Caucase et aux vents chauds de la plaine danubienne, se suivent rapidement une série de zones de vé^étaUf)n : les vignobles hongrois, qui ne vont guère au delà de 300 mètres, leur font défaut; maïs jusqu'à 1 000 mètres on y trouve les plus belles forêts de bètres de TEurope centrale; les forêts de sapins montent jusqu'à 1 500 mètres, celles des pins de montagne 300 mètres plus haut encore; une région alpine à prairies estivales, mais sans la vie de chalet des vraies Alpes, partage avec les pins de montagne Faltitude de 1 500 & 1 800 mètres
et se continue jusqu'à 2 100 mètres; au-dessus de cette dernière hauteur commence la zone des neiges, sinon perpétuelles, du moins habituelles. La neige fond, en effet, presque partout dans les Hautes-Karpalhes pour quelques semaines
au moins, et les amas glacés y sont fort peu considérables, même sur les pentes septentrionales, à cause de la rapidité des talus; quant à leurs pics, ils sont généralement nus, sauf quelques mousses ou lichens : on y voit d'aulant mieux k-s traces extrêmement nombreuses de la foudre, qui frappe incessamment ce promontoire do hautes montagnes de tout côté battu par les orages.
Autant le Tatra se distingue par ses caractères originaux, autant les chaînes qui y aboutissent sont monotones et peu intéressantes. Les Petites-Karpathes sont à tous égards la portion la moins importante du système; peu étendues en largeur, elles ne s'élèvent en moyenne qu'à 600 ou 700 mètres. Les Kar]»!itlies proprement dites, qui atteignent la largeur de 80 kilonù'lrt's, n'ont également, sauf dans le Taira, qu'une hauteur assez médiocre; leurs montagnes, composées de terrains divers, restent généralement au-dessous de i 000 mètres; aussi sont-elles à pou près partout couvertes d*épaisses forêts, qui leur ont valu leur autre nom de Karpathes boisées et qui, bien plus que la difficulté des passages, ont de tout temps fait obstacle à des rapports fréquents entre la Hongrie et la Galicie. Le massif de Transylvanie au contraire soutient, pour Taltilude de ses sommets et aussi pour l'originalité de sa structure, la comparaison avec les Ilautes- Karpallies. Il li-iiie un carré ]»resque parfait, de jtrès de 4U0 kilijmèlres (hî côté, et iiilci-pose entre les deux grandes dépressions de la Hongrie et des Principautés Roumaines un ensemble de plateaux cultivés, d'uae hauteur moyenne de 500 mètres, que parcourent de nombreuses montagnes et que bordent des chaînes plus ou moins considérables. Elles sont moins élevées au nord et à Touest, du cAté de la Hongrie, vers laquelle s^incline doucement tout l'ensemble de la formation; celles de Test et du sud, d*origine, en partie du moins, volca-
SYSTÈME DES KàUPâTUËS
nique, atteignent à pen près la hauteur du Taira et, comme lui, ont des neiges pendant presque toute Tannée; elles émer* genl, comme de vraies murailles, des plaines basses de la Moldavie et de la Valachie et ne sunl coupées que par de rares cols. La roule la plus connue qui traverse cette ceinture de montagnes est celle qui de la Valachie pénètre vers Hermamistadt, en franchissant, au passage de la Tour-Roage, les gorges étroites de TAlouta.
Outre leurs vignobles et leurs forêts, dont les premiers ornent les pentes les plus basses du système en Hongrie et en Transylvanie, tandis que les antres couvrent la majeure partie de sa superficie, les Karpalhes contiennent des riciicsses souterraines extrêmement importantes. Les minerais de la Transylvanie septentrionale et ceux de Kremnitz et de Schemnitz, au sud-ouest du Taira, sont exploités depuis le moyen âge; les mines de sel gemme et les sources salines qui accompagnent le versant septentrional des Karpathes proprement dites sont les plus nombreuses et les plus productives de l'Europe entière. L'endroit où le sel gemme est à la fois le plus accumulé, le plus compact et le plus pur, se trouve au nord du Tatra, à peu de distance de Cracovie; là les deux exploitations de Wieliczka et de Bochnia, qui remontent au xni" si(M"le, forment, en se rejoignant sous terre, une seule et même grande ville souterraine, et doiment par an un demimillion de quintaux métriques de sel. Mais la couçhe saline se continue sous Targile du sol supérieur, sur une longueur de 500 kilomètres, jusqu^en Bukovine, aux sources du Prulh et du Sereth, et partout les poissons pétrifiés qu'elle contient rappellent qu'elle est un dép6t de l'ancien golfe polonais de la Baltique, qui à une époque antéhîstorique venait baigner le pied septentrional des Karpathes.
Malgré ces richesses naturelles, le système karpalhitMi, qui, àTexceplion des deux versants roumains du plateau transylvain, est compris tout entier dans la monarchie auslro-hongroise, est encore assez peu avancé quant à la culture; il est d'autant plus curieux à étudier au point de vue ethnogra-
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phîque, parce qu'il a servi saccessivement de refuge ou de lieu d'établissement à une multitude de races diverses. La plupart des peuples qu'y ont poussés les flots répétés des
grandes migrations asiatiques n'y ont laissé que de rares vestipros de leur passage dans les mœurs ou dans la langue de certains cantons; néanmoins on y rencontre aujuunriiui encore quatre on cinfj nationalités essentiellement dilîércntes, quoique fort enchevêtrées les unes dans les autres : ce sont les Koumains, les Madgyars elles Szeklers, les Allemands elles Slaves. Les Roumains, qui rapportent leur origine aux colons établis en Dacie par Trajan et par ses successeurs, occupent sans partage les pentes est et sud du plateau transylvain et forment en outre le fond de la population de la Transylvanie entière. Les Madgyars, le peuple prépondérant de la plaine hongroise, apparaissent en plus ou moins grand nombre sur toutes les pentes méridionales du sysli'iiie; si l'on en croit la tradition, l'invasion (jui, des pays du L)ni(*sler, les a menés vers ceux de la Tlieiss et du Danube s'est faite par le col de Vereczke, où passe aujourd'hui encore, par le centre des Karpathes boisées, la grande route do Lemberg à Munkacs. Les Szeklers, qui sont, dit-on, des Madgyars mélangés aux restes des populations antérieures, sont cantonnés sur une portion du plateau transylvain. Dans la même contrée et au pied méridional du Tatra subsistent les descendants des colons allemands que les rois de Hongrie appelèrent jadis dans le pays pour en exploiter les mines; mais leur nationalité tudesquc est en voie de disparaître à l'extrémité occidentale de la chaîne, et si elle s'est jusqu'ici mieux maintenue chez les >ia.vons transylvains G:ri\ce ;\ leur oryanisalion municipale autonome, elle est aujourd'hui fort menacée en Transylvanie aussi par la suppression, comme corporation politique, de VUniversitr de la nation saxonne. Enfin le contingent le plus considérable de la population des Karpathes est fourni par les différents rameaux de la race slave septentrionale, qui occupe tout le versant extérieur des Karpathes boisées et des Pelites-Karpathes, et de plus compte sur le
SYSTÈME HERCYNIEN. 89
versant intérieur de la chaîne de nombreux représentants, jonrnellement augmentés par la slavisation progressive des
populations allemaudcs de la haule Hongrie.
De même que le système des Karpathes llanruic les Alpes au nord-est en enlonrant de sa vaste courljt' la plaine hongroise étendue à leur pied oriental, l'autre grand système de chidncs (le montagnes secondaires de TEurope centrale, qu*on appelle hercynien en souvenir de la forêt hercynienne qui, selon les auteurs anciens, s'étendait sans interruption sur une longueur de soixante journées de marche à travers la Germanie entière, leur sert de boulevard avancé au nord, au delà du plateau qui représente leur vestibule septentrional ; mais, tandis que les Karpalhes offrent dans le Taira et dans le plateau transylvain quelques derniers rellels de la nature alpestre, les nombreux massifs hercyniens ont tous, comme élévation, comme climat, comme aspect, comme culture, un caractère intermédiaire et moyen. Aucune cime à Touest du Tatra ne dépasse Taltitude de 1 600 mètres et n'approche par conséquent même de loin la limite des neiges perpétuelles; * les formes des montagnes sont peu aiguës, sauf là où le basalte a jailli de terre en cônes réguliers; le paysage, tout en présentant en bien des endroits un charme saisissant, ne déploie nulle part les beautés sublimes des Alpes; mais, par contre, la civilisation et l'induslrie humaines oui pris possession depuis lonirtem[)s dos chaînes elles-mAmcs en même temps que des régions accidentées qu'elles déterminent, et jusque dans le voisinage de la plupart des sommets les champs de blé et les prairies alternent avec les forêts de hêtres et de chênes, de pins et de sapins.
Parmi les groupes du système hercynien, le plus rapproché des Karpathes et en même temps le plus facile à isoler est le groupe bohémien, ainsi nommé parce que les quatre chaînes
qui le composent, les Sudètcs, les monts des Mines ou Erzgebirg, la Forêt de fiohème ou Boehmerwald et les monts de
Moravie, entourent en parallélogramme presque régulier, au nord-est, au nord-ouest, au sud -ouest et au sud-est, le royaume aujourd*hui autrichien de Bohème, qui n'est pas autre chose que le hassin supérieur de TElbe.
De ces quatre chaînes, toutes plus ou moins granitiques et basaltiques, les deux qui courent dans la direction du sudest au iiord-ouost, c'est-à-dire les Sudèles el la Forêt de Bohème, (lé|»as.sonl les aiiires comme dévelo|ij)ement et comme élévation; de plus, elles oui dans leur structure une grande analogie : leur élt'valion la plus prononcée se trouve dans leur partie centrale, et leur chute a lieu plus rapidement vers l'extérieur, plus doucement vers l'intérieur de l'entonnoir bohémien. Mais la Forêt de Bohème, qui constitue à la fois la ligne de faite entre les bassins de TElbe et du Danube, la démarcation ethnographique entre les Tchèques et les Bayarois et la frontière politique entre la Bohème et la Bavière, n'a depuis la haatear du Danube à Linz jusque vers les sources de TEger que 220 kilomètres de longueur; sa cime la plus élevée, rArberbcrg, s'arrête à 1 470 mètres; jusqu'aujourd'luii elle csl couverte, dans sa partie méridionale principalement, des sombres forôls que Schiller a choisies pour en faire le théâtre des exploit» de ses Brigands, Les Sudètes, qui continuent presque mathématiquement sur une longueur de 300 kilomètres la direction de la chaîne principale des Karpathes, sont tout ensemble plus étendues, plus hautes, plus variées dans leurs aspects; il est vrai qu'elles ne forment pas au fond une seule et même chaîne, mais comprennent une succession de lignes mon tueuses, dont chacune a son appellation particulière, bien que la théorie géographique leur ap[ili(jue un nom scientiticjue commun, emprunté à Ptolémée. Elles débutent aux sources de l'Oder, à l'ouest du col de Jablunka où les Petites-Jkarpalhes se soudent aux Karpathes proprement dites, en laissant subsister entre elles et le système karpathien une dépression ezlrèmement marquée, route naturelle de l'Oder au Danube par la vallée de la March : c'est la porte morave, que couvre au sud la forte-
GHOUPB BOUëMIëN.
resse d'Olmuts et qui de tout temps a joué un grand rMe dans l'histoire militaire et commerciale de TEurope centrale ;
par elle ont passé jadis les envahisseurs germains, slaves et mongols, et plus récemment les armées polonaises, suédoises, prussiennes et russes qui avaient pour objectif le Danube autrichien; elle menait déjà vers la Baltique les marchands romains en quôLe d'ambre jaune, et elle a facilité l'établissement du premier chemin de fer destiné à relier les deux capitales allemandes, Vienne et Berlin. Assez peu éle- Tées aussi longtemps qu*elles séparent les eaux tributaires de la Baltique de celles qui coulent vers la mer Noire, les Sndètes atteignent des altitudes plus grandes entre les bassins de roder et de l'Elbe et culminent dans les monts dos Géants ou Riesengebirg, qui doivent leur nom aux traditions de géants détruits par la colère divine et leur popularité aux légendes de Rubezahl, le malin esprit de la montagne : là, la Hicsenkoppe ou Schnéekoppe, la plus haute cimo allemande en dehors des Alpes, mesure 1 600 mètres; sur les pentes de la montagne on retrouve, avec les bauden ou chalets, quelques lointaines réminiscences de la vie alpestre, et les vallées septentrionales sont peuplées de jolis villages de tisserands, dont la concurrence des machines a malheureusement réduit 4 la misère la trop nombreuse population. Plus loin encore, des deux côtés de la rupture par laquelle l'Elbe s'échappe de renlonnoir bohémien, la Suisse saxonne n'a plus (|ue des sommets de VM) mètres; mais elle présente, de Pirna à Tetschen, des beautés pittoresques et des curiosités de la nature, qui lui ont valu son nom quelque peu ambitieux : là s'élèvent des cônes aux formes mathématiques, dont celui du ILœnigsteio porte une forteresse inaccessible ; là se dressent les parallélépipèdes de grès non moins réguliers qui entourent la muraille à pic de la Bastei; là des grottes profondes s^enfoncent dans la montagne, et des couloirs longs et étroits «0 creusent dans le sol brusquement entr'ouvert. Les Sndètes, qui délimitent la Silésie et la Lusace d'avec la Moravie et la Bohème, appartenaient autrefois presque exclusivement à la
nationalité slave et à la couronne de Bohème; aujourd'hui ou parle allomand dans un arand nombre de leurs vallées septentrionales et, si leur extrémité orientale est resiée antricliienne sur les deux versants, silésien et morave, elles sont communes h rAutriche et à la Saxe royale à laulre bout de la chaîne, à TAulricbe et à la Prusse sur la majeure partie de leur parcours. Eu ajoutant à Tusurpation de la majeure partie de la Silésie celle du comté bohémien de Glatz, la Prusse s'est même établie dans une position militaire dominante au cœur du massif; c*est ce que ne comprenait que trop bien Frédéric II quand il se refusait obstinément à rendre Glatz lors des négociations qui précédèrent le traité d'IIubertsbourg, et le succès foudroyant d«' l'invasion de la l{(jliéme, en 18G6, a donné pleinement raison à ses prévisions stratégiques.
L'autre couple de chaînes parallèles bohémiennes n^offre pas dans sa construction la symétrie qui caractérise les Sudètes et la Forêt de Bohême : les monts des Mines et les monts de Moravie n'ont guère de commun que leur direction normale de nord-est en sud-ouest. Les monts de Morayie, qui séparent cependant les deux grands bassins de TEIbe et du Danube, méritent à peine le nom de montagnes; en elTet, la cbaîne conlinue qui sur la plupart des cartes relie les Sudètes du ])ays de Glatz à l'exl rémité méridionale de la Forêt de Bohême est imaginaire; ce qui existe en réalité dans cette direction, c'est une succession de plateaux superposés les uns aux autres, qui atteignent, il est vrai, la hauteur absolue de 1 100 mètres, mais s'élèvent par gradations si lentes, qu'ils se confondent avec le pays environnant. Aussi la limite de la Bohême a-t-elle été de tout temps moins nettement accentuée de ce cAté que des trois autres, et la Moravie est-elle physi(iueuienl, clhnographiquemenl et politiquement son annexe naturelle. Les monts des Mines au. contraire, quoique moins importants au point de vue hydrog^raphique, car ils ne s'interposent qu'entre deux groupes d'affluents de l'Elbe, sont une vraie chaîne, qui s'étend sur une longueur de 140 kilomètres depuis la Suisse saxonne