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MONTS DES PINS ET FUUÈT DE THURINGE

de rAllemagne centrale et de rÂllemag^e méridionale, voire de ceux de rAlIemagne occidentale. Les monts des Pins fournissent, par suite, un repère fort commode pour coordonner les diiïérents éléments du relief de la /une moyenne de l'Europe centrale; à leur extrémité orientale, nous avons marqué la terminaison des montagnes bohémiennes et hongroises; à leur extrémité occidentale, nous allons coamiencer, par la Forêt do Thurîn^e, l'étude des montagnes allemandes, qui, après de lointains détours, finira par nous y ramener le long du Jura franconien.

La Forêt de Thuringe ou Thuringerwald, qui, au delà des monts des Pins, reprend la direction sud-est à nord-ouest do la Forêt de Boliùme, sépare le domaine hydrographique de l'Elbe de ceux du Illiin et du Weser. Elle débute comme plateau plutôt que comme chaîne; car son extrémité orientale, qu'on appelle aussi la Forêt de Franconie ou Frankenwald, ne s'élève nulle part à 700 mètres, et atteint, par contre, une largeur de 60 kilomètres. Toute cette première partie, dont les ondulations boisées sont entrecoupées de prairies et de champs, est médiocrement pittoresque, peu riche et assez mdnstrieuse; on y traraille principalement le bois, et Sonneberg, au nord-est de Cobourg, a un certain renom comme lieu de fabrication de jouets d'enfants à bon marché. A mesure cependant qu'on avance vers le couchant, la structure du massif, sa physionomie aussi, se modifient; il devient plus libre, plus élevé, plus beau, et en môme temps plus étroit; les cimes culminantes du Becrberg et de Tlnselberg atteignent ou approchent Taltitude de 1 000 mètres; mais, par compensation, la largeur de la chaîne descend à 12 ou 18 kilomètres. La Forêt de Thuringe proprement dite, avec ses cimes boisées, qui parfois s'élèvent en pointes hardies couronnées de vieux châteaux, et plus souvent s'arrondissent mollement en croupes harmonieuses, tsl un vrai isthme de montagnes, qui s'interpose entre les deux terrasses, franconienne et thuringienne, en offrant en maint endroit des points de vue charmants, tant sur la chaîne elle-même que sur les

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champs cultivés, les prairies et les forêts qui eu accompa^ gnenl les deux pentes. Cet isthme de montagnes a été de tout temps la ligne de démarcation naturelle entre l'Allemagne septentrionale et l'Allemagne méridionale, entre les Thurin-

giens et los Franconiens, et le vieux rhemin qui en suit le faîte di'[tiiis une »''|)<i(jne iiuinémoriale s'appelle le li^nnsticf/ ou liPîDDrrf/, c'est-à-dire le chemin de la frontière; mais l obstacle qu'il oppose aux communications n'est pas considérable, à son extrémité nord-ouest surtout, du côté (rEisenach, où, depuis le moyen âge, passe la grande voie militaire et commerciale qui relie Francfort-snr-le-Mein à Leipzig et les contrées du moyen Rhin à celles de la moyenne Elhe. Le pays de terrasses thuringicn qui s'y adosse au nord est un des plus beaux cantons de TAlIemagne, un des plus riches aussi en sf)uvenirs poétiques; NX'eimar, qui en occu[te à peu près le centre, a été un siège privilégié des nmses; à la Wartbourg, au-dessus d'Eisenach, qui est, comme son nom l'indique, Tobservatoire placé sur les confins de la Thuringe et de la Hesse, ont chanté les Minnesinger, ont résidé sainte Élisabeth et Luther; entre Ëisenach et (lOtha, le Hoenelloch ou caverne de la Uoersel rappelle la légende de dame Vénus et du chevalier Tannhaeuser; dans sa partie septentrionale enfin, s'élève, au-dessus de la fratrie dorée ou plaine de la Helme, le groupe isolé du Kyfhaeuser, où, depuis des siècles, Frédéric Bai'berousse attend Theure de la résurrection.

Tout à l'entour de la Forêt de Thuringe occidentale se groupent, en vaste demi-cercle, un grand nombre de chaînes et de massifs qui, sans en dépendre orographiquement, lui font suite dans les trois directions du sud-ouest, de l'ouest et du nord-ouest. Les montagnes de la Hesse électorale, qui s'étendent droit à l'ouest en se superposant à des plateaux de i50 à 300 mètres d'altitude, ont le moins d'importance. Leur sommet le plus élevé est le llohe-Meissner, qui alleint 7oO mètres, et dont le lignite, recouvert de basalte, est de tous côtés attaqué par les mines; une cime plus connue est

MONTAGNES HBS80ISES ET FRANCONIENNES. 97

le Garlsberg» près de CasseU qui n*a que 523 mètres, mais que 80D chàteaa de Wilbelmshœhe, ses jeux d*eau, son admirable parc, prix du sang de milliers de Hessois vendus à rélranger, classent parmi les plus belles résidences prin-

cièrcs. La région entière est médiocrement fertile, mais riche en foréls, de chênes surtout. Elle est habitée par une race dure au travail, reniarcjuahlc par la pureté de son sang; car les Ilessois sont les descendanls non mélangés des anciens Catles, que n*ont pu entamer ni la conquête romaine, ni rimmigralion slave. Aussi ont-ils gardé les cheveux blonds, les yeux bleus et la force musculaire des Germains de Tépoque barbare; le paganisme germanique a laissé cbez eux des vestiges nombreux, et Ton vante leur fidélité et leur courage, leur rudesse et leur frugalité antiques.

Un second groupe, celui-ci au sud-oucsl de la Forêt de Tliurint'e, est formé par les monlagnos, en grande partie volcanitjues, de la basse Franconie, donl les trois massifs, Hboen, Spcssart et Odenwaid, se suivent des deux côtés du Mein moyen et inférieur, en Bavière et dans la Uesse grandducale. Lo plus septentrional des trois, la fihoen ou Haute» Rboen, qui culmine & 950 mètres, est tout le contraire de Taimable Forêt de Thuringe. C'est un dos de pays nu, désert, marécageux, fort peu peuplé, quoique couvert de ruines du moyen âge, et au pied méridional duquel jaillissent les sources minérales de Kissingen, la ville de la Saale franconienne. Il ne se civilise un peu plus «juc dans sa partie occidentale, la Hhocn antérieure et le VogelsgeMrg, où s'élèvent des cônes volcaniques aussi nombreux que ceux du Mittelgebirg bohémien, et où se trouve accumulée, dit-on, la masse de basalte la plus considérable de la terre. Le Spessart, c'est-à-dire la forêt de Tépervier, qui, dans Tintérieur du grand coude du Mein, continue la Haute-Rhoen, n*est pas beaucoup plus hospitalier qu'elle. Il est moins élevé, car ses cimes dépassent à peine les 600 ou 700 mètres «le sa hauteur moyenne; mais, par contre, il est tout couvert d'épaisses forêts de chênes et de sapins, qui, il y a uu siècle encore,

passaient [lour des repaires de brigands. Le chemin de fer d'AscliafTcnbourg- à Wurzbourg qui le traverse aujourd'hui l'a rendu plus accessible, mais le paysage et la population v sont reslés ce qu'ils ctaieDl auparavant : l'un tristement pittoresque, Taulre pauvre et misérable. Quant à TOdenwald, qui termine le groupe en s'élendanl du bas Mein au bas Neckar, parallèlement au Rhin, mais à une certaine distance du fleuve, il a, en moyenne, de 400 à 500 mètres, avec des cimes de 700 à 800, dont la plus connue est le Melibocns. Beaucoup plus riche, plus gai, |)lus peuplé que les deux massifs précédents, il marque la transition vers la Forêt-Noire, qui, plus au sud, en continue la direction. Avant l'époque des chemins de fer, la Ifcrf/slnisse ou route de la montagne, (|ui Je côtoie entre Darmstadt et ïleidellierg, était renommée parmi les touristes; dans des temps bien plus reculés, la tradition populaire y avait placé le lieu de l'assassinat de Siegfried, le principal héros de l'épopée germanique.

Enfin au nord-ouest de la Forêt de Thuringe s*élèvent, à droite et à gauche du moyen Weser, les chaînes de montagnes les plus septentrionalès du système hercynien, que la monlueuse Allemagne centrale projette en guise de promontoires dans la basse plaine du nord. Elles s'y engagent en lignes à peu près p;u;ill«des, dans la direction normale du sud-est an nord-ouest. La plus orientale est le Ilarz, qui, au nord de la terrasse tliuringienne, court de Mansfeld à Goslar; à Toucsl, la Forêt de Teutobourgou Teutoburgerwald se rattache par TEggegebirg aux montagnes de la Hesse électorale et se continue jusqu*au sud d*Osnabruck; entre les denx, mais plus rapprochés de la Forêt de Teutobourg, les monta du Weser, qui se relient également ans montagnes hessoises par les plateaux du SoUingerwald, longent le fleuve qui leur donne leur nom jusqu'à la rupture par laquelle, près de Mindeii, il s'inlroihiit dans la dépression septentrionale, puis, obliquant à l'ouesl, ils vont expirer doucement au nord de la même ville d'Osnabruck.

UARZ, MOiNTS DU WESER ET FOUÈT DE TEUTÛDOUUG. 99

Des trois chaloes, le Harz, dont le nom est emprunté à celoi de Tancienne forêt hercynienne, est de beaucoup la plus importante; il constitue un massif bien accentué de iOO kilo-

mMres de long sur 30 kilomètres de lar^e, qui surplomho presque à pic la basse Allemasfne, cl en paraît d'aulant plus haut. Sa base consiste en un plateau de quartz mêlé de schiste et do mica, dont l'altitude moyenne est de 'MiO mètres dans le Uarz inférieur au sud-est et de 000 dans le Harz supérieur an nord-ouest; mais dans Tune et Tautre moitié de la chaîne le quartz est brisé par des formations granitiques, qui dans la première s'élèvent au Rammberg à 5S0 mètres et dans la seconde atteignent même 4i40 mètres au Brocken ou Blocks* berg. Cette dernière cime a pendant longtemps usurpé Thonneur d*ètre regardée comme le sommet le plus élevé de TAllemagne; elle reste à bon droit citée parmi celles qui offrent la vue la plus étendue, car lorsque la pluie ou le brouillard n'y mettent pas obstacle, on y voit étendue à ses [)ieds, comme une mer sans fin, la grande plaine du nord; de plus, le génie de Gœllie Ta entourée d'une brillante auréole, en dranmlisant dans le Fauii Tautique superstition, née peut-être des sacrifices païens que les Saxons continuèrent à y célébrer après leur conversion forcée par Charlemagne, comme quoi chaque année dans la nuit de la Sainte-Waipurge, entre le 30 avril et le I** mai, Satan y tient en personne le sabbat de toutes les sorcières allemandes. Le massif entier abonde à la fois en beautés pittoresques et en richesses naturelles; d'une part, ses cimes granitiques semblent appeler les chàleaux forts et ses vallées profondément encoupées se rétrécissent en gorges sauvages ou se profilent en vastes grottes dans le liane de la montagne; d autre part, ses grandes forêts de pins sont exploitées par de nombreux charbonniers, et ses minerais de plomb et d'argent, de fer et de cuivre, qu*on extrait depuis le xi° siècle, continuent à donner des produits considérables : Clausthal et Goslar, au pied occidental do Brocken, sont encore des centres miniers importants, après avoir successivement fourni de maîtres de mines la France, le Mexique, le Pérou et les monts Durais.

Les deux autres chaines, monts du Weser et Forcit de Teotobourg, ont une longueur supérieure à celle du Uarz, mais une élévation beaucoup moindre. Comme elles 8*arr6tent en deçà de Taltitude de 500 mètres, on pourrait les qualifier de collines aussi bien que de montagnes; néanmoins, à cause de la dépression extrême de la plaine environnante, elles font un ciXvX assez imposant quand on les aborclc par lo nord ou par l'ouest. Leurs admirables forêts de hêtres, leurs riantes vallées, leurs eaux de Pyrmont, de Driburg, de Lippspringe, y attirent chaque année de nombreux visiteurs; autrefois elles ont été un des principaux théâtres des lutter séculaires des Romains et des Germains, des Francs et des Saxons; pour ne rappeler que deux souvenirs, c'est dans la Forêt de Teutobourg qu'eut lieu, près de Detmold, la défaite de Yarus, et le Suntel au nord de Hameln, où Wittilcind battit les lieutenants de Charlemagne, appartient aux montagnes du Weser.

Les trois groupes de montagnes qui, au nord-ouest, à Touest et au sud-ouest de la Forêt de Xhuringe, se suivent depuis Goslar et Osnabruck jusqu'à Kissingen et Heidelberg, aboutissent tous les trois du côté du couchant à une seule et même formation orographique, de vaste étendue mais de médiocre hauteur, dont les plateaux et les massifs, uniformément composés de couches schisteuses, couvrent une partie notable de TAllemagne occidentale et pénèlrent même dans les contrées voisines de la Belgique et de la Krafice. Le groupe des montagnes schisteuses rhénanes — c'est ainsi (m'on l'appelle — peut, pour la configuration, être comparé à un papillon aux ailes déployées, dont le corps serait superposé à la section du cours du Rhin comprise entre Bonn et Bingen; son relief présente un ensemble de plateaux onduleux d'une altitude moyenne de 500 mètres, au-dessus desquels les cimes des chaines s*élèvent de 200 ou 300 mètres plus haut. Il est généralement peu fertile, et contient de nombreuses landes et des tourbières étendues qui alternent avec des forêts et de maigres champs de blé ou d'avoine; mais ses trésors sou-

MONTAGNES SCHISTEUSES RHÉNANES. iOt

terrains sont considérables : les minerais de fer et les dépôts de houille des vallées de la Ruhr, de la Sarre, de ia Mease, de la Yesdre et de la Sambre ont singolièremeot facilité Tessor industriel de la Prusse Rhénane et de la Belgique, et les sources thermales ou minérales d'Aix-la-Chapelle, de Spa, de Kreuznach, de Wiesbaden, de Hombourg*, de Langenschwalbacli et d'I-ims sont des lieux de réunion euro[)é<Mis. Quant à la pliysionomie particulière des nombreux massifs qu'on y distinirue, elle ne mérite guère qu'on s'y arrête, au moins pour la plupart d'entre eux. Dans l'aile orientale, que forment les montagnes westphalienncs, il suffira de nommer les chaînes les plus connues, le llaar ou Haarstrang entre la Lippe et la Ruhr, le Sauerland et le Rothhaar entre la Ruhr et la Sieg, et le Westerwald entre la Sieg et la Lahn. L*ai]e occidentale, qui accompagne la Meuse, est assez triste et insigniflante aussi, surtout au nord dans la Hohe-Venn, dont le nom est emprunté à ses tourbières; les Ardennes, (jui lui font suite au sud, sont plus accidentées et surtout plus boisées, quoiqu'on ait fort éclairci depuis longtemps les épaisses forêts qui autrefois leur avaient valu le nom de Forêt Charbonnière. L'intérêt principal ce[)endanl se concentre sur les deux couples de chaînes accolées au Uhin, le Siebengebirg et TEifel, le Taunus et le llundsruck, dont les deux pre* mières se font vis-à-vis, de la droite à la gauche du fleuve, entre Bonn et Coblence, tandis que les deux autres (épfetent le même parallélisme un peu plus haut, entre Coblence et Mayence. Dans celles-là, les hardies formes volcaniques du basalte interrompent la monotonie de la formation schisteuse : le Siebengebirg élève droit au-dessus du Uhin de charmantes coupoles basaltiques, dont la plus imposante est le Drachenfels, où Siegfried tua le dragon préposé à la garde du trésor des Nihelungeiiy et l'Eifel, à côté de ses innombrables cônes de même origine, a des fleuves de lave parCaitement conservés et des cratères, grands et petits, que Firruption de l'eau a changés en lacs et en étangs. Dans celles-ci, c'est le quartz qni a brisé Tardoise et donné au paysage une variété plus

grande : le Hundsruck (dont le nom doit se traduire par dos élevé et non par dos dta chien, comme on serait tenté de le fûre) s'élève à 800 mètres; le Taanus contient, dans le Grand-Feldberg- qui atteint raltitnde de 850 mètres, la cime

la plus élevée du groupe entier, et les forêts presque continues (jui rouvrent ses lianes ont fait du Nassau le pays le plus boisé de l'Allemagne.

Un parallélisme plus remarquable encore que celui que nous venons de constater entre les chaînes rhénanes du groupe schisteux, caractérise, à une étape supérieure du fleuve, le groupe beaucoup plus important du haut Rhin qui, à Tautre extrémité du système hercynien, s*élève de nouveau à des altitudes presque aussi considérables que celles du quadrilatère bohémien. Les deux chaînes qui le constituent, la Forèt-Noire ou Schwarzvvaltl et les Vosges, sont complèlcment syniélriques comme direction normale, comme structure d'enseml)le et comme formation géologique ; bien plus, elles se ressemblent singulièrement jusque dans les derniers détails de leur nature intime. Parallèles entre elles et avec le fleuve qu'elles accompagnent à Test et à l'ouest, elles se développent Tune et Taulre dans le sens du méridien; l'une et Tautre consistent en gneiss et en granit, entremêlés de porphyres et de grès. Toutes les deux ont leur masse la plus grande et leurs cimes les plus hautes dans leur partie méridionale, qui est plus rapprochée des Alpes, el diminuent en larg^eur et en hauteur à mesure qu*elles s'en éloignent; toutes les deux dirigent leur pente brusque vers la large vallée du Rhin, au milieu de laquelle surgit, à la hauteur des deux Brisach, l'ilot basaltique du Kaiserstuhl, absolument étranger à Tune et à l'autre, et descendent lentement du côté opposé, où le Neckar et la Moselle arrosent le plateau du Wurtemberg et celui de la Lorraine. Elles ont l'une et l'autre des cimes arrondies en ballons, des crêtes nues on chargées de buissons, des pentes couvertes par le haut de magnifiques forêts et plus bas d'abondants vignobles, des vallées à la fois pittoresques el fertiles,

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OÙ jaillissent des sources minérales ou thormales, que dominent de vieux châteaux aux murs chargés de lierre, el à l'eu- ' trée desquelles se pressent les jolis villages et les petites villes prospères. Toutes les deux enfin sont habitées par une popu* ktion aussi industrieuse qu^intelligente : la For6t-Noire a de vieille date son horlogerie, ses chapeaux de paille et surtout le flottage de ses énormes sapins, qui, transportés jusqu'au Rhin par les eaux de la montagne, vont ensuite en grands radeaux gagner les ports de la Hollande; dans les vallées des Vosges s'est établie la grande industrie moderne, qu'y a primitivement attirée la force motrice des rivières, mais dont les puissantes manufactures travaillent aujourd'hui en grande partie à la vapeur. En un mot, la Forôt-Noire et les Vosges ne sont au fond que les deux moitiés d'un seul et même massif que les révolutions du glohe ont fendu selon son axe de longueur ; également Belles, également civilisées, les deux chaînes sœurs sont le digne encadrement de la riche plaine, badoise et alsacienne, qui, des deux côtés du Rhin, les unit plus qu'elle ne les sépare, et elles forment avec elle, dans l'Europe ceiiliale montueuse, un des cantons les plus attrayants, sinon le plus charmant <lc tous.

Le sommet le plus élevé de la Forêt-Noire et du groupe entier est le Feldherg, qui s'élève au sud du fameux Vald'£nfer, par lequel passe la route qui de Fribourg-en-Brisgau mène aux sources du Danube; son altitude de i 495 mètres lui assigne son rang, parmi les cimes hercyniennes, immédiatement après la Riesenkoppe des monts des Géants, la plus considérable de toutes. Le Ballon de Soultz ou de Guebwiller qui lui fait pendant dans les Vosges méridionales, à l'est des sources de la Moselle, s'arrête à I 420 mètres. Mais si la chaîne orientale culmine un peu plus haut (jue sa voisine, elle a une moindre extension longitudinale; au nord, en elTet, elle ne s'étend guère au delà de la vallée enchanteresse do Bade oili, au milieu des forêts et des prairies, des rochers et des cascades, s'étalent toutes les séductions d'une civilisation raffinée, et à partir de la Murg elle ne se continue plus, dans

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la direction du Neckar et de rOdcnwald, que par un dos do pays de moins de 400 mèlrcs d'altitude. Les Romains déjà ayaient reconnu en cet endroit la communication naturelle entre la vallée du Rhin et le plateau souabe, et y plaçaient leurs portes hercyniennes^ dont le nom 8*e8t conservé dans celui de la petite ville de Pforzhciro; de nos jours on y a fait passer la grande voir ferrée «le Paris à Vienne. Les Vosges, au contraire, tout en diiiiiiiuanl elles aussi en hauteur vers le nord, se maintiennent beaucoup plus lonj^lemps à l'état de véritable chaîne et se continuent presque sans interruption jusque dans le voisinage du Hundsruck; car la Ilardt du Palatinat en est le prolongement direct, et elle n'est elle* même séparée du Donnersberg ou mont Tonnerre, qui déjà correspond à l'Odenwald sur Pautre rive du Rhin, que par une étroite dépression, des deux côtés de laquelle on rencontre des altitudes de 700 mètres. Aussi de oc côté du fleuve le passai^e de Saverne, qui fait suite à celui d«: Pforzheim, a-t-il bien plus les caractères d'un col de luonta'jrnes, et il a fallu un double tunnel fort considérable pour faire franchir le massif vosirîen tant au chemin de fer de Paris à Strasbourg qu'au canal de la Marne au Rhin.

Le groupe orographique du haut Rhin est le dernier des groupes hercyniens proprement dits. La grande chaîne longitudinale du Jura, qui se déroule au sud et à l'est des Vosges et de la Forêt-Noire, se rallaclie il est vrai intimement an système hercynien, dans sa muitié orientale du moins, le Jura allemand, qui met en communication «lirecte laForèl- Noire méridionale et le massif des monts des Pins; mais le Jura allemand ne saurait être séparé du Jura franco-helvétique, dont il reproduit exactement la direction normale et la conformation géologique, et la chaîne prise dans son * ensemble a à la fois un développement assez vaste et une nature asses originale pour qu*on ne doive pas hésiter à en faire nn système particulier. Le Jura se prolong-e en effet sur une étendue de 700 kilomètres environ dans une seule et

JURA. lOS

même direction sud ouest en nord-est, qui de la haulear du mont Blaoc le mène dans le voisinage du quadrilatère bohémien; sur tout son parcours il forme, à Touest et au nord du plateau antérieur des Alpes, une seule et même masse neptunienne, calcaire, où abondent les pétrifications et les grottes naturelles ; d*un bout à Fautre il est plus ou moins triste et nu, pauvre en eau et médiocrement fertile. Comme la Forèt-Noire et les Vosges, il a son maximum d'élévation au sud : les cimes françaises ou suisses du Reculet, du Crèt de la Neige, de la Dôle et du Monteudre dépassent ou approchent l'altitude de 4 700 mètres; les sommets les plus élevés du Jura allemand atteignent à peine un millier de mètres. Le Jura helvétique débute en France comme une série de lignes parallèles, aux formations abruptes et heurtées, que divisent des vallées longitudinales, que relient des verrous transversaux, et dont l'ensemble, d'une largeur (le 60 kilomiîlres environ, sépare la vallée du Hh6nc de < elle de l'Ain. 11 devient un peu plus étroit, mais garde la même nature entre les bassins du Doubs et de l'Aar, où sa ligne de faite marque la frontière politique entre la France et la Suisse; c'est dans cette section que se trouvent sur le versant oriental, aux altitudes considérables de 900 et de 1 000 mètres, les grands centres industriels du Locle et. de la Ghaux-de-Fonds. Plus loin encore, il se bifurque; la branche occidentale se dirige vers les Vosges, mats laisse subsister, entre elle et la chaîne vostriennc, la trouée de Belforl^ large voie de communication naturelle par laquelle ont été facilement tracés le canal du Ulione au Rhin et le chemin de fer de Paris à Mulhouse ; la branche orientale court vers le Rhin, est brisée par lui à SchafThouse, à Zunach, à Laufcnbourg, à Rheinfelden, côtoie la Forèt-Noire aux environs des sources du Danube, et s'appelle dès lors le Jura allemand. Celui-ci, qu'on subdivise en Jura souabe ou Rauhe-Alp entre le Danube et le Neckar, et en Jura franconien entre le Danube et le Mein, a une pente peu accentuée vers le plateau danubien, une chute plus rapide vers les deux afUucnts du Khin;

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muins élevé que le Jura helvétique, il est beaucoup moins pittoresque encore que lui ; ce|i('ii<lanl les pentes septentrionales présentent quelques jolies vallées et on parle même d'une Suisse franconienne entre Erlangen et Baireulh ; quant aux soininelSy le principal intérêt qui s'y rallache est celui des souvenirs historiques évoqués parleurs noms ; nous n*en citerons que deux, le Hohenzollern et le Hohenstaufeo, qui tous les deux appartiennent au Jura souabe.

Avec le Jura, dont la section firanconienne nous a ramenés au massif des monts des Pins, nous nous trouvons avoir épuisé la liste des chaînes de montages secondaires de l'Europe centrale qui à un titre quelconque méritent de fixer l'attention. L'examen successif de leurs groupes nous a permis, non seulement d'esquisser le relief de la zone moyenne de l'Europe du centre, mais aussi de caractériser la physionomie d*un certain nombre des contrées qu'elle renferme; l'étude des fleuves allemands nous donnera bientôt roccasion de compléter ces vues sur les aspects divers de la région montueuse qui, depuis le plateau transylvain jusqu'aux chaînes rhénanes, s*étend au nord et au nord-est du massif alpestre; mais auparavant il nous faut jeter un coup d'oeil sur la troisième et dernière des zones entre lesquelles se partage l'Europe centrale, fixer la nature ^-^énéralc et les particularités les plus saillantes de la grande dépression qui la termine au nord, et achever par les rives basses de la Baltique et de la mer du Nord la description de ses formes plastiques que nous avons commencée par les hauts sommets des Alpes : ce sera le sujet du chapitre suivant.

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