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LA MER BALTIQUE

Ballique, qu'on traduit par mer de rupture ou par mer blanche, selon qu'on le fait dériver d'une racine Scandinave ou d'une racine slave : à moins cependant qu'on ne préfère y « voir un souvenir dos Baltes ou héros goths, ou encore une réminiscence classique de Tile Baltia de Pline. D'une étendue médiocre, car sa superficie est d'un cinquième inférieure à celle de la France, elle s*interpose entre rÂllemagne, la Suède et la Russie, sous la forme d'un long ruban maritime qui, plus large dans sa partie méridionale, se dédouble au nord-est dans les deux golfes de Bothnie et de Finlande, auxquels vient s'ajouter, comme troisième encoupure, le golfe moins considérable de Riga. Les iles danoises en font une mer presque complètement fermée, qui ne communique avec le Gatlégat ou Trou des Chats, et par lui avec la mer du Nord, que par trois étroits passages, le Petit-Belt, entre la côte Jutlandaise et Tile de Fionie, le Grand- Belt, entre les lies de Fionie et de Séeland, et le Sund, entre Tlle de Séeland et la côte suédoise : encore les deux Belts sont-ils peu utilisés pour la grande naviiralioii, à cause des îlots et des bancs de sable qui les encombrent, et la Baltique n'a, en réalité, qu'une vraie porte, le Sund, qui à son étranglement septentrional, entre la ville danoise d'Uelsingoer ou Elseneur et la ville suédoise d'flelsingborg, mesure à peine 4 kilomètres de laideur. Là le canon du château de Kronborg, jadis habité par Hamlet, domine le canal navigable extrêmement resserré qui longe la côte séelandaise; là tous les navires franchissant le détroit pour entrer dans la Baltique ou pour en sortir payaient naguère encore tribut au Danemark, jusqu'à ce que des traités internationaux aient, en l8o7, aboli le péage, plusieurs fois séculaire, d'EIseneur. La nature de la Ballique se ressent singulièrement de cette fermeture presque absolue ; elle a au plus haut point tous les caractères d'une mer intérieure, isolée de TOcéan. Sa profondeur, peu considérable partout (elle n*atteint nulle part S50 mètres), est surtout minime au sud, où la côte plate de la dépression wende se continue par une pente sous-marine doucement inclinée; son eau est peu

salée, presque potable, grâce aux nombreux ek puissants fleuves qui s*y déversent; elle n*a pas de marée, tout au plus une espèee de flux et de^reflux que produit l'action des vents et qui détermine sur les côtes opposées des variations du

niveau maritime jusqu'à concurrence d'un mètre environ; ses values sont courtes et hautes, ù cause de la configuration de son bassin et des tomjtùtes fréquentes qui l'aijitiînt. Quant à la th»'orio d'un cluuigement lent, mais continu, dans le niveau générai de la Baltique, elle reste fort problématique. Émise au milieu du dernier siècle par Celsius, Tillustre professeur d'Upsala, qui soutenait que la mer Baltique baissait à peu près de 45 pouces tous les cent ans, elle fut reprise sous une forme nouvelle, au commencement de ce siècle, par Léopold de Buch, qui revint de son voyage dans les contrées septentrionales de l'Europe convaincu de leur élévation progressive sous l'action des forces volcaniques, et qui se crut conséquenimcnt en droit d'aflinncr que les mêmes causes qui, aux époques anléhistoriques, avaient remplacé par l'isthme linno-russe une communication autrefois existante entre le golfe de Finlande et la mer Blanche, finiraient avec les siècles par changer en un lac le golfe de Bothnie. Mais les observations contradictoires faites également sur Fune et l'autre rive de la Baltique paraissent plutôt donner raison à ceux qui, dans les changements de niveau constatés, ne voient que des phénomènes locaux, qui se seraient produits, simultanément ou à des é[)oques distinctes, dans les deux sens de l'élévalion et de la descente. Ainsi, en maint endroit de la côte prussienne et poméranienne, une tradition constante, corroborée par la découverte de restes de navires et d'ancres au fond des tourbières, veut que le rivage ait émergé audessus de la mer, et il est positif que, depuis un siècle, la côte suédoise s'est élevée au-dessus du niveau moyen de la Baltique, d'un pied du côté de Calmar, de quatre pieds aux environs de Pitéa et de Luléa, si bien que certains villages de pécheurs se trouvent, à l'heure qu*il est, beaucoup plus éloignés de la mer qu'il y a cent ans; mais, d'autre part, la

LÀ CÛTË M£aiDlONAL£ Dfi LA BALTIQUE.

côte sambienne, en Prusse, paraît s'affaisser, et à Malnioe, en Scanie, dont les rues sont souvent inondées par la vague, il existe un pavé à huit pieds au-dessous du pavé actuel; les travaux du canal de Soedertelge au sud de Stockholm ont même fait découvrir, à une profondeur de soixante-quatre pieds, sous une épaisse couche de sable et de gravier, des ancres, des débris de barques et les restes d'une cabane avec des tisons à demi consumés.

La côte méridionale ou allemande de la Baltique suit, de Mémel à Hadersleben, la direction générale d'est en ouest, sauf à se relever vers le nord aux deux exlréinités; elle est dans son ensemble peu accidentée et monotone, comme la plaine à laquelle elle correspond. Sur la majeure partie de son parcours elle est formée par des dunes d*un sable aride et mobile, qui ne cessent d*empiéler sur la terre ferme; ces dunes, très considérables en Poméranie et dans le Mecklembourg principalement, atteignent à Swinemunde la largeur d'une demi-lieue; leurs sables mouvants sont extrêmement dangereux et ont plus d'une fois englouti honimes et chevaux, à des endroits où l'un passait sans encombre quelques heures avant ou après. Entre les dunes s'intercalent quelques digues naturelles en blocs de granit, dont la plus célèbre est la digtte sainte de Doberan, à l'ouest de Rostock : la légende raconte qu'elle est sortie des flots en une seule nuit, après des conjurations magiques accompagnées du sacrifice d*un enfant. A Test, sur la côte prussienne, prédomine une autre formation, celle des Nehrunf/en, longues flèches ou langues de terre, qui séparent de la pleine mer de gr;uuli'S lagunes d'une eau presque douce, qu'on appelle des Ifa/J's. La plus septentrionale de ces langues de terre est la Kurische-Xe/wunfji ou flèche des Curons, qui détermine le Kurisch-IJa/J'; la Frische-Nehrung, dont le nom est traduit tantôt par flèche des Frisons, tantôt par flèche de la rivière Frisching, la continue presque en ligne droite, de Tautre côté, c*est-&-dire au sud, de la presqu'île de Sambie, et sépare le FriêchrHaff àu

118 GÉOGRAPHIE PUVblQUË DE L ELUUPE CENTRALE.

golfe de Danztek; en face de la Frische-Nehrung enfin, une

tiuisième t-l dernière lani^ue de terre, la moins considérable des trois, découpe dans la parlie occidentale du même f;olfe, non j)lus un vrai //«//", mais une baie profonde, le Wieh de PuUig. Les Nehrungen diffèreal essentiellement des dunes en ce qu'elles sont fixes, composées de terre et recouvertes à leur sommet seulement de sables mobiles; elles s'élèvent, quelquefois presque à pic, à des hauteurs de 30, de 50, de 60 mètres; leur largeur moyenne est de 8 kilomètres, mais en certains endroits elles sont beaucoup plus étroites. La Frische-Nehrung est en grande partie couverte de pins; autrefois il en était de même de la Kun's</ie-\ehruiifj\ mais le second roi de Prusse, l'économe Frédéric-Guillaume P"*, se laissa tenter par les propositions de déboisement que lui faisait un M. de KorfT : Topération rapporta 200 000 écus au trésor royal, mais eut le déplorable résultat de faciliter outre mesure les empiétements du sable et de la mer sur la flèche curonne; ses villages ont disparu l'un après l'autre et ae trouvent aujourd'hui réduits au nombre de trois sur un développement lonj^Mludinal d'une centaine de kilomètres; la route qui la parcourt est (juclquefois sous eau; la partie du Haff' qui la lontre s'ensable de plus en plus et est devenue un marécag^e à roseaux. En général les deux IJa/fs qui couvrent, le plus septentrional 1 iVlO, l'autre 800 kilomètres carrés, sont très peu profonds, absolument comme leurs similaires les limans des fleuves de la mer Noire; aussi, loin de faciliter la navigation côtière, l'entravent-ils, car les navires d'un tirant d'eau un peu considérable ne peuvent pas s'y aventurer, et les bateaux plats y sont exposés à des coups de vent dangereux : c'est ce qui explique la construction de canaux parallèles au lilloral, entre le bas Niémen et le Présel. L'une et l'autre des deux lagunes ne communiquent avec la Baltique que par un étroit passage, ouvert à l'extrémité septentrionale de sa flèche; c'est par ses canaux relativement profonds, des Tief, comme on les appelle, que les fleuves qui aboutissent au double delta négatif du Kurisek-Haff et du Frkch-Haf

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