‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 28 sur 134 · CANAUX ENTRE LA BALTIQUE ET LA MER DU NORD · texte numérisé non relu

CANAUX ENTRE LA BALTIQUE ET LA MER DU NORD

ouverture, annoncée pour 1895, détrùaera le Sund comme entrée principale de la Baltique; il abrégera en eiletdans des proportions notables la distance entre les ports delà Baltique et les mers occidentales, et sa profondeur de 8 m. 50 en permettra le passage aux plus grands cuirassés.

La mer du Non), à laquelle nous arrivons maintenant, porle depuis raiili(|uilé, concurremmenl avec ce nom, qui n'est vrai <jue relativement aux contrées de l'Europe centrale qui la bordent au midi» celui de nier Germanique ou d'Allemagne; les Danois rappellent, fort logiquement à leur point de vue, ht mer Occidentale. Comprise entre TAUemagne et les Pays-Bas au sud, la Grande-Bretagne à Touest, la Noryège et le Danemark à l'est, elle est bien plus ouverte que la Baltique; elle communique, en effet, doublement avec ]'océan, au sud-ouest par le Pas de Calais, et au nord, dans des proportions beaucoup plus considérables, par le large bras de mer qui s'élend entre la Norvège et rÉcusse et (]ue ne ferme que fort imparfaitement le groupe solitaire des îles Shetland. Sa profondeur augmente avec une grande régularité à mesure qu'on avance du sud au nord ; néanmoins, en dehors des bancs de sable qui obstruent ses côtes méridionales, il y en a d'autres qu'ont amassés, à une grande distance du rivage, les vagues convergentes de l'océan Glacial, de l'océan Atlantique, de la Manche et de la Baltique. Sa marée est énorme, sa violence inouïe; elle esl Luujuurs sillonnée par de nombreux courants et souvent hallue par des tempêtes épouvautables, qui soufflent principalement du nord et du nord-ouest.

Sa côte méridionale, allemande et néerlandaise, la seule qui ait à nous occuper ici, est horriblement maltraitée, mais aussi singulièrement enrichie par les flots. Gomme la côte correspondante de la Baltique, dont elle suit d'abord la direction d'est en ouest pour obliquer ensuite au sud, elle est extrêmement basse; mais de plus elle est privée de la défense naturelle des dunes qui, depuis la hauteur de Uibe ou Ripen,

124 GEÛGUâPHIË PHVSIQLË DE L ËLRUPË CËNTHALE.

OÙ confinent le Jutland et le Schleswick, jusqu*auz bouchea de FEscaut, lui font le plus souvent défout. De là, entre la

mer et les riverains, une lutte incessante, acharnée, pleine de péripélios : par un travail gi;;^antcsque de digues l'homme lâche de conlonir sa redoulahle voisine, hii arrache même de nouveaux lerraius; jiuis, en un jour de revanche, l'ouragan et ia marée réunis brisent tous les obstacles, et Télément indompté porte au loin la désolation et la mort. Les désastres causés par les irruptions de la mer du Nord remplissent les annales de la côte entière, depuis le Jutland jusqu'en Hollande» à toutes les époques de l'histoire : dans Tantiquité, la grande inondation eimbriquc qui noya les terres entre le Jutland et rOstfrise occasionna, dit-on, la fuite panique des Cimbres vers le sud; les nombreuses colonies de Frisons et de lloUaiidais qui au moyen âge se sont répandues à travers l'Europe entière furent motivées par des catastrophes analogues; en ce siècle môme, les travaux perfectionnés de la défense des cotes n'ont pas pu empêcher les malheurs de la grande inondation de 1825. Les descriptions de ces épouvantables cataclysmes, auxquels ne peuvent se comparer ni avalanches, ni chutes de glaciers, ni éboulements de montagnes, glacent d*effroi en montrant des populations entières périssant par la vague, par le froid, par la faim, par la soif, et s'il est vrai, comme on le prétend, que dans ces grandes noyades un million de créatures humaines a été successivement englouti sur le littoral de la mer du Nord, on ne comprend (jue lro[) bien le sinistre jeu de mots qui à son nom de Xordsèe accole le qualilicalif de Mordsée, mer du Nord, mer du Meurtre!

La côte elle-même porte de tous côtés la trace manifeste de ces terribles victoires de la mer et ajoute un commentaire éloquent aux récits des historiens; les golfes profonds qui Tentaillent tiennent la place de contrées fertiles abîmées au fond des flots; les Iles qui l'accompagnent foisaient autrefois partie du continent et vont sans cesse en diminuant, en attendant qu'elles disparaissent à leur tour comme bien d au Ires dont il ne reste aucune trace. 11 est plus que probable en elïet

Page 1