LA COTE MÉRIDIONALE DE LA MER DU NORD
bouquets d'arbres; d'habitude elle renferme le chef-lieu du canton, car elle est habitée depuis plus longtemps, son dimat est moins humide et sa situation dominante rend plus
facile la surveillance de l'exploitation agricole entière. Au pied tle la (ieest se développe la Mar^ch, basse, unie, nue, privée d'arbres et de sources et n'olîrant comme variations à cette excessive monotonie que des maisons, des canaux et des digues : des maisons qui coupent le paysage parce qu*elles sont construites sur de petites élévations naturelles ou factices, des canaux dont les écluses vombsent Teau douce et empêchent les eaux de la mer de pénétrer dans les clôtures, des digues tirées au cordeau dontreneherétrement s'explique par les additions successives faites aux levées primitives. Mais la fertilité de cette grasse campagne surpasse encore son manque de piltoresque; au dire du proverbe, le Frison labourerait avec une cbarrue d'argent, n'étaient les frais d*endiguement, et en effet tous ces grands rectangles de terre découpés par les digues qu*on appelle des Kajen, Groden ou Polders^ présentent les plus beaux champs de blé ou encore de splendides prairies, que ne quitte pas de tout Tété un magnifique bétail, le bétail dont la chair s'expédie au loin sous le nom de bœuf de Hambourg. Enfin au delà de Vanneau cVor des digues, qui dans le pays de lladcln entre l'Elbe et le AVeser atteint parfois une élévation de 12 mètres, s'étend la région amphibie, chaotique, des Watten ou Sehoren, qui tantôt sont couvertes par la mer et tantôt émergent au-dessus des flots : ce sont des Marschen futures, ou bien aussi des Marschen détruites!
La nature originale du littoral méridional de la mer du Nord imprime aux populations qui l'habitent un cachet particulier; leur lutte quotidienne pour Texistence les unit de la façon la plus étroite au sol qu'elles disputent incessamment à l'océan, et nulle part peut-être, pas même dans les Alpes, la communion entre l'homme et la terre n'est aussi intime (jue chez elles. £iles appartiennent en majeure partie à la race frisonne, qui occupe toute la côte depuis la Konge-Aa jus-
qu'au Zuiderzée : là se suivent, du nord au sud, la Frise septentrionale avec ses iles, le pays d'Ëiderstedt dans la presqu'île de TËider et le pays des Dilmarscs ou des Marsehen allemandes; puis, d'est en ouest, TAlteland ou vieux pays, les pays de Kehdingen, Hadein, Wursten, Butjadingen, Stedingen, Jever et flarriingen, et enfin la Frise orientale ott Ostfrise et la Frise occidentale. Les Frisons qui, à Tépoque de Tiuilc, passaient pour le peuple le plus puissant de la riiTinanie septentrionale, ont formé au moyen àjL^e sur toute l'él» luluo (le leur rote une longue bande de petits Etals à peu près autonomes, dont les paysanneries, tidèles à leur devise Plutôt mort quesclave^ défendirent pendant des siècles leur liberté républicaine contre les prétentions féodales des princes ecclésiastiques et laïques de l'intérieur des terres, en s'abritant derrière leurs digues et leurs canaux, et en appelant même au besoin l'inondation à leur secours. Au début des temps modernes, l'autorité princière l'emporta chez eux comme ailleurs, soit qu'elle, fût imposée du dehors, soit qu'elle s'organisAt dans le pays lui-même ; mais les Frisons ont conservé jusqu'à nos jours leurs privilèges communaux et leurs mœurs patriarcales, où l'énergie, la persévérance, la gravité et le sentiment religieux s'allient à un flegme orgueilleux et à ce caractère prosaïque qui a donné lieu au dicton : Frisia non cantate on ne chante pas en Frise. Au milieu de leurs populations, avant tout agricoles, mais qui fournissent aussi de bons matelots et d'habiles pilotes, héritiers plus civilisés des pirates frisons du moyen Age et des rudes hommes de mer qui, il n'y a pas longtemps encore, demandaient humblement à Dieu, dans l'église de Wangeroog, qu'il voulût bien bénir leur côte par de nombreux naufrages, ont grandi les villes occidentales de la Hanse, Hambourg et Brème, qui, après avoir été primées d'abord par les ports de la Baltique, ont pris dans les derniers siècles un essor bien supérieur au leur, et donné à l'Allemagne la majeure partie de sa flotte commerciale moderne* C'est sur la céte frisonne également qu'a débuté de nos jours, par l'établisse-