LA COTE MERIDIONALE DE LA MER BU NORD
ment prussien de la Jahde, la marine militaire, rapidement développée, du nouvel empire allemand. En face d'elle cependant, sur la plus septentrionale des îles qui raccompagnent, flottait hier eiicort' un {)avillon étranger; mais celte anomalie vient de dis[>arailre : par le traité du 1"' juillet 1890 TAnglelerre a abandonné à l'Allemagne le rouge rocher d'Helgoland, iWnx depuis 1807 elle surveillait à la fois Tembouchure de l'Elbe et celle du Weser.
Le double caractère des Frisons et des Hanséates se trouve réuni à un degré supérieur chez le peuple hollandais ou batave, tout comme le delta néerlandais, où convergent le Rhin, la Meuse et l'Escaut, est en grand ce que les Mnrsrhen frisonnes sont en petit, à savoir une coïKjuèle continue de l'industrie humaine sur l'océan. La Hollande, c'est-à-dire le pays creux, est en bonne partie au-dessous du niveau de la mer, qui à marée haute gronde à cinq et six mètres au-dessus de vastes contrées; aussi la construction et lentretien des digues et des canaux ont-ils été de tout temps une question vitale pour le pays entier et son corps d*ingénieurs porte-t-il le nom significatif de JVaterstaat ou état aquatique. Le long de la côte se développent des digues cyclopéonnes, défendues par des pierres énormes, par de fortes poutres en bois de chêne, par des rangées doubles de pieux, (juc réunissent des treillages en paille et en osier, ou par des [datesformes en fascines; derrière ce rempart presque continu (|ui empêche la Hollande d'être noyée par les flots, s'étendent des Polders de proportions colossales, dont le plus considérable, l'ancienne mer de llaarlem, au sud-ouest du Zuiderzée, complètement desséchée eu 1855, ne mesure pas moins de vingtdeux kilomètres sur dix, et auxquels s'ajoutera peut-être dans un avenir plus ou moins prochain la moitié méridionale du Zuiderzée lui-même, desséché à son tour; un système de canalisation enfin, qui n*a rien à envier aux plus savantes combinaisons des Lombards et des Chiimis, a imposé aux fleuves et aux rivières des lits artificiels, dirigé jusqu'aux sources souterraines, soumis à une discipline sévère toutes
les communications avec la mer ambiante : le barrage de TEscaut oriental a étéacheyé en 1867; en i876 s'est ouvert à la navigation maritime le canal monumental qui, en unissant, par le golfe desséché de Hei Y, Amsterdam à la mer
du Nord, a changé la presqu'île hollandaise en une île et supplanté à la fois la roule naturelle par les bas-fonds du Zuiderzée et la voie artificielle du canal do Nord-Hollande, ouverte au commencemt*nl du siècle entre la capitale néerlandaise et le llclder. De même que les Marschen frisonaes, les Polders hollandais sont des terres de richissime culture; comme elles, ils renferment d'admirables prairies et nourrissent de nombreux troupeaux d*un bétail hors ligne. Mais la population énergique et tenace qui les* a changés en un vaste jardin, a en outre au plus haut point Tesprit maritime et commercial; bien plus que les Portugais et les Espagnols, les Hollandais, que les Anglais n'ont fait que suivre dans la carrière, peuvent ])rélondre à la gloire d'avoir été le premier peuple océanique; et en môme temps le fanatisme de liberté et de patriotisme qui a toujours animé leur petit pays lui a permis à deux reprises de Jouer en Europe un rôle politique de premier ordre, aux temps de Philippe II et à ceux de Louis XI Y. De nos jours, la Hollande tient un rang plus modeste parmi les États européens, mais elle a gardé sa physionomie particulière, si bien exprimée par ses grands peintres : au milieu de ses riches campagnes, que coupent en tous sens les routes, les canaux, les voies ferrées, ce ne sont que villages proprets, bourgs industrieux, villes à la tournure antique, dont les maisons se reflètent dans les (h-achlen ou rues aquatiques qui introduisent les bateaux au cœnr même des cités; partout régnent le mouvement et la vie, mais un mouvement mesuré et une vie peu bruyante; de tous côtés la vue est frappée par le spectacle du biea-èlre et de la richesse, mariés à une sage économie, et d'un bout à Tautre du pays batave on se convainc du premier coup d'œil, absolument comme en Suisse, qu*on est en présence d*un peuple qui a la conscience de son individualité et la ferme volonté de ne pas abdiquer.