‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 32 sur 134 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

X£8 FLSDTBB DB ItSUBOMB CENTHALE

De réludo (les formes horizontales et verticales de l'Europe du centre, nous passons à celle de ses bassins fluviaux, qu'à leur lournous allons considérer à la fois dans leurs caractères physiques particuliers cl dans leurs rapports avec les progrès de la civilisation humaine; autant en effet, sinon plus, que la configuration du sol et la nature de son relief, la disposition des grandes artères fluviales et des réseaux de leurs Teines secondaires exerce une influence décisive sur le développement historique des nattons; e^est elle qui a contribué le plus à donner aux migrations et aux établissements des peuples leur direcUun et leurs limites, elle qui a mutivr dans la plupart des cas la fondation et la croissance des villes, comme la formation et les divisions des Etats, elle qui a déterminé et qui continue à régler la marche normale des relations commerciales et industrielles. A ce dernier point de vue, qui n^est pas le moins intéressant, TEurope centrale est, après la Russie, la région européenne où les fleuves ont joué le rôle le plus considérable, parce qu'elle ne possède qu*un petit nombre de ces voies maritimes qui ailleurs, en Grèce, en Italie, en Scandinavie, dans les Iles Britanniques, même en France et en Espagne, suppléent en partie les cours d'eau ou les remplacent complètement; mais il faut se hàler d'ajouter

que cette importance mercantile des fleuves allemands est en voie de décroissance, bien que les obstacles qui autrefois s*opposaient à leur libre parcours sous la forme de bancs de

sable ou de rochers, de péages ou de droits d'arrêt sur les marclumdises, aient été tous écartés et que l'introduction de la navigation à vapeur ait singulièrement facilité les transports par eau : en face de la rude conruriN iice des clieuiiiis de fer, la navigation a cessé sur la plupart des rivières et elle décroît s(Misil)](>ment sur les fleuves eux-mêmes.

La plupart des grands cours d'eau de l'Ëurope centrale coulent du sud au nord, ou plutôt du sud-est au nord-ouest; c*est le cas de la Yislule, de TOder, de TElbe, du Weser et du Rbin. Trois seulement, le Rhône, le Pô et le Danube, gagnent les mers méridionales; encore le Rhône et le Pô lui appartiennent-ils à peine et n*y tracent-ils que la partie alpestre de leur cours. Pour ces deux Heuves, nous nous contenterons par consécjuent des indications sommaires que nous avons données h propos de riiydrop:rajiliie du massif des Al[K's; nous étudierons à fond au contraire les bassins des deux autres fleuves alpestres, le Rhin et le Danube, l'un fleuve de terrasses, l'autre fleuve de plateaux, qui parcourent notre région, le premier dans toute sa largeur, c'est-à-dire dans le sens du méridien, le second dans toute sa longueur, G*est-à-dire selon la direction de l'équateur; puis nous nous occuperons, avec le détail approprié à leur importance respective, des quatre fleuves parallèles de l'Allemagne centrale et septentrionale, Weser et Elbe, Oder et Vislule.

La piMMiiiére place revient de droit au lUiin, qui est le fleuve par excellence de 1 Europe, comme les Alpes en sont la chaîne prépondérante. Il n'a pas, il est vrai, les proportions gigaatesques de certains fleuves d au très continents et est, même en Europe, inférieur & la Volga, au Danube et au Dniéper, comme développement fluvial et comme superficie du bassin; mais son importance à la fois physique, historique, politique, commerciale et civilisatrice lui assigne un rang hors ligne;

LE RHIN

îl participe à tous les phénomènes naturels de noire continent; depuis l'époque où il fut découvert [uir César, il n'a jamais cessé de jouer un rùle considérable dans l'histoire européenne, et de nos jours encore il est comme le trait d'unioo et la grande artère de l'Europe civilisée moderne. Son nom ancien de Rhenus, dont les Français ont fait Rhin, les Allemands Rhein et les Hollandais Rijn, dérive très probablement d'une racine celtique et signifie tout simplement l'eau courante. La distance depuis ses sources jusqu'à son embouchure mesure en ligne droite 750 kilomètres; les grandes courbes et les nombreuses sinuosités de son cours lui donnent une longueur approximative de 1 400 kiloinèlres; son bassin, de 220 000 kilomètres carrés environ, s'étend d'abord largement au cœur des Alpes depuis le Jura jus(ju*aux montagnes du Vorarlberg, se resserre à la hauteur de Bâle, où il est étranglé entre les domaines respectifs du Danube et de la Saône, prend ensuite son extension la plus considérable entre les Ârdennes et les monts des Pins qui le séparent des bassins de la Seine et de TËlbe, et finit par se rétrécir de nouveau dans le voisinage de la mer, où il est flanqué d'assez près par les bassins secondaires de l'Ems et de l'Escaut.

Les sources du Rhin se trouvent dans les mors de glace des Grisons, qui montent jus(ju'au delà de 3 OOU mètres le long des lianes des Alpes Léponliennes et Rhéliques; plusieurs centaines de glaciers, dont les eaux se réunissent en une trentaine de rivières, contribuent à l'alimenter; il n'a cependant que deux origines principales, l'une et l'autre à la hauteur approximative de 2 300 mètres. C'est d'une partie Rhin antérieur ou occidental, qui vient du massif du Saint-Gothard et dont l'une des sources sort du lac Toma; de l'autre, le Rhin postérieur ou oriental, qui prend naissance au glacier de Rheinwald, dans le groupe d* Adula, le mont Adtde de Boileau. On y ajoute parfois, comme troisième rigole originaire, le Rhin moyen, qui descend du lac Scuro dans le voisinage du Lucmanier ; mais le Rhin moyen n'est qu'un tributaire du Rhin antérieur et même un tributaire d'ordre secondaire.

134 GËOGUAPUIË PHYSIQUE Dë L ËL'ROPE CENTRALE.

beaucoup moins important, par exemple, que l'AIbula, qui (les monlaiines de ri.ngadiiic vient grossir le Hhin postérieur. Les deux branches maîtresses, dont la plus occidentale coule presque parallMenienl à Téqualeur dans une vallé<' loni:iludinale, tandis que l aulre se précipite transversalement, cestà-dire du sud au nord, de terrasse en terrasse, se réunissent à Heichenau en amont de Coire, où leurs eaux combinées forment immédiatement un fleuve puissant.

Le Rhin, car dorénavant c'est lui, continue d*abord à couler dans la fente longitudinale du Rhin antérieur; mais bientôt il redresse son cours vers le nord et commence dans le sens du méridien, qui est celui de la vallée du Rhin postérieur, sa première direction caractéristique, qu'il ne quittera qu'au lac de Constance. Au coude qu'il décrit ainsi, s'élève, à quelque distance de sa rive droite, la vieille cité rhélienne de Coire, la première de ses neuf villes épiscopales, Coire, Constance, Bàle, Strasbourg, Spire, Worms, Mayence, Cologne etUtrecht, qui lui valurent autrefois, de la part de Masimilien I*', la qualification de la rue aux Préires; il n*y est déjà plus qu'à 650 mètres au-dessus du niveau de la mer. La dépression relativement profonde dans laquelle il coule désormais vers le nord, entre les Alpes de Sainl-(iall et d'Appenzell d'un cùlé, celles des Grisons el du Vorarlhi'iy de l'autre, s'élariiit à partir de Werdenberg en une belle vallée, le Wieinihal par excellence, où pour la première fois il devient navigable pour de petits bateaux d'une centaine de quintaux métriques de tonnage. Durant toute cette première étape il ne reçoit qu*un seul affluent important : c'est FIll vorarlbergcoise, qui lui amène de droite une partie des eaux du Tyrol occidental. A gauche il côtoie de trop près le bassin de TAar pour attirer à lui des rivières considérables; il v a même près de Sargans, là oii se touchent les cantons des Grisons et de Sainl-Gall et la principauté de Liechtenstein, une curieuse vallée latérale, où une masse de brèche de quelques mètres de haut s'interpose seule entre le bassin du fleuve principal et celui de son tributaire; à plusieurs reprises, pour la dernière fois aux

LË RHIN.

grandes eaux de 1853, on a pu craindre que le Rhin ne ronfipU cette faible harrièro et ne se déversAt vers les lacs de Wallcnsladl el de Zurich par la vallée de la Limmat; peutèlre même suivait-il autrefois cette direction, avant qu^un tremblement de terre ou une révolution volcanique eût produit Texcavation du lac de Constance.

La première section du cours supérieur du Rhin finit à son entrée dans le lac de Constance; la seconde ne commence qu'à l'endroit où il le quitte. Ammien Marcellin, il est vrai, et bien d'autres après lui, ont soutenu (jiie le Rhin ne faisait (]iic traverser son bassin lacustre; mais il n'en est rien : de même que le Rhône, il mélange bien positivement ses eaux à celles du ^rand réservoir subalpin auquel il aboutit au débouché des hautes Alpes, et c'est ainsi que les deux fleuves édairoissent et purifient leurs flots. Le lac de Constance n*en fait que plus intimement partie du bassin rhénan; aussi nous y arrèterons-nous un instant. Sa masse liquide, dont le niveau est à 400 mètres au-dessus de celui de fa mer, s'étend en se rétrécissant du sud-est au nord-ouest et se termine par deux cornes, le lac d'i eberlingen au nord et le lac inférieur ou de Radolfszell au sud; enseinhle clli' cruivic une superficie de 540 kilomètres carrés, de bien peu inférieure à celle du lac de Genève ou du lac Balaton, les deux bassins d'eau douce les plus considérables de TËurope centrale. Sa plus grande profondeur ne parait pas dépasser 255 mètres, quoiqu'on trouve indiqués des chiffres beaucoup plus élevés; elle est suffisante pour justifier son nom allemand de Bodensée^ le lac du sein ou de l'excavation. L'influence des hautes et des basses eaux du Rhin s'y fait sentir par des diiïérences de niveau qui, en moyenne, sont de trois mètres, mais (jui dans certaines années exceptionnelles, en 1778 par exemple, ont atteint huit mètres. Rarement il gèle : cependant une légende, consacrée par une ballade de Gustave Schwab, raconte qu'un cavalier égaré Ta traversé dans toute sa largeur, et ajoute môme qu'il est mort de frayeur en a])prenant sur l'autre rive sa prouesse involontaire.

136 GBOGRAPUIË PHYSIQUE DE L'ëUROPB CENTRALE.

Depuis Fantiquité, le lae de Constance a été un centre de

civilisation pour les pays environnants. Les Romains y eurent une (Inltille cl conslniisirtMit sur ses bords des grandes routes et des élablissemenls nombreux, dont il subsiste, à Lindau principal émeut, des restes considérables. Après la dévastation caust^c par Tinvasion allcmannique, les missionnaires chrétiens défrichèrent de nouveau le pays : saint Gall s établit dans les forêts de la rive méridionale, saint Pirmin b&tit un monastère non moins fameux dans Tlle de Reichenau située au milieu du lac inférieur, et les princes carlovingiens eurent une résidence à Bodman au nord du lac. Cependant c*cst pendant la seconde moitié du moyen âge (pi<' la ?/îer de Souabey comme disaient les Minucsinf/fr, eut son éjiofjue la plus brillante; Constance, la fondation des empereurs tlaviens, la capitale ecclésiastique d'un des plus vastes diocèses do la Germanie, tenait un rang distingué parmi les villes impériales et fut même pendant quelques années, à Tépoque de son concile, le centre de la chrétienté. Le rôle historique du lac est allé en décroissant avec la diminution du grand commerce qu'Augsbourg et les villes danubiennes faisaient par ses bords avccla Lombardie; il a conservé néanmoins son importance locale. Les collines qui l'entourent sont admirablement cultivées et produisent même du vin, qui, il est vrai, n'a que le nom de commun avec le précieux cru du cap de Bonne- Ëspérance; il est sillonné par de nombreux bateaux à vapeur; les chemins de fer y convergent de tous les points de Thorizon, de Coire, de Zurich, de Bâle, de Stuttgart, d'Ulm et surtout d'Augsbourg, dans la direction que suivit jadis Drusus pour envahir la Vindélicie et qu afTectionnaient les rois de Germanie dans leurs expéditions romaines; cliacun des cinq États enlin qui se rencontrent sur son littoral y a au moins un port : au fond du lac, à l'est, Bregenz appartient à r.4utriche et la ville insulaire de Lîndau à la Bavière; au nord, Friedrichshafen, Tancien Buclihorn, est wurlembergeois; sur la rive méridionale, Rorschach et Romanshorn sont en Suisse, et Constance, à Tintersection du lac supé-

LE auiN.

rieur et du lac inférieur, fai^l partie du grand-duché de Bade.

L'orionlation du lac inférieur, par lequel découle le Rhin, impose au lleuve sa seconde direction caraclérislique, d'est en ouest, qu'il maintient jusqu'au coude de Bi\le. La grande navigalion du lac de Coustauce, qui se fait par des bateaux jaugeant jusqu^à mille quintaux métriques, s*y continue jusqu'à Schaffhouse» chef-lieu du seul canton suisse de la rive droite, dont Tallitude n'est pas même de 10 mètres inférieure à celle du lac; mais plus loin, oii, sauf quelques exceptions insignifiantes, le Rhin feit frontière entre la Confédération helvétique et le grand-duché de Bade, commence la rupture du Jura, qui Je rend innavigablc jus(ju'à B^\le. La grandiose cataracte de Laufen, par laquelle elle débute à peu de distance en aval de SchafTliouse, n'a eu eilet pas moins de 20 mètres de haut, et si, plus bas, les rapides de Zurzach, de Lauféabourg et de Rheinfelden ne sont pas infranchissables, comme le prouvèrent, pour les deux derniers, les Zuricois de 1576 en apportant par eau un pot de riz encore chaud à leurs bons amis de Strasbourg, ils empêchent du moins toute navigation régulière. De ce côté, par contre, commence l'importance stratégique du fleuve ; les quatre vi7/<?s foreatièrofi de WaUlshul, de Laufenbourg, de Saeckingen et de UlieinfeUlen, (jui depuis le conQuent de l'Aar se suivent sur les deux rives, la première et la troisième au nord, la seconde et la quatrième au sud, sont bien souvent nommées dans les guerres des derniers siècles. A Bàle enfin finit le cours supérieur du Rhin ; c'est là, comme nous Favons dit plus haut, qu*il cesse d*ètre un fleuve alpestre et quitte définitivement le massif où il a pris naissance, par un coude à angle droit qui le dirige vers le nord. 11 y coule encore avec la rapidité d'une fliîclie, près de 5 mètres à la seconde, sous le dernier pont fixe qu'il portât avant l'établissement des chemins de fer; mais presque immédiatement après il se ralentit sensiblement. Déjà son niveau nest plus qu'à 255 mètres au-dessus de celui de la mer, ce qui ne représente que la neuvième partie de Taltitude de ses sources, alors que le Danube, dont les sources sont trois fois

138 GEOGUâPUIB physique DE L EUHÛPË CENTUALE.

moins élevées, ii*atteint une dépression analogue qu'on aval de Passau, c'est-à-dire à un éloignement double de son origine. L'emplacomont de Hâle appelait, pour ainsi dire, la

crôatioii d'une ville importante : on y domine à la fois le plateau de la Suisse antérieure et la plaine de la haute Alsace; les communications vers le nord et vers l'est sunt indiquées par le fleuve ou le long du fleuve; à Touesl s'ouvre la trouée de Belfort, grande route naturelle entre les bassins du Rhin et du Rbône. Auguste déjà fonda, un peu en amont de la ville actuelle, la grande colonie à'Augwia Raurticorum^ dont on voit les ruines près de Basel-Augst; après sa destruction lors de rinvasion barbare, Bàle prit sa place, fut tour à tour cité épiscopale, ville libre impériale et canton helvétique, et ne cessa de développer son commerce et sa richesse sous ces difTérenls régimes. De même que (ionstance, elle a eu son concile au xv* siècle; son opulence est proverbiale aujourd'hui encore.

Les affluents de la seconde section du cours supérieur du Rhin sont plus nombreux et plus considérables que ceux de la première. A droite, il est vrai, oh il longe le massif de la Forêt-Noire et avoisine de près les sources du Danube, il ne reçoit que des rivières de médiocre importance, comme la Wutach et la Wiese ; mais à gauche trois grands tributaires lui amènent les eaux de la majeure partie de la Suisse. A l'est, la'l iuir. (]ui le rejoint en aval de Laufen, réunit presque tous les cours d'eau des cantons de Saint-Gall, d'Appenzell et de Thurguvie; à l'ouest, la Birse, qui lui arrive au-dessus de Bi\le, tout près du champ de bataille de Saint-Jacques, sert de déversoir aux vallées abruptes du Jura helvétique septentrional ; entre les deux, TAar, qui opère sa jonction en amont de Waldshut, recueille dans un cours de 300 kilomètres une masse d'eau à peu près aussi considérable que celle du fleuve principal. L*Aarest le vrai fleuve helvétique ; comme le fleuve rhétique dans lequel elle se perd, elle sort du cœur des Alpes et s'alimente par d'innombrables glaciers. Née au pied du Finsleraarhorn, elle rassemble les eaux qui descendent en

LE UUIN.

éventail des Alpes bernoises et les purifie dans les beaux bassins lacustres de Brionz et de Thun; puis elle parcourt en courbe puissante le plahau de la Suisse antérieure, et absorbe, dans cette seconde partie de sa carrière, deux grands groupes de rivières : de gaucbe lui viennent la Sarine, qui draine les Alpes Vaudoises et Fribourgeoises, et la rivière jurassique de la Thièle, qui sert de déversoir aux lacs de Neuch&tel et de Bienne; de droite, la Reuss, qui descend du Saint-Gothard et traverse le lac de Luceme, et la Limmat, qui sort du lac de Zurich après y être entrée sous le nom de Linih, qu'elle [)ov[e depuis sa naissance au pied du Td'di. Toute l'histoire suisse est pour ainsi dire évoquée par ces noms; TAar ne baigne pas moins dv trois chefs lieux de canton, Berne, Soleure et Aarau, dont le premier s'élève fièrement sur un promontoire que la rivière entoure de trois côtés; Fhbourg occupe une position non moins dominante au-dessus de la Sarine, dont la profonde vallée y a ses flancs réunis par un pont suspendu d*une extrême hardiesse; Lucerne et Zurich ont été construites à la sortie de la Reuss et de la Limmat de leurs lacs respectifs; mais c'est l'endroit surtout on TAar, la llcuss et la Limmat se rencontrent, à quehjuos lieues au-dessus de leur confluent avec le Rhin, qui est un lieu classique : à la joncliou de TAar et de la Reuss, le village de Windisch conserve le souvenir de la place d'armes romaine de Vindonissa; un peu plus haut sur TAar s'élève, au-dessus de Brugg, la Habsbourg, lieu d*origine de la dynastie impériale d* Autriche, tandis que, sur la Reuss, Paneienne abbaye de Koenigsfelden, bâtie à la place où fut assassiné Albert I", a longtemps servi de lieu de sépulture aux princ«'s et princesses de sa famille; et Baden, sur la Limmat, la vieille ciladelh; habsbouriiooise, a été pendant des siècles le lieu de réunion des diètes helvétiques.

A Bàle commence le cours moyen du Rhin, qui va jusqu*à Bonn et comprend à lui seul près de la moitié de la longueur du cours total ; ce cours moyen, qui traverse les contrées montueuses intermédiaires entre les Alpes et la dépression de la

mer du Nord, se divise à son tour en deux grandes étapes, dont le point dlnterseotion est à Bîngen. La section de Bàle à Bingen, qui est la troisième à partir de la jonction des rivières de sources, a la même direction normale sud-nord

que la première; mais elle oblique légèrement à l'est sur la majeure partie de son parcours et so rojeltc à la fin brusquement vers Touesl, si bien qu'entre M;iyence et IJingen le tleuve reprend momentanément la direction qu'il suivait pendant sa deuxième étape. D'un bout à l'autre de cette troisième section, le Rhin arrose et quelquefois aussi ravage, malgré les digues chargées de le contenir, une contrée privilégiée, qu*on désigne indistinctement comme vallée on plaine du haut Àhin; elle est déterminée, à Test par la Forèt-Noire et TOdenwald, à Pouest par les Vosges, la Hardt et le mont Tonnerre, et fermée, au nord, par le Taunus et le Hundsruck. A une époque antérieure du globe, elle formait probablement un vaste bassin lacustre, dont le verrou septentrional a finalement cédé ;i l'arlion corrosivo dos eaux; aujourd'luii elle s'étend en clianiiis fertiles, en vergers et en vignobles, à travers lesquels un grand nombre de routes, de canaux et de chemins de fer unissent des villes florissantes, pendant que les flancs des montagnes qui la dominent sont couverts de magni-> fîques forêts et de ruines romantiques. Sa largeur moyenne est de 40 à 50 kilomètres; mais le Rhin est loin de la partager en deux moitiés égales; aux deux extrémités il baigne même directement les montagnes ou collines de la rive droite : au sud ritzsteiner-Klotz, promontoire avancé de la Forèt- Noiro, ne laisse aucun passage entre le fleuve et lui, et au nord les collines du Rlieinirau, qui corit iiiuent le Taunus en face de la vieille résidence carlovingiennc dTngelbeim, baignent dans les flots le pied de leurs célèbres vignobles de Johannisberg et de Rudesbeim. Comme le Rhin y entre avec une masse d'eau déjà extrêmement puissante, qui devient même formidable en automne lorsque les grandes crues élèvent parfois son étiage de 6 ou 7 mètres, et que, d'autre part, son inclinaison est beaucoup moins considérable que plus haut

LE RHIN

(B&le est à 255, Strasbourg à 144, Mayence à 80 mètres d'altitude), il permet do Douveau, à partir de Bàle, la navigation interrompue depuis SchafThouse. Cependant les bas-fonds, les bancs de sable, les centaines d^iles boisées qui l'obstruent, au début surtout, rendent, de concert avec les chaniremenls continuels du chenal |niiii i|)al ou thalweg, les cuinnuuiicalions fluviales fort pénibles jus<|u'à Slrasl»ourj^, difficiles jusqu'à Mannlieini. Aussi le canal du Rhône au llhin a-t-il été proloDgé parallèlement au fleuve jusqu'à la première des deux villes, et la navigation à vapeur régulière ne commcncet-elle qu'à la seconde ; d'ailleurs, la double voie ferrée, qui par les deux rives unit B&le à Bingen, fait aujourd'hui à la batellerie rhénane une concurrence extrêmement dangereuse.

Au point de vue politique, le Rhin maintient dans sa troisième étape le rôle que nous lui avons vu jouer dans la seconde; à une seule exception prës, il délimite entre eux des Etats différents. De niùme <jue [)lus haut il séparait le grandduché de Bade de la Cou fédération helvétique, à partir de 13dlc il lui sert de frontière vis-à-vis de TAlsace d'abord, de la Bavière rhénane ensuite; puis, à l'autre extrémité de la section, il forme la limite entre la liesse grand-ducale et l'ancien duché de Nassau, récemment devenu la présidence prussienne de Wiesbaden ; seul le grand-duché de Hesse comprend les deux rives du fleuve, depuis Worms jusqu*à Mayence. Tous ces pays font aujourd*hui partie du nouvel empire allemand; depuis la perte de l'Alsace, la France a cessé d*ètre riveraine du Rhin. Le Rhin n'en est-il pas moins, comme on l'a dit et imprimé si souvent, la frontière naturelle de notre patrie, non seulement le long des Vosges, mais le long de son cours entier? Question extrêmement délicate, mais qu'il ne nous est pas permis de passer sous silence, et à laquelle nous répondrons en toute sincérité, au risque de nous attirer des récriminations amères. Ni la géographie physique ni l'histoire ne nous paraissent assigner un tel rôle ^im- thalweg à\i Rhin : 8*il est un fossé, creusé par la natuïe, qui se prête & mérveille à établir une délimitation politique' ou administrà-

ttve simple et précise, il ne pose pas, comme le font les vraies frontières natarelles, mers, déserts ou hautes chaînes de montagnes, une barrière permanente, difficile à franchir, capable d*arréter les mouvements des peuples et d*empècher

les relations journalières des riverains; et d'autre part, s'il a servi (le froiilièrc Ihcurique à l'ancionne Gaule dont la France moderne tient la place, il n'a jamais empêché les empiétements ethnographiques et politiques tiiii, depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, se sont opérés sans cesse d'une de ses rives à Tautre. Sans parler de rétablissement des anciens Celles sur les deux bords du Ilhin, nous savons de science certaine que dans la Gaule belgique et dans la moitié occidentale de la plaine du haut Rhin les immigrations tudesques remontent au moins à l'époque de César, et que de leur côté les Romains, à peine maîtres des Gaules, y annexèrent, sur la rive opposée du fleuve, la vaste étendue des champs décumates; plus lard les Francs et les AUemans furent à la fois transrhénans et cisrhénans, et les nombreux évéchés de la vallée entière, à la seule exception de celui de Bâle, étendirent leurs circonscriptions diocésames sur les deux bords du fleuve; Tempire de Chariemagnc, celui de ses successeurs germaniques, celui de Napoléon 1"' n'ont pas respecté la frontière du Rhin, et de même qu'aujourd'hui la Hollande et la Prusse, la Hesse ^rand-ducale'et la Bavière sont à cheval sur le fleuve, la plupart des principautés rhénanes de Tancien saint-empire ont pendant de longs siècles compris des territoires situés des deux cAtés du Rhin. Disons donc hautement, parce que c'est la vérité, que le Rhin n'a rien de ce qui constitue les frontières fatalement imposées par la nature, qu'au contraire dans cette zone moyenne, par laquelle le tronc continental européen passe insensiblement de sa partie centrale à sa région occidentale, en reliant entre elles par mille liens leurs terrasses de montagnes et leurs dépressions océaniques, il n'est que le premier et le plus important des phteomènes physiques qui servent à les réunir bien plus qu'à les séparer ; et ajoutons avec une conviction

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non moins entière, que par cela même que dans celte contrée intermédiaire, aux contours indécis et flottants, la nature a laissé un libre Jeu au développement historique des peuples et des Klats, en leur piTmcllant de se grouper à leur gré, lantôl (1 après la communauté de la race et de la langue, tantôt en vertu des liens plus rélléchis que créent les intérêts et les sympathies, le droit et la morale sont d'accord pour condamner, do quelque côté qu'elles viennent, de prétendues reyendicalions, faites, sans égard pour les vœux des populations, au nom de certaines nécessités géographiques ou ethnographiques.

Nous revenons à la troisième section du Rhin, pour indiquer ses villes et ses aflluents les plus remarquables. Sous le premier rapport, l'iiilérèt se concentre sur la rive gauche du fleuve, qui ne compte pas moins de quatre cilés antiques et célèbres, anciens évécUés et ancieunes villes libres impériales toutes les quatre, alors que la rive droite ne possède qu'une seule grande ville, d'origine fort moderne. La raison de cette supériorité d'un des deux bords sur l'autre est historique bien plus que naturelle : sans doute la rive gauche est généralement un peu plus haute, un peu moins marécageuse, plus habitable par conséquent, que la rive opposée; mais surtout elle a fait partie de l'empire romain pendant bien plus longtemps et d'une façon beaucon|» jilus incontestée que les contrées transrhénanes; rien d'étonnant dès lors qu'ici, comme plus bas aussi, toutes les villes d'origine romaine soient de ce côté du fleuve et aient tout au plus en face d'elles des tètes de pont assez insignifiantes. La première et la plus considérable des quatre villes-sœurs de la plaine du haut Rhin est Strasbourg; elle s'élève presque en son centre à un resserrement du fleuve qui se prêtait facilement à rétablissement d'un pont, cl au croisement de la roule fluviale avec la roule naturelle qui du bassin de la Seine mène à celui du Danube, par les cols aisément accessibles des Vosges et de laForèt-Woire, que nous avons signalés plus haut du côté de Saverne et de Pfonheim : de là son nom moderne, qui

signilie la ville îles roules et qui est doublement justifié depuis qu'à son tour le réseau des chemins de fer européens y forme un nœud important. Capitale nécessaire de TAlsace, sur la rivière caractéristique de laquelle elle est bâtie, elle a toujours passé pour une place militaire de premier ordre; sous son nom primitif à'ArgerUoratumf elle fut le lieu de résidence de la huitième légion romaine; Gharles-Quinl disait qu*il courrait à son secours plutôt qu*à celui de Vienne; Vauhan la fortilia avec toutes les ressources de son arl, (|ui najiuère se sont trouves iiisuflisautos contre les engins de deslruclion modernes, et ses nouveaux maîtres prussiens se sont liAtés de l'entourer de toute une ceinture de citadelles. Mais elle fut aussi de tout temps une ville amie des sciences, des lettres et <les arts; illustre par son université, renommée pour sa bibliothèque qu'un bombardement odieux a réduite en cendres, elle est célèbre dans le monde entier par la flèche de sa cathédrale, merveille d'élégance et de légèreté de 142 mètres de hauteur. Non moins anciennes que Strasbourg, Spire et Womis, les villes des Némètes et des Vangions, ont comme elle un long et glorieux passé; mais elles sont Tune et l'autre sini^ulièremeiit déclines, et après avoir été les premii-res en date parnii les villes lil»res inipt'riales, ajjrès avoir vu bien souvent s<; réunir dans leurs murs les diètes de l'empire, elles sont tombées au rang de petites villes de province, qui appartiennent. Spire à la Bavière et Worms à la liesse grand -ducale. L'une et l'autre conservent le souvenir et les traces des dévastations ordonnées par Louvois; lorsque en 4689 Timpitoyable ministre de Louis XIV Ht changer le Palatinat en un vaste désert, les soldats du roi Très-Chrétien n'épargnèrent que les deux cathédrales, et encore Jelërent-ils au vent les cendres des empereurs qui reposaient dans celle de Spire. Après Spire, la ville des mcuts, et M'orms, le sièpe des rois bonrtjdndes des Aibelunt/eu, nous arrivons à Mayence, la qnalrienje et la dernière des vieilles cités de la plaine du haut Hbin. Klle aussi nVsl {>lus aujourd'hui, sous la souvei'aineté hessoise, ce qu'elle était autrefois, lorsque

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ses archcvôques, successeurs de saint Boniface, étaient primats d'Allemagne et archichaiiceliers de l'empire, qu'un de ses bourgeois fondait la ligue des villes du Rhin et qu'un autre inventait rimprimerie; mais sa position géographique continue à lui assurer une importance commerciale et militaire analogue à celle de Strasbourg. Située à peu près au milieu du cours (lu fleuvo, vis-à-vis de l'embouchure du Mein qui lient le premier rang; parmi ses affluents, Mayence domine à la fois les deux liirncs fluviales et la j?rando voie do communication naturelle qui, par la Thuringc, mène du bassin rhénan au bassin de l'Elbe; aussi, après avoir été au temps de la batellerie en grand le point d'intersection de la navigar tion rhénane supérieure et moyenne, est-elle devenue de nos jours un centre considérable pour la navigation à vapeur comme pour le transit par voies ferrées^ et comme forteresse elle reste, entre les mains de la Prusse, ce qu'elle a été à l'époque romaine et à l'époque napoléonienne, la clef de l'Allemagne moyenne.

Aux quatre villes de la rive gauche nous n'avons à en opposer qu'une seule sur la rive droite : c'est Mannlieim, qui a été bâtie au confluent du Neckar, presque à ôgale distance de Spire et de Worms, pour servir de résidence aux derniers électeurs palatins, et qui est devenue en ce siècle, grâce à sa situation sur les deux cours d'eau, un grand entrepôt de commerce. Mais en dehors de ces cinq centres principaux il y a à noter, sur le Rhin ou dans son voisinage immédiat, un certain nombre de forteresses, en grande partie démantelées aujourd'hui, dont les noms reviennent souvent dans l'histoire militaire des derniers siècles; telles sont, sur la rive gauche, lluningue, Neuf-Brisach, Germersheim, et, en seconde ligne, Schlesladt sur l'ill, llagucnau sur la Moder, Wissembourg sur la Lauter, Landau sur la Queich ; de l'autre côté Vieux-Brisach et Philippsbourg, et plus en arrière Fribourg-en-Bnsgau sur la Dreisam et Rastadt sur la Murg. Enfin nous mentionnerons encore, à quelques lieues de la rive droite, entre Strasbourg et Spire, la ville de Carlsruhe,

qu*un caprice princier a appelée à la vie au commcncemenl du zviii*' siècle pour en f;iii-(' la capitale du margraviat, aujourd'hui grand-duché de Bade.

Quant aux tributaires notables do la troisième étape rhénane, ils sont au nombre de trois, dont Timportance augmente à mesure qu*on descend le fleuve. Le premier par ordre géograplnque cl en même temps le plus insigniliant (les trois est l'IU, la rivière jiriiicipalo de l'Alsace, à laquelle elle a donné son nom. L'ill naît dans le*^ contreforts du Jura helvétique et a, depuis Ferrclte jusqu'au-dessous de Strasbourg, un cours à peu près droit de 180 kilomètres de long, qui, presque à égale dislance du Rhin et des Vosges, la mène prosaïquement à travers les riches, mais monotones campagnes de TAlsace supérieure et moyenne. Dans son haut cours elle baigne Mulhouse, Tancienne république alliée aux Suisses, qui pendant les soixante-douze ans qu'elle était française s'est élevée au premier rang parmi les cciilres maiiufacluriers de l'Europe; plus bas, elle |)assc à Colmar et à Schlesladl; à Strasbourg, où déjà quelques kilomètres seulement la séparent du Rhin, elle reçoit son principal sousaffluent, la Bruche, qui lui arrive des Vosges centrales. Depuis le confluent de l'IU jusqu'à Bingen, le Rhin n'est plus grossi à gauche que par des cours d'eau de peu d*étendue, la Moder, la Lauler, la Queich, tous dirigés, comme la Bruche, d*ouest en est; à droite au contraire, deux affluents de premier ordre, le Neckaret le Mein, succèdent aux petits affluents, Elz, Kinzig, Murg, que lui a envoyés la Forêt- Noire, et lui amènent toutes les eaux, i'uu delà Souabe septeutrionalc et Tautre de la Franconie.

Le Ncckar, qui prend sa source sur le flanc oriental de la Forêt-Noire, à peu de distance de celles du Danube, est comme celui-ci un fleuve de plateau; mais la haute plaine où il se développe est moins élevée que celle où, de l'autre côté de la Rauhe-Alp, coule son puissant voisin; de plus, il y découpe une vallée riante et fertile, bien diflférente du triste plateau danubien; ses bords sont couverts de vignobles,

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LE UUIN.

tandis que le Danube n'arrose qn*un pays de houblon. Son cours, en demi-cercle, de 340 kilomètres, se divise en trois sections : dans la première, qui est dirigée du sud-ouest au nord-est et parallèle au Danube, il baigne l'ancienne ville libre d<' Hottweil, le siège épiscopal de création récente de Roltenburg el la ville universitaire de Tubingue; la seconde, où il coule du sud au nord parallèlement au Rhin, commence au-dessus d'Ësslingen et finit au-dessous deHeilbronn, l'une et l'autrô anciennes villes d'empire» en passant par Cannstadt, où s'ouvre à gauche le délicieux entonnoir de Stuttgart, la capitale wurtembergeoise ; dans la troisième enfin, qui porte des haleaux à vapeur, il traverse l'Odenuald méridional dans une direction est-ouest parallèle au Mcin et perpendiculaire au Rhin, baigne Ileidelbcrg, l'ancienne résidence et ville d'université des électeurs palatins, dont le château en ruines domine, comme une alhambra gothique, une . contrée charmante, et entre, immédiatement après, dans la plaine du haut Rhin, pour opérer sa jonction à Mannheim. Parmi ses sons^afOuents nous n'en citerons que trois : à gauche, l'Enz, qui vient de Pfbrzheim et rejoint entre Gannstadt et Heilbronn; & droite, les deux rivières conjuguées de la Kochcr et de la Jagst, dont les noms indiquent la rapidité torrentielle et qui, après avoir passé l'une à Schwaebisch- Hall, l'autre à Ellwangen, se précipitent presijue simultanémeol dans le cours d'eau principal à l'endroit même où, au-dessous de Heilbronn, il commence le coude qui le rapproche du Rhin. Âu point de vue historique le bassin du Neckar est surtout remarquable pour avoir fourni son cadre territorial au comté, puis duché et royaume de Wurtemberg, qui a eu pour point de départ le chftteau depuis longtemps disparu qui couronnait le Rothenberg entre Esslingeu et Cannsladt; le Wurtemberg ne l'a pas cependant con)plètemenl absorbé, ]niis(jue le Neckar inférieur, auirrfois [)alalin, est aujourd'hui badois; il est vrai qu'en revanche il a notablement empiété sur la Souabe danubienne et s*est môme étendu jusqu'au lac de Constance. Une autre particularité à

148 6É0GRÂP1IIE PHYSIQUE DE L*BUROPB CENTRALE.

constaler à propos du Neckar, c'est (pie la région qu*il arrose ii*a pas eu d*évéché à elle Jusqu'à Tépoque contemporaine; aussi longtemps qu'a subsisté l'ancienne hiérarchie ecclésiastique de l'Allemagne, elle est restée partagée entre les diocèses rhénans de Constance, de Spire et de Worms, d'où étaient partis jadis les missionnaires qui l'ont christianisée.

Autant le Neckar sonaho primo FUI alsacienne, autant il est inférieur lui-m<^meau fleuve franconien du Mein, qui, ahslraction faite de la Meuse, est le plus grand affluent du Uhin et lui amène un tiers environ de ses eaux. Le Mein naît au cœur de TAllemagne montueuse dans le massif des monts des Pins, d'où sortent un Mein blanc ou septentrional et un Mein rouge ou méridional qui se réunissent en aval de Gulmbach, et coule uniformément, mais avec d'énormes méandres, qui lui donnent un cours de 600 kilomètres contre 260 kilomètres seulement de distance directe, dans la direction d'est en ouesl, jusqu'à sa jonction avec le Rhin à Caste!, en face de Mayence. Son parallélisme avec le Danuhc qui coule en sens opposé donna déjà à (^harlema^rne l'idée de relier les deux fleuves par un canal; l'œuvre fut entreprise, mais bientôt abandonnée; elle n'a été réalisée qu'au xi&" siècle, par le canal Louis, qui du Mein et de la ll<'£^nitz gagne l'AIlmuhl et le Danube. Le Mein lui-même offre de grandes facilités à la navigation, à cause de sa nature pacifique et régulière qui ne connaît ni cascades ni rapides, ni récifs ni lies, et il était fort fréquenté autrefois en dépit des trente-deux péages qu'on Y avait établis; il l'est beaucoup moins aujourd'hui, mali^ré la suppression de ces entraves, parce que le manque d'eau en été, et en toute saison les grands détours, parmi lesquels il faut signaler en première ligne la double courbe qui se développe entre Schweinfurt et llanau, occasionnent des retards dont ne s'accommode plus le commerce de notre temps. Mais sa large vallée, à laquelle aboutissent dans le haut cours celle de la Regnitz et dans le cours moyen celles de la Saale franconienne et de la Tauber, est toujours un vrai jardin, riche en blé, en fruits et en vins; grâce à elle, la

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Franconie compte parmi les contrées les plus fertiles de l'Ailemagoe. Le cours paisible du Mein a de tout temps rendu très faciles les communications entre les deux rives, dont la fréquence est dénotée par des ponts extrêmement nombreux; c*est ce qui explique pourquoi il n*a jamais formé une frontière politique ou ethno'^raphique. Au moyen âge il a appartenu tout entier aux Franconiens ou Auslrasiens transrhénans, dont les sièges s'intercalaient entre ceux des Saxons et des Tliuringiens au nord, et ceux des AUemans et des Bavarois au sud; aujourd'hui son bassin est réuni sous la seule souveraineté du roi de Bavière, àTexception cependant de la partie la plus rapprochée du Rhin, que se partagent la Hesse grand-ducale et la Prusse, depuis que celle-ci a absorbé Télectorat de Hesse, la république de Francfort et le duché de Nassau.

Le vrai centre de la vallée du Mein et par suite de la Franconie est Wurzbourg, VHerbipolis du moyen âge, dont la forteresse naturelle, le Marienberg, domine le cours moyen du lleuve : là fut établie une des premières stations chrétiennes au delà de l'ancienne limite romaine; plus tard, ses princes-évèques, titrés ducs de Franconie, ont compté parmi les prélais les plus puissants du saint-empire, ci leur richesse leur a permis de bÀtir un palais vraiment royal, qui, à Fépoque napoléonienne, a servi de résidence à un archiduc d'Autriche, créé grand-duc de Wurzbourg par l'empereur des Français. A l'orient, c*est-à-dire dans le bassin supérieur du Mein, les deux villes principales ne sont pas situées sur le fleuve lui-même, mais dans le bassin d'un affluent méridional aussi puissant que lui, (jui porte successivement les trois noms parents de Hézat, de Hednitz et de Regnitz; riine est Bamberg, bien placée dans le voisinage du coniluent de la Reguilz et du Mein, Faulre Nuremberg, b;\lie dans une plaine sablonneuse sur un petit sous-aflluent qu'on appelle la Pegnitz. La première, qui naquit sous la protection du château fort d'Altenburg ou Babenberg, construit pour arrêter les incursions des populations slaves, fut érigée en évèché par

rempereur Henri II le Saint, qui l»Alil el dota richement la cathédrale sur le mont Saint-Michel, el resta jus(|u'au commeacemeul du Xix'' siècle la capitale d'un prince-évèquc presque aussi puissanl que son confrère de Wurzbourg. La seconde au contraire est d'origine royale et obéit d'abord aux burgraves qui, au nom de rempereur, occupaient son ch&teau, bâti sur une roche aiguë degrés; mais, promptement enrichie par l'industrie et le négoce, elle s^éleva peu à peu au rang de ville libre, attira dans ses murs le grand commerce entre le Rhin et le Danube, les villes de la Hanse et Venise, et ajouta aux avantages de raulonomie républicaine et de la richesse mercantile un grand éclat artistique et litté* raire, qui se résume au xvi" siècle dans les deux noms glorieux d'Albert Durer et de Ilans Sachs; jusqu'aujourd'hui Nuremberg, dont les jouets d'enfants font encore le tour du monde, a conservé plus qu'aucune autre ville de rÂllcmagne méridionale Faspect des cités municipales d'autrefois : les boiseries et les monuments de ses églises de Saint-Laurent et de Saint-Sébald, les fontaines de ses places publiques, les avances et les fenêtres ogivales de ses maisons particulières rappellent à chaque pas le moyen âge et la renaissance. A l'autre extrémité de la vallée du Mein, là où sa vallée de plus en plus large se confond avec la plaine du haut Rhin, prédomine de vieille date Francfort, la voisine et la rivale heureuse de Mayence. Comme Nuremberg, elle fut d*abord une villa royale, où Charlemagne déjà tint un concile; mais sa situation favorable à un passage habituel du fleuve, au gtié des Francs, comme le dit son nom, la fit grandir rapidement; enrichie par ses foires, (jui remonlent au xi'' siècle, et par le trafic sur le Mein, qui, jusqu'à Francfort, j)ortc des bateaux de même tonnage que ceux du Uhin, elle aussi devint une ville libre, et sa situation centrale entre les contrées saxonnes, lorraines, franconiennes, souabes et bavaroises, la fît choisir de bonne heure comme ville d'élection, puis aussi de couronnement du saini^mpire. En 1815, après les commotions de l'époque napoléonienne, elle redevint encore une fois

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république municipale el chef-lieu do la Confédération germanique ; mais les événemeDls de 18GG en ont fait une ville provinciale prussienne, de premier ordre il est vrai, et son RoemeTf où se réunissaient autrefois les électeurs, n*est plus aujourd*hui qu'un vulgaire h6tel de ville.

Depuis le coude de Mayence, où le Taunus force le Rhin à dévier vers Idiu si, le floiive change peu à pou de nature; il se resserre et tlcvierit plus rapide : c'est qu'il se prt'pare à entrer dans sa quatrième étape, essentiellement difTérente de la troisième, avec laquelle elle conslitue le cours moyen de la grande artère fluviale. Cette quatrième section, qui s'étend de Bingen à Bonn, correspond au groupe de montagnes schisteuses qui couvre toute la vaste région comprise entre les monts de Westphalie et les Ardennes; le Rhin y conserve la même direction normale sud-nord que nous lui connaissons depuis Bàle, sauf qu'au lieu d'obliquer légèrement à 1 est, il afTecle dorénavant une inclinaison de plus en plus niar(juéc vers l'ouest; mais, au lieu d'y couler dans une l.iiL'e vallée analogue à la plaine du haut Rhin, il s y fraye un étroit passage à travers les chaînes et les massifs qui, à une seule lacune près, sur laquelle nous allons revenir, raccompagnent et Tenserrent des deux c6tés jusqu'à son entrée dans la grande dépression septentrionale. 11 s'introduit dans ce couloir, que forment d'abord le Taunus et le flundsruck, puis, au delà du petit bassin de Neuwied, TEifel et le Wester\N'ald continué par le Siebengebirg, pur une rupture violente, le fameux (rou de DinQeny à l'endroit même où la large vallée de la N;ihe se réunit à la sienne eu aval de Kreuznach; là prohahlemcnt était fermé le lac du Uhin supérieur avant que le verrou du Hundsruck cédât à l'action continue des eaux; les travaux pour écarter les obstacles à la navigation, qu'y ont faits les Romains dans l'antiquité, les vUles et les princes riverains au moyen Age, les Suédois et les Français pendant la guerre de Trente ans, ont été complétés par les ingénieurs modernes; néanmoins aux basses eaux on peut encore suivre à travers le lit du fleuve la direclion sud-ouesl à nord-esl de la forma-

GÉOGRAPHIB PHYSIQUE DB L*BUROPB GBNTRALB.

tion des rochers. Plus loia le Rhia coule, saus grandes sinuosités, presque sans lies, en nne seule masse compacte; les rédfs et les tourbillons qui anciennement étaient la terreur des bateliers ont disparu en majeure partie, grftce à Tari moderne; la beauté seule du paysage n*a pas changé. Cette partie du Rhin est, en effet, la plus pittoresque et la plus célèbre du cours entier : des deux cdtés, des collines plus ou moins escarpées encadrent le fleuve, les unes couvertes de vignobles, les autres couronnées de ruines féodales qu'on a en partie restaurées; de nombreuses petites villes, charmantes à dislance surtout, s'étendent avec leurs éi^lises et leurs bâtiments antiques le long de la rive ou à Tenlrée des vallées latérales; partout ce ne sont que maisons isolées, yieux couvents ou villas modernes, et les souvenirs historiques ou l^ndaires ajoutent un charme de plus au charme de la navigation. Près de Bingen le Maeuseikurm consacre par son nom la légende de l'archevêque Hatlon que dévorèrent les souris pour le punir de la dureté de son cœur pendant une grande famine; en fàee de Gaub, la vieille forteresse de la Pfalzy qui émerge du lleuve sur un bloc de rochers, fut le théâtre d'un mariage furtif qui réconcilia momentanément les Welfs et les Hohenstaufen; à Sainl- Goar a prêché, dès le vi" siècle, un des premiers missionnaires qui tirent revivre le christianisme dans le pays rhénan après son éclipse causée par l'invasion barbare ; la Lurley a encore son tourbillon et son écho à défaut de Tenchanteresse qui y précipitait dans Tabime les adorateurs attirés par sa blonde chevelure et son chant mélodieux, et au Kimigituhl de Rhense on montre toujours les sièges en pierre du roi de Germanie et de ses sept électeurs. Plus loin, le bassin de Ncuwied entre Coblence et Andernach a vu le passage du Rhin par Jules César et par (lustave-Adolphe et les touchantes funérailles de riiéroïque Marceau; le Draclienfels rappelle la victoire de Siegfried sur le dra,i;on, Kolandseck et Nonnenwerlh les amours malheureuses du neveu de Charlemagne, et la chapelle de Saint-Michel à Godesberg

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s'élève sur l'emplacement d'un ancien temple de Mercure.

La nature abrupte des rives du Rhin sur toute cette partie de son parcours a pendaot longtemps empêché la construction de routes le long de ses deux bords, et, par suite, doublé la yaleur du fleuve lui-même comme grande voie de communication. On s'en servait dès le temps de la domina* tion romaine pour transporter les hommes et les marchandises; par lui passait au moyen A^^o la poste de Flandre, entre Venise et les cités des Pays-lias; jusqu'à une époque fort rapprochée de nous, presque tout le commerce de la région se faisait par eau, au moyen d'une batellerie très considérable, que la navigation à vapeur n*a pas encore fait complètement disparaître. Aujourd'hui l'établissement des chemins de fer a produit une révolution économique là comme ailleurs; cependant les voies ferrées n'ont été construites que fort tard sur cette étape du Rhin : entre Coblence et Bonn celle de la rive droite n*a pas eu à déposséder une grande roule antérieure. La structure du terrain ex[)lique d'autre part ])ourquoi jusqu'à la fin du dernier siècle il ne s'est fait aucune grande agglomération de territoire dans le rayon de la quatrième section du Rhin; il y a cent ans, quatre électorals, ceux de Mayence, de Trêves, de Cologne et du Palatinat, et un grand nombre de petites principautés se rencontraient au seul bassin de Neuwied. Mais Tunité de domination est faite aujourd'hui; inaugurée par la France sur la rive gauche du fleuve, elle a été naguère consommée par la Prusse, grâce à l'annexion du duché de Nassau. C'est à la même raison enfin qu'il faut attribuer l'absence de grands centres dans la seconde moitié du cours moyen du Rhin; elle a eu dès le moyen âge, à côté de ses châteaux forts, de nombreuses villes secondaires, mais elles dépendaient de chefs-lieux étrangers au fleuve; Coblence, la seule ville notable qu'on rencontre depuis Bingen jusqu'à Bonn, n*a elle-même jamais été une capitale. Elle est cependant fort heureusement située, à égale distance entre Mayence et Cologne, à Tentrée du fertile bassin de Neuwied oii le Hundsruck et le Taunus, l'Eifel et le Wes*

lerwald se retirent à (jiielqiie tlistniico du flciivo, au confluant même de la Moselle (de là sou vieux nom de Con/luentes) et un peu au-dessous de celui de la Lalin, au croisement, en un mot, de toules les voies fluviales et contioen laies de la région; mais son importance a de tout temps été principalement militaire. A Tépoque romaine, elle constituait, avec Andemach à Tautre extrémité du bassin de Neuwied, un des grands boulevards de la ligne de défense de l'empire contre les Germains indépendants; au moyen hge, elle devint la place forte, plus tanl la résidence des arcliev«'(|iies-électeurs de Trêves» dont le dernier y donna un asile trop fameux à l'émij^ralion française de 1791; de nos jours, elle est avec le chàlcau d'£brenbreitslein, qui lui fait face sur la rive droite, une des grandes forteresses rhénanes de la Prusse.

Nous venons de nommer, à propos de Coblence, les deux seuls grands affluents de la quatrième section du Rhin, la Lahn et la Moselle; car plus bas la Wied, qui vient de droite comme la I^alin, et l'Alir, (jui rejoint à ^^^auclie comme la Moselle, ne sont (jue îles cours d'eau peu considérables, intéressants tout au plus par les vallées étroites et abruptes dans lesquelles ils circulent. La Labn, qui est la rivière caractéristique de la Hesse méridionale et du ^Nassau, circonscrit le Westerwald au sud, dans un cours fortement arqué de 485 kilomètres. Historiquement elle est surtout importante dans son cours supérieur : là fut fondé par saint Bonifoce, non sur la Lahn elle-même, mais sur un cône basaltique du Vogclsgebirg- qui domine son aflluent l'Obin, le premier centre chrétien du jtays catle ou bessois, Amœneboure-, qui devint sous les successeurs du saint dans rarchcvêcbé de Mayencc la citadelle destinée à assurer leur domination temporelle; là s'éleva plus tard, dans une position aussi pittoresque qu'avantageuse, sur et contre une montagne qui s'avance dans la vallée principale, la ville de Marbourg, oik sainte Élisabeth se détruisit elle-même par les austérités et les macérations, où une magnifique cathédrale fut construite en son honneur, et où son descendant, Pbilippe le Magua-

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aime, créa aux premiers jours de la Uéfornic uue université protestante. Dans son cours moyen la Lahn baigne Giessen, l'autre université liessoise, que les landgraves de Darmstadt opposèrent à celle de leurs cousins de Gassel, et Tancienne ville libre de Wetzlar, qui fut le dernier siège de la chambre impériale et qui, il y a peu d*années encore, formait une enclave prussienne avancée entre la Hesse et le Nassau. Sur son cours inférieur cnliii se suivent les vieilles possessions nassoviennes de Weilbour'i;, Diez, Nassau, Ems; mais aucune ville n'accompagne son embouchure, car de tout temps Coblence a attiré à elle la navigation de la Lahn, en même temps que celle de la Moselle.

Beaucoup plus importante que la Lahn, la Moselle, qui est le fleuve lorrain par excellence, rappelle le Neckar par la structure générale de son bassin ; mais la courbe qu'elle décrit est plus étendue, son dévelop[)cment plus considérable, sa civilisation plus ancienne; elle appartient à la fois à deux nationalilésetà deux grands États. Née, en effet, au pied du Ballon d'Alsace, sous un parallèle un peu plus méridional que le Neckar, eUe prolonge son cours de tout un degré de latitude plus au nord; sa longueur est de GOO kilomètres, c'est-à-dire égale à celle du Mein; déjà au iv^ siècle de notre ère Ausone a pu chanter ses villes florissantes et ses fertiles campagnes; ses bords sont habités simultanément par des populations de langue romane ci de langue tudesqne, et son bassin se partage; entre la France et l'Allemagne, d'une façon fort inégale il est vrai, depuis que nus récents malheurs ont fait passer sous la domination allemande le pays français de Metz. Au point de vue physique, le cours de la Moselle se divise en deux moitiés, essentiellement distinctes, dont Tune correspond au plateau lorrain et Tautre au groupe schisteux rhénan. Dans la première elle contourne en arc de cercle le massif vosgien et ses continuations septentrionales, ne fait qu'un seul détour considérable, à la hauteur de Tantique ville épiscopale de Toul, et coule dans une vallée pittoresque et fertile, que bordent des collines en partie chargées de vigao-

156 GEOGRAPHIE PHYSIQUE DE L EUaOPfi CENTRALE.

blcs. Des deux centres principaux do cette section supérieure, l 'un, Nancy, la résidence des ducs de Lorraine jusqu'au moment où leur petit Etat devint français, est situé sur un sous-af Huent de droite, la Meurlhe; laulre, Metz, est bàli sur le fleuve lui-même, là où, de droite aussi, il regoit la Scille, et a jusqu'à nos jours tenu le premier rang. Tour à tour cité gauloise, capitale de FAustrasie franque el du vieux duché de Lorraine mosellanei yille épiscopale, ville libre et ville française, elle est avant tout une des places les plus fortes de TEurope; naguère on l'appelait la forteresse pueelle; comme Strasbourg, elle est aujourd'hui une place d^armes allemande, après avoir pendant trois siècles défendu la fronlièrc de la France. La section inférieure de la Moselle commence en amont de Trêves, à l'endroit où elle reçoit coup sur coup à gauche la Sure, qui par son satellite TAIzette baigne la forteresse naturelle de Luxembourg, et à droite la Sarre, qui passe sous les remparts de Sarrclouis et se grossit elle-même par la filies et la Nied. A partir de ce point sa vallée se découpe beaucoup plus profondément, entre le Hundsruck et rEifel, de façon à réunir les contrastes les plus pittoresques : en bas se pressent les villages et les petites villes, au milieu des prairies, des vergers et des champs; à mi-hauteur 8*élèvent les vignobles en terrasses superposées et de nombreux châteaux du moyen Age; en haut s'étendent des forêts de chênes et de sapins, à peine interrompues par quelques champs d'avoine, principale culture d'une population clairsemée. Le caractère le plus original cependant de cette dernière étape de la Moselle, ce sont ses sinuosités innombrables; tandis qu'à la même hauteur le Rhin coule presque en ligne droite, son tributaire, sans faire un seul grand circuit, se développe sur 225 kilomètres pour parcourir les iOO kilomètres de distance directe qui séparent Trêves de Coblence. Aussi cette partie de la vallée n*a-t-elle jamais eu de grande route depuis les Romains jusqu'à nos jours, et manquct-elle aujourd'hui encore de chemin de fer; de son côté, la grande navigation n'a jamais pu s y établir, ni avant ni depuis

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l'inveolion de la vapeur; mais par contre la nacelle y est aussi employée que le chariot, parce que les populations riveraines exploitent les deux bords à la fois et que les banlieues des villages enjambent la rivière. Chacun des tours et des détours de la basse Moselle forme ainsi un petit canton séparé, et il n'est pas étonnant que jusqu'à la fin du dernier siècle nombreuses dominations féodales se soient maintenues sur son parcours à côté des électeurs dt; Trêves, qui en étaient les seigneurs territoriaux les plus puissants. La France républicaine et la Prusse, qui a pris sa place en 1814, ont là, comme dans la section correspondante du Rhin, fait succéder l'unité à la division; mais jusqu*aujourd*hui la nature du pays est singulièrement retirée, et il n*a pas une seule ville de quelque importance, sauf les deux centres de Trêves et de Coblence, placés à l'entrée et à la sortie de la région. Nous n'avons pas à revenir sur Colilence, qui appartient au Uliin plus encore qu'à la Moselle; quant à Trêves, qui s'élève entre des vignobles et des montagnes boisées à un endroit où la vallée est large et bien cultivée, elle a un passé plus grandiose que ne le ferait deviner son état présent : si la tradition disait vrai, elle serait la plus ancienne ville de rAllemagne; à l'époque des derniers empereurs romains, qui y résidèrent fréquemment et dont son amphithéâtre tout envahi par les vignes, ses thermes et son palais de Constantin conservent le souvenir, on l'appelait la Rome gauloise; au moyen âge elle devint la capitale d'un électoral ecclésiastique; aujourd'hui elle est une ville de province prussienne de troisième ou de quatrième ordre.

Après avoir depuis Bàle traversé dans toute sa largeur la zone montueuse qui se subordonne aux pentes septentrionales des Alpes, le Rhin atteint près de Bonn l'extrémité méridionale du golfe de plaine intercalé entre les montagnes de la Westphalie et le massif des Ardennes. Là, à une altitude de 42 mètres seulement, finit son cours moyen, et avec lui la vigne qui l'a fidèlement accompagné depuis la hauteur de Coire; là commence son cours inférieur, qui se développe

lentement à travers la grande dépression voisine de la mer du Nord et se décompose, de même que le cours supérieur et le cours moyen, en deux sections de nature différente. La première, qui représente la cinquième étape du cours total, s*étend de Bonn à Wesel; elle maintient exactement la direotion caractéristique sud-nord avec déviation à Touest, suivant laquelle le fleuve s'est fait jour à travers la formation schisteuse rhénane; mais la largeur de son lit est dorénavant de 400 à 500 métrés sur une profondeur cjui varie de 'A à 12 mètres; ses bords peu élevés recommencent à avoir besoin de la protection des digues contre le danger des ruptures, et, par contre aussi, la grande navigation fluviale y prend un essor inconnu plus haut. Autrefois les navires de la mer du Nord et de la Baltique remontaient le Rhin jusqu'à Colore, qui était en rapports directs avec Londres, Bergen et Lubeck; de nos jours encore, malgré les voies ferrées parallèles, il est sillonné sur tout son parcours inférieur par les grands bateaux et radeaux Iiollandais, qui sont munis d un système de voilure particulier et portent de 3 000 à iOOO (piinlaux mélriques, et en même temps par les nombreux bateaux à vapeur des ports de Cologne, de Dusseldorf et de Hollerdam.

La cité dominante de la cinquième section est Cologne, que la nature elle-même a destinée à être un passage, un port et une forteresse. La rive gauche s*y élève en effet assez pour écarter tout danger dlnondation et fournir l'assiette convenable à l'établissement d'une place forte; de plus, une bifurcation du llcuve, aujourd'bui disparue, y facilitait anciennement la traversée. C'est en profilant de cette circonstance que César et (^)ns(aiitiii ont bAli leurs ponts en cet endroit. L'art des ingénieurs modernes y a construit, sur le fleuve qui depuis des siècles coule dans un lit unique, le pont en fer qui, avant ceux de Strasbourg, de Mannheim, de Blayence et de Coblence, a relié les chemins de fer des deux rives, et d'abord enlevé à Bàle l'honneur de posséder le dernier pont fixe sur le Rhin. Fondée par Vipsanius Agrippa, Cologne, dont le. nom rappelle son ancienne dignité de colonie

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romaine, fut dans Tantiquilé la métrapole de la Germanie inférieure, tandis que Uayence Tétait de la Germanie supérieure. Au moyen âge elle servit de capitale aux Francs Bipuaires, et vit ses archevêques, dont les droits métropolitains s'étendaient sur toute la région du bas Rhin, entrer dans le collège électoral en même temps que leurs confrères de Mayence et de Trêves; mais surloul elle fut une des plus puissantes parmi les villes libres du saiat-empire et joua un grand rôle dans rassociation hanséatique. Puis vint avec le XVI* siècle, pour elle comme pour toutes les villes rhénanes, une longue période de décadence; mais, plus heureuse que la plupart de ses sœurs, Cologne a eu. sous la domination française, et surtout sous la souveraineté prussienne, qui la remplaça en 1814, une vraie résurrection industrielle et comnuTtialc; sa population de près de 300 000 âmes en fait, après Amsterdam, la ville la plus considérable du bassin du Uhin. Comme place forte elle peut se mesurer avec Strasbourg, Mayence et Coblence, et sa gigantesque cathédrale, monument de sa grandeur passée, élève ses deux flèches, gr&ce aux travaux de reconstruction et d*achèvement exé» entés en ce siècle, à la hauteur de 156 mètres.

En amont de Cologne, il n'y a à signaler, parmi les villes riveraines de cette étape du Rhin, que Bonn, bAtie, elle aussi, sur la rive gauche, à l'entrée même de la plaine de la basse Allemagne. Anricii château fort romain, elle fut, pendant des siècles, la résidence des archevùtjues de ('(doLnic, expulsés de leur cité métropolitaine depuis qu'elle s'était constituée en république, et est aujourd'hui une jolie ville universitaire, presque aussi bien située qu'Heidelberg. En aval, au contraire, on rencontre deux grands centres, d'origine bien plus récente : Dusseldorf, sur la rive droite, la création des ducs de Berg du xv* siècle, qui se distingue à la fois par son commerce et par son culte des arts, et Créfeld, à quelque distance de la rive gauche, qui doit son importance toute moderne à son industrie de la soierie; puis deux forlercsses, l'une du temps passé, l'autre du temps présent, ^^euss et

160 OÉOGRAPHIB PHYSIQUE DE L*BUROPB CENTRALE.

Wesel : la première, à gauche, un peu au-dessus de Dussel' dorf, n^esL aujourd'hui ({u'une bicoquo, mais celte bicoque a arrêté la fortune de Charles le Téméraire; la seconde, à droite, au confluent de la Lippe, tient la place du Lippemund ou Lippeham carlovingien, et couvre la frontière prussienne du côté de la Hollande.

Les affluents du fleuve, pendant cette partie de son parcours, ne sont plus que d'une vah^iir fort sorondaire. A gauche il reçoit la seule Erft, qui vient de l'Kifel, coule parallèlement au llhin et débouche dans le voisinjigc de Neuss. A droite la NVcslphalie lui envoie quatre rivières qui suivent uniformément la direction d*est en ouest et deviennent plus considérables à mesure qu'on se rapproche de la mer. Les trois premières, qui appartiennent au plateau westphalien, coulent en méandres, à travers Fargile schisteuse, dans des vallées plus fertiles que le haut pays envi* ronnant, et arrosent une région également célèbre par ses richesses minérales et par son industrie. C'est d'abord la Sieg, (jiii rejoint un [>eii au-dessous de Bonn; puis la Wipper ou Wupper, dont le cours rapide aboutit entre Cologne et Ûusseldorf; enfin la Ruhr, qui a son confluent à peu près à égale distance de Dusseldorf et de Wesel. La Sicg n'a pas de centre important; mais le long des bords de la Wipper se prolonge pour ainsi dire indéfiniment une seule et même ville de fabriques, dont les agglomérations les plus considérables sont à Barmen et à Elberfeld ; et dans le voisinage de la Ruhr, dont le cours supérieur baigne Arnsberg, l'ancien chef-lieu du duché de Westphalie des archevêques de Cologne, Essen, la patrie des canons Krupp, est un des endroits du monde où l'on manufacture le fer et l'acier dans les proportions les plus fortes et avec les engins les plus puissants. Quant au quatrième cours d'eau, la Lippe, qui opère sa jonction à Wesel après un cours de 185 kilomètres, de même longueur par conséquent que ceux de l'Ill et de la Lahn, il coule non sur le plateau, mais dans le golfe westphalien, qui s*anrondit au sud-est de Munster entre le Haarsirang et la

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FoiN'L (lo Teulobourg", et il a été siircossivement la rivière principale des Uructèrcs et des Saxons wcstphaliens. Près de ses sources s'élève Paderbora, la création épiscopale de Charlemagne; au milieu de son cours, Uamm, l'ancienne capitale da comté de la Mark, est aujourd'hui un nœud de chemins de fer important, hien que la grande route commer> ciale et militaire entre le bas Rhin et le moyen Wcser n^ait jamais suivi la vallée de la Lippe, mais se soit toujours tenue et se lionne encore plus an sud, sur le flanc du liaai'Strang, dans ladinM'lion de Dorliniind el de Soosl.

Au dessous de \\ esel, où il n'est déjà plus qu'à iti mètres au-dessus du niveau de la mer el coule sur une largeur de 700 à 800 mètres, le Rhin fait un grand coude à Touest, qui détermine sa sixième et dernière étape. Autrefois, prétend-on, il aurait continué vers le nord et gagné le lac FÛt>o^ qui esl devenu le Zuiderzée, dans le lit de la vieille Ysseî, qui est la prolongation mathématique de la vallée du fleuve en amont du conlluent de la Lippe; mais en tout cas, il y a bien longtemps qu'il s'est frayé un passade entre les deux séries d'ondulations qui aboutissent d'un côté à Nimèg^ue, de l'autre à Arnheim, et que par cette espèce de porte il se dirige vers le couchant, en décrivant le vaste arc de cercle qui, dans le voisinage de la mer du Nord, lui fait confondre ses deux embouchures principales, le Waai et le Lek, avec les bouches de la Meuse. Une partie cependant de ses eaux coule aujourd'hui encore vers le Zuiderzée sous les noms d'Yssel, dé Vecht et d'Amstel, et un faible bras, qui conserve le nom de Rhin, réussit depuis le commencement du siècle à gap-ner directement la mer du Nord. Cette division en bras d'einhourbure donne au Uiiin une lin semblable à celle du Nil; mais son delta esl bi-aucoup plus civilisé, plus perfectionné par le génie humain que celui du fleuve d'Egypte; la Hollande entière est une œuvre d'art, à laquelle ont travaillé de concert le fleuve, la mer et Thoomie.

Nous avons essayé plus haut, à propos du littoral de la mer du Nord, de donner une idée de Taspect général de ces Pays-

Bas par oxcrllcnce, dont le Rhin est la grande artère; nous n'y reviendrons pas i<'i et nons nous contenterons d'exposer aussi brièvement que possible la structure du delta du fleuve, beaucoup plus compliquée encore que celle de la région où il réuait ses sources multiples; chemia faisant, nous ajouterons quelques indications sur les villes notables que baignent les différents bras d'emboucbure. Le Rhin, qui dans la partie de son parcours en aval de Wesel où il tient encore ses eaux réunies, laisse h sa gauche Xanlen, où les Romains eurent un grand LlahlisseiiH'nt militaire, et (llèves, dont la dynastie en s'étoignant mit jadis l'Europe en fi n, opérait, il n'y a pas deux cents ans, sa première et principale hifurcation, celle qui donne naissance à la Betuwe ou llo dos Ualaves, à la hauteur du fort de Schienk, où se rencontrent aujourd'hui les royaumes de Prusse et des Pays-Bas; des travaux de canalisation achevés en 1701 Font reportée à quelques lieues plus bas, au village de Pannerden. Là se détache à gauche le Waal, qui emmène les deux tiers de la masse d'eau et n'en laisse qu'un tiers à la branche de droite qui, sous le nom de Rhin inférieur, est censée continui r le fleuve : le Waal coule d'est en ouest, passe à Nimégue, qui fut successivement im fort romain, un palais carluvingien, une station de pirates normands, une cité haQséati(]ue et le siège d'un congrès européen, et rejoint (ou reçoit) la Meuse à Gorcum. A quelque distance au-dessous de Pannerden, un peu en amont d'Arnheim, l'ancienne résidence des ducs de Gueldre, l'Yssel, qui part à droite, enlève à son tour au Rhin inférieur un tiers de son volume : elle doit probablement son origine au canal creusé par Drusus entre le Rhin et le lac Flevo, reçoit la petite rivière qu'on appelle la Vieille Yssel, passe à Zulplien et à Deventer, haigne le Salland qui a doimé son nom aux Francs ÎSaliens et déhouclie dans le Zuiderzée au-dessous de Kampen, après un cours presque entièrement dirigé du sud au nord. Le Rhin inférieur, au contraire, coulo parallèlement au Waal, c*est-à-diro du levant au couchant, jusqu'à Wyk- -by-Duurstedc, Fancicn Dorestadl, qui fut une grande ville de

LE RHIN

commerce dans les premiers siècles du moyen âge; là le Lek, qui en réalité le continue, car il suit la même direction eL emporte les trois quarts de ses eaux, prend à gauche, également dans un ancien canal, qu'on attribue aux Romains ou nu Batave Givilis, et va rejoindre, entre Dordrecht et Rotterdam, un des bras de la Meuse et du Waal réunis; ce qui reste du Rhin inférieur coule paresseusement au nordouest, sous le nouveau nom de Rhin courbé, qui persiste jusqa*à Utrecht A Utrecht enfin, dont le château fort romain devint plus tard le siège de Tévéché du pays batave et où furent signées la déclaration d'union des sept provinces néerlandaises et la paix qui mit fin à la guerre de succession d'Espagne, a lieu une dernière division : à droite se détache la Vecht, qui coule vers le nord, se jette dans le Zuiderzée par une double embouchure, la Yecht à Test et TAmstei à rouest, et par la seconde relie au bassin rhénan Amsterdam, la tète et le cœur des Pays-Bas, qui a commencé à grandir depuis le xin* siècle lorsque le Zuiderzée devint une mer, mais qui a dù surtout son accroissement inoui à la révolution religieuse et politique du xvi* siècle; à gauche, le vieux Rhin, par lequel à l'époque romaine s'éeoalait une grande partie du fleuve, mais qui aujourd'hui du Rhin n'a plus guère que le nom, se dirige à l'ouest sur Leyde, dont le principal lleuron est son université, prix de riiéroïsme qu'elle dé[d<>ya dans la guerre d'indépendance des Pays-Bas. et, au lieu de tarir comme autrefois dans les dunes, communique depuis 1806 avec la mer du Nord par le canal de Katwyk, que défendent deux môles et trois rangées d'écluses.

Après avoir suivi jusqu*à la mer les bras d-embouchure septentrionaux du Rhin, Yssel, Yecht, Amstel et vieux Rhin, il nous reste à examiner la partie méridionale de son delta, qui se confond avec celui de la Meuse ; mais auparavant nous

jeterons un coup d'œil sur le bassin complet de ce cours

d'eau, <jui, en réalité, n'est qu'un affluent du Rhin, bien (jue l'usage en fasse un Ûeuve indépendant cl lui subordonne les

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE DE L*fiUROPE CENTRALE.

branches rhénanes qui anionenl dans son lit une masse d'eau fort supérieure à la sienne.

La Meuse, qui nait au plalcau de Langres, dans le voisinage immédiat des sources de la SaAno, et coulo comme celle-ci, mais en sens opposé, dans la direction du méridien, a un développement fluvial considérable, qu'on estime à 650 kilomètres; néanmoins, comme la largeur de son bassin"" ne correspond pas à sa longueur, elle n*a, géographiquement et historiquement, qu'une importance médiocre. Gela est vrai principalement de son cours supérieur, exclusivement français, où elle trace sur le plateau lorrain une vallée peu profond»', (|uo hordi'nt des collines Ixnsées ou des dos de pays nus, (»( (jue côtoient de près, à l'ouest et à l'est, les triliulaires de la Seine et du Rhin; quoique j)lus puissante que sa voisine de droite, la Moselle, comme l'indiquent leurs deux noms latins de Mosa et de Mosella^ elle n'y peut opposer aux centres mosellans de Tout, Nancy et Metz que la seule forteresse de Verdun, le troisième des sièges épîscopaus de la haute Lorraine et le lieu où fut consommé le démembrement de la monarchie carlovingîenne.

Dans son étape moyenne, qui se partage politiquement entre la France et la Bcl^^ique, mais appartient tout entière à la nationalité française, la Meuse est à la fois |dus pittoresque et d'une étendue de hassin plus considéralde ; de même que le Rhin et la Moselh^ à la même hauteur, elle se fait jour à travers la formation schisteuse rhénane en rompant en méandres continus le massif des Ardennes, et comme les vallées parallèles de la Moselle et de TEscaut laissent à la sienne un développement un peu plus ample, elle se grossit pour la première fois de quelques affluents notables : de droite, lui viennent le Ghîers, la Semoy et TOurthe renforcée par la Yesdre ; de gauche, le principal de ses tribntaires, la Sambre, qui en amont et en aval de Charleroi a parcouru les riches charbonnages du Hainaut, Klle y est aussi plus peuplée et plus industrieuse; sur ses rives se suivent Sedan, autrefois la résidence des Sanyliera des Ardennes, aujourd'hui

LE RHIN

la ville do la fine draperie, h laquelle la capitulation du 2 septembre 1870 assure à jamais un»' iioloriélé peu enviahlo ; Mézières, la vieille forteresse franr;ii.se; Givel, où la vallée est la plus étroite et où se termine la [►ointe fjue le lerritoiro français pousse en pays belge le long du llcuvc; Dinant, qui fabriquait dès le moyen Age les ustensiles de ménage connus sous le nom de dinanderie; et surtout les deux villes prépondérantes de Namur et de lAhge, bâties^ au confluent de la Sanibre et à celui de TOurthe, dont la première fut jadis une place forte de premier ordre, tandis que Tautre, après avoir rempli Thistoire du xv" siècle du hruit de ses querelles avec ses [irinces-évècpies, se contente aujourd'hui de la gloire plus modeste d'être un centre manufacturier de premier ordre.

Le cours inférieur de la .Aleuse, à travers la plaine maritime du nord et sur territoire hollandais, est de nouveau beaucoup moins intéressant, du moins jusqu*à sa jonction avec le Rhin; le fleuve, après avoir baigné Maastricht, la vieille forteresse qui commande un de ses principaux passages, et Rocrmonde, où il reçoit de droite la Roer qui vient de Juliers, reproduit entre Venlo et Grave, où il coule au milieu dos landes et des tourhiL'ros, la courho vers l'ouest du Rhin inférieur; puis, grossi à gauche par le Diczen, qu'ont rejoint à Bois-le-Duc la Dommel et les deux Aa, il opère sa jonction avec le Waal en face de Gorcum. De grands travaux de canalisation, récemment entrepris, doivent fournir à la Meuse une embouchure particulière; en attendant, son delta reste confondu avec celui du Rhin méridional. Il débute à quelques lieues en aval de Gorcum» au village de Werkendam, par un bras qui se détache à gauche, parcourt en nombreux canaux le Dieshosch. puis se prolonge sous dilîérenls noms jusqu'à la mer, tout eu communiquant avec l'Kscaut oriental; la principale masse d'eau, qu'on appelle la Merwe ou lleuve, continue droit à l'ouest jusqu'à Dordrecht, où de grandes scieries déhitent les radeaux du Rhin, et s'y divise de nouveau en trois branches, dont celle de gauche se dirige au sud vers

106 GËUGRAPUIË PHYSICIll:; DE L ËUROPË CëNTRâLE.

le prolongement du Btesbosch, tandis que la yieille Meuse au

centre mainlient la direction occidentale, et que le bras de dntite, le plus puissant d«'.s trois, coule au nord-ouest, <ral»ord encore sous le nom de Merwe, puis, depuis le counucnl du Lek, sous celui de nouvtdie Meuse, baigne KoUerdam, le plus important des porls néerlandais sans en excepter Amsterdam, el, après avoir appelé de nouveau à lui la vieille Meuse, dé^ouehe dans la mer du Nord au-dessous de Brielle, dont la prise par les gueux marins inaugura en 1572 la guerre d*indépendance des Pays-Bas.

Le delta commun du Rhin et de la Meuse, que nous venons de parcourir depuis les confins de la Frise juMju à ceux de la Zéelande, se conliiiue bien plus loin encoie au sud-ouest, par les boucbes de l lCscaut qui touclient Textrémité septentrionale de la Flandre. Mais bien difTérenl de la Meuse qui par le fait est un vrai affluent du Rhin, TEscaut est tout au plus un satellite du système rhénan, auquel il ne se rattache qu'indirectement, par l'entremise des bouches de la Meuse; compris d'ailleurs tout entier dans la dépression maritime de la mer du Nord, il n'offre véritablement d'intérêt que par les grandes villes qu'il baigne par lui-même ou par ses affluents, et par l'importance commerciale de son cours inférieur; qui, comme celui de la Tamise, introduit à marée liante les grands navires fort loin dans l'inlérieur des terres. Nous nous bornerons donc à rappeler que Cambrai et Yaienciennes, Tournai et Gand, Anvers el Flessingue s'élèvent sur les rives mêmes de l'Escaut, tandis que ses tributaires de gauche et de droite passent d'une part à Arras, à Douai, à Lille, à Gourtrai, de l'autre à Mons, à Bruxelles, à Louvain, à Malines, et, sans plus tarder, nous arrêterons ici la description du bassin du Rhin, après l'avoir parcouru d'élajie en étape depuis les glaciers des Grisons jus(|ii'aux pohJtfrs de la Hollande, à travers toutes les formations oroirraphiques de l'Europe centrale. Mais, avant de prendre coniié du irrand fleuve alpestre, qu'il nous soit permis d'insister encore une fois sur le role historique qu'il a joué depuis vingt siècles tautùt, et dont lémoi-

LE DANUBE. 167

gnent les monuments de tout âge qui se pressent sur ses bords : la vallée du Rhin, où, depuis César et Gharlemagne

jusqu'à Louis XIV et Guillaume 1", se sont si souvent décidées les destinées de l'Europo, est un sol classique presque au même litre que la Grèce et Tltalie; là se sont rencoiilrés Rome, la cité maîtresse du monde anlicjue, et les Germains ses vainqueurs; là a résidé la puissance et éclaté la splendeur du saint-empire; là domine aujourd'hui une autre Macédoine, qui, comme celle de Philippe et d'Alexandre, s'appuie sur la force et sur la discipline.

Le Danube, auquel nous passons maintenant, est le seul fleuve européen qui puisse jusqu'à un certain point disputer le premier rang au Rhin, dont à une foule d*égards il est

directement Topposé. En effet, tandis que le Rhin est un lleuve de terrasses (jui cuulc dans le sens du méridien, le Danube parcourt dans la direction de l'équaleur une succession de plateaux cl de plaines (jue séparent de minces verrous; l'un jaillit du co'ur des Alpes et se jette dans une mer océanique à Hux et reûux, l'autre découle de hauteurs comparativement médiocres et gagne un golfe presque fermé d*une mer intérieure. Gomme longueur du cours et comme étendue du bassin le Danube surpasse de beaucoup le Rhin, car la distance directe de ses sources à son embouchure et son développement fluvial sont de 1660 et de 2800 kilomètres, la superficie de son bassin de 820 000 kilomètres carrés, ce (jui représente pour les deux premiers chiffres le double, pour le dernier le quadruple de ceux qui ox[)rimcnt les relations simihiires du Uhin; de plus il a sur lui l'avantage de baif^ner une grande capitale, et il n'est pas comme son rivai un lleuve presque entièrement germanique, mais parcourt en dehors des pays de langue tudesque, qui constituent son bassin supérieur, de vastes contrées madgyares, slaves, et roumaines; néanmoins il a une importance historique et politique très inférieure : aujourd'hui encore, comme dans les siècles passés, il est fort en arrière du Rhin comme

centre de civilisation et comme grande voie de communication

des peuples.

Par ordre chronologique cependant il est son ainé, au

moins pour la partie inférieure de son cours qui, sous le nom dVs/<?r, est mentionnée par Hésiode et décrite par Hérodote. Plus loin (iaiis rinlérirur des terres, les (irecs n'eurent pendant fort lonj-dcmps sur son compte <|ue des notions extrêmement confuses; Hérodote, qui lui faisait parcourir toute l'Europe par son milieu, plaçait sa source chez les Celles, près de la ville de Pyrène, qu*on a cherchée tantôt dans le voisinage des Pyrénées, tantôt au pied du Brenner; d*après une des versions des ArgonauêiqueSt Jason et ses compagnons d*aventure auraient, en le remontant, gagné les mers occidentales; et Théopompe, Êratoslhènes, même Hipparque encore enseignaient qu'un de ses bras se déversait, à travers ristrie, dans la mer Adriaticjue, avec une conviction non moins entière, niais plus excusable que celle des Turcs du .\\ m' siècle, quand ils reprochaient avec indi^^nialion à la république de Venise d'avoir permis le passage par ses eaux à la Hotte russe qui vint incendier la tlotlc ottomane à Tchesmé. La conquête romaine enfin entraîna à sa suite la reconnaissance exacte du cours supérieur aussi, dont le nom celto-latin de Danuniuê ou Danubius, dérivé d'une racine celtique qui implique Tidée de force etd*audace, est devenu Pappellatif moderne du fleuve entier sous les différentes formes, française, allemande, slave, hongroise, turque et roumaine de Danubey DonaUy Dunai, Duna^ Tuna et Dunare; Tibère, après sa victoire navale sur les Vindéliciens du lac de Ojnslance, pénétra jusque dans la région des sources du (leuve, et Sliabon déjà le caractérisait à merveille, en lui faisant parcourir une longue succession de hautes plaines.

Avant tout, en effet, il est un fleuve de plateaux et de plaines, sur lesquels il se développe en étapes plus ou moins longues, qui forment autant de degrés, reliés entre eux par des ruptures successives à travers une série de verrous de montagnes. Antérieurement à ces ruptures, dont il subsiste

LE DANLUË.

des traces nombreuses, le bassin danubien comprenait peutêtre un certain nombre de lacs semblables à ceux qui remplissent la majeure parlie du bassin américain du Saint-Laurent; jusqu'aujourd'hui cliacun des -gradins dont il se compose, et parmi lesquels les plus importants sont le plateau souabe et bavarois, les bassins de Linz et de Vienne, les deux plaines hongroises et la dépression de la mer Noire, conserve sa nature particulière. £n tenant compte à la fois des conditions naturelles et politiques, on est amené à réunir ces formations analogues, et cependant distinctes, en trois grands groupes, dont les points d'intersection sont marqués par les villes de Passau et d*Orsova : au-dessus de Passau s*étend le cours supérieur ou Danube allemand, qui se partage entre le «-randdurlié de Hade, le l'ays prussien de Ihdienzollern, les royannies de Wurtemberiî et de Bavière; le cours moyen ou l)ariube aush<>-li(»iii:rois, compris entre Passau et Orsova, j)areourt les provinces allemandes, mad^'^yares et slaves de la monarchie habshoui^eoise; en aval d'Orsova enlin, le cours inférieur, que naguère encore on appelait le Danube turc, baigne les nouveaux États plus ou moins complètement soustraits de nos jours à la domination ottomane, Serbie, Roumanie et Bulgarie, dont le premier appartient déjà en grande partie au cours moyen.

Le cours supérieur du Danube a, depuis les sources du fleuve jusqu'à Passau, la direction normale, d'ouest en est, du bassin entier; seulement une déclinaison septentrionale, qui conunenee à peu do distance de ses origines et ne j)ren(l lin qu'à Ratisboniie, réloif^ne d'abord d'un degré environ de Téquateur; puis, une nouvelle déviation en sens opposé, qu'il maintient pendant la première moitié du cours moyen, le ramène insensiblement au parallèle sous lequel il a pris naissance.

Ses sources se trouvent aux confins de la Forêt-Noire et du Jura souabe, dans les hauteurs basaltiques de la Baar : là, au sud-ouest de la source du Neekar et presque à égale distance des trois villes rhénanes de Scbaiïhouse, Bàle et

ilO GEOGRAPHIE PHÏSIOUB DE LELUUPE CENTRALE.

Strasbourg» naissent dans la Forèt-Noire badoise, à une bauteor approximative de 800 mètres, au milieu de montagnes

qui n'ont pas plus d'un millier de mètres, deux rivières» dont

les noms similaires de Bre^^ et de Brigach dérivent l'un et l'autre d'une racine celtique (jui correspond à l'idée de source, et après un cours peu élemlu (\u'\ lt\s mène parallèlement du nord-ouest au sud-esl, elles prennent en se réunissant près de Donauescbiogen, dans un pays complètemcnl uni et marécn^rtMix, mais d'une altitude de près de 700 mètres, le nom - de Danube, qu'est censée leur imposer une petite source née dans la cour du cbàteau des princes de Furstenberg, dont la flatterie a fait Torigine officielle du système hydrographique le plus puissant de l'Europe, à la seule exception delà Volga.

Le nouveau fleuve continue d'abord à couler dans la direction commune des deux branches qui I*ont formé, c'est-à-dire vers le lac de ('onstance, auquel il envoie même, paraît-il, par l'entremise de TAuch, une partie de ses eaux, détournée «lu cours principal j)ar des fissures calcaires; mais bientôt, à la hauteur de Furstenberg, il se recourbe vers le nord-est, et à partir de Tuttliogenil commence à briser la Uauhc-Alp. Cette première rupture se fait dans une vallée généralement étroite que surplombent de hautes murailles de rochers et où de nombreuses ruines s'élèvent au-dessus d'épaisses forêts et de prairies verdoyantes; elle finit à Sigmaringen, où, à l'altitude de 550 mètres, le Danube quitte la contrée montueuse pour entreprendre sa longue et monotone étape sur le plateau souube et bavarois. 11 y avance péniblement, à travers les îles et les marécages, vers l'im, Ralisixtnne et Passau, qui sont aux bauteurs respectives de 400, de XV.\ et de 280 mètres, et baigne de st^s eaux paresseuses, fort diCTérentes des flots rapides et verts de ses affluents alpestres, des bords qui, h peu d'exceptions près, sont loin d'être pittoresques. Au sud, s'étend au loin une haute plaine cultivée en blé, mais maltraitée en maint endroit par le fleuve et ses tributaires, comme par exemple du côté de Neubourg et d'Ingolstadt, où le plus grand des marécages du haut Danube, le

LE DA£<UB£

Donaumoos par excellence, n'est canalisé que pour une petite partie depuis la iin du xviir siècle; au nord au contraire se ra|»[)r()clu'iit plus ou moins do l'arlère fluviale les hauteurs qui délimitent le bassin du Danube d'avec ceux du Neckar, du iMeiu et de l'Elbe : ce sont d'abord les rochers calcaires du Jura souabe et franconien, dont les marbres vont jusqu'en Asie; plus loin, au delà de Ratisbonne, des cônes de porphyre à demi détruits, sur Tun desquels le roi Louis P' de Bavière a construit, sur le modèle du Parthénon, sa Walhalla consacrée à toutes les gloires allemandes; plus bas encore les liaultMirs boisées de la Furùl de Bavière ou Hayerwald qui, conimi' la FortM de Bobème qu'elle long^e en la reproduisant dans des pro[)urlions [dus restreintes, se compose de granit, de gneiss et de ^'l i's rouge.

Les centres du haut Danube sont d'abord de préférence sur la rive gauche, où s'élèvent Ulm, Donauwoerlh et Ingolstadt; à partir de Ratisbonne ils passent sur la rive droite, à laquelle iq>partiennent, outre cette ville elle-même, celles de Straubing et de Passau. Donauwoerth au confluent de la Wemitz, où commence la navigation à vapeur danubienne, et Straubing qui au moyen àire a donné son nom à une des lignes ducales de la maison de Bavière, n'ont (|u*une imi)orlance secondaire; 1 intéri^t se concentre principalement sur les quatre autres cités, dont l'histoire résume assez complètement celle de la vallée du Danube allemand. Ulm, bâtie un peu au-dessous du confluent de l'iller, a joué au moyen âge un grand rôle politique et mercantile, car elle partageait avec Âugsbourg la primauté parmi les villes libres de la Souabe et elle centralisait dans ses murs le commerce de la partie supérieure du bassin ; son anli(|ue opulence, dont témoii^ne l'énorme cathédrale construite par ses bourgeois bien (ju'ils n'eussent pas d'évèque à eux, a depuis longtemps cessé d'èlre proverbiale; cependant son |)ort, aujourd'hui wurlembergeois, est encore le point de départ des radeaux et des bateaux souabes qui descendent à Vienne pour y être mis en pièces, et sa situation naturellement forte, le souvenir aussi de la capitu-

172 GEOGRâPUIË physique DE L'EUROPE CENTRALE.

lation que Napoléon l" y dicta à une armée autrichienne au début d^ la campagne de 4805, Tout fait désigner en ce siècle

pour servir de grande place d'armes à rAllemagne méridionale ; connue Rastadt, qui lui fait pendant de l'autre côté du plateau du Neckar, elle a été fortiliée avec l'argent des contributions de guerre françaises. Ingolstadt, que séparent d'Ulm quelques-uns des grands champs de bataille européens, liochstaedi sur le fleuve lui-même, Nœrdlingue et le Lechfeld au Dord et au sud du Danube, est une ville moins considérable, mais une forteresse de date plus ancienne ; elle a été pendant des siècles le boulevard militaire de la Bavière, en même temps que son université, placée entre les mains des Jésuites, constituait la citadelle du catholicisme bavarois. Ratisbonne au contraire a disputé au moyen âge et dispute encore à L Im le prenïier ranjo painii 1rs villes du liant Danube; elb? a en outre sur elle l'avanlai^e d'une nrii^iue beaucoup plus rerulée et d'une histoire bien plus Ionique. Placée au coude septentrional du fleuve, vis-à-vis du confluent de la ^aab et du Regen, dans une situation pareille à celle d'Orléans, sauf que la ville française est au nord de la Loire et la ville allemande au sud du Danube, elle était dès Tépoque romaine un établissement militaire notable, presque aussi important pour la défense et pour Tattaque que celui de Mayence, qui couvrait l'autre extrémité des champs décumates; après la chute de l'empire romain, elle servit de capitale aux ducs agilolfingiens de Bavière et de résidence à saint Eninieran, sous le [latronage duquel reste son église cathédrale; dans la s^diide moitié du moyen Age elle s'enri( bit par son i^rand connuerce, dont le rayon s'étendait jusqu'à Constantinople, et devint une ville libre; même la décadence générale des cités municipales allemandes à partir du xvi* siècle ne lui fut pas aussi fatale qu'à la plupart de ses sœurs, car, comme siège de la diète de Tempire, qui s'immobilisa à son hôtel de ville depuis Tannée 1663, elle fut jusqu'en 1806 le centre politique officiel du saint-empire expirant; aujourd'hui chef-lieu d'une des huit régences bavaroises, elle se dislingue par sa tournure antique

LE DANUBE

et par l'activité plus grande qu'y prend la navigration fluviale.

Passau enfin, que sa position au con Huent de l'Inn a fait appeler le Coblence danubien, a eu un développement analogue à celui de Ratishonne, sans jamais aUeindre à la prospérité de sa rivale; forteresse romaine dans Fantiquité, siège d*un grand évéché et place de comineFce importante au moyen âge, elle n'arriva pas à l'autonomie républicaine et passa directement de la souveraineté de ses princes-évéqnes sous celle des monarques bavarois.

Si les villes du Danube supérieur se parta^nt à peu près également entre ses deux rives, il n'en est pas de même de ses tributaires; à gauche, en effet, il ne reçoit que des affluents peu considérables, tandis qu'à droite les Alpes lui envoient une série de grandes rivières. Dans le premier groupe, qui comprend la Wernilz, TAUmulil, la Naab et le Regen, il n'y a de vraiment intéressant que rAUmulil, qui baigne l'ancien siège épiscopal d'Eichstiedt et débouche en amont do Hatisbonne; son confluent à Kelheim marque en effet à la Ibis le point de départ de l'ancienne ligne de circonvallation romaine autour des champs décumates et celui du moderne système de canalisation entre le haut Danube d*une part, le Mein et le Rhin moyen de l'autre. Le groupe de droite au contraire présente, en dehors de nombreux affluents d*une moindre importance, deux couples de grands cours d'eau, riller et le Lech, qui coulent du sud au nord, et Tlsar et rinn, qui se dirigent du sud-ouest au nord-est. Tous les quatre manifestent leur origiin» alitcstre par leur course rapide et désordonnée, qui se continue même sur le plateau danubien ; tous les quatre, mais surtout le LecU et Tlsar qui aussi n*onl pas de ville à leur confluent, sont de nature peu civilisée, déposent en bancs de sable et en iles les débris qu'ils ont entraînés avec eux dans leurs vallées supérieures, et alimentent par des ruptures firéquentes les marais qui lea accompagnent.

LlHer, qui passe à Kempten et joint le Danube près d*Ulm, est la moins considérable des quatre rivières; née aux confina

174 GEUGRAPHIt; PHYSIÛl'E DE L'EUROPE CENTRALE.

dii Tyrol et de la Bavière, elle sert dans son cours inférieur de frontière politique aux deux royaumes de Wurtemberg et de Bavière; mais la vieille frontière historique et ethnogra-

pliique entre la Soiiabe cl la Bavière est au Loch, des deux côtés duquel les costumes, les mœurs, les dialerles sont différents; pour ne citer qu'un exemple, la terminaison en inye)i de la plupart des villaires souabes fait place, à partir du Lcch, à la forme bavaroise de ing.

Le Lecli, qui a un développement de 250 kilomètres, prend naissance dans les Alpes du Vorarlberg; il débouche sur le plateau à Fussen, Tancien couvent de saint llagnus, et y délimite, de concert avec son sous-affluent de gauche la Wcrtach, Ténorme plaine du Lechfeld, au-dessus de laquelle * ne s*élève aucun arbre. Sa ville dominante, Augsbourg, qui est bâtie à l'endroit même ou les deux rivières se réunissent, forme de toute antiquité un n(eud de routes et un centre do commerce des plus importants, non seulement pour le plateau antérieur des Alpes, mais aussi pour le massif alpestre lui-même; déjà Tacite Tappclait la très reaplendissante colonie rhéHenuf^ : pendant tout le moyen âge elle ))rilla comme ville épîscopale d'abord, comme ville libre ensuite ; au xv!** siècle, où Charles-Quint y réunit à plusieurs reprises la diète de Tempire, ses Welser et ses Fugger étaient les plus riches financiers de FEurope; aujourd'hui encore, bien que fort déchue, elle tient par son commerce et sa banque un rang honorable parmi les chefs-lieux provinciaux de la Bavière.

L'Isar, dont la lonirucur est à peu près étrale à celle du Lerh et commt' lui, se dédouble dans son cours supérieur par un sons-afiluent de gauche, l'Ammer ou Amper, est la vraie artère de la vieille Bavière, à laquelle elle appartient exclusivement et dont les rentres les plus considérables, Municb, Frisingue et Landshut, sont baignés par lui. De ces trois villes, qui toutes ont servi de résidences, la première et la dernière aux ducs bavarois, la seconde à ses princesévèques, Munich est la plus récente, mais elle a singulièrement éclipsé les deux autres et compte aujourd'hui

LE DANUBE

350 000 habila&ts. Fondée par Henri le Lion au milieu dos

graviers et des marécages de la moyenne Isar, elle ne paraissait pas ])lus que Herlin, la ville dos sables de la Marche, appelée à un brillant avenir : pour la capitale de la Bavière comme pour celle de la Prusse, la volonté persévérante dos souverains a fait violence à la nature et créé, dans des conditions géographiques bien peu favorables, de grands centres politiques et intellectuels. 11 y a deux cent cinquante ans déjà, Gustave-Adolphe comparait Munich à une selle de luxe placée sur le dos d'une rosse; la comparaison est plus juste que jamais, aujourd'hui que trois générations de rois, protecteurs attitrés des lettres, des sciences et des arts, y ont accumulé les palais, les églises et les musées; Munich est VAt/u''iif's allemande, mais une Athènes artificielle, qui met la bière à bon marché bien au-dessus des trésors de l'art grec et des séductions de la musique de Tavenîr.

Enfin le quatrième et dernier des affluents alpestres du Danube supérieur est Flnn, le plus long et le plus puissant de tous; car il a un cours de 380 kilomètres et une masse d*eau presque égale & celle du fleuve lui-même. Né dans les Alpes Grises, au pied du Septimer, il parcourt dans toute leur étendue TEugadine et le Tyrol septentrional avant de déboucher sur le plateau bavarois en aval de la vieille forteresse de Kufslein; au-dessus de Hraunau, il se grossit à droite de son diminutif, la Salza ou Salzach, qui descend du massif du Grossglockner, et il forme dès lors, jusqu'à son confluent, la limite entre la Bavière et T Autriche. Ën dehors de Passau, qui lui appartient en commun avec le Danube, il n*y a à signaler dans son bassin que deux villes, aujourd'hui autrichiennes Tune et Fautre : Innsbruck sur llnn, la vieille capitale du Tyrol, et Salzbourg sur la Salza, l'antique Jnvama^ le sièg-o métropolitain des Alpes orientales, dont les archevêques ont tenu jusqu'au commencement du siècle une des premières places parmi les princes ecclésiastiques du saint-empire.

Le cours moyen du Danube, qui commence à Passau à

176 GÉUGttAPHIE PHYSIQUE DE L'EUROPE CENTRALE.

l'altitude de 280 mètres, pour finir k Orsova, où son niveau n*e8t plus que de 35 mètres au-dessus du niveau de la mer Noire, a, comme le bassin entier, la direction caractérislique

(l'ouest on ost ; mais au milieu environ de l'étape un coude à anirle droit, ([iie le fleuve fait à l;i hauteur do Waitzen, lui fait parcourir la plaine hongroise dans le sens du nord au sud jusqu'au confluent de la Drave, où il rej)n'nd sa direction normale; et comme de plus la légère déviation vers le sudest que nous avons signalée entre Ratisbonpe et Fassau persévère entre Passau et W aitzen et se reproduit en aval du confluent de la Drave, le Danube se trouve au bout de son cours moyen de près de quatre degrés plus rapproché de réquateur qu*il ne Tétait au début. Politiquement toute cette partie du bassin est, à Tesception de la Serbie, comprise dans la monarchie austro-hongroise; géographiquement et ethnographiquemenl elle se divise en deux sections d'inégale grandeur, la vallée autrichienne et la plaine honaroise.

La première, qui s'étend de{)uis le conlhient de l'Iiiii jns(ju'à celui de la Mardi, est sensiblement inférieure à l'autre comme superficie; par contre, elle forme iriconteslablement la partie la plus pittoresque du bassin entier. Le fleuve y coule en effet avec une largeur fort variable entre les contreforts des Alpes Noriques et les montagnes du groupe bohémien, tantôt accidenté par les verrous qu*il brise et par les rochers qui, malgré remploi répété de la mine, le font toujours encore tournoyer en rapides, tantôt s'élargissant dans une série de peliles plaines, où des îles et des bancs de sable le divisent en bras et ralentissent son cours ; sur les deux rives, qui par la variété des aspects raf)pellent celles du Rhin entre Mayence et Honn, les villes et les villages, les châteaux et les couvents, les vergers et les vignobles alternent avec les rochers et les montagnes boisées, derrière lesquelles parfois s*élèvent à l'horizon méridional quelques cimes alpestres. A ces beautés d'une nature beaucoup plus riche et d*une culture bien plus avancée que ne le sont celles du triste plateau bavarois, vient 8*ajouter pour cette section du Danube un intérêt historique

LB DÂNUBfi.

et ethnographique de premier ordre : c^esk le lon^ des fertiles bords du fleuve que les marquis, puis ducs, d'Aulriche de la maison de HalKMihiTg se sont graduellemeut avam-és dans la direction du levant, jusqu'à l'entrée de la irrande plaine occupée par les Ma<li.'yars, en amenant à leur suite les colons allemands qui ont élimiaé les anciens possesseurs slaves ot germanisé les deux rives; c*est cette vallée du Danube autrichien qui» sous leurs successeurs habsbourgeois, est devenue, comme archiducbé d'Autriche, le centre territorial d*une des grandes monarchies européennes et le point d*appui de la domination germanique sur les populations slaves de la Bohème et de Tlllvrie.

Les deux villes principales qu'on y rencontre aux altitudes respectives de 240 et de 1*).") iiictrt^s sont Linz en Haute et Vienne en liasse-Autriche; tdles sont toutes les deux situées sur la rive droite du ileuve et dominent l'une et l'autre une plaine fertile, à laquelle elles donnent leur nom. Le hnssiu de Linz est surtout remarquable par les deux affluents alpestres, la Traun et l'Enns, qu*y reçoit de droite le Danube : la première sert de déversoir aux lacs du Salzkammergut; la seconde, qui, dans son cours inférieur, délimite entre elles les deux Âutriches, Haute et Basse, coule d*abord dans une vallée longitudinale comme llnn et la Salza, aux cours supérieurs desquels le sien fait pour ainsi dire suite, puis elle se fraye une roule vers la vallée priiici[>ale par une ru[)ture à angle dndl à travers les Alpes calcaires. Plus considérahie à tous les égards, la plaine de Vienne, qui par le Marchfeld se continue de l'autre côté du Danube jusqu'à la Mardi, est une vaste dépression couverte d'une riche terre d'alluviou, que le fleuve inonde et féconde chaque année, mais que souvent il dévaste aussi, parce qu'il n'est pas encore suffisamment dompté et endigué. Elle n*a qu*une seule rivière, la March moravienne ou Morawa septentrionale; mais ce cours d*eau, le premier d'une vraie importance qui vienne de gauche grossir le Danube, a 350 kilomètres de développement, et il amène, de concert avec sou satellite de droite, la Thaya,

tontes les eaax de la plaioe morave, dont les deux villes principales, Olmutz et Brunn, sont bàlies, Tune sur la March ellemême, l'autre sur un tributaire de la Thaya, la Schwarzawa. l*ar la vallée de la Mardi s'ouvre la grande roule naturelle qui du Danube mrno vers l'Oder, et ainsi le bassin de Vienne sr trouve jdaré au point de croisement des communications entre le haut et le bas Danube d'une part, la Baltique et l'Adriatique de Tautre; aussi a-l-il eu de tout temps une importance militaire exceptionnelle. Sur son sol se sont rencontrés les Romains et les Marcomans, que Marc-Aurèle était occupé à combattre quand il écrivit ses mémoires philosophiques dans les quartiers d*hiver de Vindobona et de Carnunium; là ont été livrées des batailles entre Gharlemagno et les Avares, entre les Bavarois et les Hongrois ; au Marchfeld, la victoire de Rodolphe de Habsbourg sur Ottocar de Bohème a assuré la [)rédon)inance des Allemands sur les Slaves; sous les murs de Vienne, Jean Sobieski a arrêté pour toujours les velléités conquérantes des Turcs Ottomans; et depuis l'ile de Lobau jusqu'à Wagram s'étendent les champs de bataille où se sont mesurés Napoléon I" et l'archiduc Charles. La ville impériale de Vienne elle-même doit certainement une grande partie de son importance à sa situation géographique, sinon sur le fleuve lui-même, du moins à portée du fleuve, dans cet élargissement de sa vallée. Colonie allemande interposée entre la Bohême, la Moravie, la Hongrie et les pays alpestres orientaux, elle n'était encore à l'époque des croisades (|ii'nn(! modeste cité groupée autour du chAleau ducal et de IT'glise de Saint-Ktienne ; mais sa position rappelait naturellement à devenir le centre politique, commercial et industriel des contrées avoisinantes; la fortune de SCS souverains a fait le reste, en réunissant sous leur sceptre de nombreux Ëtats ; elle a grandi avec ses maîtres, et aujourd'hui elle figure, avec ses 1 36S 000 habitants, au quatrième rang comme population parmi les villes européennes.

Autant la première section du cours moyen du Danube offire de variété concentrée sur un espace médiocre, autant

LE DANUBE. 179

celle qui lai ùAï suite est unifonne et monotone dans sa vaste étendue. Le Danube hongrois est en ciret essenliellement et presque exclusivement un fleuve de plaine. Il entre dans la dépression hongroise supérieure par une dernière rupture, qui couiinencc au confluent de la March et finit quelques lieues plus bas, à la hauteur de Presbourg. Au défilé le plus étroit de cette porte de Dévériy il n'a qu'une largeur de 300 mètres sur 6 mètres de profondeur; mais, dès qu*il en est sorti, la nature de son lit et de ses bords change complètement : il se divise en bras nombreux, dont les plus écartés à gauche et k droite déterminent les vastes îles de la Grande et de la Petite-Schult, et est encadré à perte de vue par des prairies et des champs de roseaux, au-dessus desquels ne s'élèvent que des peupliers et des moulins. A partir de Gran, îl.cst vrai, le paysage s'anime un peu davantage, le Danube se frayant un [)assage entre les masses de porphyre et de Iracbyte, quil baigne à gauche, et les collines chargées de vignobles ou couvertes de forêts de chênes, qui bordent sa rive droite; mais immédiatement au-dessous du coude de Waitsen, où il rompt à angle droit sa direction en formant la grande lie de Saint-André» il rentre en plaine; quelques collines peu considérables raccompagnent encore à droite jusqu'à Bnde; plus loin règne sans partage, sur Tun et Vautre bord, rénorme plaine hongroise inférieure. Dans ce monde nouveau, le fleuve, dont le niveau au-dessus de la mer est, dès lUida-Pesth, tombé à 70 mètres, s'avance ])aresscuscment, en sinuosités nombreuses, entre des b(jr(ls tour à tour sablonneux el marécageux, qu'il franeliil taeilement aux grandes eaux : Tinondation de mars 1838 détruisit, à Pesth seulement, trois mille maisons et y fit des milliers de victimes. La lenteur du Danube devient excessive, surtout à partir du confluent de la Theiss, où sa chute se réduit à 1 mètre par 20 kilomètres. Déjà plus haut, il est assez profond pour porter des bateaux qui jaugent 4 000 quintaux métriques; mais les marécages et les mers de roseaux qui le bordent, principalemcnl à gauche, rendent forl difficiles les

180 GEOURAPlllE PHYSIQUE DE L KLROPE CENTRALE.

communicatioDs avec le pays environoant» et n*ont pas pu, comme dans la plaine du Pô, être changés en rizières fertiles; aussi les villes et les villages riverains sonl-ils rares, et, en maint endroit, les corps de garde de Taneienne frontière

mililaire sur^issonl-ils du milieu d'un vaste désert. i]v n'est qu'à rexliriuilr (lu cours moyen, là où se louclient la Hongrie, la S( i bio et la Valachie, qu'a lieu un nouveau changement de décor, quand le fleuve s'engage entre les contreforts du plateau transylvain et ceux du système des Balkhans, qu'il rompt par un suprême effort. Sur une longueur d'une centaine de kilomètres, à partir d'Uj-Palanka, c'est-à-dire la nouvelle forteresse, le Danube coule dans une brèche, ou, pour employer le terme local, dans une klissoura, qu*il a pratiquée à travers des montagnes de 600 à 700 mètres d'altitude, et tourbillonne en rapides autour de nombreux récify. Le dernier défilé, le Demir-Kapou ou Porte de Fer, en aval d'Orsova, est aussi le plus étroit : là le lleuvo osl réduit ù une largeur de 120 mètres, mais atteint, [)ar contre, une profondeur de .')4. 11 se précipite en mugissant, avec lu rajiidilé d'une llèchc, et le passage des bateaux n'y a été rendu plus facile qu'à une époque tout à fait récente; mais, à peine ce banc de rochers franchi, il reprend son cours lent et paresseux, qu'il ne quittera plus jusqu'à la mer.

Le grand centre du Danube hongrois est formé, au premier quart de son cours, par les deux villes conjointes d'Ofen ou Bude et de Pesth, qui sont construites, la première sur la rive droite ou occidentale, l'autre sur la rive gauche ou orientale, et réunissent une population de .'iUO 000 Ames. Bude est raneienne forteresse et la capitale oflieielle de la Hongrie; mais depuis ion i,' temps elle est éclipsée par Pesth, la ville des palais et des nmsées, qui centralise dans son sein le commerce et lindustric, comme la vie politique et intellectuelle du pays madgyar. En amont se suivent Presbourg, Comorn et Gran, les deux premières à gauche, la troisième à droite du fleuve. Des trois villes, Presbourg seule, l'ancienne capitale hongroise, est une cité considé-

LE DANUBE

rable; mais Comorn, qui s*élève à Textrémlié orientale de File de la Grande-Schutt, entre le Danube et un de ses bras qu*a renforcé la Waag, compte parmi les plus fortes places de TEuropc, et Gran ou Strigfonie est, depuis Vintroduction du christianisme en Hong^rie, le siège primatial du royaume. En aval il y a à noter, sur la rive ^^auclu', Kalncsa, l'antre église mélropolitaine de la Hongrie, et, sur la rive opposée, une série de localités, comme iMohacs, l*otcr\vardein, Karlovitz, Salankcmen, Semlin, Belgrade» Semendria» qui doivent leur réputation aux guerres turques. La plus importante de beaucoup est Belgrade, lancienne Singidunum, placée an confluent de la Save, et à partir de laquelle le Danube commence à faire la frontière austro-serbe : après avoir été successivement le boulevard de la Hongrie et une citadelle ottomane en pays chrétien, elle a enfin été restituée, en 1867, à ses maîtres légitimes, les Sorbes.

Quant aux affluents de CL'Ue section dn Danube, ils se partagent fort inégalement entre les deux dépressions hongroises. A la plaine supérieure, qui s'étend sur l'une et l'autre rîve du fleuve, n'aboutissent que deux rivières de second ordre : la Raab à droite et la Waag à gauche. La Waag est la plus puissante des deux; elle natt au pied du Tatra, se grossit de TArva, qui a la même origine, et, après avoir parcouru une vallée pittoresque et absorbé un bras latéral du Danube, opère sa jonction à Comorn. Mais le cours d'eau alpestre de la Uaal», qui coule entre les Alpes Noriques et la forêt de Bakony, céR'hre par ses chênes, ses porcs et ses brigands, a son intérêt aussi : à Saint-Gothard, où il débouche en plaine, fut remportée par Montecuculi et Coligny la première grande victoire des Chrétiens sur les Turcs; plus bas il laisse à sa gauche de vastes terrains sablonneux et marécageux, qui sont en partie au-dessous du niveau du Danube et à l'extrémité occidentale desquels le lac de NeusiedI s'est à plusieurs reprises dans les deux derniers siècles changé, pour des périodes plus ou moins longues, en un fond de vase apte à la culture ; à Raab enfin

182 6É0GBAPHIE PHYSIQUE DB L'BUROPB GBNTRALB.

vient le rejoindre du même côté, dans le lit d'un bras du Danube, son principal sous-afllucnt, la Leillia, qui, dans son eours moyen, lait la limite enlro T Autriche el la Hongrie, et dont on a, par suite, emprunté le nom pour désigner par les deux termes de Gisleithanie et de Tranaleithanie les deux moitiés de la monarchie austro-hongroise.

Beaucoup pins considérable comme superficie, la plaine hongroise inférieure, qui, dos deux côtés du fleuve, mais principalement sur sa rive gauche, couvre tout le pays depuis la forêt de Bakony jusqu'au plateau transylvain et <lepuis les Karpathes jusqu'aux contreforts des Balkhans, a aussi un système hydrographique hien plus développé : à louest elle pénètre, au pied méridional de la forêt de Bakony, jusqu'au plus grand lac de TËurope centrale, le lac Balaton, dont Taire est de 600 kilomètres carrés, et dans sa partie méridionale elle entoure le quadruple confluent de la Drave, de la Thciss, de la Save et de la Grande-Morawa, qui ensemble constituent le groupe d'aflluents le plus imposant de l'Europe eulière.

Le [)retnirr ran!?, parmi ces quatre grands tributaires, revient incontestablement à la Theiss, le seul d'entre eux qui appartienne à la moitié de gauche du bassin danubien. La Theiss est la rivière par excellence de la Hongrie, à laquelle elle reste fidèle d*un bout à Tautre d'un cours, qui, grâce à d'innombrables méandres, avait naguère un développement de 1 200 kilomètres. Née dans les Karpathes boisées, aux confins de la Transylvanie, qui lui envoie ses deux principaux sous-afHuenls de gauche, la Szamos et la Marcs, elle reproduit avec une symétrie parfaite le cours moyen du Danube, coule d'ahord dans le sens de l'équateur, d'est en ouest, jusqu'en aval des vignobles de Tok<y, puis fait, à l'endroit où elle reçoit de droite le Sajo, grossi parTHemad, un coude à angle droit, analogue à celui de Waitzen, et suit dès lors jusqu*à la fin, par Szegedin et par Zenta, la direction du méridien, du nord au sud, en laissant entre elle et le fleuve principal, qu'elle accompagne parallèlement à une

LE DANUBE

distance respeclueusc , la Mésopotamie danubienne connue sous le nom du pays des Jazyges et des Cumans. On vante avec raison sa richesse en poisson, quoiqu'il faille l'enthousiasme patriotique des Hongrois pour prétendre que le poisson occupe un tiers de son lit; d*autre part, ses inondations énormes, qui couvrent jusqu^à un million d'hectares, et la nature généralement marécageuse de ses bords, où pullulent les insectes et les sangsues et où régnent les fièvres paludéennes, en font une voisine fort incommode, hion que depuis les grands travaux d'endii;iionicnt et de ré«irula-

risalion commencés par l'illustre palri(»ti' madi^yar S/ichcnyi aient sensiblement amélioré son régime, en raccourcissant sou cours de quelques centaines de kilomètres. Son caractère distinclif cependant, c'est d'être l'artère centrale de la * grande plaine hongroise, de cette plaine presque infinie, si chère à ses enfants, où se coudoient la civilisation et la barbarie; où croissent en abondance le blé, le mais, le tabac, le vin; où, dans les puszias sablonneuses, s'ébattent d'immenses troupeaux de chevaux, de bêles à cornes, de moutons et de porcs, surveillés par les plus admirables cavaliers de l'Europe; où l'on ne renconlre que de rares villages, mais des villages qui, comme celui de Debreczin, ont plus de 50 000 babilanls; où il n'y a pas de routes, mais un réseau complet de cbemins de fer, et où partout le Madgyar répèle son vieux dicton : Extra Hungariam, non est viia, oui si est vita, non est ital

Fort différente est la nature des deux rivières conjuguées, la Drave et la Save, qui, en amont et en aval du confluent de la Theiss, débouchent de droite dans le Danube, en délimitant au nord et au sud la longue et étroite bande de terre de rEsclavonîe et delà Syrmie, que parcourt jusque dans le voisinage du fleuve un chaînon alpestre, et que couvrent de grandes forêts de chênes, de hêtres et de sapins gigantesques. Elles aussi deviennent leiilcs et marécageuses en s'engageant dans la dépression danubienne; mais plus liant leur cours extrêmement rapide, à eau verte et pure, dénote

leur origine alpestre, ot leur double vallée est d'un boul à Tautre orieatée du couchant au levant, c'est-à-dire dans la direction normale de la vallée du Danube : tout comme le Rhône à Lyon pénètre dans le lit de la Saône qui devient le sien jusqu'à la Méditerranée, le Danube entre à Belgrade dans celui de la Save, qu'il continue en ligne droite jusque dans le voisinage de la mer Noire. La Drave a 600, la Save 700 kilomètres de longueur; la première naît en Tyrol au Toblacherfeld , baii.'^ne Viliach en Carinlliie et Eszek en Esclavonie, et opÎTC sa jonction au milieu do marécages inhabités; la seconde vient du Ti-rj^loii, passe près de Laibach en Carniolo et d'Agram en Croatie, sépare plus loin l'Esclavonie de la Bosnie et de la Serbie, et rejoint le Danube entre Semlin et Belgrade. L'une et l'autre ont un tributaire considérable, issu des Alpes comme elles-mêmes : la Drave reçoit de gauche la Mur, qui parcourt la Styric et baigne sa capitale, Gratz; la Save est renforcée à droite par la Kulpa, la rivière croate. La Save est, en entre, grossie du même côté par toute une série de rivières, l'Unna, le Verbas, la Bosna, la Drina, (jui appartiennent déjà au système des Halkliaiis et à la j)res(]u'île gréco-turque : comme elles sont étrauL^Tes à l'Europe centrale, nous n'avons pas à nous y arrêter. 11 en est de môme du quatrième et dernier des grands aflluents du Danube hongrois, la Grande-Morawa , rivière caractéristique de la Serbie, qui débouche perpendiculairement au fleuve en aval de Semendria, et ouvre vers le sud et vers le sud-est les deux rentes naturelles qui, de Vienne, Pesth et Belgrade, mènent d'une part à Saloniki et de Tautre à Gonstantinople.

Pour la même raison aussi, nous nous contentons d'indiquer brièvement les caractères les plus saillants du cours inférieur du Danube?, (jui, à partir d'Orsova, s'engage dans une nouvelle région de notre continent. Dans cette «Icrnière étape, le fleuve coule plus lentement que jamais, dans un large lit, qu'obstruent les iles et les bancs de sable, et qu*accompagnent à gauche de nombreux marécages, entre le»

LBS FLKUVES DB L'ALLEMAGNE SEPTENTRIONALE. 185

riches plaiaes de la Roamanîo, qui s'adossent au plateau transylvain, et les terrasses fertiles de la Bulgarie. 11 a repris, depuis le conQuent de la Save, sa direction normale d*ouest en est, et si le plateau de la Dobroudja le fait momentanément dévier au nord, il est bientôt renvoyé vers la mer Noire par ses g:rands tributaires de ^auclie, le Sereth et le Prulh. Puis, un peu au-dessous de leur conlluonl, commence son vaste délia, dont la terre d'alluvion a été successivement déposée par lui, et un j^rand nombre de bras, où la navigation n'est possible que grâce à des travaux incessants, le font aboutir, non sans peine, au bassin maritime dans lequel il se perd. Gomme instrument de culture, le Danube inférieur, malgré les bateaux à vapeur qui le sillonnent, ne peut soutenir la comparaison avec les deux sections supérieures, parce que les contrées qu'il parcourt ont jusqu*à une époque récente fait partie de l'empire k demi asiatique des Ottomans; mais si l'on soni;e que le Danube moyen, qui à une autre ép()(]ue de l'Iiistoire n'était (jue la i^rande route raililaire par laquelle se sont avancés, en sens opposés, les Huns et les Madgyars, les multitudes croisées et les armées turques, est aujourd'hui la ligne centrale d'une des grandes monarchies européennes et a vu la civilisation moderne des* cendre graduellement le long de ses bords à travers les pays autrichiens et hongrois, il est permis de penser que celle-ci finira par conquérir également le bassin danubien inférieur, où déjà les Roumains sont liers de leur communauté d'origine avec les nations néo-latines de l'Kurope occidentale, et qu'alors le Danube remplira complètement le rùle auquel la nature parait l'avoir appelé, en devenant le trait d'union entre l'Occident et TOrient.

Tandis que le Rhin et le Danube ont Fun et l'autre une individualité extrêmement marquée, les quatre fleuves entre les bassins desquels se partage la moitié septentrionale de

l'Europe du centre ont un certain nombre de caractères communs. Inférieurs comme longueur du cours et comme

élenduc du «Imnaiiic tant au Hhiii qu'aux fleuves russes, qui k's avoisinent au couchant et au levant, ils [)arlici|»ent à la fois, dans des proportions ditTérenles il est vrai, à la nature du puissant fleuve alpestre et à celle des grands ( ours d'eau de la plaine sarmate. Tous les quatre, en eilel, iU sont, comme ces derniers, des fleuves de plaine, et parcourent dans toute sa largeur la dépression de la basse Allemagne; mais tous les quatre aussi ils se rattachent à FEurope centrale montueuse, d*autant plus intimement qu'ils se rapprochent davantage du Rhin : le Weser et l'Elbe, qui, de même que le Rhin lui-niênié, sont tributaires de la mer du Nord, ne pénètrent dans la plaine septentrionale (ju apii s un cours supérieur à travers TAllemagne nionlueuse, d les tributaires de la Baltique, l'Oder et la Yistule, découlent du moins de la diagonale européenne, que soht obligés de rompre les àeniL fleuves plus occidentaux. La direction de leurs lits présente une similitude plus frappante encore : ils coulent tous les quatre, dans la majeure partie de leur parcours, du sud-est au nord-ouest, et ne dévient de cette direction normale que sous l'influence des hauteurs ouralo-karpathiennes et des hauteurs ouralo-baltiques, que tantôt ils longent en obliquant vers l'ouest et que tantôt ils brisent on se redressant vers le nord.

Des (juatre fleuves, le plus occidental, qui est en même temps le seul sur les rives duquel on ne parie que rallemand, est de beaucoup le moins considérable : le Weser, le Visurgis des Romains, n*a que 520 kilomètres de développement, sur une distance directe de 370 kilomètres, et 44 000 kilomètres carrés de bassin. Son origine est double : il est formé en effet par la réunion de la Fulda hessoise et de la Werra thuringiennc, qui du sud et du sud-est confluent vers le bassin de Mundcn, en contournant à l'ouest et à Test le massif du Hohe-Meissner. La Fulda, qui a sa source dans la Rhocn à une altitude do iriO mètres, parcourt la majeure partie de l'ancien éleclorat de liesse dans une vallée lantùL étroite, tantôt élarg^ie en bassins, et reçoit à gauche l'Lder qui des-

LB WESBR.

ceQd du plaleiti wcslphalien; sur ses bords so suivent Fulde, la colonie ecclésiastique, apicole et scieatifique fondée en 744 par saint Boniface, dans un large entonnoir entre la Rhoen et le Vogelsgebirg, au milieu des forêts de hêtres de la Buehania, puis Hersfeld, également siège d'une abbaye princière, enfin Gassel, située au milieu de la plaine de la Hesse septentrionale, au croisement des routes qui viennent du Wescr, de la Lippe, de la Lahn, de la Fulda et de la Werra, et qui, après avoir été choisie comme résidence landgraviale dès l'oriiiine de la dynastie hessoise, est devenue tour à tour, en ce siècle, la capitale du royaume napoléonien de Weslphalie, celle de réleclorat ressuscité de liesse et le chef-lieu d*une province prussienne. La Werra nait dans la Foret de Thuringe, à l'altitude de 700 mètres, et coule d'abord, à travers les duchés saxons, dans une agréable vallée qui se découpe entre cette chaîne et la haute Rhoen; puis à la hauteur d'Eisenach, d*où lui vient la Hoersel, elle quitte la Forêt de Thuringe et sépare plus bas Tfiichsfeld d*avec la Hesse. Elle est plus longue et plus puissante que la Fulda, à laquelle elle impose sa direction; mais elle n'a à, mettre en li^^ne aucun centre important, les deux résidences saxonnes de llildburghausen el de Meiuiugen n'élanl que d'humbles petites villes.

A xMunden, où les deus rivières se rejoignent, commenco la partie la plus pittoresque du bassin, qui en est également la plus intéressante au point de vue historique et politique. La vallée du fleuve, que longent des deux côtés les monts du Weser, n*a pas comme celle du Rhin la parure des vignobles; mais les belles forêts qui l'encadrent, les prairies verdoyantes qui y alternent avec des champs fertiles, en font une espèce de parc anglais. Les souvenirs militaires s'y rencontrent à cIkujul' pas : c'est sur une prairie entre le fleuve et la montagne, que Germanicus veui^ea à Iil/sinrisus (près de Buckclioiirg^'i la défaite de Varus sur le Cbérusquc Arminius; c'est le cours moyen du Weser qui a été un des principaux théâtres de la lutte de Cbariemagne contre les Saxons,

et il a vu de nouveau de nombreuses batailles dans les guerres de Trente Ans el de Sept Ans. Naguère aussi, avant la simplification géographique opérée par les annexions prussiennes, il parcourait une des contrées les plus morcelées de rAliemagne, et ne se partageait pas entre moins que sept États différents; môme aujourd'hui que la Prusse a absorbé la Hesse électorale et le Hanovre, il arrose encore par lui-même ou par ses affluents des territoires prussiens et brunswickois, plus les trois principautés de Waldcck, de Lippe-Delniold et Scbauinbourpi^-Lippe. Dans cette (Hap(^ ino\ «Mine le Weser coulo d'abord dans la diroctioji du sud-est au nord-out'st ou mi'ine du sud au nord, en passant devant Carlsbafen, où vient le rejoindre de gauche la Dietnol originaire du plateau westplialien, et devant Iloexter, la ville fondée sous la protection de la savante abbaye carlovingienne de Corvey; puis, au-dessous de Hameln, les monts du Weser le renvoient à Touest baigner Rînteln, l'ancienne ville universitaire, et il garde cette direction jusqu'à Ylotho, oili il se retourne brusquement, à angle droit, an nord, pour rompre la barrière qui le sépare do la plaine. La rupture, qui s'opère une lieue environ en uruont de Minden, s'apjHlle en langage géograpbi(}ue la Parla wcstphalica \ le peuple la nomme plus justement die Scharie, c'est-à-dire renlaille, car le fleuve a bien plutôt rongé que brisé l'obstacle, et c'est par une agréable vallée transversale, non par une porte de rochers, qu'il s'introduit dans la dépression de la basse Allemagne.

£n y entrant, il n'est déjà plus qu'à 30 mètres au-dessus du niveau de la mer; aussi son cours inférieur, qui depuis l'annexion du Hanovre est presque exclusivement prussien et n'appartient que pour une petite part à la république de Brème el au grand-ducbé d'Oldenbourg, a-t-il une cliute à peu près insensible. Il est encadré par des bords extrêmement plais, (jiii tantôt s'étendent en Marsrhefi fertiles, tantùt soni composés de landes et d»^ tourbières, devient plus largo et j)lus ricbe en îles à mesure qu'il se rapproclie de la mer, et se termine par un estuaire fort considérable, qui, de même

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que le golfe voisin de la Jahde, tient la place de lancien littoral de la mer du Nord. Les deux affluents principaux qui grossissent le bas Weser, l'Aller à droite et la Hunte à gauche, ont Tun et Fautre un caractère tout aussi prosaïque

que le lleuve lui-même; mais, tandis que la lluute, la livière d'Oldenbourg, n'arrose absolument qu'une plaine marécageuse, analogue à celle de sa voisine occidentale l'I^^ins, l'Aller, qui vient du pays de Magdebourg et accompagne au sud le plateau de Lunebourg en passant par Celle et par Yerden, est redevable à ses tributaires de gauche d'une variété un peu plus grande : TOcker, qui baigne les villes guelfes de 'Wolfenbuttel et de Brunswick, lui amène les eaux du Harz septentrional, et la Leine, que rejoint par Hildesheim rinnerste, le plus dangereux des torrents du Harz, sillonne de ses eaux rougcâtres le long golfe de Goetlingue interposé entre le Ilarz et les monts du Weser, avant de déboucher dans la plaine, à l'entrée de laquelle s élève sur sa rive droiii; la moderne ville de Hanovre, naguère capitale du royaume de même nom, dont Gocttingue était l'illustre .université. Nous venons d'indiquer les localités les plus connues situées sur les affluents du Weser inférieur; sur le fleuve lui-même sont placées Minden et Brème, la première sur sa rive gauche, la seconde à cheval sur ses deux rives. Toutes les deux sont des créations carlovingienncs et doivent leur origine, de même que Hildesheim et Verden, aux: sièges épiscopaux (ju'y établit Charlemagne pour la conversion des Saxons; mais Minden, qui occupe dans le bassin fluvial du Weser une position analogue à celle de Bonn et de Meissen dans les bassins du Rhin et de l'Elbe, n'a jamais eu grande importance sauf comme place forte, et elle a été démantelée de nos jours, parce que ses fortifications, autrefois précieuses à la Prusse pour dominer à la fois la vallée du Weser et la grande route naturelle qui de la basse Elbe mène au bas Rhin en contournant la bordure septentrionale de l'Europe centrale munlueuse, lui étaient devenues inutiles au mili<Mi d'une Allemagne uniiiée à son proiit; Brème, au contraire, a joue

dans le passé un rôle fort remarquable, d'abord commo métropole ecclésiastique du Nord, plus tard comme grande ville libre hanséatiqoe, et aujourd'bui encore, grâce à ses avant-ports de Vegesack et de Bremerhafen, elle est, quoique au milieu des terres, un des ports de commerce les plus considérables de rAUemagne.

Du bassin du Weser nous passons à celui de TEIbe, dont

l'embouchure aboutit à une découpure plus orientale du même golfe do la mer du Nord qui reçoit le Woser; mais auparavant il ne st t a pas hors do propos de consacrer quelbues iiirnes à un lleuve cùlier plus occidental, dont le cours, long de 370 kilomètres, se développe parallèlement au Weser et au Rhin, à égale distance des deux fleuves, à travers la dépression westphalienne et frisonne. L'Ëms prend sa source an pied de la Forêt de Teutobourg, au fond du golfe de plaine dont le centre est la vieille et puissante cité épiseopale de Munster, bâtie sur un de ses tributaires de gauche ; dirigée d'abord d'est en ouest, elle prend à la hauteur de cette ville sa direction normale du sud au nord, baigne Lingen, puis .Mt'|)pen, t)ù elle reçoit de droite la rivière d'Osnabruck, lallaase, entre (huis leDoUarl, à droite duquel se trouve son rentre maritime, Emden. et piiîiie la [)leine mer par deux embouchures, l'Eras orientale et l'Ems occidentale, que sépare 1 ile frisonne de Dorkum. D'un bout à Tautre de son cours, TËms, qui n'est au fond qu'un diminutif du bas Weser, appartient exclusivement à la plaine de la basse Saxe; sa source n'est qu*à 110 mètres au-dessus du niveau de la mer, cl sur la majeure partie de son parcours elle est des deux cOtée bordée par d'immenses tourbières, au milieu desquelles a été fondée, sur sa rîvo droite, la colonie agricole de Papenburg.

Si l'Ems reproduit l'étape inférieure du Weser, l'Elbe est un Weser complet, mais un Weser dont les proportions sont beaucoup plus grandioses. Comme le tîeuve voisin, elle naît dans la région montueusc de l'Allemagne moyenne, d'où elle sort, dans la Suisse saxonne, par une rupture analogue à la

L*ELBB.

Paria westpkaliea; comme lui, par conséquent, elle fournit deux étapes, Tune supérieure, dans Tentonnoir bohémien, l'autre inférieure, dans la plaine septentrionale; mais sa masse d*eau est bien plus considérable, son domaine beaucoup plus étendu : de sa source à son emboucliure on mesure 600 kilumèlros en ligne droilo, 81)0 en tenant compte des courbes de son cours, et son bassin couvre une siiperlicie de 155 000 kilomètres carrés. Aussi tient-elle parmi les fleuves européens un rang bien supérieur à celui du Woser; limite orientale de la Germanie du moyen âge, elle est aujourd'hui le fleuve central de TAllemagne du nord et le trait d*union entre les contrées de Touest, de tout temps tudesques, et celles de Test, où la race germanique s'est peu à peu substituée k ta race slave; dans son bassin supérieur seulement, les Tchèques de la Bohêmo ont réussi à maintenir leur nationalité slave en face des envahissements allemands.

L'Elbe, (jue les Romains appelaient AUfia et ipii en slave porte le nom de La66, prend son origine sur le versant méridional de la diagonale européenne, dans le massif des monts des Géants. Sa source officielle est un filet d'eau qui jaillit à l'altitude de 1 380 mètres dans une prairie marécageuse à l'ouest de la Sohnéekoppe, se grossit immédiatement par la jonction de nombreuses rigoles de même origine, et forme avec elles TElbbacb ou ruisseau de l'Elbe; cependant le AVcisswasser ou eau blanche, qui découle j)lus à l'est d'une autre prairie située au pied même de la Schnéekoppe, a à la fois un point de départ un peu plus élevé et un débit [)liis considérable. Les deux cours d'eau se précipitent en cascades vers leur point de réunion qui se trouve à la hauteur de 700 mètres, puis continuent à couler dans la direction primitive du nord-ouest au sud-est, qui est diamétralement opposée à la direction normale du fleuve, jusqu'à la forteresse de Josephstadt, où le confluent d'une troisième rivière de source, TAupa, également née à la Schnéekoppe, mais plus orientale encore (jue le W eisswasser, redresse le cours dans le beus du nord au sud, vers Koeuiggraelz et Pardubitz, en

lui faisant conU)iiriicr le clmin[) do balaillo de Sadowa. A Pardubitz un nouveau coude, celte fois à angle droit, ramène TËlbe deslen ouest, puis de sud-est en nord-ouest, parallèlement aux Sudètes, par Kolin, Melnik et Leilmerilz, jusqu'à Lobosilz; là enfin, achevant sa courbe presque circulaire, elle prend la direction du sud au nord pour sortir de Tentoanoir bohémien, qu'autrefois peut-être, avant la rupture de la Suisse saxonne, elle changeait en un grand lac.

Le cours supérieur de l'Elbe le long des Sudètes a pour contre-partie exacte celui de son aflhient de gauche TKger, qui longe de sud-ouest vu nord-est les monts des Mines et le petit massif subordonné du Mittelgebirg boljémien ; née dans les monts des Pins, elle baigne Kgcr, Carlsbad, Theresicnsladt, et rejoint le fleuve en face de Leitmeritz. Mais rimporlance de TEger est singulièrement dépassée par celle d'un autre tributaire de gauche, la Moldau, qui opère sa jonction plus haut, à Melnik, et qui, bien plus que l'Elbe elle-même, est le vrai fleuve de la Bohême. En effet, tandis que FElbe et TEger, attachées aux flancs des deux bordures septentrionales du quadrilatère bohémien, sont confinées dans la partie la plus déprimée du pays, la Moldau, dont le cours a une longueur (le 'A'M) kilomètres, ne longe la troisième des chaînes bolH uiieinies, la Forêt de Bohème, où elle prend sa source à l'altitude de 1 200 mètres, que dans sa vallée supérieure, vraie annexe de son bassin, et, changeant bientôt par un double coude sa direction nord-ouest à sud-est en une direction sud-nord, elle arrose, de concert avec ses sous-affluents, dont deux, la Sazawa et la Beraun, répètent le cours symétrique de TEIbe supérieure et de TEger, les terrasses successives de Tentonnoir bohémien, qu'elle partage en deux moitiés égales. Aussi puissante que TElbo, elle lui est supérieure comme voie de communication, car le fleuve n'est guère navigable en amont du confluent do son grand tributaire et la Moldau porte des bateaux dès Budweis au pied de la Forél df Bohême, 'oii, à défaut d un canal souvent projeté, jamais exécuté, un chemin de fer met son

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