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CONQUÊTE ROMAINE

Alpes cenlrales et le Danube, qu^habitaient des tri h u s d'origine demi-celtique, demi-illyrienne ; ils parcoururent même en vainqueurs (11 avant à 5 après Jésus-Christ) la Germanie à Test du Rhin, et Drusos atteignit FElbe, que L. Domitius Ahenobarbns eut la gloire de franchir; mais ni Auguste ni ses successeurs ne réussirent à établir la domination romaine d'une façon durable dans la Germanie proprement dite. Au nord du Danube, Marbod et ses Marcomans se maintinrent indépendants dans le pays des Boïcns qu'ils venaient d'envahir; à l'est du Rhin, le Chénisque Arminius, que Tacite appelle à bon droit le libérateur de la Germanie, dégoiita à jamais les Romains de la velléité de réduire à la servitude les peuplades entre le Rhin et l'Elbe, en détruisant les trois légions de P. Quinctilius Varusdans la forêt de Tcutobourg, c'est-à-dire dans le pays montueuz et boisé qui, dans le voisinage de Detmold, s'étend des sources de la Lippe et de TEms jusqu'au cours moyen du Weser (9 après Jésus-Christ). Les expéditions victorieuses de Germanicus, le digne fils de 'Drusus. vengèrent le désastre de Varus; mais la tentative de soumettre les Germains d*outre-Rhin à l'administration provinciale romaine ne fut pas renouvelée; les successeurs d'Auguste renoncèrent à les incorporer dans leur empire, se contentant prudemment de les surveiller avec soin et d'assister avec délices k leurs querelles inleslines, qu'ils savaient fomenter au besoin.

En deux endroits seulement, les empereurs du i*^ et du II* siècle se départirent de la sage politique de maintenir le Rhin et le Danube comme h'mites extrêmes du monde romain. Dès le milieu du i** siècle, mais principalement à partir de Domitien, on colonisa, au moyen d'aventuriers gaulois (et germains aussi sans doute), l'espèce de golfe de l'empire, sinus imperiiy comme Tappfdle Tacite, qui s'interposait entre les provinces rhénanes de la (iaule et les provinces au nord des Alpes, et que les dévastations de la guerre avaient rendu presque désert; ce furent les fameux champs de la dime, agri decumateê ou decumani^ le Zehniland des

Aîlomands, dont lo nom provient du tribut imposé aux colons. Pour les défendre, et aussi pour servir de ligne de douanes, fut construile une lig-ne continue de retranchements en terre ou en pierres, dont on retrouve jusqu'aujourd'hui de nombreux vestiges dans le Taunus, dans TOdenwald, dans Ja Rauhe-Alp, où ils sont connus sous les noms de murailles ou de fossés des Romains» des Païens, du Diable; elle quittait le Rhin à la hauteur de Coblence en s*enfonçant dans la Germanie parallèlement au lias Mein, prenait ensuite directement du nord au sud de façon à éjxjuser ravanl-dornière étape du Mein depuis AschafTenbouri: jusqu'à Miltenberg-, gagnait la source de la Koclier, et enlin, par un angle aigu, rejoignait le Danube au-dessus de Haiisbonne, tout près du confluent de rAltmuhl. L'utilité stratégique de cette occupation saute aux yeux : elle faisait entrer dans le système défénsif de Tempire une région par laquelle les barbares pouvaient à la fois attaquer la ligne du haut Rhin et tourner celle du Danube supérieur. ïrajan, le seul empereur conquérant, obéit à des nécessités moins évidentes en constiluanl sur le bas DanulM\ après la défaite du roi des Daccs Décébalc (10." aj)rès Jésus-Christ), la province de Dacie, où il appela de nombreux colons romains. Sa création, également défendue par de nombreux boulevards, couvrait la vaste contrée qui, depuis le Danube inférieur et la Theiss, s*élend jusqu'aux Karpathes et au Pruth, peut-être même jusqu*au Dniester ou au Boug; mais, par une singulière anomalie, elle laissait en dehors de ses frontières la longue bande de pays comprise entre les cours parallèles de la Theiss et du Danube hongrois, si bien que le pays indépendant des Jazyges s'intercalait comme un coin entre les [)n)viiices romaines.

Par suite de celte double usurpation, qui en deux endroits portait la frontière de l'empire bien au delà de la ligne du , Rhin et du Danube, l'Europe centrale se trouva d'autant plus profondément entamée par la domination, et aussi par la civilisation romaine. Le limes romanus avec ses innombrables défenses, villes, tètes de pont, camps retranchés, châteaux

PAOYi:>iG£S ET VILLES AOMÂlNES.

forts, murs et fossés continus, délimitait en effet bien plus que deux sociétés politiques : il séparait deux mondes dilTérenls. D'un côté, les provinces frontières du grand empire étaient soumises h une administration savante, vivaient au milieu du luxe et de Topulenre, participaient aux bienfaits comme aux inconvénients d'une civilisation avancée; de l'autre, étaient campées plutôt qu'établies, dans leur barbarie native, sans liens politiques qui les reliassent entre elles, de nombreuses tribus qui n'étaient pas encore arrivées à con* stituer une nation.

Ce n*cst pas le lieu ici d'exposer l'organisation politique et administrative du monde romain, qui n'a guère laissé de traces dans les contrées qui nous occupent; il nous suffira d'indiquer quelles étaient les provinces et les villes notables dans la partie de l'Europe centrale que Rome avait réussi à conquérir.

Pour ce qui est des provinces, nous nous contenterons d'une simple énumération. Sur la rive gauche du Rhin, depuis son embouchure jusqu'à la chute de Schaffhouse, et dans le bassin supérieur du Rhône s'étendaient les provinces

orientales de la Gaule, à savoir la Germanie romaine, tant inférieure que supérieure, l.i Ik'Igiijue, la Séquanaise et les Alpes gauloises. Les provinces au nord des Alpes, annexées à l'Italie et à l'illyrie, couvraient la région comprise entre la chaîne principale du système alpestre et le Danube supérieur et moyen, depuis les sources du Rhône et du Rhin jusqu'au confluent de la Save : c'étaient d'abord la Rbétie au sud et la Vindélicie au nord, puis, se suivant le long du Danube, la Norique et la Pannonie. Entre les deux groupes s'intercalaient, comme un avant-poste militaire, les champs décumates, comptés, en majeure partie du moins, avec la Germanie supérieure. Enfin les provinces septentrionales de la presqu'île de rilémus et la Dacic achevaient, des deux colés du bas Danube, la frontière couliaeatale du monde romain en Europe.

214 GEUGUAPUIE HISTORI(JLE DE L EUUOPE CENTRALE.

Un intérêt plus considérable se rattache pour nous à Texamen des villes romaines de l'Europe centrale : la majeure

partie d'entre elles subsiste; elles ont été pendant fort longtemps les plus importantes de la région entière. Leur origine remonte en partie plus haut (jue la coinjut^le romaine, dans la Gaule rhénane principalement; mais partout les liomains^ colons essentiellement urbains, ont agrandi et embelli les villes déjà existantes; dans la plupart des cas, leurs centres d'établissement ont été des créations nouvelles, soit qu'ils aient été bâtis immédiatement avec le caractère de villes ou qu'ils soient sortis des forteresses élevées par Drusus et par ses successeurs.

Avant tout il faut signaler les nombreuses cités el places d'armes du Hhin inférieur et moyen, toutes situées sur la rive gauche du Ikuve, mais en partie défendues pai' des têtes de pont construites sur la rive opposée. Nous citerons dans le delta rhénan Ftevutn caslellvm {k rembouchure du fleuve), Lugdunum Balamrum (Leyde), Trajectum (Utrecht) et \ovi(h magus (Nimègue); plus haut Vêlera Coêêra (Xanten), iVooesium (Neuss), mais surtout la capitale de la Germanie inférieure, Colonia Agrippineniis (Cologne), l'ancien oppidum Uhiorum transféré sous Auguste de la rive droite à la rive gfauche du fleuve par Vipsanius Agrippa et élevé au rang de colonie romaine grAce à l'impératrice Agrippinc, qui y était née. Puis venaient ]i<ntmi (Bomi), Hifiomnfjxîi Remagen), Anlunnacnm (Andernach), Confuentcs (^Coblence) au confluent de la Moselle, liingium (Bingen) à l'embouchure de la Nahe, et Maffoniiarinn (Mayencc)en face de l'embouchure du Mein : cette dernière ville, qui était la métropole de la Germanie supérieure et qu'un pont reliait au fort de Castellum (Castel) en face, est probablement la plus ancienne cité rhénane; son origine est incontestablement celtique; c'est dans ses murs qu'on transporta le cadavre de son second fondateur Drusus. Plus en amont encore se suivaient liorhctomagus ou Anf/f/sla Vangionuii} (Wornis), NoviomiKjus. ou Augusta Ncmctiun (Spire), labernae ^Hheinzaberu), Salelio {Selz)t Argentoralum

PROViNGBS ET VILLES ROMAINES.

(Strashours) el, déjà dans la Séqiianaise, au tlelà du grand coude du lîeuve, Aut/nsta lîditracoruin, j»rès des ruines Ue laquelle s'est depuis élevée la ville plus récente de Bâle.

La ligne du Danube, quoique inoins riche eu centres importants, n'en était pas dépourvue cependant : il y avait tout d'abord les deux villes rhéliennes de Regina eoitra (Ratisbonne) en face de Fembouchure du Regen, et de Baiam casira (Paasau) au confluent de llnn; puis, en Noriqoê, Latfreaeum (Lorch), la station de la flottille danubienne, probablement située à l'embouchure de TEnns; enfin en Pannonie les trois villes de Vindobona (Vienne), de CaDi^nilum (Pctronell, entre Vienne et Pn sbourg) et de Taurunum (Senilin\ dont la dernière était avoisinéc de près par la cité mésieune de Singidunum (BelgrsLÔc) .

En avant du Rhin el du Danube florissaient dans les champs décamates et en Dacie, & Tabri des fortifications construites par Domitien, par Trajan et par Adrien, un certain nombre d'établissements romains, comme le prouvent surabondamment les vestig^es de temples, de bains, de routes qu'on rencontre en beaucoup d'endroits tant du Taunus et de la Souabe que de la Hongrie et de la Transylvanie; jiarmi eux A'/uap Mattiacae^ Civi/as aurelia (Ujumsis el Sumelocennay qu'ont remplacés aujourd'hui Wiesbadeo, Bade-Bade et Kottenburg- 8ur-le-Neckar.

Enfin dans les contrées en arrière des deux fleuves qui depuis ont fait partie de rAllemagne ou de ses annexes, le choix est difficile, et nous nous contenterons d'indiquer les villes les plus célèbres : ce sont d'abord les cités de la Moselle, Tulium Leueorum (Toul), Divodurum Mediomatricorum (Metz), et la plus illustre des trois, Augusla Treverorum (Trêves), la capitale de la Belgique première, dont les babitants se vantaient de leur descendance germanique, en allendaut que les ( broniqueurs du moyen âge lui attribuassent une origine de treize cents ans antérieure à celle de Rome, en la faisant fonder par Trébéla, le beau-lils de Sémiramis; pms, sur ou près de la Meuse, Virodunum (Verdun), el Aduaea

Sie GÉ06RAPU1Ë UISTOHIQUE DE L'EUROPE GEISTRÂLE.

Tungrorum (Tongres); dans le bassin de rAar, Aventieum (Avenches) et Vindonisâa (WÎDdisch); sur le Rhin supérieur

ou sur le lac de Constance, Curia (Coire) et Brigantium (Bregenz); sur l'Illcr et le Lcch, la ville celtique romaiiisée de Camhoilnnum (Keniplen) et la brillaiilc colonie romaine à'Au(jusUi ViïideUcum (Augsbourg), où se réunissaient les deux grandes routes qui depuis Milan et Vérone franchissaient les Alpes centrales; sur la Salza, Juv^rm fSalzbourg), et sur la Save, Siscia (Sisek), mais surtout Sirmium (en amont de Belgrade), qui était le grand point d appui des opérations militaires sur le Danube, comme Trêves Tétait pour celles du pays rhénan.

Tandis que la partie sud-ouest de TEurope centrale avait été plus ou moins latinisée, la porlion beaucoup plus considérable de noire rég:ion qui dans la direrlion du nord-est faisait face aux provinces romaines du Rhin et du Danube, était resiée inaccessible à la fois à la domination et aux mœurs du peuple-roi. La Germanie indépendante ou Grande- Germanie 8*élendail depuis les deux fleuves et leurs boulevards extérieurs jusqu'aux deux mers septentrionales, la mer Germanique (mer du Nord) et la mer Suève (mer Baltique); quant à ses limites orientales, les géographes romains n*osaient trop les fixer, et Tacite indique comme sa principale frontière d'avec la Sarmatie la crainte mutuelle que sHnspiraient les deux peuples; cependant on peut regarder la Vistule et l'exlrémilé occidentale des Karpathes comme les bornes aj)proxitnaliv(>s de son extension vers le levant. En la comparant par constMjueiil h TAllemagne moderne, on voit qu'elle lui était seosiblement inférieure en superficie, son étendue un peu plus considérable du côté de l'est étant loin de compenser son extension beaucoup moindre vers l'ouest et le sud; et de plus on constate que, tandis qu^aujourd'hui Taire de rAllemagne supérieure égale ou surpasse celle de la basse Allemagne, la haute Germanie était à l'époque romaine beaucoup moins étendue que la basse.

LA GERMÀiSIfi IMDÉPENOÀKTB.

Dans les limites que nous venons d'indiquer, la race germanique s'était donc niaiiiUiuie dans sa farouche indépendance, en dépit de toutes les tentatives romaines de la plier au même joug que tant d'autres peuples Larb.ircs. ('omme c'est elle qui est demeurée définitivement en possession de la majeure partie de l'£urope centrale et qui lui a imprimé son caractère historique, nous allons, avant de passer à 1 étude géographique de ses nombreuses tribus, jeter un rapide coup d*œil sur ses origines nationales et sociales.

La philologie comparée, dont les déductions, inattaquables en elles-mêmes, sont confirmées en outre par les résultats de rinvestigation mythologique et archéologique, assigne aux Germains leur place précise, dans la grande famille des peuples indo-européens ou aryens, entre les Celles et les Slaves et h colé des Scandinaves: mais elle n*a pas encore réussi à mellre hors de doute l'elv niologie et le sens primitif de leur plus ancien appellatif commun, exclusivement employé pendant près de mille ans par les écrivains de langue latine.

Rien n*empèche d'admettre le récit de Tacite, que le nom de Germains était récent à son époque, qu'il avait été porté d'abord par les Tongriens qui formaient Tavant-garde de la race germanique en Gaule, qu'on l'avait transféré ensuite à la totalité de leurs frères d'outre-Rhîn, et qu'eux-mêmes avaient fini par l'adopter; la question de savoir à ([uel idiome il faut le rattacher n'en reste pas moins un problème embarrassant. En ayant recours aux racines tudesques, on trouve facilement dilîérentes significations, à peu prés également admissibles, et on a le choix de traduire Germains par Hommes d'armée (Heermannen), Hommes de défense (Guermannen, Wehrmanne7i) ou Hommes à lances {Germannen, Speermannen); mais l'origine exotique du mot afOrmée par Tacite milite contre toutes ces interprétations et parait devoir faire pencher la balance en faveur d'une dérivation soit du latin, soit du celte. Dans la première hypothèse, les Germains seront les Consanguins, les Frères des Gaulois, eodem gertnine nati; dans la seconde, que recommande l'analogie de la

forme du mot do Germant avec celle des noms des Paetnanù des Cenomani et de plusieurs autres peuplades gauloises, ils

peuvent être à volonté, selon la racine préférée, des Hommes de Tesl, dos Bons hurleurs ou tout simplement des Voisins. Quoi (ju'il en soil de ces élynioloyics aussi nombreuses que discfudantes, un fait reste constant : c'est (jue rap[)ellatioii de Germains n'est pas un vrai nom national, indigène, primitif, universel, et qu*elle a été non pas choisie, mais acceptée par les populations qu'elle a servi à désigner.

Il n*en est pas< de même du nom que se donnent aujourd'hui les descendants des anciens Germains et qui a commencé à prévaloir à partir de Tépoque de la décadence carlovingienne; Tappellatif de Theotisci ou DiutUci selon la forme latine, de Teutsche ou Deutfche selon la forme aile* mande, dérive incontestahlement d'une racine intligène. t h iod ou theod, qui signifie [)euple, et ré[)orni à merveille par son sens général et peu précis, analogue à celui ilcs termes latins de GentHes ou Populares, aux exigences d'une dénomination nationale. Comme telle, il est loin cependant d'être aussi ancien que le nom rival de Germains; sans doute Pylhéas déjà connaissait des Teutons et, fait plus remarquable, l'ethnogonie germanique que nous a transmise Tacite donne pour ancêtre commun à la race entière le dieu Thuisto ou Thuisko, père de Mannus, c*est-à-dire Thomme (Mann ), et par lui aïeul des trois grandes tribus des Ingaevons, des llerminons et des Iscaevons; mais ce n'est qu'au siècle de notre ère qu'on a commencé à désigner la nation entière par le nom de peuple Tudesque. Ajoutons, pour en finir avec cette question de noms, que les peuples limitrophes ou voisins ont en partie adopté l'un ou l'autre des deux appellalifs, en partie aussi choisi d'autres dénominations : les Italiens disent TedescU et les Danois Tyik ou Tydêk\ les Anglais appellent la nation entière Germant en réservant le nom de Duich pour les Néerlandais ; les Français ont transféré à la totalité de la nation le nom de la peuplade germanique la plus rapprocbée d'eux, les ÀUemans; les Slaves enfin ont

LA aEHMÀNIE INDÉPENDANTE.

inventé pour désigner leurs voisins et ennemis séculaires le terme ori^^inal de Nemec ou XitmiieCy c'est-à-dire les Muets, ou pour mieux dire les hommes ù lan^^agc incompréhensible.

Les mœurs et l'état social des anciens Germains nous sont suffisamment connus par le témoignage des historiens latins et surtout par le portrait, trop flalté il est vrai, qa'eo a tracé Tacite. Il suffira de rappeler leurs grands corps robustes, leurs farouches yeux biens, leurs longs cheveux blonds ou roux; inutile aussi d*insister sur leur amour de la guerre, de la chasse, des festins, sur leur paresse et leur peu de goût pour la vie agricole; mais il nous faut relever quelques traits distinclifs de leur orgauisalion primitive, qui aident à la fois à préciser le caracliTe de la race et à expIi(juor certaines formes politiques des époques postérieures. C'est d'abord chez tous les Germains un esprit d'indépendance personnelle extrêmement prononcé; c'est ensuite une certaine pondération des pouvoirs dans chacun des petits £tats de la Germanie ancienne.

Bien différents des peuples citadins de la Grèce et de ritalie, les Germains se refusaient à habiter des villes, qu^ils

regardaient comme des tombeaux et dont les murailles leur paraissaient élro des boulevards de servitude ; à peine nommct-on chez eux quelques bourgades forliliées; généralement leurs villages se composaient d'habitations isolées, bâties selon le caprice d'un chacun. Jusqu'à nos jours, il s'est con* servé des vestiges de cet esprit d'individualisme, de cette antipathie pour les agglomérations d'habitations : pour s'en convaincre, on n'a qu*à comparer aux villages allemands des anciennes provinces romaines ou à ceux qui ont été bfttis en pays slave, les paroisses composées de fermes isolées du pays wcstphalien, et, en général, de toute la partie de l'ancienne Germanie restée en dehors de rinlluence étrangère.

D'autre part, c'est ii tort qu'on a accusé les vieux Germains d'inintelligence politique, qu'on est allé jusqu'à établir un parallèle longuement développé entre eux et les sauvages de l'Amérique ; les institutions originales de la société du

moyen âge, qui ont pris naissance dans les forêts de la Germanie, auraient dû suffire à les mettre à Tabri de ce reproche; mais il y a plus : dès l'époque de Tacite, il faut bien

admettre une vie politique assez complexe chez une nation où l'on constate la liberté individuelle absolue ci U's droits civiques complets de chaque honnne liltro, face à face avec une royauté de droit divin et une noblesse liéréditaire; où, à c6té des guerres décidées par la communauté entière, ont lieu des expéditions militaires particulières, entreprises par les bandes que les chefs ont le droit de grouper autour d'eux. Dans chaque canton, en efiet, Tautorité souveraine appartenait à rassemblée des hommes libres; mais au-dessus de la foule - s*élevaient certaines familles privilégiées de naissance illustre, le plus souvent rattachées aux dieux, et c'était dans leur sein qu'on choisissait d'habitude les princes et les ducs : les prcmids, magistrats char^^ôs do présider l'assemblée nationale et élus pour un temps indéterminé; les autres, chefs de guerre désignés pour une occasion précise avec des pouvoirs plus étendus; chez certaines peuplades, comme les Goths, les Marcomans, les Hermundures, une famille noble de naissance plus haute et de pouvoir plus grand portait même le titre royal. Tous ces chefs, héréditaires et électifs à la fois, n*exerçaient qu'une puissance singulièrement limitée sur l'ensemble de la communauté; mais leurs ordres faisaient loi pour les fidèles qui librement s'étaient engagés dans leur comilaly c'est-à-dire dans leur suite.

Comme tous les peuples primitifs, les Germains se divisaient en une foule de peuplades plus ou moins considérables, tantôt subdivisées entre elles, tantôt groupées ensemble par ligues, et habitant chacune un certain nombre de cantons, jMi^', Gaue\ leur énumération, plus ou moins complète, nous a été donnée successivement par César, par Strabon, par Pline, par Tacite et par Ptolémée. Malheureusement les renseignements transmis par ces dilîérents auteurs sont loin de concorder ensemble et nous mettent trop souvent en face

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