‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 40 sur 134 · LES GERMAINS ET L'EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

LES GERMAINS ET L'EMPIRE ROMAIN

jetaient avec fureur dans les plaisirs et attendaient au milieu des festins et des jeux du cirque l'arrivée des conquérantis

barbares, auxquels les intrigues du palais allaient ouvrir les portos de Fempire. Tout aulro était le spectacle que présentaient les peuplades germaniques massées sur la frontière; elles avaient de vieille date l'esprit de guerre, de pillage, d*aventure; les relations séculaires avec Rome avaient développé chez elles, par les nécessités de la défense et de Tattaque, une organisation politique et militaire un peu plu s concentrée; presque partout le principal et le ducat avaient fut place à la royauté, qui, tout en restant une autorité de droit divin , traditionnelle et héréditaire , se rapprochait d'antre part de la position des anciens chefs de bande; des tribus entières ne formaient plus pour ainsi dire que des coyniftits, qui, à la suite de leurs rois, pillaient l'empire ou se mettaient à sa solde; eniin la perpétuité des luttes intestines et étrangères . sur le sol de la Germanie avait abouti à un groupement nouveau des populations tudesques, en faisant disparaître la plupart des anciennes peuplades dans des agglomérations de tribus, plus géographiques que politiques, qu^on a appelées trop ambitieusement de grandes confédérations nationales.

Vers la fin du iv" siècle, c'est-à-dire à la veille du jour où allait se déverser sur l'empire romain la migration en masse des populations ludesques, depuis longtemps préparée, mais accélérée par le choc des Huns, qui déjà avaient porté leur domination jusqu'à la Vistule et à la Theiss , la situation géographique de TËurope centrale était à peu près redevenue ce qu'elle avait été avant les conquêtes des empereurs du 1*' et du n* siècle ; quoique firanchis en maint endroit par les barbares qu'avait appelés ou tolérés la politique impériale, le Rhin et le Danube étaient encore les grandes lignes de démarcation entre les deux mondes, romain et germanique. Au sud-ouest des deux fleuves se développait l'ensemble majestueux des proviuces romaines; en face d'elles, T. I. 15

les nations ou aggloméralions de nalions tudesques, rangées pour ainsi dire en ordre de bataille « n'attendaient que le moment propice pour briser définitivement les barrières qui si souvent déjà s'étaient abaissées devant elles. Les provinces romaines, dont la Notiee des dignités et des administrations de l'empire, espùce d'almanach impérial du commencement du V sit'cle, nous a conservé la liste et Torganisatioii administrative, peuvent s'inscrire avec précision sur la carte; chacune d'elles, ressort d'un administrateur civil qui j)orlait le nom de consulaire, de président ou de correcteur, se subdivisait en un certain nombre de cités; elles se groupaient en diocèses gouvernés par un vicaire, qui eux-mêmes se subordonnaient aux préfectures ou ressorts administratife d*un préfet du prétoire. Il est tout autrement difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer exactement la nomenclature et remplacement des peuples germaniques ; les indications des historiens contemporains, celles de la carte routière de l'empire dite de Peutin^er, du nom du palricien augsbourgeois dans la hiMi(»lh('(|u»' diujuel elle entra au commencement du xvi" sicch', suflisent [)()nr nous prouver que des changements extrêmement considérables s'étaient opérés depuis Tépoque de Tacite dans leur groupement et leur position respective, que des noms nouveaux avaient surgi, que des déplacements nombreux avaient eu lieu ; mais elles laissent un cbamp beaucoup trop vaste aux conjectures, relativement à leurs limites du moment comme pour ce qui est de leurs migrations successives.

Les provinces romaines de l'Europe centrale continuaient en général à porter à la fin du iv siècle les noms que nous connaissons déjà; mais la vaste étendue de la plupart d'entre elles les av;iit fait morceler, et des numéros d'ordre distinguaient entre elles les diiïércDtcs subdivisions, élevées au rang de provinces.

En commençant par le nord-ouest de l'empire, nous trouvons d'abord les provinces orientales des Gaules, riveraines du Rhin et du haut Rhône; elles appartenaient à la préfecture

L*BUROPE CENTRALE A LA FIN DU iV SIÈCLE

€t plus spécialement au diocèse des Gaules. (Vêlaient en premier lieu la Germanie seconde ou inférieure depuis Tcmbouchure du Rhin jusque vers Andernach, et, depuis ce point ja8qu*aa-de88U8 de Strasbourg , la Germanie première ou supérieure; plus en arrière, parallèlement aux deux provinces précédentes, s*étendaient les Belgiques seconde et première, l'une sur la Somme, TOise et la haute Marne, Tautre sur la haute et la moyenne Moselle ; puis venait la Orande-Séquanaise, qui comprenait la région du Jura et la partie ocridcîitale du [>lalcau suisse jnsiju'à la hauteur de la chute de Schaiïliouse ; enfui les Alpes Penninos et Grées correspondaient à la vallée du Rhône supérieur.

Un second groupe était formé par les provinces alpestres au sud et à Touest du Danube supérieur et moyen; elles dépendaient toutes de la préfecture d'Italie, mais se partageaient entre les deux diocèses dltalie et dlllyrie occidentale. Au diocèse dltalie étaient rattachées les deux anciennes provinces de Vindélicie et de Rhétie, appelées des noms nouveaux de Uhélie seconde, inférieure ou septentrionale et de Rhétie première, supérieure ou méridionale : elles s'étendaient parallèlement, Tune au nord, l'autre au sud, depuis la vallée supérieure du Rhin jusqu'au bas Inn. Dans le diocèse dlllyrie figuraient les provinces de la Norique, de la Pannonic et de la Dalmatie : l'ancienne Norique en formait deux, Norique seconde, ripaire ou septentrionale, et Norique première, méditerranéenne ou méridionale, qui couvraient, l'une le long du Danube, Taulre dans l'intérieur des terres, la contrée comprise entre le bas Inn et le Mons Cetius ou Kahlenherg en amont de Vienne; la Pannonic, qui allait du Kahlenherg à Tenihouchure de la Save, avait été découpée en quatre provinces, à savoir, au nord et au sudest la Pannonie première, supérieure ou occidentale et la Pannonie seconde, inférieure ou orientale, au nord-est la Valérie ripaire le long du Danube hongrois dans sa section dirigée du nord au sud, au sud la Savie des deux côtés de la Save; enfin la Dalmatie continuait à former une province

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unique, comprise entre l'Adriatique et un affluent de la Save^ la Drina, qui délimitait les deux empires d'Occident et d^Orient. Quant aux provinces au sud du bas Danube et à

l'est ilo la Drina, Mésies, Dacîes et Scythie, nous les négligeons comme étrangères à n»)tre sujet.

En face de la distribution régulière d«\s provinces romaines du Rhin et du Danube, le cantonnement de hasard des peuplades germaniques est d'autant plus frappant; là tout est incertain et flottant; on a affaire à des armées en marche bien plutôt qu'à des nations solidement établies sur un sol qu*elles cultivent héréditairement. Les données manquent absolument pour en faire un dénombrement géographique complet; il suffira d*ailleurs d'indiquer les peuples et les groupes de peuples qui ont joué un rùle dans la grande invasion ou (jui se sont perpétués sur le sol de la Germanie.

En léle se placent naturellement les deux grandes nations rhénanes des Francs et des Allemans, entre lesquelles s'était intercalé le peuple moins important des Bourgondes. Les Francs étaient campés à la (in du iv* siècle sur les deux rives du Rhin inférieur : les Francs Ripuaires ou riverains aux environs de Cologne» les Francs Sadîens ou de TYssel dans rile des Bataves, c'est-à-dire entre le Rhin et le Waal, et dans la Toxandrie, qu'il faut chercher entre Maastricht et Anvers. Leur nom, qu'on a expliqué plus tard par Hommes libres [frank und frei se dit aujourd'hui encore d'un homme libre et autonome), est plutôt synonyme d'Hommes hardis, audacieux et violents (féroces, duri et fortes), à moins cependant qu 'û ne faille le mettre en rapport, comme ceux des Longobards et des Saxons, avec leur arme favorite, la franea ou francisea; il était d'origine relativement récente, car on le rencontre pour la première fois en 241 à propos d'une victoire que, sous le règne de Gordien le Jeune, le tribun Aurélien remporta près de Mayence sur une de leurs tribus; mais les Romains connaissaient de vieille date les peuples à l'ensemble desquels on l'a appliqué : la nation franque parait en effet avoir absorbé la majeure partie des tribus, principale-

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