‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 42 sur 134 · L'EUROPE CENTRALE A LA FIN DU IV* SIÂCLB · texte numérisé non relu

L'EUROPE CENTRALE A LA FIN DU IV* SIÂCLB

de la Panuonie s'appela momentanéiueiit le Rugiland't ils paraissent en outre avoir finalement reçu dans leurs rangs ce qui restait des Hérules, peuplade souvent nommée au v* siècle dans les pays danubiens, qu'on rattache plus ou moins arbitrairement aux Hariens de Tacite et à laquelle ils avaient momentanément payé tribut. Enfin la région du bas Danube et des Karpathes avait été jusqu'à l'arrivée des Huns le domaine de la grande et nombreuse nation des Golhs, avec laquelle marchaient en <julre les Vandales Aslinges. Identifiés par les uns avec les (iutlions <le TacKo riverains de la Baltique, par les autres avec les Gèles danubiens, avec lesquels en tout cas ils se sont mélangés, les Goths figurent à partir de Tannée 21 o comme ennemis redoutables de l'empire depuis les bords du Pont-Euxin jusqu'aux Alpes orientales; Tinvasion hunnique avait décidé les Goths occidentaux, Yisigolbs ou Therwinges, à franchir le .Danube et à chercher un refuge dans les provinces romaines de la Mésie, de la Dacie et de la Thrace; les Goths orientaux, Ostro^olhs ou Greutonges, et les Gépides ou Traînards étaient seuls restés au nord du lleuve, en reconnaissant l'autorité des hordes asiatiques.

Voilà pour les deux lignes de frontière; pins loin dans l'intérieur des terres et jusque sur les côtes des mers septentrionales, nous n'avons guère ù mentionner, comme ayant devant elles un avenir historique, que les nations des Angles, des Saxons et des Frisons. Les Angles et les Frisons figurent déjà parmi les peuplades germaniques de l'époque de Tacite; mais les uns et les autres s'étaient depuis lors fort étendus aux dépens de leurs voisins. La nation essentiellement maritime des Frisons, cantonnée d'abord aux bouches de TEms et du Rhin, avait usurpé à l'ouest et à Test une partie notable des anciens sièges des Balaves et des Chauques; les Angles allaient doij-navant depuis la presqu'île cinibriijue jusqu'au cœur de la Germanie. Les prenjieis se sont maintenus jusqu'aujourd'hui le long de la mer du Nord sous leur nom primitif; quant aux .Vngles, ceux du nord ont été à peu près absorbés par les Jutes Scandinaves, ceux du sud ont contribué,

avec leurs frères les Varins, Varnes ou Werins, à constituer dans le voisinage de la Forêt de Thuringe la Dalionalilé ihuriogienne, dont le nom apparaît pour la première fois au V* siècle. On lit en effet en tète de la loi thuringienne que Thuringiens est synonyme d*Angles et de Werins, et deux pagi thuringiens se sont longtemps appelés TAngelgau et le Weringau ; cependant il est plus que probable que les Hermundures sopleiilrionaux cl une partie des Suèvt'S du nord doivent ég^aleincnl ôtre coniptL's parmi les aïeux des Tliuringiens. Plus puissante que ses deux voisines, mais d'une origine plus récente, lu nation saxuuue dominait dans la majeure partie de la basse Allemagne occidentale, depuis la Lippe et î'Ems jusqu'à TËlbe. Ces Porteurs d epée, car le mot iudesque de 9aXf le saxum des Latins, signifie à la fois pierre et couteau ou épée en pierre, se rattachaient peut-^tre, par leurs premières origines, à la Scandinavie, et, pirates dès leurs débuts, étaient-ils arrivés par mer sur le sol germanique; du moins leur historien national, Widukind, qui, il est vrai, les fait descendre des soldats d'Alexandre, les fait-il aborder au pays de liadeln, et Plolémée connaît- il une île des Saxons, qui doit être lielgoland; mais ils ne devinrent une des grandes tribus nationales de la Germanie qu'en faisant entrer dans leurs rangs une portittn de ces mômes populations ingaevonnes et iscaevonnes, Chauques, Angrivariens, Chérusques, Bructëres, Tubantes, Chatluariens, que nous avons déjà rencontrées comme parties constitutives de la nationalité franque. L'existence chez eux d*une classe nombreuse de serfs ou Lazes^ à côté des nobles ou Edeltngs et des hommes libres ou Frilingsy paraît prouver qu*en partie du moins ils se sont étendus plutôt par voie de conquête que par voie d'association librement consentie; en tout cas, leur agrandissement aux dépeus des Francs explique plus que suffisamment la rivalité séculaire de ces deux races de frères ennemis.

GHAPITRË II

GERMANIE ET SES ANNEXES A L'ÉPOQUE FRANttUE

Pendaut près de cioq cents ans, Rome et les Germains s étaient disputé TEurope centrale, principalement sur les deux lignes du Rhin et du Danube; dans le courant du V* siècle la lutte se termina à Tayantage des Germains, au milieu du bouleversement général produit par la migration des peuples, qui, sans cesse menaçanio, sans cesse conjurée, avait enfin pris son libre cours de[)uis celle nuit du 'M décembre 406, où le Rhin fut franciii définilivemoiiL par les hordes des Vandales, des Suèves, des Bourgondcs et des Alains.

Nous n'avons pas à faire Thistorique de la grande invasion, à raconter Tagonie de Tempire romain d*Occident et rétablissement de dominations germaniques dans la plupart de ses provinces; mais il nous faut décrire les révolutions territoriales et nationales qu'eUe entraîna à sa suite pour la région centrale de notre continent. Parmi les vainqueurs de Rome, les uns s'établirent au loin, hors de tout contact avec la mère patrie; ceux-ci nous deviennent complètement étrangers et nous ne nommons que pour mémoire les royaumes des Vandales, des Suèves, des Visigollis, des Saxons et des Angles en Afrique, en Espagne, dans la Gaule méridionale et dans la Grande-Bretagne. D'autres fondèrent dans les pro-

vînces limitro[»hcs de ranciennc Germanie des empires plus ou muiiis puissants, plus ou moins épliémères : dans la Gaule orienlale, c'est la domination des Bourgondes, d'abord fixée sur la rive gauche du moyeu Rhin, à Worms et à Maycncc, puis transférée plus au sud et étendue sur tout le hassin du Rhône; en Italie, et aussi dans les contrées alpestres jusqu'au Danube et aux bouches du Rhône, celle des Ostrogoths, à Tépoque glorieuse de Théodoric le Grand, le héros historique et légendaire de l'invasion ; en Italie encore, mais seulement dans la partie septentrionale et moyenne de la péninsule, celle de leurs successeurs, les Longtdjanls ou Lomhunls. Enfin, une dernière nation germanique, celle des Francs, la plus importante de toutes, à la fois par l'étendue et par la durée de sa puissance, acquit une prépondérance incontestée dans le monde barbare et finit par réunir en un seul empire la Gaule, la Germanie et Tltalie.

Tous ces &its sont amplement connus; ce qui Test beaucoup moins, c*esl la profonde modification qui en même temps s'opérait silencieuseinent dans Tethnographie de FEurope centrale : la race tudesque prenait possession des anciennes provinces ronuiincs à l'ouest du Uhin et au suil du Danube, et siinullanéiueul la race slave envahissait la partie orienlale d<' rancieun»' (lermame. La geruianisaliuu des provinces cisrhénanes jusqu'aux Ardennes et aux Vosges s'explique à merveille quand on se rappelle que de vieille date s*y étaient établies des populations germaniques, auxquelles se mêlèrent les nouveaux envahisseurs; quant à la disparition de la population celtique romanisée dans les pays compris entre le Danube et les Alpes, elle n'a rien d*étonnant non plus; les descriptions de .saint Jérôme, celles surtout de la Vie de saint Séverin, le courageux confesseur de la Noriquequi, à la lin du v" siècle encore, làcliait d'y maintenir la foi clirélienne, prouvent sunisauiniL'ul (jue, coniine ton les provinces frontières, ils étaient plus ou moins ré<luils en déserts, où l'on ne voyait que le ciel et la terre, des forêts et des ronces; ils furent repeuplés peu à peu par dos colons

L*EUROPB GENTRALB APRÈS LA MIGRATION DBS PBUPLB8. S35

tudesques, au milieu desquols se trouvèrent perdus, dans les hautes vallées du Rhin et de Hdd, quelques restes clairsemés de populations romanes, qui les occupent • encore. D autre part, le mouvement général des peuples germaniques vers le sud-ouest facilita singulièrement à la race slave et, en moindres proportions, à la race finnoise une migration analogue qui les amena jusqu'au cœur de TEurope. Les Avares, d'origine linnoise comme les Huns, mais mélangés de sang turc, établirent sur le bas Danube un empire presque aussi redoutable que celui d'Attila; les Slaves, qui sont probablement les anciens Sarmates, et qui, eu tout cas, appartiennent, de . môme que les Celtes et les Germains, à la grande famille des peuples indo-européens, occupèrent, non seulement la plaine orientale de la basse Allemagne par laquelle se continue la grande dépression russe, leur lieu d'origine, mais encore une portion notable des pays plus méridionaux. L'histoire ne dit rien de leurs envahissements progressife; mais il est hors de doute que dès le vi* siècle leurs nombreuses tribus avaient refoulé les Germains bien loin à Touest, et qu'elles s'étaient avancées jusqu'à l'Klbe, au haut Mein, au moyen Danube et aux Alpes lllyriennes.

La race ludcsque n'occupait donc plus que les pays à Touest d'une ligne qui de la presqu'île cimbrique gagnerait le fond de la mer Adriatique; en d*autres mots, la moitié occidentale de l'ancienne Germanie, plus les pays ci-devant romains du Rhin et du Danube. C'est dans cette région que 8*étaient fixées les grandes tribus germaniques restées sédentaires en tout ou en partie : au sud, sur le Danube, les Bavarois et les AUemans; au nord, entre TElbe et le Rhin, les Saxons et les Frisons; au centre, depuis le Ilarz jusiju'au Mein, les Thuringiens ; à l'ouest, sur le bas Moin et le Uliin, les Francs, (jui élaiL'ul a^ipclés à les réunir pour la première fois en une seule el même société politi<juo. Les Francs, voilà, pendant toute la période qui suit l'invasion, le peuple par excellence dans la Germanie, comme dans le monde barbare en général ; ce sont donc les vicissitudes de la domination

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des Francs dans l'Europe ceolralo qui devront nous servir de fil coDducteur à travers les siècles troublés et obscurs qui s'élendenl depuis la chute de Tempire romain ju8qa*à la constitution du royaume particulier de Germanie.

On sait de reste les progrès lents, mais continus, des petites tribus franques dans la Gaule Belgrique pendant le cours du

v' siècle; mieux encore les batailles et les négociations, les intrigues et les crimes par lesquels un des chefs des Francs saliens fonda une grande monarchie et étendit le regnum Fnmcorum sur la majeure partie des Gaules. Parmi les victoires de Clovis, une seule nous intéresse plus particulièrement : c'est celle qu'il remporta, en 496, sur les Allemans, et qu'on désigne vulgairement par le nom plus ou moins auth^tique de bataille de Tolbiac. Dans cette journée, en effet, le fondateur de la dynastie mérovingienne préluda à la réunion de la Germanie sous la domination franque en hnmUiant la nation voisine et rivale des Allemans, qui s'était étendue, parallèlement à celle des Francs, dans la vallée da haut et du moyen flliin, ainsi que dans celle du haut Danube, de[)uis le Lecli jus({iraux Vosges et de})uis le Mein jusqu'à TAar et aux Al[tes. 11 incorpora au pays des Francs orienUuix l'Allemanie septentrionale, riveraine du Mein et du Neckar inférieurs, d'où disparut dès lors le nom aliemannique ; quant au reste du pays, il lui ûl reconnaître sa suzeraineté, à Texception toutefois des contrées alpestres de la Rhétie, qui se réfugièrent sons la protection de Théodoric le Grand, et ne subirent le sort des autres qu'après la mort du roi ostrogoth.

Les descendants de Clovis firent faire de nouveaux progrès à la suprématie franque en Germanie : son tils Thierry mit fin, de concert avec les Saxons, au rovaume des Thuringiens, qui, au commencement du vi*' siècle, comprenait toute rAllemagne centrale, depuis le Danube au sud jusqu'à l'Aller au nord, et était assez [)uissant pour que le Géographe anonyme de Ravenne pût plus tard encore regarder comme

SUPRàMATIB PRANOUB BN GBRMANIB. 237

synonymes les deux termes de Thuringe et de Germanie; les ducs agilolfingiens de Bavière entrèrent, malgré leur alliance habituelle avec les rois lombards, dans des rapports de subordination, assez mal définis d'ailleurs, vis-à-vis des rois francs; jusque sur les rivages de la mer du Nord, les Frisons chez lesquels Da^obert I" fonda l'église d'Utreclit, reconnurent jusqu'à un certain point leur haute autorité; de toutes les tri'Hndes trihus tudesques, les seuls Saxons, qui, dans le partage de laThuringe, s'étaient attribué le pays au nord de rUnstrut, restaient complètement en dehors de Tempire mérovingien. Mais cette vaste domination, qui, à cheval sur le Rhin, s*étendait à la fois sur les pays romains et sur les pays germaniques, et allait depuis Focéan occidental jusqu'aux confins du monde slave, n'était pas beaucoup plus solidement établie que les autres royaumes fondés par les barbares sur les ruines de Tempire romain. A mesure que l'autorité des descendants de Clovis s'affaiblissait au milieu des (jiierelles de la Neustrie et de TAustrasie, des Francs occidentaux et des Francs orientaux, des barbares romanisés et des barbares demeurés tudesques, les peuples germaniques tributaires reprenaient de plus en plus leur indépendance, en même temps que les voisins de Tempire, Avares, Slaves et Saxons, en attaquaient les frontières orientales. Dès le règne de Dagobert I*', le marchand franc Samon, établi au milieu des Slaves de la Bohème ou de la Garinthie, tentait, sans succès durable il est vrai, d'eu réunir les tribus éparses en un seul royaume; sous les rois fainéants qui lui succédèrent, les Frisons, les Thuringicns, les Bavarois, les Allnnaus eux-mêmes recouvrèr(>nt une autonomie presque complète sous leurs ducs nationaux; miné au dedans, démembré sur ses frontières, l'empire franc fondé par Clovis paraissait à son tour marcher vers une ruine certaine.

G*est alors qu'une nouvelle dynastie, sortie des rangs de la noblesse austrasienne, arrêta les progrès de la déca- ' dence avant qu*elle fût devenue irrémédiable : les Garlovingiens reconstituèrent la monarchie franque, y incorporèrent

de nouvoaux pays, rl, pour la promièro fois dans IMiisloire, réunirent sous leur sce|)tro la Germanie entière Sin rcssivement maires du palais, ducs et princes austrasiens, puis rois des Francs, les glorieux anc(Mres de Charlemagne, Pépin d'Héristal, Charles-Martel et Pépin le Bref mirent fin à la vieille rivalité de la Neustrie et de l'Austrasie en soumettant la première, et renouvelèrent, en Tachevant, la conquête de la Gaule entière. Chose plus intéressante pour nous : ils réduisirent à une meilleure subordination les contrées méridionales, centrales et occidentales do la Germanie, et y assurèrent le triomphe du rhrislianisme. Les ducs nationaux de la Bavière furent liurniliés <'t forcés an serment de vasselage; ceux des Trisons, des Allemans, des TlnirinL'iens méridionaux disparurent complètement; le pays des derniers perdit en partie jusqu'à son nom, et la région riveraine du moyen Mein, incorporée à la France orientale, 8*appela dorénavant la Franconie.

Parallèlement à ces progrès de la domination firanque, s'affermissait et s^organisait, grâce surtout à Tapostolat de saint Boniface, TEglise germanique, plus intimement unie peutêtre que celle d^aucune autre contrée de l'Europe aux destinées politiques et sociales de la nation. Dans les anciennes provinces romaines, limitrophes du Rhin et du Danube, la germanisation presque totale du pays, si elle n*avaif jamais fait disparaître compli'lement la rcliL'ion rliréticnne, avait du moins fort compromis la hiérarchie ecclésiasli(jiie, et les travaux apostoliques des missionnaires francs, irlandais ou anglo-saxons en Ausirasie, en Allemannie, en Bavière, en Thuringe et en Frise, tout en opérant de nombreuses conversions, avaient été trop isolés, trop personnels, pour rétablir un ordre de choses bien régulier. Aux anciens évèchés romains de Trêves, Metz, Toul et Verdun, de Mayenee, Strasbourg, Spire et Worms, de Cologne et Tongres, d'Avenches, Bàle, Windisch et Martigny, de Goire, Augsbourg et Lorch, en partie transférés de leurs sièges primitifs en de nouvelles résidences (les évôques de Tongres avaient passé

SCPRÉMATIE PRANQUE BN GERMANIE.

à Maastricht, puis à Liège; ceux d'Avenclics à Lausanne; ceux de Windisch à Constance; ceux de Marligny à Sion; ceux deLorch à Passau), étaient venues s'ajouter les nouvelles . créations épiscopales de saint Willibrord à Ulrecht, de saint Rupert à Salzbourg, de saint Emmeran à Ratisbonne, de saint Gorbinien à Frisingue, de saint Willibald à Eichstaedt et de saint Kilian à Wurzbourg; de nombreuses colonies de bénédictins avaient commencé à défricher les vallées des Vosges, de la Forùl-Noire, des Alpes; mais au commencement du viii*' siècle encore le paLiaiiisme, ses pratiques et ses superstitions |»ersistaiont dans la plupart des cantons des deux côtés du Uliin, et un clergé, généralement aussi ignorant que brutal, n'était guère capable de remédier par ses propres vertus aux maux anciens et récents do l'Église. C'est la gloire du moine anglo-saxon Winfrid, plus connu sous le nom bien mérité de saint Boniface, d'avoir enfin donné une organisation fixe et régulière aux églises trop longtemps abandonnées à elles-mêmes de l'Austrasie et de ses dépend dances. Il a prêché avec succès l'évangile dans les forêts de la Hesse et de la Thuringe; il est allé sur ses vieux jours chercher le martyre dans les marais dv la Frise et est vénéré jusqu'à nos jours comme l'apAtrc par excellence de l'Allemagne; mais l'imporlaiice historique de son rôle réside bien moins dans les nouvelles conquêtes qu'il fil faire à la foi chrétienne que dans les grandes réformes ecclésiastiques qu'il lui fut donné d'accomplir, sous le double patronage des maires du palais francs et du siège de saint Pierre : des conciles nationaux, tenus sous sa présidence, corrigèrent les abus, éloignèrent les évêques indignes, enseignèrent les moyens d*extirper les restes du paganisme, firent succéder aux désordres et aux incohérences des siècles antérieurs la hiérarchie sévëre et la stricte discipline de TÉglise romaine; Mayence, dont il accepta, en 745, le siège épiscopal, devint et resta jusqu'au commencement du xix" siècle la grande métropole ecclésiastique des pays de langue tudesque. La soumission et la conversion complètes de la Germanie,

préparéos par les premiers Carloviniriens, furent menées à bien pendant le long règne de Charlemagne, dont elles constituent l'œuvre la plus durable. Le fils de Pépin le Bref a fait ailleurs de grandes guerres, célèbres dans Thistoire et dans le roman ; ses yictoires sur les Lombards lui ont valu Tltalie et la couronne impériale; par ses campagnes contre les Arabes, il est devenu le héros légendaire de la croisade contre les Musulmans; c'est en Germanie qu'il a conquis son triomphe le plus beau et lo plus laborieux à la fois, en gagnant définitivemeFit au rtirislianisme et à la civilisation les robustes populations qui (levaient dorénavant op[)ost'r une digue infranchissable à de nouvelles invasions barbares. A son avènement TAllemannie entière, la Thuringe ol la Frise méridionales étaient déjà des parties intégrantes delà monarchie franque ; mais la Bavière conservait sous ses ducs agilolfingicns un reste d'autonomie, et la Saxe, à laquelle se rattachaient la Thuringe et Ma Frise septentrionales, n'avait jamais pu être entamée par aucun de ses prédécesseurs.

L'ineorj)oration de la Bavière à l'empire carlovingien ne coûta pas beaucoup d'efiorls; le dernier Agilollingien Tassilon, qui avait laissé accabler son allié naturel le roi des Lombards Didier, sans même tenter une diversion, eut la folie d'intriguer après sa chute avec les ducs de Bénévent et les empereurs de Gonstantinople; nuiudit4>ar le pape, abandonné par les siens, il acheta encore une fois son pardon par une prompte soumission; mais dès Tannée suivante il était traduit devant la diète dlngelheim, pour répondre de ses liaisons suspectes avec les Avares, et mis au couvent avec toute sa famille (788); le vieux duché national des Bavarois était partagé en comtés francs, et la nouvelle métropole ecclésiasli(juo de Salzbourg devenait le grand centre de civilisation romaine et de domination franque pour les tribus slaves du sud et les pays avares.

Les Saxons opposèrent à la conquête franque une résistance tout autrement formidable. Leur confédération, sœur et rivale de celle des Francs, couvrait tout le nord de la

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