SUPRÉMATIE PRANQUE EN GERMANIE
Germanie; s'ils ne loucliaienl pas le Hliin, ils ravoisin.iiont du moins de fort prifs sur la basse Lippe et TYssel; au nord ils s'élendaient au delà de la hasse Elbe; au sud jus(ju'aux sources de la Lahn el au cours de rtnstrut. De leurs trois grandes tribus, les Wesiphaliens ou Saxons occidentaux babitaienteolre le Rhia et le Weser, les Angrariens (Enfjnnx), dans le nom desquels on retrouve Tantique appellatif des Ângrivariens, occupaient les pays du Weser et du Harz, et les Ostphallens ou Saxons orientaux étaient établis entre le Weser et TElbe; autour d*elles se groupaient trois peuplades alliées, les Nordalbingiens, de race à demi Scandinave, entre l'Klbe el TEider, les Frisons septentrionaux sur les rivages et dans les îles de la mer du Nord, et les Tliuringieas septentrionaux au nord de Tl nslrul. Dans toute cette vaste ré^'ion s'étaient maintenus le vieux culte et les vieilles institutions de la race iudes(]ue; on continuait à y adorer Wodan et les autres dieux de l'Olympe germanique; on n*y connaissait pas 1 autorité des rois; chaque Gau ou canton se gouvernait luimême ; leur groupement en tribus était géographique bieu plus que politique ; en cas de guerre seulement, des ducs électifs réunissaient transitoirement sous leur autorité militaire un certain nombre de cantons. Depuis deux siècles et plus durait la guerre nationale entre les Francs et les Saxons; avec Gharlemagne elle devint en même temps une s^uerre relif^ieuse entre les adorateurs du Christ et les se«'(aleurs de \\ Odan.
La première croisade du roi franc ("72) déimia j)ar la destruction du sanctuaire païen de riiineiisacule et fut suivie presque annucdlement par des expéditions conduites avec une énergie impitoyable; el cependant au bout de dix ans de dévastations terribles rien n'était fait; la bataille du Suntel sur les bords du Weser (782), où le duc saxon Willikind infligea aux généraux francs une défaite presque aussi désastreuse que celle qu*avaient éprouvée jadis les légions de Yarus dans la forêt voisine de Teutobourg, parut encore une fois tout remettre en question. Mais Wittikind ne fut pas un autre Arminius; Charlemagne ne se contenta pas comme
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Auguste de pleurer ses légions; il revint en personne, et les batailles rangées, les grands massacres, les exécutions et les
déportations en masse, les menaces toujours présentes d'une îég^islation draconienne euient enfin raison de Tobslinalion ilu peuple saxon. En Tan 78o Willikind re<:ut le baptùme; les résistances particulières, tentées encore çà et là, furent successivement brisées, et en 804 les Nordalbingiens euxmêmes, auxquels le voisinage des Danois avait permis de prolonger la lutte, se reconnurent vaincus. L'absorption politique et religieuse de la basse Allemagne occidentale dans l'empire chrétien des Francs n*était plus dès lors qu'une question de temps; elle fut singulièrement aidée par la nouvelle circonscription par comtés, et surtout par la création d'une puissante hiérarchie ecclésiastique. Gharlemagne et son fils Louis le Débonnaire n'organisèrent pas moins de huit évècliés dans la région saxonne, à Paderborn, à Minden, à OsnalirucU, à Munster, à \ erden, à lîrème-Haniljourir, à llildesbeini et à ilalberstadl; l'abbaye d(î ('i)rvey sur le Weser, fondée en 821 par l'abbé de Corbie Adaibard, devint la grande école du pays et rivalisa, comme importance religieuse, scientifique et littéraire, avec Saint-Gall et Fulde, les fondations du disciple préféré de saint Golomban et du grand apôtre saint Boniface; les Saxons se convertirent si sincèrement, que déjà le successeur immédiat de leur cruel vainqueur put lever toutes les lois d exception et leur rendre leur droit national, en attendant qu*un siècle plus tard ils devinssent à leur tour le centre el la pierre angulaire d un empire essentiel It mrnt chrétien.
Les ^j;uerres viclori<'uses de Charleniaf;ne dans l'Europe cenlrab' ne se sont pas arrêtées aux frontières orientales de la Bavière et de la Saxe; plusieurs de ses expéditions furent dirigées contre les peuples finnois, slaves et Scandinaves qui avoisinaient ces deux pays à Test, et elles aussi furent couronnées d'un plein succès. Mais s'il détruisit le grand empire que les Avares avaient fondé en Pannonie et dans l'ancienne Dacie (796), s'il imposa tribut aux Slaves et aux Danois, ce
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ne furent là (jue des résullals temporaires et passagers; son acUvilé orgaaisatrice n'a pas en réalité dépassé les limites du pays germanique. Celui-ci au contraire il l*a réuni tout entier dans sa main; il en a été le premier souverain commun; pour la première fois il en a incorporé toutes les tribus dans un seul et même organisme politique. Seulement elles y figuraient conjointement avec de nombreuses populations romanes; eDes ne formaient pas encore un État autonome, particulier à l'Europe cenUaK'. L'Allemagne moderne a pu revendiquer Charlemagne au nom do son origine, de sa lancrue, de ses mœurs ludesques, au nom aussi de sa résidence préférée d'Aix-la-Chapelle; mais la France, avec les forces de laquelle il a fait la conquête politique et morale de la Germanie, a sur lui des droits pour le moins aussi considérables; ou, pour mieux dire, il n'appartient en propre ni à Tune ni à Tautre des deux nations : roi des Francs et empereur d*Occident, il résume à la fois dans sa personne la tradition de l'ancien monde romain et Tinvasiou germanique qui en a triomphé.
En effet Tempire carloviagien, qui dans ses limites extrêmes comprenait tous les pays depuis TAtlantique jusqu'à l'Oder et à laThoiss et depuis les deux mers septentrionales jusqu'au golfe de Tarente, 8*étendait à la fois sur l'Europe centrale, sur TEurope occidentale et sur FEurope méridionale. Nous n*avons pas à nous occuper ici de ses provinces de Touest et du sud, qu'on peut caractériser par les vieux noms de Nousfrie et de Lombardie, ou mieux encore par ceux de France galloromaine et de France ilalienno; mais il nous faut examiner de plus près la géographie de la France tudes(jue.
Distinguons-y tout d'abord les pays directement gouvernés par l'empereur, qui faisaient corps avec l'empire, et les pays tributaires, qu*y rattachaient des liens d'obédience plus ou moins rigoureux. Les premiers, qui couvraient la moitié occidentale de l'Europe du centre, avaient une population exclusivement tudesquo et peuvent se grouper autour des
quatre dénominations nationales des Francs orientaux, des Alleiiians, des Bavarois et des Saxons, à condition cependant qu'on ne veuille pas trop préciser : car si la France orientale ou Austrasie, rAllemannie ou Souabe, la Bavière et la Saxe constiluaieat incontestablement quatre grandes régions, qu*oi& trouve indistinctement désignées sous les noms de royaumes {régna) ^ de duchés (ducalus) et de provinces {firovineim), elles étaient bien plutôt des divisions ethnographiques et historiques que des cadres politiques et administratifs; leurs frontières respectives avaient souvent changé et étaient appelées à se modifier encore. Sous le bénéfice de ces réserves, nous dirons que les deux Âustrasies, cisrhénane cl Iransrhénane , dont la première comprenait depuis le vu* siècle le pays de l'Ill ou Alsace détaché de l'Allemannie, et à la seconde des(|ii('lles se rattachaient sous le nom de Franconie les contrées autrefois tluiiini:iennes ou aliemanniqucs des vallées du Mein et du ISecUar inférieur, allaient depuis les bouches d<> l'Escaut et la haute Meuse Jusqu'aux sources du Mein, et depuis le delta du Rhin et le confluent de la Werra et de la Fulda jusqu'aux sources de la Moselle et au moyen Neckar; que TAIlemannie, avec son annexe la Rhétie, s*étendait entre le Rhin et le Lech, le moyen Neckar et les Alpes; que la Bavière était comprise entre le Lech et TËnns, la Forêt de Bohème et les Alpes; que la Saxe enfin, avec la Frise et ce qui restait de l'ancienne Thuringe, couvrait toute rAlleiiia^rie septentrionale depuis le Hhin jusipi'à rKIlx» et depuis la ruer du Nord jusiju aux sources de la Lahn el de la Saale thui innienne. Les noms des principaux sièges épiscopaux de chacune des quatre régions serviront à mieux fixer dans la mémoire leur délimitation respective : Trêves, Metz, (Pologne, Mayence, Strasbourg, Wurzbourg appartenaient à F Austrasie; Augsbourg, Constance otGoireàrAllemannie;Salzbourg,Passau, Ratisbonne, Frisingue el Eichstœdt à la Bavière; Paderborn, Minden, Osnabruck, Munster, Verden, Brème, Hildesheiro, Halberstadt et Utrecbt à la Saxe ou à la Frise.
LA PORTION T0DB8QUB DB L'BNPIRB DB GHARLBMÂONB. tl4S
Quant à la zone des pays Iributaires, qui entourait en un Vaste arc de cercle la Bavière et la Saxe, elle s'étendait au sud Jusqu'à la Theiss, au nord jusqu'à TOder ou même, s*il faut en croire Éginbard, jusqu'à la Vistule ; à deux exceplions près, celle des Ayares de la plaine du Danube hongrois et celle des Saxons nordalbingiens et des Danois qui occupaient les cantons entre la basse Elbe et TEider, elle était habitée exclusivement par des populations slaves. C'étaient, entre l'Elbe et l'Oder, 1rs nombreuses peuplades des Slaves du nord ou Wendes, les Wagriens, Obolriles et Polabes, les Wilsos ou Wélatabes, Liutizes, Ukriens, Havéliens et Rédariens, les Sorabes, Daleminces, Lusîciens et Milziens; plus en arrière, au delà de l'Oder, les Poméraniens elles Polonais; en Bohème et en Morarie, les Tchèques et les Moraves; sur le moyen Danube et dans les Alpes orientales, les Slaves du sud, Windes, Serbes et Croates, précédemment sujets des Avares.
Administrativoment les pays germaniques de Tempire carlovingien étaient, comme toutes les provinces de la monarchie franquc , divisés en cumitalus ou comtés. Ces circonscriptions doivent avoir généralement coïncidé avec les anciens cantons, Gatie ou p^gr, néanmoins il est hors de doute que certains fMgi trop étendus ont donné plusieurs comtés et qu'ailleurs on a réuni plusieurs fMi^t trop petits pour en faire le ressort d*un seul comte. Les nouvelles divisions gardèrent naturellement le plus souvent les vieilles dénominations des cantons qu*elles remplaçaient et continuèrent à s'appeler d'après de petites peuplades, des villages ou des bourgs, des rivières ou des montagnes; quelquefois aussi elles prirent le nom du comte qui les administrait. Beaucoup de ces antiques désignations se sont conservées à travers Tépoque féodale et persistent jusqu'aujourd'hui dans la bouche du peuple; il y en a même qui ont encore une signification politique. En dehors de l'organisation normale, des cadres réguliers donnés par la circonscription des comtés, on rencontre aussi, mais exceptionnellement, des ressorts administratifs plus considérables confiés
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à des (lues, dures; ils n'ont rien de commun avec les anciens duchés nationaux supprimés par la politique prudente des rois francs et doivent leur existence éphémère à la réunion moinentaDée de plusieurs comtés sous un seul fonctionnaire, principalement en vue de la défense du territoire. Beaucoup plus fréquentes et se succédant à peu près sans interruption tout le long de la zone tributaire, étaient les marches {marew, Hmiies), districts militaires destinés à protéger les provinces frontières, à surveiller lès peuples vassaux ou étrangers, à fMililer les rapports diplomatiques avec eux. La chose et même le nom sont antérieurs à Gharlema^ne, mais le système des marches lui doit un développement plus complet; on trouve sous lui indiquées en teini es exprès la marche saxonne ou danoise, la marche sorahe, la marche avare ou pannonienne et la marche frioulienne, et il est fort probable que dès son époque elles ont été subdivisées, comme cela se voit au siècle suivant. A leur têlo étaient placés, avec une autorité supérieure à celle des simples comtes, parfois qualifiée de ducale, les comtes ou préfets de la frontière, les marcAtofies, dont nous avons fait indifféremment des marquis et des margraves; personne n*ignore Timportance territoriale acquise plus tard par quelques-uns de ces districts militaires, à deux desquels les deux plus grands États de l'Europe centrale ramènent leur origine première.
La vaste monarchie de (]harlemaj2:ne ne lui survécut .i;uère; les pays qu'il avait reçus en héritage et ceux qu'il avait conquis continuèrent à obéir pendant un siècle et plus à ses descendants; quelques-unes de ses institutions se perpétuèrent, en se développant, bien plus longtemps encore; mais trente ans après sa mort c*en était fait de Tunité de Tempire des Francs. La machine administrative qu*il avait créée et grâce à laquelle son activité prodigieuse transmettait et fusait exécuter ses ordres d'un bout de l'Europe à Tautre, ne tarda pas à péricliter entre les faibles mains de son unique héritier; les tergiversations politiques de Louis le Débou-