LE ROYAUME PARTIGDLIBR DE GERMANIE
cependant d'un seul coup aux tluctuatioos politiques et territoriales de la succession de Charlemagne. Jusqu'à la fin du IX* siècle ce ne sont que subdivisions et réagrégations, motivées d'une part par le système des partages entre frères, de l'autre par le droit d'hérédité de ligne à ligne. Pour ne parler que de la branche allemande de la dynastie, on yoit d'abord, à la mort de Louis le Germanique, ses trois fils s'établir comme rois, le premier en Bavière, le second en Saxe et en Franconio, le troisième en Allemannie; ensuite le cadet des trois princes, Charles le Gros, ajoute successivement àTAllemannie, d'abord la Bavière et iltalie, puis la Saxe et la Franconie, avec la Lorraine, puis encore la France occidentale ou gauloise, et réunit ainsi à la portion complète que le traité de Verdun avait attribuée à son père la majeure partie . des Étals de ses oncles Lothaire et Charles le Chauve; enfin, au bout de quelques années, le même Charles le Gros, déposé parles uns, abandonné par les autres, meurt dans la misère, et alors seulement, en 888, le déinonibrement de la monarchie carlovinj^ienne peut rtre considéré comme définitif. Le royaume de Germanie, tel qu'il passait à Arnulf, un neveu illégitime de Charles, avait à peu près la même étendue que lors du traité de Verdun; néanmoins ses limites s'étaient quelque peu déplacées : au levant la zone tributaire était plus ou moins compromise; par contre, du côté du couchant, ï'Âbace et la Frise, séparées de la Lotharingie, avaient été adjointes à l'AUemannie et à la Saxe, lors du partage que Louis le Germanique et Charles le Chauve avaient fait, en 87(1, à Mersen, de l'héritaj^n? de leur neveu Lotiiaiio II.
La grande question d'ailleurs, à la lin du ix'' et au commencement du X* siècle, n'était pas de savoir quelles seraient au juste les limites de l'Allemagne : il s'agissait de Texistence même du nouveau royaume, qui venait à peine de se constituer, et que menait le double danger de la conquête étrangère et de la décomposition intérieure.
Sur toutes les frontières du nord et de l'est s'accentuait de plus en plus un mouvement général des barbares païens.
assez semblable à rolui qui avait jadis poussé los peuples germaniques à se ruer sur l'empire romain, et les marrbes créées par Cbarlemairne étaient incapables de résister plus longtemps à leurs attaques répétées. Sortis des deux pressa lies Scandinaves, les Normands, frères des anciens Germains par la race, la langue, les mœurs, la religion, attaquaient par terre et par mer la Germanie, que les Carloyingiens avaient convertie et civilisée ; leurs légers esquifs remontaient les grands fleuves, et toute la vallée du Rhin, depuis Dorestadt et Utrechl jusqu*à Worms et à Metz, portait les traces de leur épouvantable passage. Les Slaves avaient secoué le joug; sur l'Elbe, les tribus wendes guerroyaient avec les Saxons et les Tburingiens; plus au sud, Zwrntibold avait fondé, en face de la Bavière, le grand empire morave, et sa destruction par Arnulf avait pour unique résultat d'ouvrir le chemin de l'Allemagne à des ennemis plus terrihles encore, les Hongrois ou Madgyars, de race finnoise comme les Huns, d'horrible mémoire.
Au dedans l'avenir se présentait sous des couleurs tout aussi sombres : la royauté, en butte aux intrigues et aux violences incessantes des grands, ecclésiastiques et laïques, laissait de jour en jour davantage échapper de ses mains la direction de la nation, cl comme c*élait elle seule qui représentait l'unité nationale en face de l'antagonisme des différentes tribus, son affaissement paraissait présager la ruine procbaine des institutions communes, h peine implantées sur le sol de la Germanie. Comtes et seigneurs, évéques et abbés s'isolaient et visaient à l'indépendance, mais surtout les anciens duchés nationaux se reconstituaient par la force même des choses. Les invasions barbares avaient en effet obligé les successeurs de Gbarlemagne à conférer une puissance plus grande, à assigner un rayon d*autorité plus étendu à certains comtes, décorés des titres de marquis ou de ducs, de légats ou de chambriers {marehiones, dueeê, mini^ nuntii caméra')^ et ces hauts fonctionnaires, choisis naturellement parmi les seigneurs les plus illustres, les plus riches,