LES ROYAUMBS ANNEXES ET LA COURONNE IMPERIALE
Aux populations néo-latinos on romanos de la Lorraine occidentale et de l'Italie, aniiexi'es à la (lermanie |'ar Henri I" et par Otlon le Grand, vinrent s'ajouter au siècle suivant celles du royaume d'Arles ou de TArélai* Gel État, formé par la réunion des deux royaumes de Bourgogne transjurane et de Bourgogne cîsjurane, s'étendait de la Reuss à la Satoe et des Alpes occidentales au cours inférieur du Rhône. Son dernier souverain particulier, Rodolphe III le Fainéant, après ravoir une première fois légué au dernier empereur de la maison de Saxe, Henri II le Saint, le laissa en héritage (1032) à Conrad II, le fondateur de la nouvelle dynastie impériale de Franconie, qui se mit en effet en possession l'année d'après (1033). Besanron, Lyon et Marseille devinrent ainsi à leur tour, sinon des villes allemandes, du moins des villes d empire, et la domination des rois de Germanie se trouva comprendre tout le centre de TEurope dans sa plus large extension. Aussi les empereurs franconiens et même leurs premiers successeurs de la maison de Souabe continuèrent'ils, malgré des éclipses de puissance passagères, à tenir incontestablement le premier rang parmi les princes chrétiens; leur double dignité d'empereurs romains et d'avoués du saint-sièire, appuyée sur de vastes États et de nombreuses armées féodales, les niellait hors de pair avec les autres rois de l'Occident; seuls ils portaient, sur leur couronne fermée, le globe avec la croix; si la France capétienne récusa toujours leur suzeraineté impériale (ce en quoi elle fut imitée par TEspagne), ils obtinrent h plusieurs reprises les serments de vasselage des rois de Bohème, de Hongrie, de Pologne, de Danemark, d'Angleterre même; le Hohenstaufen Frédéric I*' Barberousse encore, comme avant lui le Saxon Otton 1** et le Franconien Henri UI, poursuivait la monarchie universelle, le dominium mundi, se faisait appeler le seigneur des seigneurs, dominus domù nantinm, et proclamait ces hautaines prétentions avec la sujier/jfj ludesque^ que craignaient ou raillaient les autres nations.
260 GEÛGUÀPUIË tilbTOiliQUË DE L'ëUUOPE CËNTHALË.
Et cependant c'est du règne même de ce prince que date la subordination des empereurs germaniques aux souverains pontifes, et par suite leur déchéance du rang de chefs suprêmes de la chrélienté latine. Déjà le joug à peine déguisé que, sous le nom ilavoncrlc, les rois saxons et leurs ptcmic^rs successeurs franconiens avaient fait peser sur l'Église romaiue, quand Otton I"" ordonnait la déposition de Jean Xil, qui lavait introduit en Italie, ou que Henri 111, de sa seule autorité, nommait au pontificat suprême des évèques allemands, ses sujets et ses clients, avait été brisé par Grégoire VII, qui établit victorieusement l'indépendance du sacerdoce contre Henri IV; mais les deux pouvoirs, ecclésiastique et laïque, étaient restés pendant près d*un siècle encore sur le pied de T égalité, et le triomphe de la papauté ne fut complet que le jour oii, après une lutte désespérée d'un quart de siècle, Frédéric I*"" se prosterna à Venise devant Alexandre III (1177). lie ce jour seulenicnt la question se trouva définitivement vidée : la couronne impériale ne venait qu après la tiare; la suzeraineté du monde occidental avait officiellemeut passé des empereurs aux papes; plus que jamais la république chrétienne reconnaissait Rome pour son centre, mais c'était de la curie romaine et non de la chancellerie impériale qu'elle recevait ses directioniB. Bientôt même la royauté française, fortement constituée par Philippe-Auguste, commença à disputer à TAllemagne désunie le premier rang parmi les États laïques; les autres couronnes royales, à l'exception de celle de Bohème, constataient du moins leur autonomie. Le dernier des empereurs souabes, Frédéric II, qui pourtant aux quatre couronnes d'Occident, de (iermanie, d'Italie el d'Arles en avait, du droit de sa mère, de sa femme et de sa bru, ajouté trois autres, celles des Deux- Siciles, de Jérusalem et de Sardaignc, fut éclipsé par saint Louis avant d'être vaincu et écrasé par le saintpsiège; son tombeau (1250) fut aussi celui du saint empire romain, comme Favaient compris pendant trois siècles les rois de Germanie et la chrétienté entière.