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BXTBNSION DE L*ALLEMAGNE AU NORD-EST

de race iadesque y introduisit le droit, les mœurs, la langue de rAUemagne; sauf un quart de la Silésie, une portion peu considérable de la Lusace et quelques villages poméraniens, on n*y parle plus aujourd'hui le slave; la transformation a

été complète dans le Holstein oriental, le Mecklembourp, le Brandobourt;, la Misnie, et l'on s'étomic de lire dans les liistoires de Saxe qu'au xiv" sii;clo encore le margrave de Misnie, Frédéric le Sérieux, était dans le cas d'interdire l'usage de la lanij^ue wendc dans sa ville de Leipzig-, l'ancien Lipzk ou ville des tilleuls des Sorabes. Les conquêtes faites depuis le xni° siècle le Ion»; de la Baltique orientale par les deux ordres de chevalerie allemands, les Porte-Glaive et les Teutons, propagèrent même la colonisation tudesqne beaucoup plus loin encore au nord-est, et Danzick, Kœnigsberg et Riga devinrent de grands centres de civilisation gennani<]ue, à l'instar de Magdebourg, de Lubeck, de Stellin et de Breslau; mais les pays borusses, lettons et linnois soumis par eux no furent jamais régulièrement incorporés à rem[>ire. Au sudest, tout au contraire, les j)opulalions slaves de la Bohème, de la Carinlbie et de leurs annexes, quoique réunies de vieille date à la Germanie, conservèrent plus ou moins intacte leur nationalité primitive.

Parallèlement à Textension de TAllemagne dans la direction du nord-est, s'accomplissait dans son sein une révolution, politique et territoriale à la fois, qui, commencée dès le XI* siècle, aboutit, au xni% à la dislocation féodale de Tem-

pire, et dont les effets se sont perpétués jusqu'au commencement du xix" sii'cle, en partie même jusqu'à nos jours. Tandis qu'en France la rox.uilé capétienne maîtrisait j)eu à peu la féodalil*', les rois de(iermani(^ facilitèrent eux-mêmes, par leurs lointaines entreprises et par une politique qui prétendait embrasser la chrétienté entière, les progrès d'un nouvel ordre de choses, qui devait être également fatal à la puissance de la royauté et à Tunité du royaume. Les préoccupations italiennes et européennes des plus grands d*entre

eux leur firent trop ii<''«i livrer des intérêts (ilus voisins; il n'y a i^iii're que Henri VI dt* llulienslaufen, le fils de Frédéric 1"% qui ait sérieusement songé à donner à la royauté allemande une base plus solide par l'établissement légal de rhérédilé monarchique. 11 n'y réussit pas, et, eùt-il réussi, il était trop tard : les guerres du sacerdoce et de Tempire, compliquées de la rivalité des deux familles, presque également puissantes, des Welfs et des Hohenstaufen, avaient usé à la fois Tautorité royale et Tautorité ducale, au profit de la féodalité qu'on peut appeler de second ordre, et qui se composait à la fois des vassaux secondaires, soustraits à la puissance des ducs, et des prélats, (jue les rois saxons et franconiens av;ii(Mit essayé de leur opposer. Aussi déjà son propre fils 1 ri'di'iic il concéda-t-il aux seigneurs ecclésiasli(jiips et laïques la souveraineté, ou, pour employer le terme lecliuique, la supériorité territoriale y le dominium terrWt avec presque tous les droits régaliens (1220, 1232); encore, en signant ces constitutions, ne fit-il que confirmer expressément un état de choses bien plus ancien.

Dès la fin du x* siècle, les vassaux de deuxième rang, comtes, marquis et landgraves, avaient commencé à se rendre héréditaires dans leurs fiefis; cent ans plus tard, ils se titraient d'après les noms de leurs comtés, réputés dorénavant possessions palrimuniales, et étaient imités par de nombreux barons ou flijîiaiiteSy qui, autour d'un chîlteau patrimonial, avaient créé des comtés nouveaux. De leur coté, {»res(|ue tous les évèques et un certain nombre d'abbés, marchanl sur les traces des souverains pontifes, étaient devenus seigneurs terriens, soit par des donations particulières, soit principalement par des concessions royales. En effet, les rois saxons et franconiens, non contents d*élendre leurs droits d'immunité, qui remontaient aux Mérovingiens, et de leur conférer les droits régaliens utiles, comme l'avaient fait les derniers Carlovingiens, leur avaient accordé dans les villes épiscopales et abbatiales, et même dans des comtés entiers, la juridiction comtale complète, afin de coutre-balancer par

DISLOCATION FEODALE DE L ExMPiUE.

leur ÎDflueiice la puissance des vassaux laïques, en train de devenir héréditaires. Plus les empereurs avaient, par ces concessions exorbitantes, agrandi le rôle politique du clergé, plus ils devaient tenir à le grarder sous leur autorité directe,

et c'est ce qui explique leur Aprelé à défendre contre le saintsièfi:e leur droit traditionnel d'investir par la crosse et l'anneau les (lij^^nitaires de rKglise; mais Tindoniptable énergie de Gréf^aure VU et de ses successeurs immédiats arracha à Henri IV la libre disposition des évècliés; le compromis par lequel Henri V offrit à TËglisc de s'abstenir de toute ingérence dans la nomination des prélats, à condition qu'elle restituât au domaine royal tout ce qu'elle en avait reçu à titre de flefs, fut rejeté avec indignation par les évèques et les abbés allemands, plus avides de pouvoir que de liberté; de guerre lasse, Tempereur dut, par le concordat de Worms (li22), se contenter do droit de conférer par le sceptre les fiefs d*empire attachés aux bénélices ecclésiastiques, en laissant la disposition rét'ile de ceux-ci aux chapitres et à la curie romaine; et ainsi les prélats échappt'rent à leur tour à raulorilé royale. Les guerres des Guelfes et des Gibelins augmentèrent de jdus en plus rindépendance des vassaux, laïques et ecclésiastiques, et de fait ils étaient déjà presque souverains dans leurs territoires respectifs lorsque Frédéric II leur y reconnut la supériorité territoriale : mais la sanction royale affermit d'autant leur quasi-autonomie. Les décrets de ce prince se trouvèrent cependant impuissants sur un point : pour mieux se concilier les évôques, il prétendit faire rentrer sous leur autorité politique leurs villes épiscopales, qui, de leur côté, avaient acquis des rois ou des prélats eux-mômes une bonne partie des droits régaliens dans l'enceinte de leurs murs; mais, elles aussi, elles surent défendre contre leurs aticirns sei,2:neurs ecclésiastiques leurs droits concédés ou usurpés, et, de concert avec les villes du domaine royal successivement émancipées par les empereurs, elles constituèrent les villes libres et impériales, c'est-à-dire des républiques municipales autonomes, qui, depuis le xm* siècle, commencent à

figurer dans rempiro àc6lé des princes laïques et ecclésiastiques, quoique à un rang plus modeste.

Ainsi riincien royaume de Germanie» formé par Tensemble des duchés nationaux, que réunissait en un seul tout le pouvoir supérieur de la royauté, s'était profondément modifié dans son organisation politique par le triomphe du système féodal; l'empire du xni* siècle n'élail déjfi plus qu'une espèce de républi([ue fédéralive, sous la jirrsideiice impérial»). Les cadres géographiques s'étaient transformés en môme temps que les institutions politi([ues : dès la (in du xi" siècle, la division carlovingiennc en comtés, établie sur la base des Gaue ou pagi primitifs, était tombée en désuétude, avec la disparition de l'ancienne organisation administrative et judiciaire; cent cinquante ans plus tard, les duchés nationaux avaient disparu à leur tour, ou du moins complètement changé de nature. Un nouveau lotissement territorial, variant sans cesse selon les hasards des héritages, des achats, des usurpations, des partages, avait remplacé l'ancienne topographie des pagi et des comtés; certains seigneurs avaient réussi à réunir on un seul territoire plusieurs comtés carluvingiens; beaucoup plus souvent un seul et même comté s'était partagé entre un jdus ou moins grand nombre de comtes et de seigneurs. Quant aux duchés nationaux, il n'y avait guère que celui de Bohème qui en eût conservé le caractère primitif; partout ailleurs les titres en avaient été transférés sur des portions plus ou moins restreintes de leur ancienne étendue, à moins qu'ils ne fussent complètement périmés. Dans le premier cas se trouvaient les duchés de Saxe, de Bavière, de Lorraine, de Lothier et de Carinthie, dont les titulaires n'étaient plus que des feudataîres ordinaires, possédant des territoires patrimoniaux plus ou moins considérables; à la deuxième catégorie appartenaient les ducliés de l'^ranconie et de Souabe, dont le premier s'était réduit, dès le xn*" siècle, au petit duché, fort épliémère lui-même, de Uothciiburg-surla-Tauber, et dont le second fut entraîné, un siècle plus tard, dans la chute des llohenstaufen. Ën somme, le grand carac-

UISLOU.VTION FÉODALE DE L EMPIUE.

tère géographique de la révolution opérée en Allemagne par la victoire de la féodalité, c*est la dislocation générale de rempile, divisé dès lors en une multitude de territoires de

toute grandeur, de toute puissance, de toute origine et de toute nature, «jui tous étaient déjà dos Etats presque souverains. Cependant il faut se liAter d'ajoulor, car c'est la dilTérence fondamenlale entre le dévelop[)ement liistori(|uo de rAlleniagne et celui de lllalie, que Tunité nationale allemande avait été fondée assez solidement par les rois saxons pour que le royaume de Germanie ne tombât pas dans une dissolution complète. L'idée de la solidarité politique des Ktats germaniques survécut à la crise du xm* siècle : la royauté, restaurée après le grand interrègne par Rodolphe de Habsbourg, et dorénavant appuyée principalement sur la puissance patrimoniale des empereurs, fut maintenue comme def de voûte de rédifice complexe que formaient les nombreux membres de l'empire.

La nouvelle organisation politique de l'Allemagne, qui se consolida du xiii" au xv" siècle sous les règnes trop souvent anarchiques des premiers Habsbourg, de Louis le Bavarois et des empereurs de la maison de Luxembourg, fut donc dès le début et devint de plus en plus essentiellement aristocratique; Tempereur était primé par l'empire, et cet empire se composait avant tout des princes ecclésiastiques et laïques, archevêques, évèques et abbés d'une part, ducs, margraves, landgraves et comtes de Tautre. Aux diètes qui le représentaient, les villes libres et impériales, qui avaient réussi à se maintenir comme corporations autonomes, ne furent admises que tardivement et comme un collège inférieur; la noblesse immédiate d'empire et les ({utd(jues cantons de paysans libres qui avaient résisté à l'absorption princière et qui continuaient à voir dans l'empereur leur unique souverain et maître, n*y pénétrèrent même jamais. Par contre, dans le sein même de cette aristocratie princière se développa, comme collège particulier à la diète et comme conseil forpé du souve-

272 GÉOGRAPHIB HISTORIQUE DE L*BUROPE CENTRALE.

rain, uneospcce de direcloire oligarchique» qui, de son droit exclusif à élire l'empereur, prit le nom de collège élecloral.

Dès les premières élections royales en Germanie, les principaux dignitaires de Téglise nationale, les ducs et les plus puissants parmi les feudataires laïques avaient exercé un certain droit de préktxalion ovL de désignation préalable; puis, dans la première moitié du xm* siècle, sous l'influence probablement du saint-siège f Téleclion définitive aussi fut dévolue à ces électeurs privilégiés, et leur nombre lixé au chinVe sacramentel de sept, qui est énoncé jxnir la première fois dans ]c S(n Jiseusj)if'(/el ou droit couUimiei" saxon, et que, lors de l'élection de Rodolphe de Habsbourg, en 1273, ou admettait déjà comme un axiome de droit public. Mais si le chiflre des voix électorales n'a pas varié, il n'en est pas de même pour la désignation des princes qui devaient les posséder. Le droit au vote des trois archevêques rhénans ne fut, il est vrai, jamais contesté; mais, quant aux quatre voix laïques qu'on met, assez arbitrairement, en rapport, soit avQC les anciens duchés nationaux, soit avec les offices de la couronne, elles soulevèrent bien des compétitions, que motivèrent et entretinrent surtout les élections doubles du xnf et du XIV* siècle, où chaque parti tâchait à l'envi de grossir le nombre «le ses voix. Ainsi les ducs de Bavière et les rois de liuhème se disputaient un seul et même vote, el pour les trois autres, qu'un usage constant avait définitivement attribués à des familles déterminées, il y avait doute si le privilège appartenait au plus âgé ou à i'alné de la race, s'il était collectif ou individuel. Ce ne fut que la fameuse bulle (Vor de Tan 1356 qui trancha toutes ces difficultés, en même temps qu'elle libella les prérogatives du corps électoral. Rédigée par Charles IV et ses partisans, elle débouta la maison de Bavière au profit de la couronne de Bohème, qu'il portail lui-même, et, en outre, elle décida que la voix électorale, fixée sur une tcrt'e électorale déterminée, serait indivisible et transmise selon l'ordre de primogénilure. Le collège électoral fut aiQsi définitivemealcomposé des trois archevêques

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