‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 56 sur 134 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I£ SAINT EMPIRE ROBIAIN DE NATION OERMANiaUE PENDANT LES TEMPS MOI>EBNES

Le moyen âge léguait aux temps modernes un emj)ire d'Allemagne forl vaste encore, mais sans solidarité nationale réelle, sans organisation politique arrêtée. L'empereur, chef nominal de la communauté, n'avait de pouvoir elTeclif que celui que lui donnaient ses Elatspalrimouiaux; la diète, où les principaux Etals de Tempire se réunissaient pour délibérer sur les afîaires du royaume, était un rouage incommode et d'habitude ineffîcace : rois, princes, prélats, comtes, seigneurs, bourgeois et paysans poursuivaient exclusivement leurs intérêts particuliers, le plus souvent opposés à ceux des autres* classes de la société, et ne reconnaissaient tous ensemble, comme argument décisif, que celui de la force brutale; vers la fin du xv" siècle encore, après une anarchie rhronifjue de deux ou trois cents ans, le vrai droit public de l'empire était le droit du plus fort, ou, pour nous s( rvir de l'énergique expression allemande, le droit du poing [Fausti-echl).

Ce fut alors que, sous l'inspiration principalement de l'archevêque de Mayence Berthold de Hcnncbcrg, primat de Germanie et directeur du collège électoral, le roi des Romains, puis empereur Maximilien P', s^efforça de mettre fin à rimpuissance trop constatée de la nation allemande, en

TENTATIVE DE RÊOAOANiSATlON DE L'EMPIRE

piM^'fanl les mains à une réornanisalioii de l'empire, op»'Tée en ilièle, avec le ('(Hicours coinnuiii de lous les Elats. Son père, l'empereur Frédéric lll, à quelque dures cxlrémités qu'il eût élé parfois réduit, n'avait jamais voulu renoncer aox vieilles prérogatives do l'aulorité royale, et, quoique depuis des siècles elles eussent perdu toute valeur pratique, il avait préféré voir se perpétuer le désordre plutôt que de compromettre par des concessions formelles le principe monarchique. Plus impatient et plus léger que lui, ïfaximilien, alors qu'il n'était que Théritier élu de la couronne germanique, accepta le fait accompli do l'autonomie des membres de l'empire, en se consolant par la réflexion ironique (jui; « si les autres rois avaient des sujets, lui il gouvernerait des rois »; puis, après la mort de son père, il travailla, avec tout le sérieux dont il était capable, à la nouvelle constitution, beaucoup plus fédérative que monarchique. Des diètes successives proclamèrent la paix publique perpétuelle [ewige Landfriede), destinée à mettre fin aux guerres féodales et aux brigandages nobles, créèrent dans la chambre impériale {Reieh9kammergeriehl) un organe judiciaire commun, par la régence d'empire (Reichtregimenl) un pouvoir exécutif central, par le denier commun {gemeine Pfennig) un impôt universel, et donnèrent au nouvel ordre de choses politique sa base territoriale par la division de l'empin; en dix cercles (Kreise). Mais l'aulorilé territoriale des princes avait déjà jeté des i-acines trop jjrofondes; ils s'étaient trop familiarisés avec l'idée de leur quasi-souverainclé pour qu'ils s'accommodassent de Tobéissance envers un gouvernement central, ce gouvernement fùt-il en majorité choisi par eux-mêmes dans leur propre sein. La régence d*empire et le denier commun échouèrent complètement; la paix publique et la chambre impériale n'eurent de prise que sur les membres de l'empire trop faibles pour s'y soustraire; les intérêts politiques, financiers, bientôt aussi religieux de la communauté continuèrent il être débattus, soit en diète, soil par la diplomatie et les armes, entre les princes prépondérants, autour desquels se

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gTOU|»aient les Klals moins puissants. Quant à la division on cerclt's, elle n'a jamais joué qu'un rùlt' loul à fail insii;niliant au point de vue politique et adininislratif ; néaninuins. connue elle a donné jusqu'au commencement du xix' siècle la division géographique usuelle du saiul empire» nous allons nous y arrêter un instant.

Les tentatives faites pour substituer à Tancienne division da royaume selon les duchés nationaux, complètement tombée en désuétude avec la disparition de ces duchés euxmêmes, une nouvelle division en cercles, plus ou moins calquée sur la précédente, remontent jus(ju*à la fin du xiv* siècle. La question, souvent abritée pendant tout le cours du xv*" siècle, aboutit enlin en 1 année l.'iOO, on la ilièle d'Augsbourg-, principalement en vue du mainli^'U de la paix publique, créa b's six cercles de Bavière, de Franconie, de Saxe, du Rhin, de Souabc cl de Westphalie-Khin inférieur. A ce moment l'empereur et les électeurs ne jugeaient pas encore à propos de faire entrer leurs territoires respectifs dans la nouvelle circonscription; ils le firent en 1512, où la diète de Cologne ajouta aux six cercles primitifs, dont le troisième s'appela dorénavant la Basse-Saxe, le quatrième le Haut-Rhin et le sixième la Westphalie tout court, les quatre nouveaux cercles d'Autriche, de Bourgogne, du Rhin électoral ou Bas- Rhin et de Saxe électorale ou Haute-Saxe; cette division en dix cercles recrut ensuite sa consécration définitive aux diètes de Worms et de Nuremberg des aimées l.*)2t et 1522. Le singulier enciievètremenl topo^raiiliiijue des cercles les uns dans les autres, qui était remanpiable surtout entre ceux du Haut-Uliin, de Westphalie et du Rhin électoral, puis entre ceux du llanl-Hhin, de Souabe et d'Autriche, s'explique par rhistoire de leur création successive; une autre anomalie plus étonnante encore, c'est que, dans la nouvelle division, ne furent pas compris, non seulement toute- une série d*abbayes, de comtés, de seigneuries, de paysanneries qui appartenaient immédiatement à Tempire, mais même l'ensemble des territoires de lu noblesse immédiate, cl des pro-

TENTATIVE DE RÉORGANISATION DE L*BMPIRB. 28i

vinccs entières qui faisaient partie de Tempirc ou qu'on comptait du moins d'babilude avec lui. Les petits territoires immédiats qui manquent sur les listes officielles des cercles furent probablement tout simplement oubliés; quant aux pays, en partie fort considérables, qu*on y cherche en vain, on n'a qu'à se rappeler leur provenance historique ou leur situation politique particulière pour se rendre compte de leur prétérition. Ainsi l'ordre Teutonique, dont les grandes conquêtes de la lUillique n'avaient d'ailleurs jamais été annexées expressément à rAlleniai^ne, était vassal de la ronronne de Polofine pour les territoires prussiens qui lui restaient; la Confédération helvétique venait de prouver, par la guerre de Souabe, qu'elle entendait garder son autonomie complète; la Savoie, la Franche-Comté et Monlbéliard étaient du royaume d'Arles et non de celui de Germanie; le duché de Lorraine et les évèehés lorrains se tenaient à part depuis longtemps; la couronne de Bohème, portée depuis la fin du xv* siècle par des princes polonais, en fSûsait momentanément autant. L'omission des territoires de la noblesse immédiate d'empire s'explique par une autre raison : fidèle à ses traditions féodales, l'ordre é(piestre, qui ne voulait dépendre que de renqu icur seul, ne tint pas à entrer dans de nouvelles relati(jns avec les princes voisins, ses adversaires naturels, et ceux-ci ne pouvaient voir avec déplaisir une exemption qui était de nature à faciliter leurs usurpations futures.

A tous les germes de dissolution que nous avons précédemment constatés dans l'empire germanique, la Réforme du XVI* siècle vint ajouter un nouveau ferment de désunion. Au lieu de se faire, comme on avait pu l'espérer d'abord, dans

et par l'empire entier, elle fut abandonnée au libre arbitre des Etats j)arliculiers; or, tandis que rAlleniagne du nord pres(jue entière, avec quebjues princes du sud cl la majeure partie des villes libres, se déclara pour les nouvelles doctrines, le catholicisme se maintint victorieusement au sud et à l'ouest, par l'alliance de rAulricbe, do la Bavière el des

princes ocrlésiastiques. Deux g^roupcs hostiles, trois môme si l'on tient compte de rantipalhic respective des luthériens et des calvinistes, se partagèrent dès lors les Étals de Tempire, se mesurèrent plus d'une fois les armes à la main, et restèrent opposés les uns aux autres dans leur politique et dans leurs alliances, même après la conclusion de la paix de Westphalie, qui, en t648 seulement, mit fin aux guerres de religion en Allemagne. Un autre résultat politique de la Réformation, presque aussi considérable que cette scission du corps germanique en un coj*ps catholique et un corps évangélique^ fut la prépondérance de plus en plus marquée des princes laïques sur les autres membres de l'empire. Dès la première prédication du proleslaulisme, les princes qui s'y rallièrent, non contents de séculariser les biens ecclésiatiques de leurs États patrimoniaux, avaient commencé à donner aux principautés ecclésiastiques de TAUemagne septentrionale des administrateurs choisis parmi les membres cadets de leurs dynasties, mesure préparatoire à leur sécularisation future; les villes libres, de plus en plus entourées et étreintes par dea territoires princiers de plus en plus étendus et compacts, ne sauvaient plus qu'à grand'peine une autonomie illusoire, et la théorie de la clôture des territoires, du tevritorhun clausu/n des jurisconsultes, eu vertu de la(|uelle et d'après la formule « quidt/uîd est i?i temlorio, ctiam est de territorin » il n'y avait pas d'exception à la souveraineté du prince dans les limites de son territoire patrimonial, après avoir été appliquée dès la On du xv* siècle par les ducs de Bavière à la noblesse de leurs États, restait suspendue comme une menace perpétuelle sur la tète de la noblesse immédiate tout entière.

Cependant, à deux reprises, sous Charles-Quint et sous Ferdinand II, la maison de Habsbourg essaya, à la faveur des g-uerres de religion et en s'appuyant sur sa puissance domestique, d'opérer en Allemagne uue réaction monarchique; mais les deux fois la tentative, d'abord couronnée de succès, échoua contre la résistance des princes allemands, soutenus par la France. Charles-Quiut, vainqueur à MuhU

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