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CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES GÉNÉRALES DE L'EUROPE

effilé, ou bien, en se plaçant à un point de vue moins évident au premier abord mais plus rationnel peut-être, donner pour tronc à l'Europe un triangle rectangle à côtés inégaux, dont Fangle droit s*appuie à la Caspienne à la hauteur d'Astracan, et disposer à Tentour de ce triangle, le long de son hypoténuse que représente la ligne du cap Nord de l'Oural à IJayoniie, et le long de sa l)ase qui correspond à la liirno de Bayoïine à Aslracan, les membres péninsulaires et insulaires du continenl; dans l'une et l'autre hypothèse, l'Europe se divisera, en proportion pareille, entre deux moitiés de grandeur presque égale : dans la superficie européenne totale, en effet, le rectangle oriental comptera pour environ les cinq neuvièmes, tout comme le triangle continental, et il reviendra quatre neuvièmes tant à l'Europe déliée occidentale (ju'à l'ensemble des membres péninsulaires, des membres insulaires et des amorces continentales par lesquelles les presqu'îles se rattachent au triangle fondamental.

L'étude approfondie des formes plastiques de l'Europe démontre amplement que son relief n'est pas moins artistemenl combiné que sa configuration horizontale, et que la multiplicité de ses phénomènes verticaux, qui imprime à chacune de ses parties un caractère individuel fortement accentué, a elle aussi singulièrement favorisé dans son sein l'expansion de la civilisation, en la variant à l'infini. Insistons tout d'abord sur le fait capital de l'absence de tout phénomène dominant inconciliable avec le libre développement de l'activité humaine. On pourrait croire le contraire, à voir sur les caries [)hysiques de quelques atlas élémentaires une espèce de digue colossale ({ui, parcourant l'Europe du sudouest au nord-est, la divise en deux moitiés en apparence étrangères Tune à l'autre; mais cette uniforme ligne de faite européenne est une invention systématique, destinée à mieux graver dans la mémoire des enfants le départagement des eaux européennes entre les deux séries de mers dont elles sont tributaires : appliquée non plus à rhydrogra[ihie, mais au relief du continent, elle ne peut donner que les idées les plus

éloignées de la vérité. Il n'exisU» pas, tant s'on faul, une suite continue do cliaîncs de montagnes entre le cap Tarifa et le cap Nord de TOurai; les eaux découleut alternativement de grands massifs, de chaînes secondaires, de simples dos de pays; partout, entre les vrais systèmes de hautes montagnes, monts Ourals, Karpathes, Alpes, Pyrénées, s'intercalent des pays de terrasses ou des dépressions complètes, par lesqueb 8*opërent fecilement les communications entre les régions appartenant aux deux versants.

(ïollc erreur écartée, examinons comment s'ageijce dans ses lignes firinripales le relief enroj)éen.

A roricnt, le voisinage immédiat de l'Asie se manifeste à la fois par Fampleur et par la monotonie des phénomènes; une forte moitié de notre continent s'y étend en plaine uniforme, presque sans variété plastique : c*est l'Europe orientale ou plane, la grande dépression sarmate ou russe, comprise entre les monts Ourals, le Caucase et les Karpathes, et prolongée à l*ouest, le long de la Baltique et de la mer du Nord, jusqu'au pied de la ligne transversale que les géographes appellent la diarjonale européenne et qui des Karpathes gagne les collines de l'Enis par les monts des Géants, les monts des Mines et le massif du Uarz. Ses uniques chaînes de montagnes sont ses bornes, qui représentent probablement les anciens bords d'une Méditerranée antéhistorique; à l'intérieur, elle n'a que des ondulations de terrain, des collines, des dos de pays, des plateaux laiges et peu élevés. Mais si l'on fait abstraction d'une part de sa partie polaire, encombrée de roches, de marais et de glaces, d'autre part de la proloni^aliun du steppe asiali(jue qui Ta envahie jusqu'au moyen Don avec son sable, son gravier, ses coquillages et son sel, celte plaine est tout européenne tant par la fertilité de son sol que par sa richesse en eaux : le terreau noir de la Russie porte les plus belles céréales, et ses fleuves, qui coulent avec une lenteur majestueuse dans les quatre directions cardinales, sont les plus considérables de notre continent.

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Beaucniip plus reslrciiile dans ses proportions que la plaine orieaiale, l'Europe occidenlalt* ou inoQlueuse rachèle amplement celte infériorité superficielle par sa structure plus complexe, par son relief diversifié à l'infini. Ëlle aussi est déterminée par trois grands systèmes de montagnes, Balkhans, Alpes et Pyrénées, qui en forment la bordure méridio* nale; mais à ces trois massifs fondamentaux s'appuient au nord de nombreux systèmes subordonnés; depuis les Balkhans jusqu'aux Pyrénées, en immense (Icnii-cercle autour de la courbe convexe des Alpes, se développe la niullilude des chaînes et des massifs secondaires de la monarchie austro-hougroise, de TAUemagne et de la France; des plateaux alternent avec les terrasses, des plaines s'intercalent dans la région montueuse ou la continuent jusqu'à la mer, et des fleuves nombreux et puissants, jaillissant du cœur des Alpes ou naissant dans les chaînes subordonnées, circulent en mille méandres à travers ce terrain accidenté, qu'ils mouvemenlent davantage encore.

A la irrandc dépression orientale cl à la zone montueuse de l'ouest, mais se rapprochant bien plus de la seconde à la fois par le voisinage cl par la conformation plastique, vient s'ajouter enfin, comme troisième section orographique de r£arope, Tensemble de ses membres péninsulaires et insulaires doués d'une organisation particulière. En laissant de côté un grand nombre dlles, satellites des pays voisins, ainsi que les [Hcsqu'iles secondaires de Kola, du Jutland, de la Hollande, de la Bretagne et de la Crimée, qui se rattachent pllis ou moins iiilimcrneiit à la ilussie septentrionale, à la plaine de la basse Aileinagne, à la vallée inférieure du Rhin, à la dépression française et à la Russie du Sud, on trouve cinq grandes articulations à formation autonome et à caractère individuel. Ce sont : au sud, les trois péninsules méditerranéennes, dont les terrasses et les plateaux se relient par des combinaisons variées aux trois grands systèmes de montagnes de TEurope occidentale; au nord, la grande presqu'île Scandinave et les lies Britanniques, qui possèdent leurs massifs

parliculiors. Toutes les cinq participent fin plus haut degré à la structure savamment compliquée de l'Europe occidentale montueuse; les bassins fluviaux y sont, il est vrai, en général, d'une importance médiocre; mais la toute-présence de la mer SUT leurs rivages profondément découpés contre-balance largement cette pauvreté relative.

Les grands faits de la géographie physique de notre continent, que nous venons d'esquisser sommairement, fournissent les niovriis de le diviser en un certain nombre de régions naturelles, entre lesquelles on junit répartir les divers Etats européens. Il y a forcément une part d'arbitraire assez considérable dans la détermination de ces régions, à la fois pour le chiffre, pour l'étendue et pour la délimitation respective. Rien n'empêche d*en augmenter on d*en diminuer le nombre; fréquemment la transition de Tune à Fautre s^opère graduellement, par nuances progressives; là môme où il existe des frontières naturelles indiscutables, il est rare que la politique les ait complètement respectées; certains États enlin, par suite de leur nature hybride, peuvent être compris indilléremmcnt dans Tun ou l'autre groupe. De là les divergences nombreuses et notables entre les géographes, tant pour la fixation des régions physiques elles-mêmes que pour la distribution des États entre elles. Pour les études de géographie comparée, où il y a à tenir un compte égal des exigences de la géographie pure, de celles de Tethnographie et de celles de rhistoire, nous croyons que le meilleur parti à prendre est d'admettre six régions naturelles, ayant chacune sa physionomie jiropre, et à chacune desquelles correspond, au moins d'une façon approximative, suit un seul empire (jui s'y superpose, soil un groupe d'États qui se la partagent. Dans le tronc continental européen, qui, large et massif, maïs plat et déprimé à Test, va s'efGlant et s'élevant à la fois dans la direction du couchant, nous en distinguons trois, à savoir : du càlé de l'est, sur les confins de TÀsie, la région de la grande plaine orientale avec le vaste empire slave de Russie;

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