L*EUROPE CENTRALE ET LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
ezlrèmement profondes dans la conslitutioa territoriale contemporaine de rAilemagne : en supprimant une multitude d'États qui le gênaient ou dont il avait besoin pour les combinaisons sans cesse nouvelles de son aventureuse polilique, le grand nivelenr a déblayé le terrain et fait dispandtre à jamais la majeure partie des épaves d'un ordre de choses qui s'était siirvéca à lui-môme; le jeu de provinces auquel il se livra sans discontinuer pendant un rè^^ne de dix ans, et qui se continua même après sa chute du fait de ses vainqueurs, simplifia, au moins relativement, la carte de Ti^^urope centrale, et prépara les voies à une nouvelle évolution politique et territoriale.
L'origine ou du moins le prétexte des guerres de la Révolution fut la suppression par TAssemblée constituante des droits ecclésiastiques, politiques et féodaux que la paix de Westphalie et les traités subséquents avaient garantis, dans rÂlsace devenue française, à différents membres du saint empire. La noblesse immédiate de la basse Alsace et les anciennes villes liliresde la province, qui avaient envoyé des députés à l'assemblée, n'étaient guère admissibles h se plaindre; mais les princes possessionnés, au premier rang desquels figuraient les évèques de Strasbourg et de Spire, la maison Palatine, les ducs de Wurtemberg et les landgraves de Hesse-Darmstadt, ces derniers en leur qualité de comtes de Hanau-Lichtenberg, Arent recevoir leurs réclamations à Ratisbonne, et à Paris même on se montra pendant longtemps disposé k leur accorder des indemnités. Malheureusement, les progrès de la Révolution d*une part,,de Tautre les intrigues des émigrés, qui inondaient Coblence et tout le pays rhénan, rendirent un arrangement diplomatique de plus en plus difficile; la réconciliation de la Prusse et de l'Autriche à Pillnitz (août 1791) et les préparatifs de guerre qui la suivirent décidèrent le ministère girondin, que l'Assemblée législative avait imposé au roi Louis XVI, à déclarer la guerre à l'empereur François 11 (20 avril 1792). Cette guerre, qui, pour la majeure partie de l'empire, continua, sauf une
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courte intemiption, pendant neuf ans entiers, eut pour conclusion la cession à la France de la rive gauche du Rhin, en tant qu'elle faisait partie du corps germanique, c*e8t-à*dire
depuis les confins de TAIsace jusqu'à ceux de la Hollande. La Prusse en avait pris son parti tout d'abord par son traité de BAlc du .*) avril I7'.l.*); rAulrichc y avait donné son consentement dans les articles secrets de Canipo-Formio du n octobre 1797; les plénipotentiaires de l'empire Tavaient admise au congrès de Hastadt en 17D8; elle ne devint néanmoins définitive qu'après une nouvelle passe d'armes, lors* que Tempereur la stipula au nom du corps germanique par la paix de Lunéville (9 février 4804), et que celui-ci, sans rautorisalion expresse duquel elle avait été consentie, s*y résigna le 7/9 mars 4804 .
Le cercle de Bourgogne en totalité et des portions notables des cercles de Westphalie, du Bas-Rbin et du IlautlUiin, ensemble tWi 000 kilomètres carrés et près de quatre millions d"lial)itaiits, soi'lirent ainsi officiellement de la communauté allemande; depuis des années déjà ils étaient incorporés au territoire de la républifiuc française, qui n'avait appelé à la vie ni république beige, ni république cisrhénane, comme on le lui proposait, mais qui avait formé, dès 1795, neuf départements des anciens Pays-Bas autrichiens, du Liégeois et d*une moitié des pays de généralité hollandais, puis, en 4798, les quatre départements allemands de la Sarre (chef-lieu Trêves), du Mont-Tonnerre (chef-lieu Mayence), de Rhin-et-Moselle (chef-lieu Coblence) et de la Roer (chef-lieu Aix-la-Chapelle).
Les principaux membres du saint empire s'étaient montrés de facile composition relativement à l'abandon d'un dixième du lerriloir»' cl d'un septième de la population de l'Allemairnc, parce rju ils espéraient tous tirer un profit personnel de la sécularisation des biens de l'Église situés sur la rive droite du Rhin, dont la masse était supérieure à celle des pertes éprouvées sur la rive gauche du fleuve par les princes laïques, du moment qu'on laissait hors de compte l'Autri-
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che, déjà indemnisée en Italie. L'idée de séculariser les territoires ecclésiastiques était bien antérieure à l'époque révolutionnaire; on Tavait appliquée lors de la paix de Westphalie aux principautés épiscopales de rAHemagne septentrionale ; elle avait été mise en ayant, pour les évéchés méridionaux aussi, pendant la guerre de succession d'Autriche, alors qu'on sMngéniait à trouver une dotation pour Tempereur Charles VII ; à la fin du xvin* siècle, elle était familière ;i tous les esprits et apparaissait aux diplomates, tant allemands <[iie fraiu;ais, comme un expédient aussi simple que légitime pour dédommager les souverains laïques, grands et petits, que dépossédait la république française. La paix de Bàle indiquait en termes généraux l'éventualité de la sécularisation (i795); les traités particuliers signés en 1796 avec la France par le Wurtemherg, Bade et la Prusse assignaient nettement leurs dédommagements sur les biens ecclésiastiques à séculariser; on avait commencé à discuter la question au congrès de Rastadt, sans arriver à s'entendre, sans même l'aborder sérieusement; enfin, après que la ])aix de Lunéville (1801) eut fait ofliciellenienL de la spoliation des souverains ecclésiastiques de la rive droite du Rhin le moyen d'indemniser non seulement les princes héréditaires allemands de ia rive gauche, mais même les dynasties de Habsbouig-Toscanc et de Nassau-Orange pour des possessions étrangères à T Allemagne, leurs principautés furent, à ia suite d'un travail long et laborieux, réparties entre les intéressés, qui trouvèrent même moyen d'y faire ajouter presque toutes les villes libres, quoique le traité de Lunéville se fût abstenu de les mentionner. L'empereur, d'abord chargé de ropéralion, s'était récusé; la diète avait alors nommé une députalion d'empire de huit UK iiilires, charj^éc de déterminer les dédommapemenls respectifs (7 n()V('ml)re ISOl); mais tes vraies négociations ne se poursnivir<'nl pas à Hatishonnc : c'est à Paris, avec le mir)istre des alTaires étrangères de la république française, cl sous la surveillance personnelle du premier consul, que les princes allemands
firent leur inarchàndagc de lorriloircs et d'àmes, et signèrent, dans le courant des aonées 1801 et 1802» toute une série de traités particuliers, en vertu desquels ils se mirent en posses* sion, avant même que la députation d'empire fût entrée en fonctions (24 août 4802). En somme, celle-ci n*eut qu*à enregistrer les injonctions du chef de la répnbUque française et du tsar de Russie, que le général Bonaparte avait par courtoisie admis à partager sa médiation; TAutriche tenta en vain d'obtenir pour elle et pour ses protégés de meilleures conditions que relies que portaient les notes identiques, française et russe, rcinisrs à Halisbonne le IS août 1802 et peu niuililiées par le plan rectilié du 8 octobre 1802; ce dernier, sauf quelques cbangemenls de (b tail, eux aussi dictés par les puissances médiatrices, fut chanj^^é en ReicItsdeputO' tionshauptschhtss ou recez principal de la députation d'empire le 25 février 1803, adopté par la diète le 24. mars et ratifié par l'empereur le 27 avril 1803.
Le recei principal de la députation d*cmpire bouleversait de fond en comble Tantique organisation du saint empire, par la sécularisation à peu près universelle des principautés ecclésiastiques et la médiatisation de la grande majorité dos villes libres. L'Autriche avait proposé de reconstituer au moins les trois électorats ecclésiastiques; elle n'eut ^ain de cause ((ue pour un seul d'entre eux. L'électeur de Mayence, Charles-Théodore baron de Dalberg , resta archevéqueéleclcur-archichancelicr, président de la diète et primat, avec résidence à Ratisbonne ; il garda parmi ses anciennes possessions le pays d'Aschaffenbourg, sur le Mein inférieur, et y joignit, outre Févèché de Ratisbonne, les deux villes libres de Ratisbonne et de Wetzlar, sièges de la diète et de la chambre impériale. Le grand maître teutonique et le grand prieur de Malte furent également maintenus dans leurs sièges princiers de llergentheim et de Heitersheim ; mais tous les autres princes ecclésiastiques, archevêques, évèques, abbés et prévôts-princiers, furent dépouillés de leurs droits souverains. Quant aux villes libres, il n'en resta que six en pos-