LA CÛNFÉDEUATION DU RHIN
membres, les quatre rois de Bavière, Wurtemberg, Saxe et Westphalie, les cinq grands-ducs de Francfort, Bade, Berg, Darmstadt et Wurzbourg, les treize ducs de Nassau, Arenberg,
Saxe-Weimar, Saxe-Gotha, Saxe-Meiningcn, Saxe-HildburgliiiusiMi, Saxe-Cobourg, Anhalt-Dessau, Anhalt-Bernbuiirg, Anhalt-Kœllicn, Mecklemboiirg^-Schwérin, Mecklombourg- Strélitz el Oklonbourg, el les (juinze jjriiices de Nassau-^^ eilbourg, llohenzollcrn-llecbingt'n, Ilobenzollern-Sigmaringen, Salm-Salm, Salm-Ivyrbourg, Isenburg, Liochlensteiii, Leyen, Schwarzbourg-Sondersliausen, Scbwarzbourg-Rudolsladt, Waldeck, Lippe, Schaumbourg-Lippe, Reuss-Greiz et Reuss- Schleiz, gouvernaient ensemble quatorze millions et demi de sujets, répartis sur environ 330000 kilomètres carrés, et fournissaient 120000 hommes aux armées napoléoniennes.
Mais bientôt la volonté toute-puissante de Napoléon, qui l'avait élciulue jusqu'à la Baltique, l'entama au nord, eoinnio elle venait déjà de le faire au sud en obligeant la Bavière à céd<'r au royaume d'Italie le Tyrol méridional, et incorpora directement à l'empire fran(^'ais une ;issez notable j)arlie de son territoire. L'insatiable conquérant avait souvent déclaré que le Rhin était la frontière naturelle et infranchissable de son empire; il s^élait, il est vrai, fait céder en décembre 1805 et en mars 1806, par l'électeur de Bade et par la maison de Nassau, les tètes de pont de Kebl et de Gaslel en face de Strasbourg et de Mayence, et avait stipulé en juillet 180G que la forteresse de Wesel, tout en restant partie intégrante du grand-duché de Berg, serait adjointe à la vingt-cinquième division militaire fnmeaise ; mais même après avoir, sous prétexte (\o considérations slratégicjues, fait annexer ces trois points isolés de la rive droite du Rhin aux départements du Bas-Rhin, du Mont-ïonnerre et de la Roer par le sénatusconsulte du 21 janvier 1808, il avait prétendu maintenir le principe posé par lui, et encore dans l'acte du l*"* mars 1810, qui assurait au prince Ëugène Beauhamais la succession dans le grand-duché de Francfort, on lit ces paroles bien positives : « Nous avons jugé ne devoir laisser aucun doute sur
334 GÉOGRAPHIE HISTORIQUB DE L*BUROPE CENTRALE.
l'inlonlion où nous sommes que nos Etats direcls ne dépassent pas le Rhin »; I*année n'était pas révolue, que Tempire français débordait bien au delà du fleuve qu*îl no dovail jamais franchir et louchait, à rembouchure de la Trave, les rires de la Baltique ! Le sénatus-conaulte du 13 décembre 1810, motivé par les exigeoces du blocus continental, incorpora & la France, en même temps que la Hollande entière, toute TAIlemagne du nord-ouest. La Confédération du Rhin y perdit 32 000 kilomètres carrés et près d'un million d'habitants, à savoir le département de I'Ijms du grand-duché de Bori,»^, les trois dé|)ai leineiils westplKilii'iis du W Cser, de la Hasse- Klbe et du iNord, et la totalité des Etats «les [uiures de Sahn- Saim et de Salm-K yrbour^ et des ducs d'Arenber^' et (roldou-' bourg. Le Lauenbour<^s qui était resté à la disposition de la France, et les trois dernières villes libres de l'ancien empire germanique, Brème, Hambourg et Lubeck, partagèrent le sort des territoires voisins. Le tout donna les quatre départements français de la Lippe (chef-lieu Munster), de TEms-Supérieur (chef-lieu Osnabruck), des Bouches-du- Weser (chef-lieu Brème) et des Bouches-de-rElbe (chef-lieu Hambourg).
Ce fut la dernière modification territoriale que Najuiléoii I**" opéra en Allemagne; le temps lui manqua pour ordonner de nouveaux virements de territoires, qui probablement n'auraient pas été plus durables que les précédents. Au moment de la catastrophe qui l'engloutit, lui et son empire, TËurope centrale tout entière était sous la domination directe ou indirecte de la France. A l'empire français étaient incorporées, comme départements, TAllemagno riveraine de la mer du Nord et l'Allemagne à Touest du Rhin, la Hollande, la Belgique et une partie de la Suisse; sous le nom de provinces illyriennes, la partie sud-est de Tancien saintempire et les provinces avoisînantes de la couronne de Honirrie. Le Tvrol méridional faisait partie du royaume d'Italie, el Neucliàlt 1 a|ij>arlenait au maréchal Berthier. La république helvétique révérait en lui le médiateur qui avait fait
cesser ses troubles civils; les Ëtals de la Confédération du Rhin s'inclinaient, avec un respect mêlé de crainte, sous la suzeraineté du protecteur qui, au milieu de leurs territoires, s*était réservé Erfurt et quelques autres enclaves. La Prusse et rAutriche elles-mêmes cachaient mal leur vassela^e sous le nom menteur d'une alliance, la première surtout, que menaçaient sur ses lianes le duché de Varsovie et la garnison franeaise de la ville libre de Daii/.ick. Comme les Otlon, Napoléon P' avait renouvelé l'cmpiri^ de Charlemagnc; comme eux, à meilleur droit qu*cux, il se regardait comme le successeur des césars romains; comme eux, avec plus d'apparence de succès, il prétendait à la monarchie universelle : mais les populations tudesques, celles de rAllemagne du nord principalement, ne supportaient qu'en frémissant le joug étranger; elles le brisèrent dès que la fortune se fut déclarée contre Thomme de génie qui en avait trop abusé.
La chute de l'empire napoléonien ramena la France à ses anciennes limites; par les deux traités de Paris du 30 mai 1814 et du 20 novembre ISlTj, Louis XVIII renonça à toutes les contpiétes de la Hépublique et de l'Empire. Les Teutomanes réclamaient en outre les provinces acquises par les rois bourboniens, T Alsace, la Lorraine, la Flandre et même la Franche-Comté; mais, grâce à Alexandre I" et au duc de Wellington, ils ne réussirent pas, même après Waterloo, à faire admettre leurs revendications, que soutenait la seule Prusse; et de toutes les anciennes pertes du saint-empire il ne revint k PAllemagne, aux Pays-Bas et à la Suisse que Philippeville, Marienbour^, Bouillon, Sarrclouis. Landau cl Versoix, tandis que la France conservait Montbéliard et Mulhouse. Malgré cette prétendue modération, la déj)0uille à partager par les vainqut'urs était extrêmement considérable; pour ne parler que des pays aulrefois d'empire, il y avait à leur disposition tous les départements français sur la rive gauche du moyen Rhin
336 GÉUUUAPillE IIISTOIUOLE UE L EIUOPE CENTRALE.
et des deux côtés du Rhin inférieur, et de plus un certain nombre d'Etats de la Confédération du Rhin : car le royaume de Westphalie et le grand-duché de Berg s'étaient évanouis
dès Se lendemain de la bataille de Leipzig; les i^rands-duchés do riaiicfort cl do Wurzhour^ avaient élé ahaiidonnés par leurs souverains, dutit l'un choisissait pour retraite son diocèse tie Ratisbonne, dont l'autre retournait dans sa résidcncc héréditaire de Florence; ot les Etals du roi de Saxe, du priuce d'iscnburg et du prince de la Leyen, qui seuls parmi leurs confrères n'avaient pu ohtonir de la coalition victorieuse, avec rautorisation d'y accéder, la garantie de leur souveraineté et de leur Etat territorial, étaient pour le moins fort compromis.
Tous ces territoires vacants étaient à la disposition du congrès de Vienne; ils se trouvèrent insuffisants pour faire face à toutes les exigences et à toutes les réclamations, ot la roor^'^anisation terrihu ialo do l'Kurope contrale fut certes la tAche la plus ardue do la diplomatie européenne d'alors. On élait à Tavanco tombé d'accord do maintenir la Confédération helvétique et de créer un royaume des Pays-Bas en ajoutant la BoiLnque à la Hollande; les dynasties de liesse- Gassel, d'Oldenbourg, de Brunswick et de Hanovre s'étaient restaurées elles-mêmes avec l'assentiment universel; avec ce qui restait il s^agissait de faire des combinaisons qui, tout en respectant les engagements contractés avec les princes de la Confédération du Rhin, permissent de donner à FAutriche les équivalents nécessaires pour dégager des mains de la Bavière les provinces héréditaires qu'ollo voulait récupérer, de reconstruire la nionarchio prussionno au niveau de ce qu'ello élail on 18UG on lui donnant on Allomairne de quoi la dédommager de sos possessions i»olonaisos abaudonoées à la Russie, enfin, s'il y avait moyon, de satisfaire aux réclamations des nombreux membres de l'ancien saint-empire, qui avaient été dépouillés de leur souveraineté au temps de la domination française. Ces derniers perdirent tous leur procès, à Fexception des quatre anciennes villes libres de
Francfort, Hambourg, Brème et Lubeck; malgré les instances du saint-siège, on ne songea même pas à rétablir les principautés ecclésiastiques; la noblesse d'empire, les comtes et les princes médiatisés ne furent pas plus heureux; leur nombre fut même augmenté par la médiatisation des princes dlsenburg et de la Leyen, et il s'en fallut de peu que le roi de Saxe, lui aussi, n*épronvàt le même sort : au moins futil dépouillé de la moitié de ses États. G^est ainsi qu*on parvint à remplir à peu près de leurs prétentions contradictoires TAutriche, la Prusse, les princes restaurés et les membres maintenus de la Confédération du Rhin, qui signèrent entre eux une mullitude d'arrangemenls et d'échanges, enregistrés dans l'acte final de Vienne du 9 juin 1815 et dans son complément, le recez général de la commission territoriale de Francfort du 20 juillet 1819; la seule Bavière, qui avait le plus gagné aux remaniements napoléoniens, fut sérieusement lésée par les stipulations définitives, contre lesquelles elle protesta aussi vainement que l'avaient fait contre Tacle final de Vienne les princes médiatisés et le saint-siège.
Parallèlement aux négociations territoriales, on avait ouvert à Vienne des négociations non moins difficiles pour la reronslilution politique de rAllemagne. Là aussi le problème était presque insoluble : la diplomatie devait trouver des formes constitutionnelles qui répondissent aux aspirations poptilaires vers l'unité nationale, assurassent l'indépendance de rAllemagne au dehors, lui donnassent la liberté an dedans, et ce nonobstant respectassent la souveraineté garantie aux princes de la Confédération du Rhin par leurs traités d*aUiance avec TAutriche et les autres puissances coalisées. Le premier traité de Paris avait posé le principe que les États do rAllemagne seraient indépendants et unis par un lien fédératif; il était entendu que l'Autriche cl la Prusse entreraient dans la nouvelle confédération pour celles de leurs possessions qui appartenaient autrefois au saintempire, la Silésie comprise; le roi de Danemark devait en T. I. 22
338 QÉOGRAPUIfi UISTORIQUË DE L ËUROPE CENTRALE.
faire |>arli(' pour lo Ilolstoin et lo Lauenljourg-, le roi tics Pays-Bas pour le Luxeuihourg^; mais la difficulté était de s Cnlendrc sur les droits respectifs de la confédération et des princes confédérés. Le rélahlissement de la dii^nilé impériale, proposé par le Hanovre, fut tout d abord écarlé^ rAutrichc ne s*en souciant pas, de peur que l'élection ne la fU un jour passer à la Prusse; le projet élaboré par les ministres des deux ^ndcs puissances fut à son tour repoussé par les rois de Bavière et de Wurtemberg, comme attentant (ce qui était vrai) à leur souveraineté; les pourparlers et les né^'^ociations menaçaient de 8*é(erniser, lorsque le retour de Napoléon de l'ile d'Elbe et la crainte de voir les souverains de l'Allemai^ne méridionale retourner à ralliance française décidèrent l'Autriche et la Prusse à se montrer moins exigeantes; on s'arrêta à la forme d'une fédération d'tltats assez lÀche en général, mais en stipulant formellement la défense des alliances étrangères et des négociations particulières dirigées contre la communauté. C'est ainsi que fut constituée par Tacle fédéral de Vienne du 8 juin 4815 la Confédération germanique^ dont Torganisation fut complétée et consolidée par des conférences ministérielles tenues à Vienne, et définitivement arrêtée par l'acte final du 15 mai 1820, que la diète de Francfort déclara loi fondanieiilale de la confédération le 8 juin 1820.
La nouvelle Confédération se composait de trente-neuf Etats souverains, dont la jrrande majorité avait fait partie de la Confédération du Illiin. Celle-ci, on se le rappelle, comptait trente-sept membres à Tépoque de sa plus grande extension; Napoléon P' en avait médiatisé quatre (Arenberg, Oldenbourg, Salm-Salm, Salm-Kyrbourg) au mois de décembre 1810, et sa chute avait entraîné la disparition de six antres Etats C^estphalie, Francfort, Berg, Wurzbourg, Isenburg, Leyen) ; mais d*autre part le congrès de Vienne avait rappelé à la vie politique les quatre dynasties de Hanovre, llesse-Cassel, Oldenbourg et Brunswick et le^ quatre villes libres de Francfort, Lubcck, Brème et llam-
LA CONFEDERATION GËUMANiQUB.
bourg, et l'adjonction à la Confédération germanique des pays allemands de rAutriche, de la Prusse, du Danemark
et des Pays-Bas comphHait le cliillVo indiqué do Irento-neuf Èlals. 11 est vrai (|iu' la l>raiiclie aînée de la maison de Nassau vint à s'éteindre en 181G, c'est-à-dire avant que l'élaboralion de la recunslilulion politique de l'AUemae^ne fut achevée; mais dès Tannée suivante (1817) la place devenue vacante par la réunion en un seul État des pays nassoviens fut prise par le landg:rave de Uesse-Hoinbourg, le seul prince médiatisé qui ait obtenu d^ètre relevé de sa médiatisation.
Par ordre de dignité, ces trente-neuf États se partageaient entre buil groupes : il y avait un empire (Autriche), sept royaumes (Prusse, Baviëre, Saxe, Hanovre, Wurtemberg, Danemark, Pays-Bas), un éleclorat ( liesse -Gassel), six grands-duchés (Bade, liesse- Darnisladl, Saxe-Weimar, Mt'cklenibourg-Schwérin , Mecklemhourg-Slrélitz , Oldenboiiri^), neuf duchés (Brunswick, Nassau, Saxe-Ciotha, Saxe-Cohourg, Saxe-Meiningen, Saxe-llildburghausen , Anbalt-Dessau , Anhall-Bembourg, Anhalt-Kœthen), dix principautés (Schwarzbourg-Sondershausen, Schwarzbourg- Rudolstadt, HohenzoUem-Ilecbingen , Hobenzollern-Sigmaringen, Liechtenstein, Waldeck, Renss ligne atnée, Reuss ligne cadette, Schaumbourg-Lippe, Lippe -Detmold), un landgraviat (Hesse-Hombourg) et quatre villes libres (Lubeck, Francfort, Brème, Hambourg). Au point de vue international, quatre d(îs trenle-neuf membres de la Confédération germani({ue étaient des puissances euro[»éennes, à savoir l'Aulriclie et la Prusse, cjui avaient le siège de leur gouvernement au dedans du territoire fédéral, des provinces plus ou moins considérables en dehors, et le Danemark et les Pays-Bas, dont les provinces confédérées étaient des annexes de royaumes étrangers à l'alliance; les trente-cinq autres, quelle que fût leur importance relative, appartenaient exclusivement à la confédération et formaient ce qu'on appelle vulgairement la Petite-Allemagne. Dans sa totalité, la Gon* fédération germanique avait lors de sa création une étendue
340 GEOGRAPHIE UISTOiUQUE DE L ËUAOPË CENTRALE.
de 693 000 kilomètres carrés et une population de trente
millions d'âmes.
Chacun des États confédérés était réputé souverain. Néanmoins on avait assuré des privilèges assez considérables aux anciens membres immédiats du saint-empire de l'ordre princier ou comtal {Standesherren); on avait stipulé pour chaque pays des instilulions constitutionneUes, qui furent en eiïet établies ou maintenues à peu près partout, sauf en Autriche et en Prusse; on avait surtout réservé à la confédération elle-même, déclarée perpétuelle et indissoluble, les pouvoirs Jugés nécessaires pour maintenir la sûreté extérieure et intérieure de 1* Allemagne et Tindépendance des Ëtats confédérés, et institué pour lui servir d'organe la diète fédérale {/htndestag), qui ouvrit ses séances à Francfortsur-le-Mein, le 5 novembre 4816.
Cette assemblée, qui était placée sous la présidence do l'Autriche et la vice-présidence de la Prusse, se composait exclusivement des représentants des gouvernemenls, monarchiques ou républicains, des ditîérents États, sans adjonction de membres choisis par les populations ou par les assemblées législatives de chaque pays. Ls constilution fédérale l'investissait de la gestion de toutes les affaires fédérales, tant internationales qu*intérieures, en lui attribuant le droit de faire la guerre et la paix, d'organiser les forces militaires, de promulguer des lois organiques, de régler les contestations d'Etat h Élat, d'apaiser les troubles civils; mais elle procédait dilTércnunent selon les circonstances. Les alTaires courantes étaient expédiées en assemblée restreinte ou par curies, où les onze grands ou moyens États, Autriche, Prusse, Bavière, Saxe royale, Hanovre, Wurtemberg, Bade, Uesse électorale, Hesse grand- ducale , Holslein-Lauenbourg-Danemark et Luxembourg-Pays-Bas, avaient seuls des voix viriles, tandis que les vingt-huit autres membres de la confédération étaient répartis en six curies ou groupes, dont chacune n*avait qu*un vote curial et qui comprenaient, la première le grand-duché elles quatre duchés de Saxe, la seconde Brunswick et Nassau,
la troisième les deux Mccklembourg, la quatrième Oldenbourg, les trois Anhalt et les deux Schwarzbourg, la cinquième les deux HohenzoUerD, Liechlcnstcin, Waldock, les deux Lippe, les deux Reuss et Hesse-Uombourg, la sixième et dernière, enfin, les quatre villes libres. Les aflaires constitutionnelles, au contraire, et les décisions de guerre et de paix étaient réservées à rassemblée générale ou Plénum^ où chaque État avait son vote individuel, mais où les quatorze plus puissants parini les confédérés disposaient, selon leur impiulaiice, de quatre, de Irois ou de deux voles. L'acte fédéral faisait espérer aux médiatisés quelques voix curiales dans rassemblée générale; mais même cette petite consolation leur fut refusée, et le Plénum ne dépassa pas le chiffre de soixante-dix votes, dont vingtpcinq pour les États à vote unique, et quarante-cinq pour ceux dont le droit de vote était double (Brunswick, Mecklembourg-Schwérin et Nassau), triple (Bade, Hesse-Cassel, Hesse-Dannstadt, Holstein et Luxembourg) ou quadruple (Autriche, Prusse, Bavière, Saxe royale, Hanovre et Wurlemberir).
Comparée à l'ancien saint-empire, la Confédération germanique constituait un progrès incontestable : le nombre des princes et des États souverains était singulièrement réduit ; il y avait du moins un essai de gouvernement commun. Mais l'Europe centrale n'en restait pas moins la région la plus morcelée du continent européen et continuait à présenter dans quelques-uns de ses cantons le spectacle de la polyarchie féodale en plein xix* siècle; la constitution fédérale, toute princière et toute autoritaire, répondait fort mal aux espérances de rAllemagne soulevée contre le joug napoléonien; la diète, machine bien compliquée et bien difficile à mouvoir en tout temps, devait fatalement devenir, lot ou lard, un champ clos pour les deux grandes puissances allemandes, Autriche et Prusse, dont la rivalilé pouvait bien être momentanément assoupie, mais n'était pas complètement écartée. Le principal mérite qu*ait eu la nouvelle constitution du corps germanique, ce fat de donner à TAllemagne, disciplinée par
l'impérieux protectorat de Napoléon r*", une force militaire, sinon d'attaque, du moins do résislaoce, fort supérieure à celle qu'elle avait eue depuis des siècles; parmi les institutions communes de la Confédération germanique, son organisation militaire fut certainement la moins défectueuse. L*armée fédérale, composée de dix corps, dont les trois premiers étaient fournis par TAutriche, trois autres par la Prusse, le septième par la Bavière, le huitième par le Wurtemberg, Bade et la liesse grand-ducalo, le nouvième par la Saxe rovale, la liesse élecloralo, le Luxembourg- et Nassau, le dixième par le Hanovre, Brunswick, Ilolslein, les deux Mecklembourg, Oldenbourg et les trois villes hanséatiques (les autres petits contingents constituaient la réserve), représenta un effectif réglementaire de 500000 hommes, qui, en réalité, élait bien supérieur à ce chiffre, même en dehors des troupes non allemandes de TAutriche et de la Prusse; les forteresses, immédiatement déclarées fédérales, de Mayence, Landau et Luxembourg, auxquelles vinrent s'ajouter, plus l;u(l, ct'llcs (le Basladt et d'Llui, furent perfectionnées ou conslniites à neuf avec une partie de la contribution de guerre imposée à la France par le second traité de Paris, el protégèrent dorénavant, d'une manière efticace, T Allemagne du sud-ouest, si souvent ravagée au xvu° et au xvHi" siècle par les armées françaises. £n effet, pendant le demi-siède de son existence, la Confédéralion germanique vit son territoire respecté par ses puissants voisins de Touest et de Test, et TAllemagne put se livrer sans obstacle aux travaux de la paix, tout en tendant vers une unité plus grande, qui l'approchât davanlatre des conditions d'existence des autres grands pt'U[>les européens.
Cet avenir, révé par Ions les patriotes allemands, n'en restait pas moins cxtrêmenicnl problématique, non seulement par suite de tout le développement historique de la nation tudesque, mais encore à cause de la configuration géographique du pays allemand et de la nature même de Fesprit germanique. Il manque à TAUemagne un phénomène phy-
LA CONFÉDÉRATION GERMANIOUB.
siqiic (lominanl, qui impose une unité supérieure au plateau danubien, à la vallée du Hliin et à la plaine de la basse Allemagne. Le particularisme ludesque, qui a aid(^ à constituer des peuples complètement autonomes dans les hautes vallées des Alpes et à Tembouchure des grands fleuves oéer* landais» avait, de tout temps, tenu profondément séparées les tribus de la haute Allemagne de celles du bas pays; depuis le xvt* siècle la scission religieuse avait entraîné à sa suite l'antipathie confessionnelle entre rAlleiua^nc du Nord, presque cnlièrenieiil protestante, et l'Allemagne du Midi restée en majeure partie callioli(|ue ; enlin, les intérêts dynastiques de^s princes, jaloux de leur souveraineté, et la rivalité entre l'Autriche et la Prusse, Tune plus puissante, Tautre plus allemande, rendaient en apparence impossible Tunilication de rAllemagne, sans une révolution totale dans Tordre politique. Aussi, pendant de longues années, la question ne fit-elle pas un pas sur le terrain des faits; les rêves unitaires des associations secrètes d*étudiants {Bursehensehafien) n'aboutirent qu'à des manifestations stériles, comme la fête de la W'arlbourof, en 1817, ou à des excès criminels, comme l'assassinat de Kolzebue; la Sainte-Alliance veillait sur son œuvre, les congrès et les conférences ministérielles restreignirent le peu de libertés octroyées aux peuples allemands, el la prison, à défaut de Técbafaud, eut facilement raison de cette jeunesse enthousiaste, aussi bien que des vétérans de la guerre d'indépendance. La révolution de 1830, qui détruisit en partie l'œuvre de 1815, en brisant le royaume des Pays- Bas et en éloignant du pouvoir les petites aristocraties de la Suisse, agita l'Allemagne, chassa même de son pays un prince j)ar trop im[>opulaire, le duc Charles de Brunswick; mais elle ne changea rien à l'organisation polili<jue de la confédération et eut pour unique résultat territorial d'en séparer la partie devenue belge du Luxembourg, en la remplaçant nominalement par une partie du Limbourg. Néanmoins, si la carte continuait à montrer les mêmes lignes capricieuses et les mêmes couleurs bariolées, indiquant les
344 GÉOGEÂPUlfi UISTORIQUS OE L'EUROPE CENTRALE.
fronlières enchevêtrées d'une mullitutle d'Etals, les esprits obéissaient, d'année en année, à une attraction plus vive vers Funilé; le sentiment national, jusque-là principalement développé par la littérature, se portait aussi sur le terrain des intérêts matériels; le ZoUverein prussien, vaste union douanière, qui engloba peu à peu presque tous les États allemands à Texception de FAutriche, créa une puissante communauté d'intérêts industriels et commerciaux, qui, à son tour, réagit sur la politique ; le réseau de chemins de fer qui couvrit rapidement, d'abord toute rAllemagne du nord, puis aussi celle du midi, contribua à rapprocher non seulement les lieux, mais aussi les intellig^ences.
Survint le coup de foudre de 1848- La révolution, exclusivement démocratique et socialiste en France, fut en Allemagne, avant tout, nationale et unitaire. Dès le 8 mars 1848, la diète épouvantée reconnut publiquement la nécessité d'une réforme de la constitution fédérale, selon les besoins du temps et de la nation, et le 12 juillet 1848 elle abdiquait officiellement entre les mains d*un parlement constituant, qui s*était réuni à Francfort le 18 mai. Cette assemblée nationale ailemande, où siégeaient les représentants de tous les Etats de la Confédération, sans exce[)ti(»n aucune, et de plus les députés de la province de Prusse et des parties allemandes de la Posnanie et du Schleswick, proclama un empire allemand, dont elle confia provisoirement le vicariat à un archiduc autrichien réputé libéral, qu'assistait un gouvernement central intérimaire. Mais elle perdit un temps précieux à discuter longuement les droits fondamentaux du peuple allemand et la constitution future de Tempire, destinée à transformer en un État fédératif la confédération d*États créée en 1815, si bien que, lorsque enfin elle décerna, le 28 mars 1849, la couronne impériale héréditaire au roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV, le moment favorable était passé. Après un mois de réflexion, le monarque prussien refusa, le 28 avril 1841), un trône que lui offrait, à des conditions ultra-libérales, une faible majorité du parlement, et dont la stabilité était plus que douteuse en face
d'une Autriche qui commençait à se raffermir et d'une Europe en pleine réaction; un grand nombre de d(3[)utés, rappelés par leurs gouvernements, avaient déjà quitté ou quittèrent Francfort; ceux qui persisl('reiit, et qu'on appela le Rumpy d'un nom emprunté à l'histoire de la révolution d'Angleterre, se réfugièrent à StuUgart, où ils furent dispersés par la force (juin 1849); en même temps les armes prussiennes réprimaient (mai à juillet 1S49) les soulèvements tentés en Saxe, dans le Palatinat, dans le pays de Bade» en faveur de la constitution allemande, ou plutôt en faveur de la république; et le 20 décembre 1849 une commission fédérale provisoire, austro-prussienne, reçut, à Francfort, l'abdication de Tarchiduc Jean et de son ministère d'empire. Le cabinet de Berlin, qui n'avait pas osé se mettre franchement à la tète du mouvement national vers l'unité alors (|u'il pouvait aboutir, essaya, lui aussi trop lard, de faire une réforme fédérale partielle en groupant les Etats de rAllemagne septentrionale en une unim restreinte sous sa présidence; sur sa convocation, un parlement partiel, oix étaient représentés à la fois les princes et les populations, s^assembla en effet à Erfurt, le 26 mars 18S0; mais rAutriche, qui, dans Fintervalle, avait triomphé de la Hongrie aussi, comme précédemment de rUalie, fit avorter la combinaison prussienne; elle profita des troubles de la liesse électorale pour mettre en avant le rétablissement pur et simple de la C<jnfédéralion germanique (septembre 1850), et Frédéric-Guillaume IV, abandonné par la Russie, le subit par le traité d'Oimulz (28-29 novembre 1850).
La restauration du droit fédéral de 1815 se trouva complète, lorsque la diète ressuscilée se rouvrit à Francfort, le 30 mai 1851, en présence du délégué prussien; mais aussitôt aussi recommença, sourdement ou publiquement, la vieille rivalité de TAutriche et de la Prusse, entre lesquelles louvoyaient les États secondaires, également menacés dans leur autonomie par l'accord des deux puissances ou par la victoire trop complète de l'une ou de Taulre; le vieux malaise
se faisait sciilir plus que jamais, et, après une j)ériode d'affaissenienl, il commença à se traduire par des diseussions incessantes sur la question de la réforme fédérale. La société de 1 Union nalionale allemandet ck'm'c en 1859, enlrepril une ^ croisade unitaire, qui popularisa, dans les classes moyennes, ridée de la nécessité impérieuse de donner à TAllemagne une cohésion plus grande en face de Tétranger, el à l'intérieur des institutions parlementaires communes; malheureusement la position hydride de la monarchie aulricliienne, et plus encore les prétentions opposées des deux grands États allemands, opposaient à toute réforme sérieuse des difficultés en apparence insurmoutaMes. On le vit lors(]u<* l'empereur d'Autriche François-Joseph 1"" présenta en personne à ses confédérés, réunis en personne aussi à Francfort, un projet compliqué de constitution parlementaire allemande (16 cl 17 août 4863) : le fait seul de labstention du roi de Prusse fit échouer honteusement ce brillant simulacre des anciennes diètes de Tempire. Et cependant, quelques mois plus tard, les piTipélics de la guerre du Schloswick avec le Danemark démontraient d^nne façon par trop évidente l'impuissance radicale de la diète, organe officiel de la confédération, que jouèrent sans vergo^irne les deux puissances dominantes, un instant coalisées; les patriotes allemands étaient en droit de désespérer de l'avenir, lorsque l'audacieuse politique de M. de Bismarck, le premier ministre du roi de Prusse Guillaume r**, trancha le nœud gordien par une guerre civile, qui exclut TAutriche de l'Allemagne, et prépara la réunion sous . rhégémonie prussienne de tous les États secondaires de la | confédération.
Au printemps de Tannée 1866, c'est-à-dire au moment où
se préparait la lutte décisive qui eut |)our résultat final celte révolution compiMe dans la constitution politique des pnvs allemands, la Confédération frermanique ne coniprenait plus que trente-trois Etats souverains, six de ses dynasties prin- I cièrcs s'étant successivement éteintes ou volontairement retirées dans la vie privée. La ligne de Saxe-Gotha avait pris (in
en 1825, colles (rAiihalt-Kœlhen et (rAnhall-licrnbourg en 48i7 et en 18(13, celle do liesse- Hombour^ au mois de mars 186G; d'autre juirl, les deux princes régnants de Ilolienzollern-Hec!iin2:eii et de Ilohenzollem-Sigmaringen avaient abdiqué ea 1849. Le Plénum était ainsi réduit à soixantequatre voix» ou même, par le fait, à Boizante et une ou à cinquante-huit, les votes de Holstein-Lauenbourg^ étant suspendus depuis qu'ils avaient été enlevés au roi de Danemark, et le roi des Pays-Bas n*ezerçant plus guère, de parti pris, ceux de Luxembourg-Limbourir.
Si le nombre des Etats confLub'rés avait quelque peu diminué depuis 181."», la population delà f.onftMlùration, au contraire, avait, malgré une émigration formidable, consitb'rablemer.t augmenté; Je recensement fédéral du it décembre 1864 lui donnait, sur une superficie de G)U 400 kilomètres carrés, quarante-six millions d'habitants, c'est-à-dire une plus-value de plus de 50 0/0 sur le chifîre de i845. De ces 46 millions d'âmes, 12800000 faisaient partie de la monarchie autrichienne ; il en revenait 14 700 000 à la Prusse, et les 18 500 000 qui parfaisaient le total se partageaient entre les trente et un Etals secondaires, dont cinq (Bavière, Saxe, Hanovre, Wurtemberg et Bade) absorbaient à eux seuls les deux tiers de la population de la Petite-Allemagne'. Au point de vue ellmograpbi(pi(», les cinq sixii'mes des habitants des États fédéraux appartenaient à la race tndcsque; à côté de trente-huit millions et demi d'Allemands, on ne comptait qu'un demi-million de Juifs, un demi-million dllaliens et six millions et demi de Slaves, appartenant en grande majorité aux provinces autrichiennes. Enfin, sous le rapport confessionnel, les deux grandes fractions de la chrétienté latine comptaient dans la confédération un chilTre presque égal d'adhérents : on évaluait le nombre des catholiques- romains à vingtquatre millions, celui des protestants à vingt et un millions
l.^rroieui faire apprécier rimporlanee respecliTe des diflérento membres de la GonrédéraUoq germanique au momeni de la crise de 1866, nous réunis-
et demi; plus un demi-million d'israélites. Les familles régnantes étaient toutes protestantes, sauf celles d'Autriche, de Bavière, de Saxe royale et de Liechtenstein; quant aux Élals, le catholicisme régnait à peu près exclusivement dans les provinces allemandes de l'Autriche et des Pays-Bas et dans la principauté de Liechtenstein, pour deux tiers en Bavière et dans le grand-duché de Bade; par contre, le Holstein et leLauenbourg, les trois villes hanséatiques, les deux Mecklembourg, Anhalt, le royaume et les quatre duchés de Saxe, les deux Schwarzbourg, les deux Reuss, les deux
sons en un tableau «l'ensemltte les résultais <lu recensement fédéral du 3 décembre 1864. Pour les chifTres relatifs à rAulrichc, il a fallu remonter au recensement aulrichien de 1857, publié en 1800
IJabiUDU. Kiloinrlrr» carré*
Empire d'Autrirho. territoire fé<l<<ral L2»(J3 000 132 r>50
Kovauiiio de PrusHO, territoire fédéral U'/HOUi) 1H6 650
Koyaunie do Bavière 1 8(i7 QÛÛl m L3û 000 36 212
de Saxe 2111100 » il l>901
de Hanovre 1 W:J 000 ns 180
do Wurtomhertr 1"IH000 19 :m
Saxe 2111100 »
Hanovre 1 W:j 000
Wurtemberg 1"IH000
Duché de liolstoin :»r>5 QQQ) 6or) 000
— de I^ueuhourK 5QOiJoj
Graiid-Dui-lié de Lu\ombour(L; âJtî OOoj f28 000
Duclié de Limbour^ 2220i)0|
Kloctorat de Ilesse-Cassel 71') OOO
Grand-Durhé de Hade 1 L2aO K(
— Ilcsse-Darnistadt K<:\ 00<»
— Mcrkleiiiliourfî-Scliuériu f^'Ci rt;iOl CVi 000
— MerkloniliourK Strcittz 23 000 (
— Oldenbourg 000
— Saxe-Weimar-Eiscnach 28û000\ 76r» 000
Duché
do Saxe-Meiningen-Ilildburg- f
hausen-Naalfeld HM OOV
Saxr-Cobourg-(iotha lûT» 0 ».A
Saxe-Altenbourg LliOiN))
Nassau
Priiiripaulé de l.i|i|>e-Dotniold
— S(-hautJibuurg-Lip|)e
— SchMmrzbourg-Sondorsiiausen.
— Schwarzbourg-Kudolstadt
— licuss-Orcis
— Rouss - Schloix - I^benstctn -
Kborsdorf
— Waldcck
— Liechtenstein
I^ndgraviat de liesse- llombourg. . .
Ville libre de Francfort
— do Luberk
— do Hréme
— de Hambourg
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