‹ Histoire de la formation territoriale des états de l'Europe centraleChapitre 81 sur 134 · L'EMPIRE ALLEMAND · texte numérisé non relu

L'EMPIRE ALLEMAND

souverains secondaires de i'Alleinague, le roi de Bavière, qui, en novembre 1870, avait ofl'erl au roi Guillaume le titre impérial; les autres princes et les trois républiques hanséatiques s^élaient empressés de donner leur assentiment ; le parlement du Nord avait voté Tempire dès le 10 décembre 1870; mais la proclamation solennelle de Guillaume l"* comme empereur allemand n*eul lieu que le 18 janvier 1871. Par un élrani^c retour des choses liumaines, elle se Ht, an inilieu du concours drs princes et des représcnlanls de rAlleinagne, dans la grande salle îles glaces île Versailles, toute pleine encore des souvenirs de Louis XIV!

Dans son message d'intronisation, le successeur des anciens empereurs romains de nation germanique, dont il faisait revivre la dignité après soixante-cinq ans d*interruption, promettait à la nation allemande de la conduire audevant d*une ère future de bonheur, sous l'emblème protecteur de son antique splendeur; il lui promettait, en outre, de lui assurer une paix durable, à l'intérieur de fronlières garanties contre de nouvelles attaques de la France, ("était annoncer d une façon irrévocable les dures conditions territoriales dictées par le vainqueur à la France aux abois; elles furent consignées dans les préliminaires de Versailles du 26 février 1871, d'où elles passèrent, sauf quelques rcctiQcations secondaires de la frontière d'abord fixée, dans la paix de Francfort du 10 mai 1871. Sous prétexte de reculer la ligne d'attaque française et de changer en boulevards défensifs allemands les forteresses menaçantes de la France, TÂllemagne, en outre de l'indemnité de guerre inouïe de cinq milliards do francs, se faisait céder l'Alsace entière sauf Belfort et ses environs, plus la partie noi (l-<*sl de la Lorraine, avecTliionville, Metz, Gorze, CbAteau-Salins, Sarregueniines, Sarrebourg et Saales. C'était un pays de 14 500 kilomètres carrés de superficie, sur lequel le recensement français de 1866 avait compté 1 600000 habitants, dont 1 300000 catholiques, 250000 protestants, 45000 Israélites; une contrée riche et industrieuse entre toutes, où Metz et Strasbourg

étaient des forteresses de premier ordre, Mulhouse un centre manufaclurier hors ligne; une région enfin d'ardent patriotisme français, de Ton comme de l'autre c6lé de la frontière des langues qui, après avoir coupé en deux la Belgique, puis côtoyé la frontière politique de ce royaume entre Vcrvters et Aix-Ia-Chai)('lle, Arlon et Luxembourg, passe entre Metz et Trêves pour ^airner les Vosges, en suit assez exactement la ligne de fMÎlo jns(ju'à la troué*' d»» Belfort, et entre en Suisse en franchissant \o Jura : la loi du 0 juin 1871 réunit à pcrpctiiilé l'Alsace-Lorraine à l'empire allemand, en la plaidant sous radministraiion directe de l'empereur, et en lui aliribuaul la dénomination de pays d'empire {Reichsland).

Le premier parlement de TAUemagne unie fut ouvert le 21 mars 4871 par Fempcreur Guillaume P', et dès le 16 avril était publiée la constitution du nouvel empin , calquée sur celle de l'Union du Nord; comme de juste, elle annonçait, dans son préambule, que l'alliance contractée par ses membres pour protéger le territoire et le droit de la confédération et pour avancer la prospérité du peuple allemand serait éternelle. M. de Bismarck, créé prince et altesse sérénissiinc par ordre de cabinet du 22 mars 1871, restait, comme cbancelier de l'empire allemand, à la tête du nouvel Etat, que plus que tout autre il avait contribué à appeler à la vie. Dans le conseil fédéral, porté de quarante-trois à cinquante-huit voix, la Prusse gardait ses dix-sept voix ; la Bavière en avait six, la Saxe royale et le Wurtemberg quatre, Bade et Hesse trois, Mecklembourg-Schwérin et Brunswick deux, les dix-sept petits Imitais chacun un vole uni(iue. Quant aux trois cent qualre-vini^t-deux sicL-^es au parlement, (]u'avait à décerner le suflVage universel à raison d'un député par 100 OOO habitants, il en revenait deux cent trente-six à la Prusse, quarante-huit à la Bavière, vingt-trois à la Saxe royale, dix-sept au Wurtemberg, quatorze au grand-duché de Bade, neuf à la liesse, six au Mecklembourg-Schwérin, trois à chacun des États de Saxe-Weimar, Oldenbourg, Brunswick et Hambourg, deux à ceux de Saxe-Meiningen, Saxe-Gobourg et Anhalt, un

L*EMPIRB ALLEMAND.

seul aux onze autres membres de la confédéralioa. Pour le momenti le nouveau pays d'empire Alsace-Lorraine n'était pas représenté à la diète ; il le fut à partir de Tannée 1874, au l*' janvier de laquelle la constitution de Tempire y fut introduite en vertu de la loi du 25 juin 1873; mais pendant des années ses quinze députés n'y ont paru que pour prolester contre l'annexion.

De[»uis 1871 le nouvel empire allemand a fxercé une inlluiiice jtrépundéranle sur la [lolitique générale et établi sou proteclorat sur de vastes contrées en Afrique; ses frontières européennes n'ont varié que d'une façon fort insiirnifiante par Tac(iuisition en 1890 de Tilot frison d Ilelgoland, incorporé à la Prusse Tannée suivante. A l'intérieur aussi, si la couronne impériale acquise par Guillaume l" a passé coup sur coup à son fils Frédéric III (9 mars 1888) et à son petit-fils Guillaume II (15 juin 1888), si le tout-puissant chancelier est tombé du pouvoir en emportant dans sa retraite le litre purement honorilique de duc de Lauenhourg (20 mars 1890), il ne s'y est opéré aucune modificalion, ni territoriale, ni constitutionnelle, malgré Textinclion, en 1884, de la ligne ducale de Brunswick : son héritage, administré jusqu'à nouvel ordre par un prince prussien qui a pris la place de Théritier naturel, continue en effet à former un État distinct. Il ne nous reste donc plus, pour clore notre étude sur la géographie historique générale de TEurope centrale, qu'à ajouter quelques renseignements statistiques sur Tétat présent de Tempire allemand.

Les vingt-cinq Etats qui le composent se suivent dans Tordre officiel suivant : les quatre royaumes de Prusse, Bavière, Saxe, Wurtend)crg; les six grands-duchés de Hadc, Hesse, Mecklembourg-Schwérin, Saxe-Weimar, Meckiembourg-Strélitz, Oldenbourg; les cinq duchés de Brunswick, Saxe-Meiningen, Saxe-Alteubourg, Saxe-Cobourg, Anhalt; les sept principautés de Schwarzbourg-Sondershausen, Schwarzbouig-Rudolstadt, Waldeck, Reuss ligne aînée, Reuss

limu' radcltc, Scliaumbourg^-LippL'. Li|ij'0-Detniol(l ; les trois villes libres de Liiheck, Brème et ilaiiibourg. On Iruiivcra dans la noie le chiffre de la populaliou et l'éleudue de la superficie de cbacun d'eux; dans leur ensemble, et en y ajoutant le pays d'empire Alsace-Lorraine, ils contenaient, lors du recensement de 1890, près de quarante-neuf millions et demi d'habitants sur une superficie d*environ 540 000 kilomètres carrés Au point de vue du partage confessionnel, tandis que TUniondu Nord était environ aux trois quarts protestante, dans le nouvel empire les évaiii:éli(jues ne sont plus aux ealli()li(jues (]ue dans la [iropni lion approximative de trois à deux; à celui de la nationalité, les babilants de race tudes(pie, qui ne fonnaienl que les six septièmes de la populati(»n de l'union septentrionale, passent, malgré Tannexion de TAlsace-Lorraine, où les Fran<;^is ne sont officiellement

\. Dans le tableau suivant, les chiiTres de la population sont ceux du recensement du «loconilm* 1800; pour la suporfuMc. nous avons reproduit les données officielles les plus n-n tiios. Si l'on eomii.ire rr t/iMeaunnx prt-< tM|onis. on conslaU'ra, d'une pari, un accroissenienl de pupulaLion vraunenl extraordinaire dans presque tous les Étals, d'autre part une diminution de superficie fori ronsiiiëralile p«nir la Priis?»'. Iar|u<>lle s"f>xpli(|ue par l'omission des mers iiilriiiures de la monarchie pru^j^icnnc, quaulreruis on avait rimbiludc de porter en compte.

3is :i.-.:>

kiloin. carnés.

.,»,. "> :>'X> H ii> —

ly :m

Page 1